<i>Napoleonica La Revue</i>, revue internationale d'histoire des Premier et Second Empires napoléoniens, articles, bibliographies, documents, comptes rendus de livres, en français et en anglais : n° 19, juin 2014
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Pour vivre sa passion de l’histoire aujourd’hui, un magazine, des jeux et des animations à picorer suivant son humeur, des rencontres avec des personnalités de l’histoire napoléonienne, et des actualités et des informations à suivre chaque jour.

Enrichissements récents :

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Littérature et poésie : Mémorial de Sir Hudson Lowe, relatif à la captivité de Napoléon à Sainte-Hélène
Quizz : Les grandes réformes sous le Consulat et l'Empire (juill. 2010)
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ITINÉRAIRES ET PROMENADES


 

Troisième journée : Victor Hugo

 


 



Cette dernière journée est entièrement consacrée à Victor Hugo (1802-1885) dont l'évocation se fera à partir de deux de ses demeures, celle de Villequier (Musée Hugo), essentiellement liée au souvenir de sa famille, et celle de la place des Vosges à Paris (Maison de Victor Hugo) où l'écrivain résida de 1833 à 1848. 
 
Victor Hugo tient une place particulière dans cet itinéraire dans la mesure où, par son histoire personnelle, il est étroitement lié au Premier et au Second Empire. Né en 1802, il fut très tôt familiarisé avec l'épopée napoléonienne dont son père, le général Léopold Hugo, était un fervent serviteur. L'enfant ne fut cependant pas élevé dans le culte de l'Empereur. Sa mère, Sophie Trébuchet, s'était séparée de son époux, séparation causée par une mésentente personnelle doublée d'une vive opposition politique : madame Hugo était royaliste. Par deux fois le jeune Victor Hugo avait pourtant côtoyé la vie militaire de son père le rejoignant dans ses différents casernements, à Naples en 1807 et en Espagne en 1809. Mais le futur écrivain qui proclamait à 14 ans "Je veux être Chateaubriand ou rien" débuta dans la littérature sous une double bannière héritée de sa mère, catholique et royaliste ultra. Dès son premier recueil paru en 1822, il mêla poésie et politique afin de chanter les louanges des Bourbons et de maudire celui qu'il comparaît à un "fléau vivant" dans une de ses odes intitulée, Buonaparte. 
 
Après la mort de sa mère, Victor Hugo se rapprocha de son père qu'il connaissait très peu et qui contribua fortement à la constitution du mythe napoléonien dans l'oeuvre de l'écrivain. En 1824, Les Nouvelles Odes témoignèrent de cette évolution. Dans le poème A mon père, écrit en 1823, Hugo exprima pour la première fois son admiration des armées napoléoniennes et sa fierté d'être lié à un héros de l'épopée. Cette évolution se confirma avec l'ode A l'Arc de Triomphe puis, en 1826, avec Les Deux Iles, poème publié dans Odes et Ballades. Construit sur une controverse entre "acclamation" et "imprécation", Les Deux Iles se voulaient impartiales quant au jugement porté par l'auteur sur l'Empereur. L'admiration d'Hugo pour Napoléon se fit jour en 1827 avec L'Ode à la Colonne de la place Vendôme. Ce poème était une riposte de l'écrivain à l'affront qui avait été fait à quatre maréchaux d'Empire lors d'une réception à l'ambassade d'Autriche pendant laquelle on avait volontairement omis de les appeler par leurs titres, souvenirs des victoires napoléoniennes. Dans un esprit de réconciliation nationale (mais aussi familiale), Hugo y présentait Napoléon à l'égal de Charlemagne et des rois qui firent la grandeur de la France. Le poète chanta alors sans réserve la gloire de l'Empereur et de l'épopée dans ses poèmes : Souvenir d'Enfance dans Les Feuilles d'AutomneA la Colonne, Napoléon II dans Les Chants du CrépusculeA l'Arc de Triomphe dans Les Voix Intérieures... 
 
Victor Hugo s'était peu à peu éloigné du parti légitimiste pour rejoindre le camps du libéralisme. Elu à la Chambre des Pairs en 1845, il réclama le retour d'exil de la famille Bonaparte avant de soutenir en 1848 la campagne électorale de Louis-Napoléon. Il créa même un journal avec ses fils, L'Evénement, où il publia à la veille des élections une page entière avec le seul nom du candidat répété cent fois. Cependant après l'élection, il pris peu à peu ses distances avec le prince président, non pas en raison d'un poste ministériel qu'il n'obtint pas comme d'aucuns l'ont avancé, mais parce que le gouvernement ne répondait pas à ses attentes démocratiques. Lors d'un débat à la Chambre le 17 juillet 1851, il dénonça les dangers pesants sur la France : "Quoi après Auguste, Augustule ? Parce nous avons eu Napoléon le Grand, il faut que nous ayons Napoléon le Petit !" Désormais, Victor Hugo s'affirma comme l'un des chefs de l'opposition républicaine et le coup d'Etat du 2 décembre le contraignit à fuir hors de France. 
 
Pendant tout le Second Empire, l'écrivain vécut en exil, à Bruxelles tout d'abord puis sur les îles de Jersey et de Guernesey. En 1859, l'Empire triomphant accorda l'amnistie aux proscrits mais Hugo la refusa : "Fidèle à l'engagement que j'ai pris vis-à-vis de ma conscience, je partagerai jusqu'au bout l'exil de la liberté. Quand la liberté rentrera, je rentrerai". Se considérant comme le dépositaire d'une certaine conscience morale de la France, il publia de féroces pamphlets contre le régime impérial, en prose avec Napoléon le Petit (1852) ou en vers avec les Châtiments (1853). Sa haine antibonapartiste s'exprima également dans des textes qu'il conserva en manuscrits et qu'il ne publia qu'en 1877-1878 sous le titre Histoire d'un Crime
 
Dans l'exil, Victor Hugo publia Les Contemplations (1856), La Légende des siècles (1859), Les Travailleurs de la mer (1866), L'Homme qui rit (1869). Il acheva Les Misérables , publiés à Bruxelles en 1862, roman fleuve où le lecteur traverse une partie du XIXe siècle et assiste à une description épique de la bataille de Waterloo. En guise de conclusion, voici quelques vers célèbres de L'Expiation, ce magnifique poème tiré des Châtiments où Victor Hugo a donné toute la mesure de son talent :
 
« Waterloo ! Waterloo ! Waterloo ! Morne plaine !
Comme une onde qui bout dans une urne trop pleine,
Dans ton cirque de bois, de coteaux, de vallons,
La pâle mort mêlait les sombres bataillons.
D'un côté c'est l'Europe et de l'autre la France.
Choc sanglant ! Des héros Dieu trompait l'espérance ;
Tu désertais, victoire, et le sort était las.
O Waterloo ! Je pleure et je m'arrête, hélas !
Car ces derniers soldats de la dernière guerre
Furent grands ; ils avaient vaincu toute la terre,
Chassé vingt rois, passés les Alpes et le Rhin,
Et leur âme chantait dans les clairons d'airain ! »


 

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