<i>Napoleonica La Revue</i>, revue internationale d'histoire des Premier et Second Empires napoléoniens, articles, bibliographies, documents, comptes rendus de livres, en français et en anglais : n° 19, juin 2014
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Parcs et Jardins : les promenades parisiennes du Second Empire

 


 

L'histoire du jardin se confond à Paris avec celle de la royauté d'une part et avec celle des congrégations religieuses d'autre part. Lorsque le pouvoir royal se fixe à Paris sous les Capétiens, la capitale connaît alors une vague importante de construction : le jardin, lié à la demeure, apparaît avec ce morcellement. Il faut ajouter à cela le rôle des enclos religieux tels ceux de Saint-Martin-des-Champs, de Saint-Germain-des-Prés, de Sainte-Geneviève ou de Saint-Victor, qui constituent de véritables réserves végétales.

Au XVe siècle, le jardin est un lieu clos subdivisé en rectangles. Il est avant tout un espace privé de dimensions modestes, caché à l'abri de murailles ou de palissades. Sa vocation première est d'être utilitaire : on y cultive toute la production alimentaire nécessaire à la vie de la demeure attenante ou bien des plantes médicinales. Cette fonctionnalité n'empêche pas cependant un certain raffinement dans les compositions et les jardins de cloîtres, souvent animés d'une fontaine, témoignent d'une évolution vers un lieu de recueillement et de méditation.
 
Dès la fin du Moyen-Age, et notamment sous l'influence des Croisades qui ramenèrent d'Orient une nouvelle conception du jardin, une distinction s'amorce entre jardin d'agrément et jardin d'utilité. De plus, le pittoresque apparaît avec l'introduction d'animaux exotiques. Les machineries de la Renaissance vont transformer le jardin en espace ludique, conception qui trouvera son apothéose au XIXe siècle avec la popularisation des espaces verts.
 
A partir du XVIe siècle, le développement de l'architecture princière privée entraîne un enrichissement considérable de la capitale en parcs et jardins. Dans le même temps, la population parisienne prend l'habitude de se promener près des enceintes de la ville, qui, peu à peu, en perdant leurs fonctions militaires, se transforment en lieu de détente où fleurissent théatres, cafés, jardins, tonnelles ou maisons de plaisirs. L'aménagement du jardin des Tuileries détermine une première extension de la ville hors des enceintes. Ce mouvement inauguré par une percée de verdure influencera considérablement le développement urbain de Paris vers l'Ouest.
 
Au XVIIe siècle, l'art du jardin à la française atteint son apothéose. Alors qu'au XVIe, l'espace n'était traité que par séquence successive - survivance du carré fermé du jardin médiéval, le jardin devient alors un immense champ de perpective végétale où la rigueur géométrique est compensée par des fantaisies dues essentiellement à l'art des grottiers. Le plus célèbre d'entre eux, Bernard Palissy, travailla par exemple aux Tuileries réaménagées par Le Nôtre. Mais d'une façon générale, les jardins parisiens sont négligés au profit des ostentatoires parterres royaux de Versailles.
 
Au XVIIIe siècle, l'art du jardin bascule dans la fantaisie. Alors qu'au siècle précédent il était nécessaire d'avoir une vision globale pour apprécier la réussite de la composition dans son unité, les effets de surprise sont désormais privilégiés. Le promeneur découvre au gré de sa flânerie des petits monuments, temples chinois, portiques à colonnes, bergerie, fontaines, autant d'accumulations qui témoignent du goût nouveau pour les ruines dans une nature recomposée. Au jardin expression du pouvoir, succède le jardin réduction miniature du monde. Tous les aspects de la nature y sont reproduits : vallées, collines, rivières, sentiers...C'est alors le règne des Folies dont les parcs de Bagatelle et de Monceau ou la folie Saint-James de Neuilly ne sont que des survivances considérablement modifiées. Les jardins s'ouvrent au public comme celui du Palais-Royal, qui devient la promenade favorite des parisiens du siècle des Lumières ou ceux des congrégations religieuses dont le plus célèbre était le verger des Chartreux à l'Observatoire.
 
Sous la Révolution, les jardins privés de l'aristocratie sont saccagés, pillés, vendus et lotis. Avec l'Empire, ils sont heureusement restaurés. Napoléon repense en effet un plan d'ensemble de la capitale où les espaces verts doivent s'affirmer avec plus de vigueur dans de grands effets de perspective, renouant par là avec une certaine conception classique du jardin. C'est alors l'achèvement de la percée des Champs-Elysées close par l'Arc de Triomphe de l'Etoile, la rénovation des Tuileries ou le grand projet d'aménagement de la colline de Chaillot.
 
La Restauration voit l'action intéressante du préfet Rambuteau qui s'affirme comme l'initiateur du jardin à vocation publique. Le premier jardin public de quartier est ouvert au pied de la cathédrale Notre-Dame. Réaménagé par Alphand, c'est aujourd'hui le square de l'Archevêché.
 
C'est le Second Empire qui inaugure une véritable politique d'aménagement des espaces verts à Paris. Dans un but tant philanthropique qu'hygiéniste, Napoléon III prévoit la réalisation de quatre grands pôles de nature aux points cardinaux de la capitale : les parcs des Buttes-Chaumont et de Montsouris au nord et au sud, les bois de Boulogne et de Vincennes à l'ouest et à l'est. De plus, il prévoit tout un ensemble de squares de quartier destiné au délassement de la population qu'elle soit ouvrière ou bourgeoise. Il faut ajouter à cela les innombrables places et avenues plantées de platanes et de marronniers - les arbres favoris du baron Haussmann qui n'hésitait pas à en mettre partout, au grand dam des ingénieurs des Ponts et Chaussées qui voyaient en eux des ennemis pour leur cher macadam ! Les principales sont la place Malesherbe, celle de Grenelle, les avenues de l'Observatoire et du président-Wilson (alors appelée avenue de l'Empereur), le boulevard Richard Lenoir... L'architecte Davioud est chargé de dessiner l'ensemble du mobilier urbain dont une grande partie subsiste encore aujourd'hui : bancs, corbeilles, kiosques, fontaines, candélabres, poteaux d'affichage ou indicateurs, grilles et balustrades, exèdres, embarcadères, abris divers, restaurants et maisons des gardes. Outre les marronniers et les platanes, deux essences relativement communes, les jardiniers plantent des sophoras, des tilleuls, des érables, des acacias, des cédrelas, des peupliers, des ormes, des pins noirs tandis que les massifs se composent d'arbustes à feuillage persistant comme des ifs, des aucubas, des fusains, des buis ou des lauriers. Les parterres de fleurs voient s'épanouir des espèces rares, géraniums, bégonias, dahlias, pétunias qui s'acclimatent si bien qu'elles en sont devenues très banales aujourd'hui.
 
Après la guerre de 1870, cette politique est peu suivie même si l'esprit en est définitivement acquis. Pendant près de cent ans, le lotissement est privilégié au détriment des espaces verts notamment lors de la suppression des dernières fortifications. Après la seconde guerre mondiale, les jardins parisiens sont plus ou moins négligés jusqu'au début des années soixante-dix où la ville de Paris entreprend une campagne de création de parcs et de jardins renouant avec la politique impériale : le parc Georges Brassens, le parc de Belleville, le jardin des Halles, le parc de Bercy, le parc André Citroên, les promenades plantées de Daumesnil ou de Reuilly-Bastille, le jardin Atlantique recouvrant la gare Montparnasse et le projet de réaménagement des Tuileries dans le cadre des grands travaux du palais du Louvre.
 
Si l'on ajoute à tous ces espaces, les jardins historiques encore existants comme ceux du Palais-Royal, le jardin des Plantes, les jardins du Champ-de-Mars et du Trocadéro, ceux des arènes de Lutèce et du musée de Cluny, ainsi qu'une multitude de petits squares d'arrondissements, Paris peut légitimement s'enorgueillir de sa magnifique richesse végétale. 
 
Karine Huguenaud (1997)


 

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