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ITINÉRAIRES ET PROMENADES


 

Deuxième journée : le Second Empire

 


 



Au matin de ce deuxième jour de notre itinéraire des maisons d'écrivains, quittons l'épopée balzacienne pour retrouver celui qui se voulut son continuateur en créant une seconde Comédie Humaine issue celle-là du Second Empire, Emile Zola (1840-1902). 
 
C'est à Médan dans les Yvelines que se situe la Maison de Zola. Cette visite nous permet d'évoquer le formidable cycle romanesque composé par l'écrivain, Les Rougon-Macquart. Dans cette fresque née de l'enthousiasme de Zola pour l'oeuvre de Balzac et de son intérêt pour la physiologie, une famille, dont les différentes branches se répartissent à tous les échelons de la société, est étudiée à la lumière des lois de l'hérédité confrontée à ces différents milieux. Au delà du chef-d'oeuvre d'observation réaliste, Les Rougon-Macquart, sous-titré Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le Second Empire, se veulent un tableau exhaustif de la société impériale.
Le plan d'ensemble des vingt romans est arrêté dès 1868 mais le premier ouvrage ne paraîtra qu'après la chute de l'Empire en 1871. Zola maintint cependant son projet en préparant pour chaque livre un dossier minutieux de renseignements pris auprès des milieux qu'il souhaitait décrire. L'oeuvre sera achevée en 1893 mettant en scène près de 2200 personnages. 
 
Les Rougon-Macquart restent un témoignage indispensable si l'on veut comprendre la société du Second Empire. Evidemment Zola, fervent républicain, ne partageait nullement les conceptions gouvernementales. Il s'affirma même comme un solide opposant à l'Empire réitérant ses attaques dans ses contes ( "Les Aventures du grand Sidoine et du petit Médéric", Contes à Ninon, 1864) et dans ses articles pour des journaux d'opposition tels que La Tribune, Le Rappel, ou La Cloche.
La vision qui nous est donnée du Second Empire est donc partielle et partiale : Zola y dénonce sans appel le régime politique, ses faiblesses, ses excès, l'accroissement immoral des richesses et le développement parallèle de la pauvreté, la dissolution des moeurs dans une société sous tension. Cependant, il a su peindre toute une époque en mutation sans pouvoir dissimuler sa fascination face à la modernité en marche : les grands travaux et l'architecture de fer et de verre (La Curée ; Le Ventre de Paris), la création des grands magasins et des banques (Au Bonheur des Dames ; L'Argent), les chemins de fer (La Bête Humaine), la condition ouvrière et les débuts du syndicalisme (L'Assommoir ; Germinal), les problèmes de la paysannerie (La Terre), la religion (La Faute de l'Abbé Mouret), la moyenne bourgeoisie triomphante (Pot-Bouille), l'éducation des filles, la condition féminine et le règne des "cocottes" (Une Page d'Amour, Nana), l'art (L'Oeuvre), etc. 
 
Personnages fictifs et historiques cohabitent dans une chronologie calquée sur celle du Second Empire. La Fortune des Rougon qui inaugure le cycle évoque parallèlement les origines de la famille et celles de l'Empire, ce coup d'Etat que Zola considérait comme une indélébile tâche de sang. Le gouvernement, les ministres, la vie à la cour et notamment les réceptions aux Tuileries ou les célèbres "Séries" de Compiègne sont évoqués au fil des romans. Napoléon III lui-même apparaît dans plusieurs d'entre eux : La Curée, Son Excellence Eugène Rougon et bien sûr La Débâcle, terrible narration de la guerre de 1870 et de la défaite de Sedan. Le portrait que Zola dresse de l'Empereur est critique mais pas caricatural. Napoléon III apparaît comme un personnage trouble, hésitant, hypocrite, mal entouré, comme un rêveur sentimental, un velléitaire bercé de songes humanistes mais aussi comme un homme de grand courage face aux épreuves.
Les Rougon-Macquart, vision frénétique et pessimiste du Second Empire, constituent, au-delà des attaques portées contre un gouvernement autoritaire et une société inégalitaire, une immense enquête historique, une étude globale de la civilisation industrialisée de la deuxième moitié du XIXe siècle . 
 
Après cette plongée dans l'univers réaliste de Zola, poursuivons notre itinéraire en direction de Rouen vers la maison d'un des plus grands historiens du XIXe siècle, celle de Jules Michelet
 
Michelet (1798-1874) mérite bien sa place dans cette promenade consacrée aux écrivains car il sut transmettre à son style une veine épique qui fit dire à taine : "Michelet écrit comme Delacroix peint". Protégé par Guisot, il fut nommé professeur au collège de France en 1838 où ses cours de morale et d'histoire exprimaient volontiers son libéralisme et son anticléricalisme. Ses positions entraînèrent la suspension de son cours en 1851. L'impitoyable Viel-Castel, mémorialiste fameux du Second Empire, écrivait à la date du 12 mars 1851 : "Le gouvernement a enfin fermé la porte du cours de Michelet. Ce cours, où le plus pur communisme était ouvertement enseigné, était un vrai scandale".
En 1853, pour avoir refusé de prêter serment à l'Empereur, Michelet fut de nouveau destitué cette fois du poste de chef de la section historique des Archives nationales qu'il occupait depuis 1831. Refusant également de se lancer dans la politique, l'historien se retira de Paris et se consacra à ses recherches. Il acheva sa monumentale Histoire des Temps Modernes publiée de 1855 à 1867, La Bible Humaine en 1864 et composa en 1869 la préface ouvrant le cycle complet de l'Histoire de France.
De ses ouvrages non historiques, il faut retenir L'Amour (1858) et La Femme (1859) dont l'influence fut déterminante sur le jeune Zola découvrant l'importance de la physiologie. Se cantonnant dans une opposition discrète, Michelet prévît avec clairvoyance la chute du Second Empire un an avant qu'elle ne survienne. 
 
Continuons notre promenade dans le monde littéraire du Second Empire avec l'évocation d'un de ses plus éminents représentants, Gustave Flaubert (1821-1880). Le pavillon Flaubert de Croisset à proximité immédiate de Rouen reste le seul vestige de la propriété où l'écrivain conçut en partie trois chef-d'oeuvres, Madame Bovary (1857), Salammbô (1862) et L'Education Sentimentale (1869). 
 
La parution de Madame Bovary en 1857 inaugura une série de procès littéraires retentissants et révélateurs de l'ordre moral régnant sous le Second Empire. En effet, dans la même année, deux autres écrivains virent leurs oeuvres poursuivies par la censure. Le premier, Eugène Sue, pour la parution des Mystères du Peuple, Histoire d'une famille de prolétaires à travers les âges, fut jugé et condamné sévèrement pour "attaques contre l'autorité" à un an de prison et à une amende de 6000 francs. Le procès eut lieu après la mort de l'auteur survenue le 3 août 1857 et le livre fut retiré de la vente et détruit. Le second fut Charles Baudelaire dont Les Fleurs du mal, attaquées par les journaux dès leur parution en juin 1857, furent considérées comme un "défi aux lois protégeant la religion et la morale". Baudelaire fut condamné à 300 francs d'amende et à voir six de ses poèmes supprimés de l'édition. Le poète fit appel à l'Impératrice Eugénie elle-même afin d'obtenir une réduction de l'amende qui fut effectivement ramenée à 50 francs le 20 janvier 1858.
Le premier de ces procès, dirigés tous les trois par le même procureur général, Ernest Pinard, fut celui de Gustave Flaubert. Si l'oeuvre de Sue fut attaquée en raison de sa provocation politique, les deux autres livres le furent pour leur valeur esthétique. L'intensité réaliste de Madame Bovary scandalisa dès sa première publication, d'octobre à décembre 1856 dans la revue de paris, en dépit d'une multitude de coupures et de substitutions de mots tels que "adultère" ou "morceau de veau" ! La célèbre scène du fiacre dans Rouen fut victime de cette censure et la suppression mentionnée. Flaubert demandait à ses lecteurs de ne voir dans cette publication que des fragments de son oeuvre.
C'est la parution en volume chez Michel Levy en avril 1857 qui entraîna l'inculpation pour outrage à la morale publique et aux bonnes moeurs. Le procureur Pinard tout en reconnaissant l'unité stylistique du roman lui reprochait son caractère lascif. L'auteur et ses éditeurs furent blâmés mais acquittés. 
 
A partir de 1862, alors que la publication de Salammbô s'affirmait comme un véritable succès, Flaubert commença à fréquenter plus étroitement les milieux littéraires. Ce furent tout d'abord les «dîners de Magny» qui rassemblaient écrivains et artistes tels que Gavarni, les Goncourt, Sainte-Beuve, Baudelaire ou Théophile Gautier puis le salon de la princesse Mathilde rue de Courcelles. Le Second Empire offrit une reconnaissance officielle à l'écrivain qui l'avait pourtant scandalisé quelques années auparavant : Flaubert fut invité à Compiègne lors des fameuses séries, il reçut la Légion d'Honneur le 15 août 1866 et en 1867, on le vit même aux Tuileries au bal donné en l'honneur des souverains étrangers venus pour l'Exposition universelle. Fort de cette fréquentation des milieux impériaux, c'est lui qui documentera en partie Emile Zola pour les descriptions faites par l'écrivain dans Les Rougon-Macquart.

 

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