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Découvrez un peu de l'histoire musicale du Premier et du Second Empire, avec des textes et des partitions. Pour plus de renseignements, contactez Peter à hicks(at)napoleon(point)org.
Hymne de Guerre Paroles de M.-J. Chénier, musique de Méhul. (télécharger la partition)
Appelé le "frère de La Marseillaise" par les soldats de l'an II, le Chant du Départ (que Napoléon préférait à La Marseillaise) est devenu l'hymne national du Premier Empire. C'était avant tout une chanson de la Révolution. L'auteur des paroles était Marie-Joseph Chénier (1764-1811), très célèbre dramaturge et poète de l'époque. Il forma un "duo" remarquable avec Etienne-Nicolas Méhul (1763-1817), un des compositeurs les plus connus de son temps. Après la première représentation de leur œuvre dans le Jardin National le 14 juillet 1794 en commémoration de la prise de la Bastille, 18 000 copies étaient envoyées à l'armée.
Le Chant du départ (dont le titre original, Hymne de la liberté, fut changé par Robespierre) est un tableau musical, dans lequel chacun des sept versets est chanté par un individu ou groupes d'individus différents. Dans le premier verset, un Député s'adresse à des conscrits en train de partir et les encourage. Puis une mère "Spartiate" nous raconte comment elle ne pleurera pas la perte de ses enfants ; c'est plutôt aux rois à pleurer. Deux vieillards rappellent aux guerriers que leurs épées appartenaient dans le temps à leurs pères, et qu'ils attendront le retour des soldats dans leur foyer - pour entendre les doux mots de victoire et pour enfin mourir en paix. Ensuite, un enfant chante les histoires de Barra et Viala, deux très jeunes héros (âgés de 12 et 13 ans) morts glorieusement pour la République. Entouré de Vendéens, Barra refusa de crier "Vive Louis XVII", en préférant lancer "Vive la République", cri pour lequel il fut tué sur le champ. Viala fut touché par une balle alors qu'il essayait de couper à la hache les cordons d'un ponton de l'ennemi. Ses derniers mots furent "Je meurs, mais c'est pour la Liberté". Les gravures créées par Trimolet et exécutées par Garnier (1 et 4) et Boilly (2 et 3) montrent graphiquement ces événements. Epouses et amies chantent leur dévotion dans les verset 5 et 6, lorsque dans le septième et dernier verset les héros conscrits se disent prêts à partir et à se battre pour répondre aux exhortations des chanteurs précédents et pour apporter la liberté et la paix au monde entier. Comme La Marseillaise, le Chant du départ survécut aux périodes Révolutionnaire et Napoléonienne. Il est toujours chanté par l'armée française, et Valéry Giscard d'Estaing, alors président de la République, le faisait toujours jouer au cours de cérémonies officielles avec La Marseillaise. C'est un exemple classique de chant guerrier.
- Le Dictionnaire Napoléon, éd. J. Tulard, Paris : Fayard, 1999, s.v., "Chénier" et "Méhul"
- Bouzard, Thierry, Anthologie du chant militaire français, Paris : Grancher, 2000, pp. 30-32 - Chants et chansons populaires de la France, éd. H.-L. Delloye, Paris : Garnier Frères, première série, 1843, "Le chant du départ". Musique de la Reine Hortense de Beauharnais, paroles du Comte Alexandre de Laborde. (télécharger la partition)
Partant pour la Syrie, traditionnellement daté de 1807, est un exemple classique des chansons ou romances évoquant l'esprit du Moyen Age et de ses troubadours, genre qui fleurit sous le Premier Empire. La mélodie fut initialement attribuée à Hortense de Beauharnais, belle-fille de Napoléon. Puis le musicologue Arthur Pougin désigna, comme étant l'auteur véritable de la mélodie, un certain Louis-François-Philippe Drouet (1792-1855), flûtiste à la cour de Louis roi de Hollande. Les paroles furent écrites par le Comte Alexandre de Laborde (1774-1842), archéologue. De récentes découvertes expliquent la dés-attribution par Pougin, par son opposition au Second Empire, et confirment Hortense comme étant l'auteur de la musique de Partant pour la Syrie composée à Malmaison " pendant que [sa] mère jouait au tric-trac' (Mémoires, vol. 3, p. 119).
Le poème raconte l'histoire d'un croisé, Dunois, qui prie la vierge Marie de le bénir avant son départ à la croisade en Syrie. Victorieux, Dunois est récompensé par son seigneur, qui lui accorde la main de sa fille Isabelle. L'histoire utilise le personnage célèbre du Comte de Dunois, compagnon d'armes de Jeanne d'Arc. Cependant le " vrai " Dunois n'alla jamais en Syrie et n'épousa pas la fille de son seigneur. Considéré comme séditieux sous la Restauration ce chant fut un cri de ralliement des bonapartistes durant les heures sombres d'avant le Second Empire. Partant pour la Syrie connut un immense succès populaire sous le Premier Empire mais également pendant la Restauration puis le Second Empire. Louise Cochelet, lectrice de la reine Hortense, écrivit dans ses mémoires (vol. 1, p. 46-47) que la romance Le beau Dunois " fut tant chantée que les orgues de Barbarie la répétaient sans cesse dans les rues, dans les promenades, en tous lieux. Enfin on en était poursuivi à tel point que, quoique l'air de cette romance soit charmant, on finissait par en être fatigué. " Cette popularité ne devait pas diminuer. Pendant les décennies suivantes cette romance devait être connaître de nombreux arrangements pour différents instruments, par des compositeurs tels que Bochsa ou Dussek. Un ensemble de variations a même été édité pour le flageolet ! La mélodie de la reine Hortense roman connût son apogée sous le Second Empire, en devenant une sorte de deuxième " hymne national " de l'Empire, joué à presque chacune des cérémonies officielles. Bien qu'encore chantée par l'armée française, la romance de la reine Hortense est aujourd'hui complètement oubliée.
Hortense de Beauharnais, Mémoires de la reine Hortense, (éd. Jean Hanoteau), Paris : Plon, 1927, 3 vols
Bernard Chevallier, La reine Hortense : une femme artiste. Catalogue d'exposition au Château de Malmaison, 27 mai - 27 Septembre 1993, éd. Bernard Chevallier, Paris : RMN, 1993, 110 p. La partie intitulée Hortense et la musique, comprend les chapitres " La Reine Hortense et la musique ", par Dorothea Baumann, " Inspiration et renommée ; les romances de la reine Hortense dans leur époque ", par Alain Pougetoux, p. 21-24 Louise Cochelet, Mémoires sur la reine Hortense et la famille impériale, Paris : Ladvocat, 1836-38, 4 vols Arthur Pougin, Biographie universelle des musiciens et bibliographie générale de la musique, Paris, 1878-80. Plusieurs recueils de romances de la reine Hortense furent publiés, notamment : Romances mises en musiques par S.[a] M.[ajesté] L.[a] R.[eine] H.[ortense], 1813, chaque titre étant accompagné d'une aquarelle d'Hortense Romances composées par Hortense, duchesse de Saint-Leu. Huit romances nouvelles, Paris : Pacini, s.d., dont le premier titre est " Le beau Dunois " ou " Partant pour la Syrie " Douze Romances dédiées au prince Eugène par sa sœur, publiées avant 1825 Album artistique de la reine Hortense, 1853, Heugel et Co., luxueuse édition de 12 romances avec lithographies et pages de titres en chromolithographie.
Ier. Air après la victoire Allegro 2ème. Air dans le genre egiptien All[egr]o 3ème. Air Pas redoublé Allegro Coda (coup de canon).
Professeur de musique et compositeur français, tenant boutique d'instruments et de partitions, Bernard Viguerie est né à Carcassone vers 1761. Il est mort à Paris en mars 1819. A 22 ans il complète ses études musicales à Paris auprès de Jean-Jacques Beauvarlet-Charpentier. En 1795, il ouvre un 'Magasin de Musique et d'Instrumens' au 38, rue Vivienne, Paris. Il est surtout connu pour sa méthode d'apprentissage du piano (vers1795) dont il disait 'Il y a peu de travaux plus médiocres ou dont l'utilité est douteuse que cette soi-disant méthode ; mais il y en a peu qui ont eu autant de succès et ont été de nombreuses fois ré-éditées'. La production musicale de Viguerie comprend 13 pièces d'opus : les 5 premières datent de l'ouverture de sa boutique en 1795. L'opus 13 Douze Préludes est composé 10 ans plus tard. L'oeuvre présentée ici, Bataille de Maringo (sic), Pièce Militaire et Historique pour le Forte Piano avec accompagnemt de violon et basse. Dédiée à l'armée de réserve (opus 8), l'une des deux pièces de musique consacrées à des batailles - la seconde se dénomme Prague - a été composée entre le 14 juin 1800, date de la bataille de Marengo, et l'année 1805 (date de publication de la partition). Une copie manuscrite de cette oeuvre (anonyme) se trouve également à la Biblioteca Casanatense à Rome [Manuscript. 2533 (Olim: O.IV. 110), fols. 22-39, les indications sont traduites en italien et l'oeuvre est présentée pour 'jeunes demoiselles')].
Cette pièce est un remarquable exemple d'une oeuvre à 'programme' (littéralement, qui raconte le déroulement de la bataille) : les effets des bruits de canon, des coups de sabre, des charges de cavalerie sont non seulement indiqués musicalement, mais également par des mots et expressions inscrits au moment correspondant sur la partition.On peut imaginer que le pianiste (ou la personne tournant les pages de la partition pendant que le pianiste joue) lisait ces indications à l'ensemble du public. Les indications sont particulièrement soulignés pour les bruits de canon et le compositeur a même créé un symbole indicatif : 'on exprimera les coups de canon [...], en étendant l'avant bras droit et les deux mains à plat sur les trois octaves d'en bas, pour en faire sonner indistinctement toutes les notes ; on en soutiendra le son jusqu'à ce que les vibrations soient presque éteintes'. Trois airs de victoire concluent la bataille, l'un d'entre eux dans un style égyptien.
Fétis, F.-J., Biographie universelle des musiciens et bibliographie de la musique, (2ème éd., 1860-67), Paris : Librairie de Firmin Didot frères, fils et cie., vol. VIII (1867), p. 347.
Faure, G., La musique française de piano avant 1830, Paris : Didier, 1953. The New Grove : Dictionary of Music and Musicians ®, Stanley Sadie (éd.), London and New York : Macmillan Publishers Limited, 1999, vol. 19, p. 757. |
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