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A mi-chemin entre l'Ile-de-France et la Picardie, Compiègne est une destination que tous les passionnés du Premier et du Second Empire se doivent de connaître. Sa situation exceptionnelle, en bordure d'une vaste forêt giboyeuse au coeur de la vallée de l'Oise, explique la fascination ressentie par tous les rois de France pour cet endroit. Plus que l'axe de communication, ce sont les chasses dans la belle forêt de Compiègne qui assurèrent le succès de cette étape devenue au fil des siècles résidence royale. Au XVIIIe siècle, le comte de Cheverny témoignait ainsi de l'engouement de Louis XV : "La chasse était sa passion principale [...] Compiègne était un endroit délicieux pour satisfaire cette passion avec sa forêt immense, les allées à perte de vue, routes cavalières dans lesquelles on peut s'étendre toute une journée sans en voir la fin." Et Madame Adélaïde, la fille du roi, ne tarissait pas d'éloges sur "le charmant Compiègne" qu'elle aimait "à la folie"... Villégiature préférée des souverains français - Louis XIV y fit 75 séjours, Compiègne devint un passage obligé lors des cérémonies du Sacre au retour de Reims. L'Empire redonna tout son faste au palais mis à mal par la Révolution en le transformant en résidence impériale à l'égal de Versailles ou de Fontainebleau. Après Napoléon Ier, Napoléon III succomba au charme du lieu. Compiègne brillera en effet de ses derniers feux sous le Second Empire. Résidence d'automne de la cour impériale, le château et ses environs virent défiler toute la société de l'époque lors des célèbres "Séries". Depuis, la ville a su préserver ses richesses naturelles et culturelles. Elle offre aujourd'hui de multiples possibilités de visites comme cet itinéraire qui vous propose de découvrir son passé impérial.
Notre itinéraire débute au coeur du vieux Compiègne devant l'Hôtel de Ville. L'architecture de ce bel édifice construit à la fin du XVe siècle sous Louis XII, marque une transition entre le gothique finissant et la première Renaissance. Viollet-le-Duc, qui le restaura au XIXe siècle, le définissait comme "le meilleur exemple d'architecture civile du nord de la France". Son beffroi renferme la "Bancloque", une des plus anciennes cloches connues, datant de 1303. A son sommet, les trois Picantins - un Allemand, un Anglais et un Bourguignon en costume du XVIe siècle, rythment la vie de la cité en "piquant le temps", c'est à dire en frappant de leur maillet pour faire sonner les heures. Première étape de cet itinéraire, le musée de la Figurine historique est installé dans une annexe à droite de l'Hôtel de Ville, dans l'ancien hôtel de la Cloche et de la Bouteille où fit halte Alexandre Dumas en 1836. Il y situa d'ailleurs une scène du Comte de Monte- Cristo. Né en 1927 du legs de la collection d'Alfred Ternisien, ce musée dresse un panorama de l'histoire militaire de la France, de l'Antiquité à la seconde Guerre mondiale. 100 000 figurines civiles et militaires des XVIIIe, XIXe et XXe siècles sont réunies sous forme de dioramas. L'épopée napoléonienne tient une place particulière dans cette évocation avec comme point d'orgue la reconstitution impressionnante de la bataille de Waterloo. Cet étonnant musée constitue une introduction parfaite à la découverte de Compiègne et de son histoire.
Pendant la Révolution française, le palais royal de Compiègne passa sous la direction du ministère de l'Intérieur chargé d'en liquider les biens. Durant l'année 1795, les ensembles mobiliers du château furent vendus et les oeuvres d'art versées au Muséum central. 1799 et 1800 virent l'installation du Prytanée militaire et la première visite de Bonaparte. En 1803, nouvelle visite du Premier Consul qui constata par lui-même les dégâts engendrés par l'établissement de l'Ecole des Arts et Métiers. Passé dans le domaine impérial en 1804, Compiègne fut remis en état d'être habité à partir de 1807 suite à un ordre de Napoléon donné depuis Finkenstein. Les architectes Berthault, Percier et Fontaine, les décorateurs Dubois et Redouté, les ébénistes Jacob-Desmalter et Marcion, constituèrent l'équipe chargée de rendre son faste au palais. La distribution des pièces fut remaniée, la galerie de bal réalisée, le jardin replanté et relié directement à la forêt. Renouant avec le cérémonial d'Ancien Régime, c'est à Compiègne que Napoléon reçut sa nouvelle épouse Marie-Louise en 1810, tout comme Marie-Antoinette y avait été accueillie quarante ans plus tôt. En 1814, de retour d'exil, cest également à Compiègne que Louis XVIII fut reçut par les maréchaux de Napoléon.
Le Premier Empire a fortement marqué la décoration du château. "Compiègne rappelle Napoléon comme Versailles Louis XIV" disait Auguste Luchet, gouverneur provisoire du palais en 1848 qui proposa d'en faire un musée impérial. Une partie des décors témoigne encore des aménagements réalisés pour Louis XVI et Marie-Antoinette mais le style Empire domine. Compiègne saffirme ainsi comme la seule des résidences impériales à présenter aujourdhui un ensemble original de décors et de mobilier des années 1808-1810. D'une façon générale, la Restauration et la Monarchie de Juillet ne modifièrent pas sensiblement le palais. La distribution des pièces et l'ameublement restèrent ceux de la fin de l'Empire. Seules des emblèmes napoléoniens furent effacés. En revanche, le mobilier fut en partie changé sous le Second Empire de même que le décor de quelques pièces. Les appartements historiques proposent plusieurs parcours de visite : l'appartement du Roi puis de l'Empereur, l'appartement de l'Impératrice, l'appartement de la Reine puis du Roi de Rome et l'appartement du Dauphin et de Madame Royale puis appartement double de Prince. Dans chaque appartement, l'état restitué des différentes pièces répond à un rigoureux soucis de vérité historique.
Sous le Second Empire, Compiègne renoua avec les fastes du passé. A partir de 1856, Napoléon III et Eugénie en firent leur résidence dautomne et instituèrent les « Séries ». Pendant un mois et demi (en général de fin octobre à début décembre), les souverains conviaient chaque semaine une centaine dinvités acheminés par trains spéciaux depuis la gare du Nord. Lélite du monde politique, artistique ou scientifique du Second Empire défila ainsi à Compiègne lors de séjours où se succédaient les divertissements les plus variés. Le Musée du Second Empire conserve le souvenir de cette époque brillante. Installé dans les anciens appartements des Maréchaux, il fut créé en 1953 et rassemble des collections de peintures, sculptures, mobilier et objets d'art. Sans être un panorama artistique de la période, il fait une place de choix à des artistes majeurs comme Carpeaux, Couture, Meissonier, Winterhalter, Boudin ou Daumier. Portraits officiels, sujets historiques ou scènes militaires, représentations de la vénerie impériale, cadeaux offerts aux souverains, créations des manufactures et objets présentés aux Expositions universelles, restituent l'atmosphère du règne.
Le musée de l'Impératrice constitue un complément indispensable à la visite du musée du Second Empire. Rassemblant des souvenirs personnels de la famille impériale, il présente les aspects plus intimes de leur vie depuis le mariage de Napoléon III et d'Eugénie jusqu'à la mort tragique du prince impérial en 1879. L'éducation de l'héritier du trône, les oeuvres charitables des souverains, leurs séjours en province ou à l'étranger, leur vie en exil et le voyage fatal du Prince impérial en Afrique du Sud sont les principales évocations de ce musée très émouvant. Dernier musée abrité par le château de Compiègne, le Musée de la Voiture et du Tourisme, créé en 1927 à l'initiative du Touring club de France, retrace histoire de la locomotion et de la voiture hippomobile depuis les origines de lattelage jusquaux débuts de lautomobile. Entre carosses et voitures attelées, on peut admirer, entre autres, la berline dapparat avec laquelle Bonaparte fit son entrée dans Bologne en 1796 ou le wagon de chemin de fer entièrement capitonné du train impérial de la Compagnie du Nord qui transportait Napoléon III. En sortant à droite du château, prenez la rue dUlm pour atteindre le théâtre impérial. Construit à la demande de Napoléon III, il ne fut inauguré quen ... 1991 ! La défaite de Sedan en 1870 et la chute du Second Empire stoppèrent les travaux et une partie de la décoration ne fut jamais mise en place. Relié au château par une galerie couverte qui forme pont, cette construction remarquable qui sinspire de lOpéra de Versailles, est dotée dune acoustique exceptionnelle. Le Théâtre français de la Musique y présente toute lannée opéras et concerts lyriques. En revenant sur vos pas, longez le château jusqu'à l'entrée du parc.
Ange-Jacques Gabriel avait dessiné les plans d'un jardin à la française entre le château et la forêt lors de son projet de reconstruction. Inachevé à la Révolution, le jardin eut à souffrir de l'installation du Prytanée militaire. En 1808, Napoléon ordonna son réaménagement qui débuta par la réalisation d'une rampe en pente douce permettant l'arrivée des voitures devant les appartements sur la terrasse. En 1811, Berthault présenta le plan définitif d'un jardin à l'anglaise. Une tente fut dressée le long de la façade pour protéger les appartements du soleil, trois pavillons de repos furent érigés, un ensemble de treillage en berceau fut élévé "de manière qu'on puisse aller à couvert et à l'ombre du château à la forêt", enfin la création d'un grand parc reliant le jardin à la forêt fut mise en oeuvre.
Prolongement direct du parc du château, la Forêt domaniale de Compiègne a toujours bénéficié d'une excellente gestion en raison de l'attrait qu'elle exerça sur les souverains français férus de chasse. Jouxtant les forêts de Laigue et dOurscamps, elle faisait partie de lancienne forêt de Cuise, propriété des rois francs. Percée dallées magnifiques et donc idéale pour le cheval, riche en gros gibier, elle fut un lieu de prédilection pour les chasses à courre. Les essences principales sont le chêne, le hêtre et le charme. Elle sétend sur près de 15 000 hectares et est sillonnée par 35 km de voies cyclables, 1000 km de chemins et de routes ponctuées de quelques 273 carrefours aux noms évocateurs balisés délégants poteaux sur lesquels une marque rouge rappelle au promeneur la direction de Compiègne. Les chemins tracés pour les besoins de la chasse à courre font désormais le bonheur des randonneurs.
L'itinéraire se poursuit ici en voiture (ou en vélo !) à travers la forêt. Prendre la route Eugénie qui relie Compiègne à Pierrefonds en passant par Vieux Moulin, un charmant village forestier au pied du Mont St-Marc qui conserve de nombreuses maisons Second Empire. Le départ des chasses à courre y était souvent donné ; seuls les invités qui avaient "le bouton" pouvaient y prendre part, les autres suivaient en attelage. Sous le Second Empire, les chasses se concluaient le soir dans la cour du château par un terrible spectacle, la curée aux flambeaux. Poursuivre sur cette route jusqu'aux étangs de Saint-Pierre près desquels se trouve lancien pavillon de chasse de lImpératrice Eugénie. Construit en 1861, il accueillait les haltes des invités impériaux lors des chasses. Restauré récemment, le bâtiment conserve deux cheminées au chiffre de Napoléon et une tapisserie illustrant une scène de chasse. Puis, au bout de la route Eugénie, se dresse la silhouette de légende du Château de Pierrefonds, superbe exemple darchitecture militaire restauré dans un état quil na jamais connu par Viollet-le-Duc. Construit au XVe siècle par Louis d'Orléans, démantelé au XVIIe siècle, il fut littéralement recréé au milieu du XIXe siècle par le génial architecte de Napoléon III qui y donna toute la mesure de son talent. Les appartements de l'Empereur et de l'Impératrice témoignent encore aujourd'hui de ses conceptions décoratives novatrices. A chaque séjour à Compiègne, le couple impérial organisait une visite des ruines de Pierrefonds afin de juger de l'avancée des travaux. La plupart des invités des "Séries" y était conviée. Entre restitution archéologique et interprétation fantaisiste, Pierrefonds clôt avec panache cet itinéraire impérial. |
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