<i>Napoleonica La Revue</i>, revue internationale d'histoire des Premier et Second Empires napoléoniens, articles, bibliographies, documents, comptes rendus de livres, en français et en anglais : n° 21, juin 2015
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Du néoclassicisme à l’éclectisme, des prémices du romantisme à celles de l’impressionnisme, l’art des périodes napoléoniennes est multiple et continue de fasciner chercheurs, collectionneurs et simples amateurs. Amoureux des beaux-arts ou fin connaisseur des arts décoratifs, venez ici partager votre passion.

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Napoléon à bord du Bellerophon dans la rade de Plymouth

Napoléon à bord du Bellerophon dans la rade de Plymouth © Museum National Maritime, Londres

Napoléon à bord du Bellerophon dans la rade de Plymouth © Museum National Maritime, Londres

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Auteur
EASTLAKE Charles Lock

Date
1815

Technique
huile sur toile

Lieu de conservation
Museum National Maritime, Greenwich, Londres. Fonds Caird

Crédits
© Museum National Maritime, Londres

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Dans ce portrait en pied de Napoléon, Charles Lock Eastlake met en scène l'empereur déchu, revêtu de l'uniforme vert de colonel des chasseurs à cheval de la Garde, sur le pont du Bellerophon à bord duquel il monta le 15 juillet 1815 pour remettre son sort entre les mains du prince régent britannique, après l'échec d'une tentative d'exil aux États-Unis.
Plusieurs protagonistes encadrent l'Empereur. Au dernier plan, le spectateur aperçoit deux têtes, à gauche, de face, le capitaine Piontkowski en uniforme de la Garde polonaise, qui regarde le spectateur ; à droite, de trois quart dos, celle du général Bertrand (le plus proche parmi les fidèles, qui avait suivi l'Empereur à Elbe, est le moins visible de tous les personnages, presque anonyme).
Deux autres personnages sont présents, sur une diagonale qui traverse de part en part le centre du tableau et donc l'Empereur, et sur deux plans différents : Napoléon est encadré à sa gauche et à sa droite, mais aussi devant et derrière lui, par ces deux marins britanniques. Celui de droite se dresse dans une posture de garde, son arme pointée vers le ciel, le visage sans expression véritable, tandis que le second, manoeuvrant sans doute une corde du mat, fixe l'empereur déchu en contreplongée, dans une posture presque admirative. Ces deux figures résument l'ambivalence des sentiments des marins qui accueillent en ce mois de juillet celui qui, dans leur imaginaire, fut le pire ennemi de leur pays depuis plus de dix ans.
Sans nul doute, la posture et l'expression de l'Empereur sont fascinantes. Avec une attitude relativement désinvolte, son coude posé sur la rambarde, et son regard de biais, comme absent, il semble ignorer le spectateur comme son environnement immédiat, notamment l'Union Jack, symbole de sa défaite, qui le domine à sa droite. L'impression générale est en décalage avec la vision romantique ou tragique d'abattement que le peintre aurait pu insuffler à son oeuvre. On en viendrait presque à se demander si ce regard vide n'est pas l'effet du mal de mer que Napoléon a subi tout au long de sa traversée de la Manche vers Torbay… Bientôt, le gouvernement britannique éloigne le Bellerophon de Torbay vers la baie de Plymouth, le 26 juillet, pour empêcher l'Empereur de poser pied à terre. Nombre de curieux guettent tous les jours depuis leurs barques l'Ogre, captif et captivant, pour l'apercevoir sur le pont du navire. Le peintre de ce tableau, Charles Lock Eastlake, loue lui aussi un bateau pour croquer des esquisses de Napoléon. L'ex-souverain français se prête au jeu et salue les sujets britanniques venus à sa rencontre. Il semble ici très loin de cette scène de parade : peut-être entrevoit-il que son exil ne sera pas aussi simple qu'il l'espérait ; son expression difficile à déterminer, son regard lointain : la Légende va prendre son envol.
Bientôt fleurit dans la presse la rumeur de l'exil à Sainte-Hélène… Napoléon y est depuis octobre quand cette peinture est exposée à Londres à la British Institution où Eastlake connaît son premier franc succès : l'oeuvre attire les badauds qui n'ont pas pu tourner autour du Bellerophon, comme le représentera plus tard Jules Girardet dans un tableau aujourd'hui conservé à Plymouth. Pourtant la position artificielle de l'empereur des Français – car il se considère encore comme tel malgré l'abdication et entend faire respecter l'étiquette de sa cour sur le navire britannique – laisse à penser que le peintre ne s'est pas seulement fié à ses croquis pris sur le vif mais s'est peut-être inspiré d'autres tableaux de Napoléon pour réaliser le sien.
Durant les mois qui précèdent la bataille de Waterloo et le second exil, Eastlake a visité Paris et notamment le musée Napoléon, autrement dit le Louvre actuel. Il n'est pas impossible qu'il ait également visité également l'atelier de David, qui ne s'installe en exil à Bruxelles qu'après la seconde abdication. Le peintre officiel de la cour avait alors une seconde version dans son atelier du célèbre Napoléon dans son cabinet de travail, qui contrairement à l'original, représentant Napoléon en uniforme de colonel des grenadiers de la Garde impériale, figure Napoléon dans une posture assez similaire et dans le même uniforme que le portrait d'Eastlake. Le peintre, futur grand traducteur des oeuvres de Goethe sur l'esthétique, deviendra en 1843 le premier conservateur (1843) puis premier directeur (1855) de la National Gallery de Londres et président de the Royal Academy en 1850. Cet humaniste tourné vers la culture européenne laissera une grande collection à la National Gallery à sa mort en 1865.
 
Marie de Bruchard, juin 2015

   
   

 

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