<i>Napoleonica La Revue</i>, revue internationale d'histoire des Premier et Second Empires napoléoniens, articles, bibliographies, documents, comptes rendus de livres, en français et en anglais : n° 19, juin 2014
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Pour découvrir l'histoire napoléonienne, pas à pas, parfaire ses connaissances et poursuivre des recherches personnelles, pour tous les amateurs et les historiens passionnés, laissez-vous guider parmi un riche ensemble d'articles et de dossiers thématiques, d'images commentées, d'outils pour travailler.

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BIOGRAPHIES

GEOFFROY SAINT-HILAIRE, Étienne (1772-1844), zoologiste


La vie d'Étienne Geoffroy Saint-Hilaire est passionnante et inattendue. Ce personnage s'inscrit dans les moments forts de son époque, témoin puis acteur d'avancées scientifiques déterminantes. Destiné à une vie monotone de notable de province, sa rencontre avec Bonaparte et l'Égypte est le point de départ d'une vie tournée vers les curiosités les plus étonnantes de la Nature.

Du collège de Navarre au Museum

Lithographie (auteurs supposés : Grégoire et Deneux),1840

Lithographie (auteurs supposés : Grégoire et Deneux),1840

Étienne Geoffroy Saint-Hilaire naît à Étampes, le 15 avril 1772, dans une famille originaire de Troyes. Il tient son nom du petit village de Saint-Hilaire à quelques kilomètres de sa ville natale. Il commence ses études dans la communauté barnabite, alors à la tête du collège d'Étampes. Son père, conseiller au Parlement de Paris, le destine à une carrière ecclésiastique. Il l'inscrit au Collège de Navarre. Ce pensionnat, qui accueille de jeunes provinciaux à quelques pas de la Sorbonne, sera, à la veille de la Révolution, pionnier en matière de Sciences modernes. Étienne quitte ainsi Étampes en 1784.
Ayant autrefois accueilli Richelieu, Bossuet ou Condorcet, le Collège de Navarre est un tremplin. L'établissement permet à Etienne de côtoyer des camarades comme Lavoisier et Berthollet. Il y suit les cours de Mathurin Jacques Brisson, professeur d'histoire naturelle et développe un goût de plus en plus prononcé pour cette discipline. Il s'évertue en même temps à concilier les ambitions de son père et les siennes.

En 1788, il est fait chanoine du chapitre de Sainte-Croix [1]. Parallèlement, il assiste aux cours que dispense Daubenton au Collège de France et à ceux du chimiste Antoine François de Fourcroy au Jardin du Roi, jardin que la Révolution française dotera d'un statut institutionnel en en faisant le Muséum en 1793. C'est dans ce nouvel établissement que, grâce à ses fonctions d'assistant de Daubenton, il devient l'un des douze professeurs du Nouveau Muséum d'Histoire Naturelle. Il dirige la chaire de zoologie et dote le Muséum de sa célèbre ménagerie qu'il constitue, pour l'anecdote, d'animaux saisis dans des ménageries ambulantes et chez des émigrés. Ses recherches se concentrent sur les mammifères qu'il présente, dans plusieurs ouvrages, avec le système de classification de Cuvier, avec lequel il a entretenu une correspondance continue.
La carrière ecclésiastique est désormais abandonnée. En 1804, il se mariera avec Angélique Jeanne Louise Pauline Brière de Mondétour, fille du maire du 2e arrondissement de Paris. De cette union naîtra un fils, Isidore.

L'expédition d'Égypte : le voyage d'une vie

En 1798, Étienne Geoffroy Saint-Hilaire fait partie de la commission scientifique qui accompagne Bonaparte en Égypte. Il intègre dès son origine l'Institut créé au Caire. Il y étudie particulièrement les poissons et se spécialise donc en ichtyologie.
Le quotidien des membres de l'expédition est particulièrement difficile. Le navire transportant les instruments de mesure a sombré. Les bédouins attaquent et tuent les scientifiques qui s'éloignent. La chaleur est accablante, les maladies épuisantes. La longueur de l'expédition désespère Étienne Geoffroy Saint-Hilaire, qui décrit à Cuvier la douleur de ses ophtalmies. Malade, il ne participe pas à l'expédition de Syrie.
La découverte du Polyptère bichir ravive son intérêt. Ce poisson, exceptionnel par la forme de ses nageoires, qu'il rapproche aux membres des mammifères, est un des trésors découverts lors de l'expédition. Geoffroy Saint-Hilaire réussit par ailleurs à rassembler la totalité des espèces du Nil et affirme alors que la Méditerranée et la Mer Rouge devaient être concomitantes [2].

Le retour d'Égypte signe la gloire de la plupart des savants qui ont accompagné Napoléon. Etienne en fait partie. En 1807, il est fait membre de l'Académie des Sciences [3]. L'empereur lui décerne la légion d'honneur, puis le nomme professeur de zoologie à la faculté des Sciences de Paris. En 1808, il lui demande de l'accompagner à Lisbonne pour s'emparer d'une partie des collections des Bragance, notamment des collections brésiliennes.
C'est à partir des spécimens rapportés d'Égypte qu'Étienne Geoffroy Saint-Hilaire conçoit sa théorie de la comparaison des organes. Il délaisse l'annotation des planches de la Description de l'Égypte pour se consacrer à cette étude comparative. Ses recherches le poussent vers les thèses transformistes. Dans la lignée de Lamarck, il montre que les espèces se sont transformées au cours de l'évolution. Sa rupture avec Cuvier, défenseur de la thèse fixiste [4], est consommée. Les anciens amis s'opposent farouchement mais les intellectuels soutiennent Geoffroy Saint-Hillaire.

Dans le cabinet des curiosités

Á son retour d'Égypte, Étienne Geoffroy Saint-Hilaire a commencé à étudier les animaux momifiés. De là, est né son intérêt pour la tératologie, l'étude des anomalies du développement embryonnaire, et pour l'anatomie comparée. Il s'agit de classer et d'expliquer le développement anormal de certains organes [5]. Il publie des ouvrages qui feront date comme sa célèbre Philosophie anatomique parue entre 1818 et 1822 et son Histoire naturelle des mammifères en 1819. En 1815, on le retrouve aux côtés de la Vénus hottentote, cette femme bochimane à la morphologie incroyable devenue l'attraction des scientifiques. Dans l'élan de ses études comparatives, il rapproche le visage de la jeune femme de celui des orangs-outangs et ses fesses à celles des femelles mandrills ; ce qui révolte aujourd'hui mais qui était pris très au sérieux à l'époque. En 1827, c'est lui qui accompagne Zarafa [6], la girafe offerte par le pacha d'Égypte à Charles X, depuis Marseille jusque Paris. Elle prend place dans la rotonde de la Ménagerie et attire plus de 600 000 curieux durant l'été 1827.
Les recherches d'Étienne Geoffroy Saint-Hilaire sont suspendues quelques années plus tard par l'attaque cardiaque qui le paralyse et le laisse aveugle. En 1841, il est dans l'obligation de démissionner, laissant son poste au Muséum à son fils Isidore, qui annotera à sa place les planches de la Description de l'Égypte. Etienne s'éteint en 1844. Son corps est inhumé au cimetière du Père Lachaise, sa tombe veillée par deux ibis majestueux. 
 
 
Soléna Cheny


 

[1] Dans le 3e arrondissement, actuellement cathédrale du culte catholique arménien.
[2] Les scientifiques confirment qu'il n'y avait qu'un océan, le Panthalassa et qu'un seul continent, la Pangée, il y a 270 millions d'années, ce qui explique la parenté de certaines espèces aujourd'hui séparées.
[3] Fondée en 1666 par Colbert pour seconder le roi, l'Académie des Sciences est une des cinq académies de l'Institut de France et siège au Collège des quatre nations.
[4] Les thèses fixistes défendent une existence de l'univers tel que le divin l'a conçut. Cuvier est ainsi soutenu par l'Eglise.
[5] Ces travaux seront prolongés par son fils Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, dans Propositions sur la monstruosité, considérée chez l'homme et les animaux, Thèse de médecine, 1829.
[6] Le Jardin des Plantes lui a consacré une exposition. http://www.jardindesplantes.net/la-veritable-histoire-de-zarafa

 
     
 
 

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