Biographie de Mohammed Saïd
Extraite de Pierre Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle

Saïd-Pacha (Mohammed) (1822-1863)

Vice-roi d’Égypte, né au Caire en 1822, mort dans cette ville en 1863.
Il était le quatrième fils de Méhémet-Ali et d’une Circassienne, qui se consacra tout entière à son éducation et le fit élever à l’européenne par des professeurs, français pour la plupart, entre autres Koenig-Bey, qui devint plus tard son secrétaire des commandements.

Malgré son aptitude pour les études littéraires et scientifiques, il préféra, en raison de son tempérament fougueux, une existence très active. Son père ayant expressément désiré qu’il entrât dans la marine, il fut, très-jeune encore, nommé grand amiral de la flotte.


 
Mohammed Saïd
par H.P. Delin
(Association du Souvenir de Ferdinand de Lesseps et du Canal de Suez)

La mort de son neveu Abbas l’éleva au rang de vice-roi, en vertu du firman de 1841, qui déclare la vice-royauté d’Égypte héréditaire dans la famille de Méhémet-Ali par ordre de primogéniture. Il alla donc recevoir l’investiture à Constantinople et s’appliqua à gagner la confiance de tous les membres du divan impérial, puis, de retour au Caire, il arma un corps de 10 000 hommes qu’il envoya au sultan pour l’aider à soutenir la guerre contre les Russes.

Il fit ensuite les efforts les plus intelligents pour continuer l’œuvre civilisatrice ébauchée par son père et interrompue par son prédécesseur. A cet effet, il exécuta plusieurs voyages dans l’intérieur de l’Égypte et jusque dans le Soudan.
Grâce à son initiative personnelle, toutes les branches de l’administration, la justice, le système de la propriété foncière, les finances, furent l’objet d’heureuses modifications. Il abolit les monopoles, distribua aux chefs de famille des terres non cultivées, allégea les charges qui pesaient sur les fellahs et entreprit ou continua plusieurs travaux d’utilité publique, entre autres le barrage du Nil, commencé sous Méhémet-Ali.

Le service militaire, qui pesait alors exclusivement sur les pauvres, fut rendu obligatoire pour toutes les classes, par suite d’un système de recrutement qui appela indistinctement tous les jeunes Égyptiens sous les drapeaux.

    “ En même temps, dit un biographe, qu’il remplaçait l’impôt en nature par l’impôt en argent, le vice-roi s’appliquait à fonder le crédit de son pays sur la bonne gestion des revenus publics. Aujourd’hui, l’Égypte peut compter parmi les États musulmans dont le crédit est le mieux assis, ainsi que l’a démontré le succès de l’emprunt de 40 millions que son gouvernement a contracté à Londres en août 1860, pour liquider une partie de sa dette flottante. ”

Mais le principal titre de Saïd-Pacha à l’estime de la postérité est le patronage qu’il accorda au percement de l’isthme de Suez, entreprise gigantesque qu’il encouragea par tous les moyens dont il put disposer, malgré la résistance passive du sultan. Un gouvernement si énergique à la fois et si sage acquit à Saïd-Pacha l’estime de l’Occident et particulièrement de la France, où il reçut, en mai 1863, l’accueil le plus sympathique. Saïd-Pacha est mort en laissant deux femmes et un enfant, Toussoun, âgé de dix ans. Il a eu pour successeur son neveu Ismaïl-Pacha.