Paul Chenavard (1807-1895), dessinateur, par Pierre-Olivier DOUPHIS

Thèse placée sous la direction du professeur Bruno Foucart
Paris IV-Sorbonne

L'artiste d'origine lyonnaise Paul Chenavard est l'un des personnages de la sphère culturelle les plus éminents du XIXe siècle, bien qu'il doive surtout sa reconnaissance à sa culture encyclopédique et à sa verve de causeur, plutôt qu'à sa production artistique. Il faut cependant mettre à son actif son imposant projet de décoration de l'intérieur du Panthéon de Paris en 1848, projet qui fut rejeté car les thèmes que l'artiste abordait déplurent au puissant parti clérical. Celui-ci monnayait alors son soutien au Coup d'Etat contre le retour du bâtiment de Soufflot au culte. On peut ainsi assurer que le rejet du projet de Chenavard du Panthéon n'est pas le fait du futur Napoléon III qui n'avait aucune récrimination contre le travail de l'artiste. Quelques années plus tard en effet, Chenavard reçoit la Légion d'honneur en juillet 1853, à la suite du Salon où sont exposées cinq de ses toiles du Panthéon, peut-être comme une compensation.

Cette éviction du Panthéon, survenue peu de jours après le 2 décembre 1851, a beaucoup affecté Chenavard. Cependant, s'il abandonne la peinture, il n'en continue pas moins de créer. En effet le Second Empire est pour lui une période de projets de sculptures et d'architectures voire même de travaux publiques, souvent en lien direct avec les grands travaux du baron Haussmann dans la capitale.

Ainsi dès 1853, il propose avec le sculpteur Jean-Auguste Barre (médailliste et sculpteur officiel de la famille impériale) le couronnement de l'Arc de triomphe de l'Etoile avec une représentation de Napoléon Ier en vainqueur dans un quadrige accompagné de la Gloire et de la Renommée et de ses trois frères et de son beau-frère Murat. A la même époque il désire faire bâtir un autre arc de triomphe dédié à la gloire civile et industrielle sur la place du trône. Dans son esprit, les deux arcs forment les deux portes principales de la ville et sont reliés par l'un des bras de la "grande croisée" percée par Haussmann.

Au cours des années 1860, il propose de faire de Paris un port de mer en creusant un canal de Dieppe à Paris. Ce projet est sa marotte jusqu'à sa mort et dans les années 1870, il le fait même évoluer en prolongeant le canal jusqu'à la Méditerranée. A Lyon ce canal croiserait un autre venant d'Allemagne jusqu'à l'Atlantique. Dans son esprit ces canaux serviraient à faire de la France une grande puissance économique, moins refermée sur elle-même.

Au cours du Second Empire, il propose quelques autres sculptures commémoratives, à installer sur des tombeaux de grands hommes ou sur des places publiques. C'est le cas en 1858, d'un édicule à François Arago pour sa sépulture au cimetière du Père Lachaise, puis en 1862 d'un monument aux frères De Maistre à Chambéry.

Aucun de tous ces projets n'a été réalisé et leur connaissance nous est permise par quelques dessins et témoignages écrits. Si aucun des chercheurs précédents ne les a réellement pris en compte, ils permettent pourtant de connaître une facette différente de l'artiste Paul Chenavard, non plus seulement peintre mais aussi créateur de monuments. D'ailleurs, le peu de toiles peintes par Chenavard est compensé par un nombre beaucoup plus important de dessins qui présentent pour la plupart des projets de tableaux non exécutés. C'est en particulier le cas d'une composition dessinée datant de 1831 et représentant Mirabeau apostrophant le marquis de Dreux-Brézé, exécutée à l'occasion d'un concours organisé par Louis-Philippe pour décorer l'Assemblée nationale. Dans sa jeunesse, l'artiste s'est beaucoup intéressé à l'histoire toute récente et a aussi dessiné en 1833, une autre composition représentant Une séance à la Convention nationale, plus précisément la nuit du vote de la mort de Louis XVI. Cette œuvre est acquise par Thiers, puis par Ledru-Rollin qui la rend à Chenavard quand il doit partir en exil ; elle est exposée au Salon de 1853 et c'est peut-être à cette occasion que le Prince-Napoléon l'acquiert. Il n'est actuellement pas possible de savoir ce que le cousin de Napoléon III en a fait. On sait seulement qu'elle est de nouveau montrée en 1889, lors de l'Exposition centennale de l'art français.

S'il n'a jamais été proche d'aucun régime politique, c'est quand même sous le Second Empire, alors qu'il est en plein force de l'âge, que Chenavard se prend à rêver des bâtiments et des monuments qui n'auront pour seuls buts que l'embellissement de la Ville de Paris, le centre de la France et du monde, pour l'empereur et son préfet de la Seine, mais aussi pour l'élévation intellectuelle et culturelle du peuple.

Malheureusement pour lui, l'Empire ne semblant pas suivre ses idées, tous ces projets, des plus simples aux plus formidables sont restés enfermés dans des cartons, finalement détruits par Chenavard lui-même, ou aujourd'hui dispersés.

L'objectif de ce travail de recherche est d'établir un catalogue raisonné des oeuvres graphiques de Chenavard, présentées par ordre chronologique, c'est-à-dire les dessins qui sont connus, en particulier ceux conservés dans les collections publiques, et surtout celle du Musée des Beaux-Arts de Lyon, la plus importante car formée grâce aux dons de l'artiste lui-même, mais aussi ceux qui sont restés inconnus, comme les quelques projets de sculptures et d'architectures, car ils nous montrent un Chenavard comme on ne le connaissait pas encore.

Différentes études complémentaires du catalogue montreront les problèmes posés par les dessins (datation, techniques, thèmes destination), mettront en ordre les connaissances sur le grand projet du Panthéon, et feront une présentation des divers projets que l'artiste a proposés tout au long de sa vie, tant en ce qui concerne les toiles et les peintures murales que les sculptures et l'architecture, en rapport avec les idées et les influences du XIXe siècle.

I.D.