<i>Napoleonica La Revue</i>, revue internationale d'histoire des Premier et Second Empires napoléoniens, articles, bibliographies, documents, comptes rendus de livres, en français et en anglais : n° 19, juin 2014
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NAPOLEONICA LA REVUE

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BIOGRAPHIES

MONTALIVET Jean-Pierre Bachasson de..., comte (1766-1823),

homme politique, ministre de l'Intérieur de Napoléon


Né le 5 juillet 1766,

à Neukirch, à 2 km de Sarreguemines, où son père, maréchal de camp, commandait une place forte, il est tout d'abord cadet gentilhomme au Royal Nassau Hussards, un régiment au service de la France, puis il prend un congé de longue durée, en 1779, pour se consacrer à l'étude du droit, à Valence, dont sa famille était originaire.
 
En 1785, il est reçu comme avocat à Grenoble, puis nommé conseiller au parlement de ladite ville. C'est là qu'il va vivre le début de la Révolution, avec son collègue Barnave, et où il rencontre et se lie avec un jeune officier, Napoléon Bonaparte, affecté comme premier lieutenant au 4e régiment d'artillerie, à Valence (février-septembre 1791). En raison de cette amitié, le jeune officier est reçu au château des Montalivet, à Beaumont-lès-Valence, à 10 km au sud-est de Valence (Répertoire mondial des souvenirs napoléoniens, p. 26) (1).
 
En 1793, Montalivet est élu député de Valence et vient siéger à Paris. De retour à Valence, il s'engage, pour échapper à la Terreur, dans l'armée d'Italie. De 1794 à 1796, il est maire de Valence, commissaire du Directoire exécutif pour la Drôme et commissaire ordonnateur adjoint à l'armée d'Italie.

Après Brumaire,

Montalivet se rallie à Bonaparte. Le 14 avril 1801, le Premier consul le nomme préfet de la Manche, un ancien territoire de la chouannerie, où il réussit parfaitement, puis le 31 mars 1804, préfet de Seine-et-Oise. Dès lors, il acquiert la réputation d'un préfet actif et intègre.
 
En 1805, il entre au Conseil d'État et, le 5 mai 1806, Napoléon l'appelle à la direction générale des Ponts-et-Chaussées, en remplacement de Crétet, épuisé (celui-ci mourra peu après : voir RSN n° 348, p. 29). Napoléon qui voulait être un bâtisseur, y attachait une grande importance: l'administration des Ponts-et-Chaussées, le corps des ingénieurs et de leurs auxiliaires firent l'objet d'une réorganisation rationnelle, complétant, précisant et réformant l'oeuvre réalisée par les lois de la Constituante des 19 janvier et 18 août 1791. Cette réorganisation fit l'objet de deux décrets impériaux du 7 fructidor an XII (25 août 1804).
 
À la tête de l'administration des Ponts-et-Chaussées,  le directeur général était, en fait, le ministre des Travaux publics. En droit, il était rattaché au ministère de l'Intérieur. Le siège de la direction générale était 120, rue de l'Université. Jouissant d'un traitement de 80 000 francs, le directeur général avait la responsabilité entière de la construction et de l'entretien des routes, de leur police, de la régularisation des rivières, de leur entretien et de la surveillance de leur utilisation, de la construction des canaux, des quais, des ponts, des ports et aussi, fait généralement peu connu, des problèmes posés par l'approvisionnement de Paris.
 
En outre, le directeur général présidait le conseil général des Ponts-et-Chaussées, le cadastre et l'administration des Postes et Télégraphes (A. Lorion). Ainsi, le directeur général avait sous ses ordres les 134 ingénieurs en chef des Ponts-et-Chaussées (les conseillers des préfets, un par département) auxquels étaient associés les 306 ingénieurs ordinaires ainsi que les 350 conducteurs des Ponts-et-Chaussées.
 
Successivement, furent nommés, comme directeur général : Crétet (1800- 1806), Montalivet (1806-1809), Molé (1809- 1813, voir RSN n° 147). C'était la grande armée pacifique des Ponts-et-Chaussées !
 
Comme directeur général, Montalivet est associé à tous les grands travaux de l'époque :
canal de l'Ourcq, les grandes routes, les percées alpines (2). En 1807, en plein hiver, il visite les chantiers de la construction de la route du Mont-Cenis, ce qui lui vaut les félicitations de l'Empereur. Fait comte de l'Empire, le 27 novembre 1808 et grand officier de la Légion d'honneur, Montalivet est nommé ministre de l'Intérieur, le 1er octobre 1809. Il a 43 ans et restera à ce poste jusqu'en 1814.

Le ministre de l'Intérieur avait alors un éventail de missions fort étendu :

Outre les travaux publics, il avait dans sa compétence : l'Instruction publique, les Beaux-Arts, l'Agriculture et le Commerce. Et cela, pour les 130 départements du Grand Empire, de la Hollande jusqu'à Rome (3).
 
Le ministère a son siège rue de Grenelle et comporte quatre grandes divisions. Son secrétaire général est le baron Gérando (voir RSN n° 407 ; Alm. imp. 1810, pp. 184 à 198). Toutefois, il faut rappeler que le 22 juin 1811, Napoléon crée un ministère du Commerce et des Manufactures, confié à Collin de Sussy, le 16 janvier 1812 (4) (5).  Mais, cette réorganisation administrative n'implique nullement une disgrâce de Montalivet. Elle visait plutôt à le soulager, face à l'énormité de ses attributions (J. Tulard).
 
En particulier, Montalivet réalise les embellissements et les améliorations en tous genres concernant Paris : les nouveaux ponts jetés sur la Seine (pont des Arts, Austerlitz, Iéna...), les fontaines multipliées pour les habitants (c'était, selon Georges Poisson, « l'âge d'or des fontaines parisiennes »), la multiplication des trottoirs et des caniveaux, un réseau d'égouts collecteurs reproduisant, sous la ville, le réseau des rues (J. Favier, Paris Deux mille ans d'histoire, 1997, p. 218), l'éclairage au gaz (à la fin de l'Empire, il y avait 10 000 becs de gaz dans Paris, que rallumaient, chaque soir, 140 allumeurs), les quais de la Seine prolongés, les nouveaux marchés et entrepôts ouverts au commerce, la rue de Rivoli percée; l'Hôtel des Postes (rue de Rivoli, il brûlera en 1871), les Archives (Hôtel Soubise, pour les archives françaises et étrangères), le palais destiné au Grand-Maître de l'Université (Palais-Bourbon, façade et statues), la basilique Saint-Denis et l'église Sainte-Geneviève restaurées et complétées, le Temple de la Gloire à la Grande Armée, qui deviendra l'église de la Madeleine, le palais de la Bourse, enfin, l'Arc-de-Triomphe de l'Étoile... (6).
 
En province, il travaille aux bassins d'Anvers et d'Ostende. En Savoie, il continue la percée du tunnel « Napoléon », à la suite de Crétet (7) et fait construire, à Chambéry, une belle caserne, entre 1804 et 1810,b qui recevra, à la fin du siècle, le nom d'un général savoyard de Napoléon Ier, Philibert Curial (8)
 
Montalivet est également membre du Conseil des Subsistances créé le 28 août 1811, pour lutter contre la pénurie de pain en 1811-1812 (les queues devant les boulangeries). La nourriture des Parisiens est l'un des sujets traités dans la correspondance entre Montalivet et Napoléon pendant la campagne de Russie (voir Dictionnaire Napoléon, p. 1291, rubrique « pain », par J. Tulard).
 
En outre, l'une des attributions du ministre de l'Intérieur consistait à présenter annuellement au Corps législatif un rapport sur la situation intérieure de l'Empire, ce que Montalivet fit les 13 décembre 1810, 29 juin 1811 et 23 février 1813 (ce dernier rapport, compte tenu de la situation générale, était le plus difficile).

Sur l'action de Napoléon dans le temps,

On peut rappeler qu'il écrivait à Montalivet, le 9 février 1811 : « Je tiens que les quatre choses les plus importantes pour la ville de Paris sont les eaux de l'Ourcq, les nouveaux marchés des Halles, les abattoirs et la Halle aux vins ». Et, l'année suivante, il pressait encore l'achèvement du grenier d'abondance. « L'Arc-de-Triomphe, le pont d'Iéna, le Temple de la Gloire peuvent être retardés de deux ou trois années sans inconvénient ». Ainsi, à l'apogée de l'Empire, il apparaît que Napoléon donnait la priorité à l'amélioration de la vie quotidienne des Parisiens.

Montalivet était très dévoué à Napoléon,

toujours d'une patience infinie et d'une fidélité exemplaire (même en 1813-1814, au moment des revers). Dans ses fonctions, il était cependant gêné par de nombreuses crises de goutte, qui l'obligeaient assez souvent à utiliser des béquilles pour se déplacer. Fréquemment, il devait se dispenser d'assister à un conseil. Il écrivait alors à l'Empereur des lettres telles que celle-ci : « C'est le dernier jour de conseil où je serais privé de recevoir moi-même les ordres de mon souverain. Mes douleurs sont passées, les forces reviennent et j'ai la presque certitude de jouir avant huit jours d'un bonheur dont la privation était le plus grand de mes maux ».

Résidences

Au début de l'Empire, Montalivet habite un hôtel au n° 29, tue Cassette (Paris, 6e), où Lebrun avait demeuré alors qu'il était le deuxième consul.
En 1809, le nouveau ministre de l'Intérieur achète un bel hôtel, l'hôtel Lambert, au n° 2 de la rue Saint-Louis-en-l'Ile (Paris, 4e), merveilleusement situé, à la pointe de
l'Ile (J.-P. Tarin, tome 1, p. 271 ; Répertoire mondial... p. 261). Montalivet y donnera de grandes réceptions, auxquelles l'Empereur est convié. Il lui écrit : « Combien Sire, Votre Majesté peut rendre le jour de demain mémorable pour Mme de Montalivet et pour moi en réalisant l'espérance qu'elle nous a permis de concevoir, de la posséder quelques instants... ».

Montalivet habitait aussi un château en province : le château de Lagrange, à Saint-
Bouize, dans le Cher, à 48 km au nord-est de Bourges (Répertoire mondial..., p. 64).

En 1814, Montalivet sera du conseil de régence et suivra Marie-Louise à Blois.  À la fin de l'Empire, il se retire dans son hôtel de l'Ile Saint-Louis. Pendant les Cent-Jours, il sera intendant général de la Couronne et pair de France. Sous la Restauration Montalivet est conseiller général du Cher (1818), conseiller municipal de Saint-Bouize (1819), Decazes le fait nommer pair de France héréditaire en 1823.

Il meurt, le 22 janvier 1823, dans son château de Lagrange, à 57 ans. En conséquence, il est inhumé à Saint-Bouize (Cher).

Eloges et postérité

À propos de Montalivet, Napoléon a dit à Sainte-Hélène (31 août 1815) :
« Honnête homme qui m'est demeuré, je crois, toujours tendrement attaché » (André Palluel, Dictionnaire de l'Empereur, Plon, 1969, p. 774).

À la Chambre des pairs, l'éloge de Montalivet a été prononcé par Daru, qui fut son condisciple dans sa jeunesse, son collègue au gouvernement et son ami durant outre sa vie :« Il n'est aucun ministre dans les temps Modernes qui ait eu le bonheur de laisser près lui autant de monuments que le comte e Montalivet ».
À Valence, une statue de Montalivet, par Crauk (1867), est installée au nord de la lace général Leclerc (il existe une copie à Saint-Bouize, au château de Lagrange).
Montalivet avait épousé, en 1797, Louise Françoise Starot de Saint-Germain de Villeplat.

De cette union étaient nés 5 fils et 1 fille : Charles (1798-1807) ; Simon Pierre Joseph (1799-1823), officier d'infanterie, 2e comte de Montalivet, sans alliance et sans postérité ; Camille (1801-1880, 3e comte de Montalivet, dont postérité ; Pierre (1803- 1817) ; Joséphine (1806-1852) et Charles Camille (1810-1832).
Les enfants d'Adélaïde-Joséphine, fille de Marthe Camille, ont été autorisés à relever le nom (Masson Bachasson de Montalivet) en 1859 et 1892. Georges Antoine (1851-1929) fut le 4e comte de Montalivet.

Le titre de comte est toujours porté (selon Th. Lentz) (9) (10).

Marc Allégret
Revue du souvenir Napoléonien n° 460-461
Septembre-novembre 2005

Notes

(1) À Valence, au Musée des Beaux-Arts, se trouve une toile de Noël Louis Ageron : Devant la maison des Têtes, le lieutenant Bonaparte fait ses adieux à Montalivet, qui deviendra plus tard son ministre de l'Intérieur (voir Revue Napoléon Ier, n° 26, mai-juin 2004, p. 11).
(2) Voir le classement des grandes routes, qui partaient de Paris vers les frontières, par Jean Tulard (Dictionnaire Napoléon, p. 1482).
(3) Aujourd'hui, le ministre de l'Intérieur a les Cultes dans ses attributions. Ce n'était pas le cas sous l'Empire, où existait un ministre des Cultes : Portalis (de 1804 jusqu'à sa mort, en 1807), ensuite Bigot de Préameneu (1807-1814).
(4) Sur Collin de Sussy, voir notice Jean Tulard (Dictionnaire Napoléon, p. 436).
(5) Ce ministère aura une existence éphémère : en effet, en 1814, Talleyrand le supprime dans son ministère il est réintégré dans le ministère de l'Intérieur).
(6) L'Arc de Triomphe terminé sera inauguré le 1er mai 1838, par Camille de Montalivet, fils du ministre de Napoléon Ier et lui-même ministre de l'Intérieur de Louis-Philippe.
(7) Le tunnel « Napoléon » était un ouvrage exceptionnel pour l'époque : un beau tunnel de 308 mètres de long, destiné à éviter le passage des grottes, près des Échelles sur la route reliant Le Pont de Beauvoisin-les-Échelles et Chambéry (aujourd'hui la RN 6). Commencé en 1808, le tunnel Napoléon était à peu près achevé en 1814, lors de l'arrivée des Autrichiens, qui interrompit les travaux. Finalement, le tunnel ne fut ouvert à la circulation qu'en 1820, sous le régime sarde (cf. André Charvet, Les Pays du Guiers, 1984, p. 104).
(8) Le projet de la construction, sur un terrain qui appartenait aux Ursulines, d'une caserne entièrement neuve « aussi belle que vaste et moderne », sur le modèle des Invalides, est lancé par le Premier consul. Les travaux sont effectués de 1804 à 1810. Le 17 mars 1805, Napoléon (il allait se faire couronner roi d'Italie, à Milan) inspecte le chantier et demande d'activer les travaux. En 1810, le gros oeuvre est terminé. À la fin du siècle, la caserne prend le nom de caserne Curial, en souvenir d'un général savoyard de Napoléon Ier (Philibert Curial : 21 avril 1774, Saint-Pierre d'Albigny- 30 mai 1829, Paris : voir G. Six, tome 1, p. 275 ; Maurice Messiez, Le général Curial, Société Savoisienne d'Histoire et d'Archéologie, janvier 1987 ; l'auteur relate aussi, avec talent, la passion de Stendhal pour Mme Curial). Depuis le départ de l'armée, dans les années 1970, le quartier Curial a fait l'objet d'une réhabilitation réussie. L'ancienne caserne a conservé l'ordonnancement d'origine, autour de sa vaste cour carrée. Elle a été réaménagée par l'Atelier municipal d'architecture, pour accueillir commerces et bureaux.
(9) En 1806, Napoléon a nommé Mme de Montalivet, dame du Palais de la Maison de l'Impératrice (Almanach impérial, 1810, p. 77).
(10) Sources : Michaud, Biographie universelle, tome 29, p. 31 ; Dictionnaire Napoléon : p. 1191, notice Montalivet, par J. Tulard ; p. 1353, rubrique « Ponts-et-Chaussées », par A. Lorion ; p. 365, rubrique « Canaux », part Michèle Merger ; p. 1482, rubrique « Routes », par J. Tulard ; Napoléon, éd. Rencontre, 1969, tome 3, p. 184 ; t. 4, p. 141 ; La glorieuse épopée de Napoléon, la France sous l'Empire, Atlas, .juillet 2004 : Le corps des ingénieurs et les Ponts-et- Chaussées, p. 26 ; J.-P. Tarin, Les notabilités du Premier empire, leurs résidences en Île-de-France, Ch. Terana, éditeur, 2002, tome 1, p. 271 ; Thierry Lentz, Dictionnaire des ministres de Napoléon, éd. Christian, 1999 ; Georges Poisson, Napoléon Ier et Paris (Tallandier, 2002) ; Maurice Guerrini, Napoléon et Paris, trente ans d'histoire, Téqui, Paris, 1967.

 
     
 
 

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