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II. L'arrêt des hostilités
Convention
Quartier général, Judenburg, 18 germinal an V (7 avril 1797), minuit.
Le général Bonaparte, commandant en chef l'armée française en Italie,
Et S.A.R. l'archiduc Charles, commandant en chef l'armée impériale,
Voulant faciliter les négociations de paix qui vont survenir, conviennent :
Article premier. Il y aura suspension d'armes entre les armées française et impériale à dater de ce soir, 7 avril, jusqu'au 13 avril au soir.
Art. 2. L'armée française gardera la ligne suivante :
Les avant-postes de l'aile droite de cette armée resteront dans la position où ils se trouvent aujourd'hui, entre Fiume et Trieste ; la ligne se prolongera en occupant :
Treffen,
Littay,
Windisch-Feistritz,
Marburg,
Ehrenhausen,
La rive droite de la Mur,
Gratz,
Bruck,
Leoben,
Trofajach,
Mautern,
Le chemin de Mautern jusqu'à Rottenmann,
Rottenmann,
Irdning, suivant la vallée de l'Enns jusqu'à
Radstadt,
Saint-Michel,
Spittal,
La vallée de la Drave,
Lienz.
Art. 3. La suspension d'armes aura également lieu pour le Tyrol. Les généraux commandant les troupes françaises et impériales dans cette partie régleront ensemble les postes qu'ils doivent
occuper.
Les hostilités ne recommenceront dans le Tyrol que vingt-quatre heures après que les deux généraux en chef en seront convenus, et, dans tous les cas, vingt-quatre heures après que les généraux commandant les troupes françaises et impériales dans le Tyrol s'en seront réciproquement prévenus.
Fait à Judenburg, le 7 avril 1797.
Merveldt, général-major.
Le comte de Bellegarde, lieutenant général au service de S.M. l'Empereur.
Bonaparte, général en chef
de l'armée de la République française.
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CORRESPONDANCE
DE NAPOLÉON
Au prince Charles,
commandant l'armée autrichienne
Quartier général, Klagenfurt, 11 germinal an V (31 mars 1797).
Monsieur le Général en chef, les braves militaires font la guerre et désirent la paix. Celle-ci ne dure-t-elle pas depuis six ans? Avons-nous assez tué de monde et commis assez de maux à la triste humanité! Elle réclame de tout côté. L'Europe, qui avait pris les armes contre la République française, les a posées. Votre nation reste seule, et cependant le sang va couler encore plus que jamais. Cette sixième campagne s'annonce par des présages sinistres; quelle qu'en soit l'issue, nous tuerons de part et d'autre quelques milliers d'hommes de plus, et il faudra bien que l'on finisse par s'entendre, puisque tout a un terme, même les passions haineuses.
Le Directoire exécutif de la République française avait fait connaître à S. M. l'Empereur le désir de mettre fin à la guerre qui désole les deux peuples: l'intervention de la cour de Londres s'y est opposée. N'y a-t-il donc aucun espoir de nous entendre, et faut-il, pour les intérêts ou les passions d'une nation étrangère aux maux de la guerre, que nous continuions à nous entr'égorger? Vous, Monsieur le Général en chef, qui, par votre naissance, approchez si près du trône et êtes au-dessus des petites passions qui animent souvent les ministres et les gouvernements, êtes-vous décidé à mériter le titre de bienfaiteur de l'humanité entière, et de vrai sauveur de l'Allemagne? Ne croyez pas, Monsieur le Général en chef, que j'entende par là qu'il ne vous soit pas possible de la sauver par la force des armes; mais, dans la supposition que les chances de la guerre vous deviennent favorables, l'Allemagne n'en sera pas moins ravagée. Quant à moi, Monsieur le Général en chef, si l'ouverture que j'ai l'honneur de vous faire peut sauver la vie à un seul homme, je m'estimerai plus fier de la couronne civique que je me trouverais avoir méritée, que de la triste gloire qui peut revenir des succès militaires. Je vous prie de croire, Monsieur le Général en chef, aux sentiments d'estime et de considération distinguée avec lesquels je suis, etc.
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Réponse de l'archiduc Charles à la lettre du général Buonaparte.
«Monsieur le général,
«Assurément, tout en faisant la guerre, monsieur le général, et en suivant la vocation de l'honneur et du devoir, je désire, ainsi que vous, la paix, pour le bonheur des peuples et de l'humanité.
«Comme néanmoins, dans le poste qui m'est confié, il ne m'appartient pas de scruter ni de terminer la querelle des nations belligérantes, et que je ne suis muni, de la part de sa majesté l'empereur, d'aucun plein pouvoir pour traiter, vous trouverez naturel, monsieur le général, que je n'entre là-dessus avec vous en aucune négociation, et que j'attende des ordres supérieurs sur un objet d'aussi haute importance, et qui n'est pas foncièrement de mon ressort.
«Quelles que soient, au reste, les chances futures de la guerre, ou les espérances de la paix, je vous prie de vous persuader, monsieur le général, de mon estime, et d'une considération distinguée.»
«Cette correspondance, infiniment plus franche de la part du général français que de celle de l'archiduc, et où le premier conserve, à tous égards, une supériorité de caractère digne d'être remarqué, et surtout l'extrême péril où se trouvait la cour impériale, ne permettaient pas de douter qu'elle n'en vînt très vite aux voies de conciliation» (Commentaire d'un ouvrage de l'époque).
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Au sérénissime doge de la République de Venise
Quartier général, Judenburg, 20 germinal an V (9 avril 1797).
Toute la terre-ferme de la sérénissime République de Venise est en armes. De tous les côtés, le cri de ralliement des paysans que vous avez armés est: «Mort aux Français!» Plusieurs centaines de soldats de l'armée d'Italie en ont déjà été les victimes. Vous désavouez vainement des rassemblements que vous avez organisés. Croyez-vous que, dans un moment où je suis au cur de l'Allemagne, je sois impuissant pour faire respecter le premier peuple de l'univers? Croyez-vous que les légions d'Italie souffriront le massacre que vous excitez? Le sang de mes frères d'armes sera vengé, et il n'est aucun des bataillons français qui, chargé d'un si noble ministère, ne sente redoubler son courage et tripler ses moyens. Le sénat de Venise a répondu par la perfidie la plus noire aux procédés généraux que nous avons toujours eus avec lui. Je vous envoie mon premier aide de camp pour être porteur de la présente lettre. La guerre ou la paix. Si vous ne prenez pas sur-le-champ les moyens de dissiper les rassemblements, si vous ne faites pas arrêter et livrer en mes mains les auteurs des assassinats qui viennent de se commettre, la guerre est déclarée. Le Turc n'est pas sur vos frontières, aucun ennemi ne vous menace; vous avez fait à dessein naître des prétextes pour avoir l'air de justifier un rassemblement dirigé contre l'armée: il sera dissous dans vingt-quatre heures. Nous ne sommes plus au temps de Charles VIII. Si, contre le vu bien manifeste du Gouvernement français, vous me réduisez au parti de faire la guerre, ne pensez pas cependant qu'à l'exemple des soldats que vous avez armés, les soldats français ravagent les campagnes du peuple innocent et infortuné de la terre-ferme; je le protégerai, et il bénira un jour jusqu'aux crimes qui auront obligé l'armée française à le soustraire à votre gouvernement tyrannique.
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