<i>Napoleonica La Revue</i>, revue internationale d'histoire des Premier et Second Empires napoléoniens, articles, bibliographies, documents, comptes rendus de livres, en français et en anglais : n° 19, juin 2014
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Pour vivre sa passion de l’histoire aujourd’hui, un magazine, des jeux et des animations à picorer suivant son humeur, des rencontres avec des personnalités de l’histoire napoléonienne, et des actualités et des informations à suivre chaque jour.

Enrichissements récents :

Littérature et poésie : Mémorial de Sir Hudson Lowe, relatif à la captivité de Napoléon à Sainte-Hélène
Musique et parole : Interlude musical sur le Premier Empire (discographie)
A Table : LE NAPOLEON (gâteau russe)
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ITINÉRAIRES ET PROMENADES


 

LES SITES NAPOLEONIENS AUX ENVIRONS D'AJACCIO

 


 



La chapelle des Grecs © Fondation Napoléon

La chapelle des Grecs © Fondation Napoléon
  

Ce quatrième circuit nous fait sortir du centre ville d'Ajaccio pour découvrir des sites et des édifices liés à l'histoire familiale des Bonaparte et aux souvenirs d'enfance de Napoléon. Le premier de ces sites se trouve sur la route des Sanguinaires en prenant la sortie ouest de la ville. Cette route littorale qui conduit jusqu'à la pointe de la Parata fut aménagée à la fin du XIXe siècle quand le tourisme commençait à se développer. Elle longe une succession de petites plages ombragées de palmiers où l'on ne peut que déplorer la prolifération de constructions modernes. Là, du côté de la mer, se dresse la chapelle des Grecs qui fut aménagée au début du XVIIe siècle et dédiée à la Madonna del Carmine. De 1731 à 1774, elle servit d'église aux familles grecques chassées par les Corses de la région de Cargèse où Gènes les avait installées en 1610. Plusieurs membres de la famille Pozzo di Borgo furent inhumés ici ainsi que Pascal Fiorella, général de Brigade en 1795 passé au service de la République italienne, sénateur du Royaume d'Italie en 1809. 

Napoléon enfant croisa souvent cette chapelle lors de ses promenades avec son frère aîné. Une plaque commémorative apposée sur une paroi extérieure de l'église reprend d'ailleurs quelques lignes extraites des Mémoires de Joseph Bonaparte : « Nos promenades journalières avec Napoléon se prolongeaient sur le rivage de la mer bien au-delà de la chapelle des Grecs en côtoyant un golfe aussi beau que celui de Naples dans un pays embaumé par les exhalaisons des myrtes et des orangers. Nous ne rentrions quelques fois qu'à la nuit close ». Ces excursions pouvaient les mener jusqu'à la pointe de La Parata, à 14 km à l'ouest d'Ajaccio, sur une presqu'île autrefois appelée « La Chasse des Génois ». De la Tour de la Parata construite en 1608 pour défendre la côte contre les pirates barbaresques, la vue sur le golfe et sur les îles sanguinaires, célèbres pour leurs couleurs qui s'enflamment au coucher du soleil, est absolument magnifique.

Les Milelli © Fondation Napoléon

Les Milelli © Fondation Napoléon
  

Retourner sur Ajaccio et prendre la D.61 en direction d'Alata. Aux premières boucles de la route, un embranchement à gauche conduit à l'ancienne maison de campagne des Bonaparte, les Milelli. Cette vieille demeure qui se dresse fièrement dans un cadre enchanteur, domine le golfe d'Ajaccio. Résidence d'été de la famille qui s'y rendait lors des trop fortes chaleurs, les Milelli, grâce à leur oliveraie, constituait une des principales ressources des Bonaparte. D'autres propriétés assuraient la subsistance de la famille, la Sposata ou la Casseta pour les vignes, les Salines où l'on cultivait les mûriers, ainsi que des terres à Ucciani, Bastelica et Bocognano. Le niveau de vie de la famille Bonaparte, en dépit de toutes les légendes sur leur pauvreté, était plutôt aisé pour la Corse. Ils faisaient partie des nantis de l'île mais sans ostentation, sans aucun luxe superflu. A Sainte-Hélène, Napoléon a décrit avec précision le système d'approvisionnement de la famille essentiellement basé dans ce milieu rural sur les récoltes et les échanges :

« Dans ma famille, le principe était de pas dépenser. Jamais d'argent que pour les objets absolument nécessaires, tels que les vêtements, meubles, etc., mais pas pour la table, excepté l'épicerie : le café, sucre, riz qui ne venaient pas en Corse. Tout autrement, était fourni par les terres. La famille avait un moulin banal où tous les villageois allaient moudre et qui payaient avec une certaine quantité de farine, un four banal qui se payait avec des poissons. On récoltait le vin. On apportait le lait, les fromages de chèvre, même la viande de boucherie ne se payait pas. On avait un compte avec le boucher, et on donnait en échange de la viande de boucherie tant d'équivalence en moutons, agneaux, chevreaux ou même boeufs. L'important était de pas dépenser d'argent. L'argent était fort rare. C'était une grande affaire que de payer avec de l'argent comptant. Il n'y avait à Ajaccio que deux jardins d'oliviers : l'un appartenait à la famille Bonaparte, l'autre aux Jésuites. Depuis, ils se sont multipliés. L'usage était que les proches parents, oncles, tantes, cousins germains ou grands-pères vinssent faire leur provision d'huile, lors de la récolte. Le dimanche, jour où venaient les paysans avec leurs chèvres, le fromage, le lait, etc. il y avait grande bombance qui durait jusqu'au lendemain et le surlendemain en hiver ; en été, on faisait des cadeaux aux parents des choses qui se seraient gâtées, et on aurait pas acheté de cadeaux, c'eût été mal vu. La famille récoltait également du vin. Elle tenait à honneur de n'avoir jamais acheté ni pain, ni vin, ni huile ». (Cahiers de Sainte-Hélène, 15 février 1821).

La maison des Milelli constituait pour Napoléon un lieu d'escapade idéal. A chacun de ses retours en Corse, il ne manquait pas d'aller l'inspecter et c'est là, au retour d'Egypte en 1799, qu'il passa les journées des 2 et 3 octobre en compagnie de Murat, Lannes et du contre-amiral Gantheaume. Deux jours plus tard, Napoléon quittait la Corse pour ne plus jamais y revenir. Les Milelli ont abrité dans les années soixante-dix et quatre-vingt une partie de la collection ethnographique de Louis Dozan aujourd'hui exposée au Musée de la Corse à Corte. Depuis cette date, la maison est vide et fermée aux visites. Par la beauté du paysage, elle n'en demeure pas moins un lieu propice à la rêverie historique.


Le château de la Punta avant l'incendie de 1978 © Fondation Napoléon

Le château de la Punta avant l'incendie de 1978 © Fondation Napoléon
  

En continuant sur la route d'Alata, à une dizaine de kilomètres d'Ajaccio, un autre édifice situé dans un cadre idyllique constitue un intéressant but de visite. Il s'agit du château de la Punta dont la singulière destinée ne peut que fasciner les amateurs d'art et d'histoire. En effet, le château de la Punta fut édifié à partir des ruines des Tuileries incendiées le 23 mai 1871 lors de la Commune. De ce palais commandé par Catherine de Médicis à Philibert de l'Orme en 1564, il ne restait plus que le gros oeuvre que la Chambre des Députés décida de démolir en 1882 contre l'avis du baron Haussmann, député de Corse et tenant de sa restauration. C'est alors que Jérôme Pozzo di Borgo et son fils Charles, les descendants du vieil ennemi de Napoléon, Charles-André, se portèrent acquéreur du lot de pierres le plus important afin de construire un château sur le terrain familial d'Alata. Ils répondaient par là au voeu de leur grand-oncle d'édifier sur cette terre une demeure digne de la fortune qu'il leur avait léguée.

Cette folle entreprise vit son aboutissement en 1891 après le transport par chemin de fer jusqu'à Marseille puis par bateau jusqu'à Ajaccio des pierres qui avaient vu passer tant de rois et d'empereurs. L'architecte Vincent conçut un édifice s'inspirant de la façade ouest du pavillon de Bullant en réutilisant sur la façade méridionale des colonnes ioniques au premier niveau et des colonnes corinthiennes au second. Sur toutes les autres façades, des éléments architecturaux des Tuileries furent utilisés en réemploi (gaines, frises, chambranles de portes, pilastres cannelés, colonnes baguées de Le Vau...). Les lucarnes et le fronton nord furent copiés d'après des éléments de la Petite Galerie de Pierre Lescot au Louvre. Une terrasse fut aménagée autour du château et bordée d'un garde-corps en ferronnerie provenant du château de Saint-Cloud, détruit lui lors d'un bombardement prussien en 1870.

Etrange ironie de l'histoire, la château de la Punta fut la proie des flammes à plusieurs reprises mais c'est en 1978 qu'un incendie fit de réels dégâts en détruisant la totalité de la toiture. Depuis, le château est inhabité et interdit à la visite même extérieure. Il est quand même possible d'observer l'édifice au travers des clôtures qui l'enferment. Aujourd'hui, la toiture en ardoise avec ses ornements de plomb et de cuivre a été reconstruite, mais les éléments décoratifs de la façade souffrent à l'évidence du manque d'entretien. Le Conseil général de la Corse-du-Sud a entrepris une étude nécessaire à la restauration de l'édifice et il est à souhaiter que cet émouvant monument élevé ici « pour conserver à la patrie corse un souvenir de la patrie française » (texte de la plaque de marbre du fronton) sera un jour rouvert au public.



La tour du Capitello © Fondation Napoléon

La tour du Capitello © Fondation Napoléon
  

De cette magnifique route d'où l'on embrasse du regard tous les environs d'Ajaccio, depuis le golfe de Sagone jusqu'au Capo Rosso, de la vallée du Liamone jusqu'au Monte d'Oro, redescendre sur Ajaccio et prendre la direction de Porticcio jusqu'à l'aéroport, puis tourner avant le camping CCAS pour parvenir à la tour génoise dite du Capitello. Erigée au XVIe siècle au bout de l'immense plage de Porticcio, la tour de Capitello campe à l'embouchure du Prunelli, face au golfe d'Ajaccio. Elle servit de refuge à Bonaparte traqué en 1793 par les troupes paolistes et fut le point de ralliement de la famille pour fuir la Corse après que la maison de la rue Saint-Charles eut été pillée. Ils embarquèrent ici sur un des voiliers de l'expédition Salicetti pour trouver refuge à Calvi avant de partir pour Toulon. Une légende veut que la tour soit restée fendue après une tentative d'explosion effectuée par Bonaparte.

A mi chemin entre Ajaccio et Corte, notre prochain circuit, le chef-lieu du canton de Celavo-Mezzana, Bocognagno, mérite un arrêt. En effet, ce village abrita Napoléon lors de sa fuite en 1793. Fait prisonnier par les troupes paolistes, il put s'échapper grâce à des amis fidèles de la famille et rejoindre Ajaccio. Dans ses derniers jours, Napoléon gardait encore le souvenir de ceux qui l'avaient aidé à fuir sans toutefois pouvoir tous les nommer. Il notifia ainsi dans un codicille de son testament qu'il léguait 10 000F à Jean Vizzanova dans la maison duquel il avait trouvé asile et « 20 000F au brave habitant de la commune de Bocognano qui, en 1792 ou 1793, m'a ouvert la porte d'une maison où des brigands m'avaient enfermé et m'a escorté jusqu'à Occiani ».En 1880, après un voyage de deux mois en Corse, Maupassant écrivit une courte nouvelle intitulée Une page d'histoire inédite où il narre par le détail cet épisode rocambolesque de la jeunesse de l'Empereur. Le " brave habitant " mentionné par Napoléon y apparaît sous sa véritable identité, Ange-Toussaint Bonelli, dit Santo Riccio.

Un édifice à la sortie du bourg présente une plaque commémorative citant la famille Bonelli : « Cette maison fut édifiée sur un désir exprimé en 1796 par le général Bonaparte à ses compagnons d'armes de l'armée d'Italie François et Ange-Toussaint Bonelli, fils d'Ange Matthieu Bonelli dit Zampagliono, héros de l'indépendance corse. Au cours de la campagne d'Italie, Napoléon délégua en Corse les deux frères Bonelli avec mission de secouer le joug anglomane. Le 5-10-1796 le commandant François Bonelli prit possession de la citadelle d'Ajaccio au nom de la République française. » Commencé en 1797, « U Palazzu di Napulio » ne fut achevé qu'en 1859 et Napoléon n'y résida jamais. Quant à Ange-Toussaint Bonelli, il devint colonel de la Gendarmerie napolitaine en 1813, puis se retira à Bocognano où il devint maire.

© Textes et images (sauf mention contraire) Fondation Napoléon - Karine Huguenaud, 1998

 

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