<i>Napoleonica La Revue</i>, revue internationale d'histoire des Premier et Second Empires napoléoniens, articles, bibliographies, documents, comptes rendus de livres, en français et en anglais : n° 19, juin 2014
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Du néoclassicisme à l’éclectisme, des prémices du romantisme à celles de l’impressionnisme, l’art des périodes napoléoniennes est multiple et continue de fasciner chercheurs, collectionneurs et simples amateurs. Amoureux des beaux-arts ou fin connaisseur des arts décoratifs, venez ici partager votre passion.

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La crèche des Bonaparte (maison Bonaparte, Ajaccio)

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Auteur :
ANONYMOUS

Date :
fin XVIe-début XVIIe s.

Technique :
Acajou, ébène, ivoire

Dimensions :
H. 0,66 m; L. 0,705 m; P. 0,455 m

Lieu de conservation :
Musée national de la Maison Bonaparte, Ajaccio
Fonds prince Victor, 1924, MB 61


Crédits :
© Musée national de la Maison Bonaparte

Commentaires

C'est un objet de dévotion qui est aussi une véritable oeuvre d'art. La crèche de la Maison Bonaparte, avec ses personnages d'ivoire très finement représentés, ses décors d'ébène et d'acajou, sa scénographie élaborée, est l'un des objets les plus intéressants du musée.
Les figurines sculptées dans l'ivoire montrent dans leurs attitudes et leurs expressions, dans la représentation de la chevelure de la Vierge et dans les plis des drapés, une très grande qualité d'exécution. Le décor de l'étable, où la blancheur de l'ivoire ressort fortement sur l'ébène sombre est également parfaitement composé et répond au sol à damiers noirs et blancs.
Une scénographie très maîtrisée oblige le spectateur à une observation attentive des détails et de l'ensemble. On ne peut pas voir d'un seul coup toute la mise en scène. Un mur de bois, à droite de la composition, cache au spectateur frontal l'un des personnages. Ce spectateur, d'abord attiré par la Nativité, s'attarde ensuite sur le personnage de gauche qui descend l'escalier et regarde la scène à travers une fenêtre. Nous suivons son regard et, après avoir contemplé la Sainte Famille, nous découvrons le personnage caché par le mur à droite : c'est un berger qui s'approche de l'enfant en portant un agneau. Il est caractérisé par un grand chapeau et un sac en bandoulière. Alors seulement nous savons que la scène représente l'épisode de l'Adoration des bergers.
Les proportions de la figure du jeune homme qui regarde à travers la fenêtre et du berger sont allongées. Elles évoquent les représentations maniéristes de la seconde moitié du XVIe siècle. L'impression est renforcée par l'attitude instable du jeune homme. Au contraire, Joseph et Marie sont des figures plus « monumentales » en dépit de leur petite échelle, et – Marie surtout – évoquent l'esthétique du Baroque. Ce qui permettrait de dater l'ensemble entre la fin du XVIe siècle et le début du XVIIe.
Une tradition, rapportée par Larrey, veut que cette crèche soit un cadeau rapporté par Bonaparte à sa mère au retour d'Egypte, Larrey précisant même : « Il avait rapporté à sa mère, entre autres objets recherchés en Orient, une crèche en ébène et acajou, dont les figures en ivoire étaient finement modelées. Cet objet curieux représentait un modèle de l'art industriel de la Syrie. »
Pourtant, on ne peut rien trouver de tel au Proche-Orient. La crèche est aussi très différente des crèches napolitaines dont les personnages, vêtus de véritables tissus, sont composés de mains et de visage en céramique ou en bois, supportés par une armature de fer.
C'est en Allemagne du sud que l'on trouve les crèches les plus semblables, par leur facture et par les matériaux employés. Sybe Wartena, du musée de Munich qui abrite l'une des plus importantes collections mondiales de crèches, retient cette origine et rapproche notre composition de l'école de Weilheim et aussi des travaux du sculpteur sur ivoire de la cour de Bavière, à Munich, Christof Angermaier (1580-1632). L'étable serait plus tardive et ne remonterait qu'au début du XIXe siècle.
Aujourd'hui, on accorde moins d'intérêt à l'affirmation de Larrey, et l'on pense que la crèche pourrait être un cadeau de Napoléon Bonaparte, Premier Consul, à ses cousins Ramolino vers 1802.
A noter enfin qu'1910, l'écrivain G. Lenôtre (de son vrai nom Louis Gosselin 1855-1935) surnommé « le grand historien de la petite histoire » publia à Paris ses Légendes de Noël, contes historiques, parmi lesquels le récit L'Etoile raconte une histoire totalement inventée de la crèche d'Ajaccio. Lenôtre imagine qu'elle est l'oeuvre d'un berger, cousin de la nourrice Illari, qui l'apporte depuis la montagne la veille de Noël à la Signora Letizia. Mais les fils Bonaparte n'auront de cesse que de la démonter, de se coiffer des couronnes des rois mages (!) et de brandir l'étoile qui a guidé ceux-ci vers Bethléem. L'auteur conclut en soulignant l'aspect prémonitoire de ces jeux d'enfants (les garçonnets devinrent rois, et l'étoile est assimilée à la comète qui aurait traversé le ciel à la mort de l'Empereur). Un dessin reproduit en page 13 du n° 1305 du Pèlerin illustre cette légende.


Jean-Marc Olivesi, conservateur en chef du Musée de la Maison Bonaparte
mars 2014

 
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