<i>Napoleonica La Revue</i>, revue internationale d'histoire des Premier et Second Empires napoléoniens, articles, bibliographies, documents, comptes rendus de livres, en français et en anglais : n° 19, juin 2014
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ARTICLES

Pierre Rode, le violonniste virtuose de l'Empereur

(Article de MIGNOT Jean )

 Informations


Enfant prodige

Une carrière de virtuose
Professeur au conservatoire
Un jeune premier, rival de Bonaparte
Un compositeur exilé
En bon père de famille
Bibliographie

Pierre Rode est le musicien virtuose du violon membre du Conservatoire de musique créé par l'Empereur Napoléon.

Pour présenter le personnage de Pierre Rode (1774-1830), virtuose du violon et parmi les premiers professeurs du Conservatoire de musique créé par l'Empereur Napoléon, plusieurs périodes de sa vie s'imposent : le jeune enfant prodige d'abord, le virtuose du violon, nommé premier violon de la musique du Premier consul puis professeur au Conservatoire, mais surtout le jeune premier rival de l'Empereur, et enfin le compositeur, qui finit ses jours comme bon père de famille.


  Enfant prodige


Pierre Rode © Gallica, BNF

Pierre Rode © Gallica, BNF

Pierre Rode est né à Bordeaux, le 16 février 1774. On a peu derenseignements sur ses premières années. Arthur Pougin, auteur d'une notice biographique parue en 1874, cite une lettre d'une personne de Bordeaux qui habitait dans le voisinage de la rue du Loup où était situé le magasin de parfumerie du père de Rode, qui écrit que, toutes les fois qu'elle passait dans cette rue, elle voyait le jeune Rode occupé à jouer du violon. Et elle ajoute : «Ce fait, au surplus, est de notoriété publique à Bordeaux. » Ce qui est sûr, c'est que Pierre Rode, dès l'âge de huit ans, fut élève d'un violoniste nommé Fauvel l'Aîné, né à Bordeaux en 1756, lui-même élève d'un autre violoniste connu, Gervais. Les progrès de l'enfant furent si rapides qu'à peine âgé de douze ans, il fut en état de jouer des concertos en public, et qu'il étonna tous les artistes amateurs de Bordeaux.

Le talent remarquable de son élève décida Fauvel à se rendre avec lui à Paris en 1787 (il a treize ans), pour le faire entendre. Sa mère l'accompagne. Pas question de laisser le jeune garçon partir seul à Paris. Il aurait alors exécuté dans la capitale un concerto devant le fameux corniste Punto et celui-ci, charmé de son jeu, l'aurait aussitôt présenté à Viotti, qui était alors directeur du théâtre de Monsieur (théâtre Feydeau) et le musicien le plus célèbre de l'époque.
Ce théâtre se trouvait au numéro 21 de l'actuelle rue Feydeau. Il venait d'être construit en 1790 pour une troupe d'Italiens venus à Paris sous les auspices du comte de Provence, d'où son nom de Théâtre des Italiens et aussi le nom du boulevard du même nom. La salle avait une contenance de 2 200 places. Elle s'élevait en partie sur la rue de la Bourse actuelle. Le Dictionnaire historique des musiciens, publié en 1811, précise : « On sait que Viotti ne donnait jamais de soins intéressés, qu'il prenait en amitié les jeunes gens en qui il reconnaissait de grandes dispositions, et qu'il s'est plu à en former plusieurs. Rode a peut-être été le mieux partagé. »
En 1790, entre deux actes d'un opéra italien, il fit entendre son élève favori, dans l'un de ses concerts. Rode a seize ans. Il ne faut pas oublier ce que peut représenter un théâtre à l'époque où se situe ce concert, dans le contexte de la Révolution, et l'impact que pouvait avoir un jeune prodige sur un public disons « échauffé ». Ces concerts avaient lieu, selon une tradition de l'Ancien Régime, pendant la semaine sainte, tandis que tous les autres spectacles devaient obligatoirement faire relâche. On les appelait les concerts spirituels.
C'est dans ces mêmes concerts, en 1792, aux côtés de Baillot et de Kreutzer qu'il avait rencontrés à l'orchestre du théâtre de Monsieur, que Rode obtint ses plus grands succès. Ceci est confirmé dans la Chronique de la Révolution publiée chez Larousse : « Le 1er avril 1792, Pierre Rode qui a dix-huit ans crée le concerto en mi mineur de Gian Battista Viotti, au concert du théâtre de la rue Feydeau, et obtient un triomphe. » Le Journal de Paris donne le programme de ses concerts. Rode exécute notamment des concertos de Viotti soit avec Alday ou Kreutzer comme duettistes, soit seul comme c'est le cas pour le concerto en ré mineur de Viotti.
Fétis, dans sa Biographie universelle des musiciens, dit : « Rode exécuta, pendant les concerts de la semaine sainte les 3e, 13e, 17e et 18e concertos de Viotti. La beauté de cette dernière composition fut vivement sentie. L'exécutant et l'auteur eurent une part égale au triomphe que le public décerna, en manifestant le désir de l'entendre dans trois concerts consécutifs. » Baillot écrit également dans sa notice sur Viotti : « C'est à son 17e, en ré mineur, et à son 18e, en mi mineur, qu'il adopta cette forme dramatique, dont l'effet inattendu fut si imposant, lorsque Rode, son élève et son digne interprète, fit entendre ces deux concertos, avec tout le charme et toute la pureté qui distinguent son talent. »



  Une carrière de virtuose


Voilà notre jeune enfant prodige au début d'une carrière de virtuose. Le style de Rode et sa façon de jouer devaient lui valoir le surnom de «Corrège du violon» (Le Corrège se caractérise par un art voluptueux, on parle à son sujet d'une exquise suavité, et on dit qu'une sensualité non dissimulée émane de ses tableaux). Voilà sans doute les caractéristiques du style de Pierre Rode.
Nous sommes en 1792. Les événements se précipitent. Le 30 avril 1792, à Strasbourg, Rouget de Lisle donne son Chant de guerre pour l'armée du Rhin dans les salons du maire de la ville, l'assemblée vote le décret contre les prêtres réfractaires ; 1792, c'est l'invasion des Tuileries le 20 juin et l'émeute ; puis il y a le 10 août, la déclaration de la Patrie en danger, Valmy ; on pressent les événements de 1793 et la Terreur. L'armée manque de soldats ; la guerre de Vendée fait rage. Rode ne peut pas rester inactif sans risquer de devenir suspect. « Il prend alors le parti, non des armes, mais de la clarinette et de l'uniforme de musicien militaire pour suivre le corps d'armée à Angers. »
Cependant, des amis estimant que son talent était plus fait pour les salons que pour les camps, n'épargnèrent rien pour le dégager ; ils y réussirent, et afin de le soustraire à des recherches, ils le firent partir de Paris. Avec Garat, il se rendit à Rouen puis entreprit un long périple en Europe.
De ce long séjour à Rouen (1793-1794), on apprend, selon Le musée de Bordeaux et la musique, quelques détails sur le répertoire joué par Rode ainsi que ceux de Punto et de Garat, tous trois réfugiés dans la ville. Punto exécute des concertos de sa composition, Garat des oeuvres dramatiques avec parfois des compositions personnelles, surtout des romances, mais celles- ci trop intimes pour occuper tout un concert et accompagnées la plupart du temps par le violon de Rode. Garat, incarcéré en raison de ses liens avec l'aristocratie (son père et son oncle sont des personnages publics), compose la musique et les paroles de La complainte du troubadour qui devient une oeuvre emblématique pour les rescapés de la Terreur. Avec Rode, ils donnent quatorze concerts en 1793. Sur ce séjour à Rouen, on sait que ces oeuvres exécutées en public sont plutôt de la musique de chambre, sans orchestre et qu'elles ne sont pas données devant un grand public. Ils partent ensuite pour la Hollande, vont à Hambourg, puis en Prusse (Hambourg avait accueilli beaucoup d'émigrés français). Il y donne plusieurs concerts. Mais, craignant de se voir considérer comme émigrés, Garat et lui décident de revenir en France. Embarqués sur un navire, une tempête les emmène vers l'Angleterre. Viotti se trouvant à Londres où il avait émigré, Rode obtient l'autorisation d'aller le voir. Il donne un concert au bénéfice des pauvres mais sa qualité de Français nuisit à son succès.
Il gardera un souvenir assez mauvais de ce séjour à Londres, en tout cas des Anglais, écrivant plus tard à Baillot qui avait aussi tenté de s'installer en Angleterre : « Je suis étonné que tu n'aies pas cherché à t'établir dans ce pays-là. Il est vrai que les violons n'y font pas fortune : il faut y être danseur ou châtré pour réussir. »
Il revint en France en 1797. Son talent resta entier et il obtint de grands succès dans les concerts de la rue Feydeau qu'il donna avec Kreutzer. Ces concerts furent prisés, tant pour leur excellence que par la privation de semblables délassements imposés par le régime de la Terreur, période pendant laquelle, à l'exception des hymnes à l'Être suprême chantés en plein vent et des airs patriotiques vociférés par les sans-culottes, la musique s'était vue bannie de France.
Malheureusement, la banqueroute de Sageret, directeur du théâtre Feydeau, mit fin à ces concerts en 1798. Une nouvelle société se créa deux ans plus tard, pour donner des concerts dans une salle, rue de Cléry. C'est là que furent produites pour la première fois, à Paris, les symphonies



  Professeur au conservatoire


À cette époque, Rode fut nommé professeur au Conservatoire national de musique qui venait d'être institué le 16 thermidor an III (3 août 1795). L'inauguration des locaux du Conservatoire n'eut lieu qu'en 1802. Le ministre Chaptal vint poser la première pierre. Après son discours, il y eut un concert. Kreutzer conduisait l'orchestre. Rode et Baillot exécutèrent un trio avec Frédéric Duvernoy. Garat chanta plusieurs fois. Un banquet suivit, puis la salle de banquet fut transformée en salle de bal.
On lit aussi dans les gazettes du temps que Rode, Lamarre et Garat donnèrent des concerts à leur bénéfice, dans la salle des Victoires. Cette salle appelée d'abord théâtre Olympique, était située au 46, rue de la Victoire. Elle prit le nom de salle des Victoires le 13 mai 1801. Ce sont ces concerts qui furent, sur ces lieux, à l'origine des Concerts du Conservatoire. En 1799, Rode fait un assez long séjour en Espagne. Selon son passeport, il a alors vingt-quatre ans, mesure 1,77 m, a les yeux brun, les cheveux châtain foncé, le visage ovale, le nez aquilin et le menton rond. La profession indiquée est : «membre du Conservatoire de musique ». Il rencontre Boccherini et il devient son ami. Boccherini écrira plusieurs instrumentations de ses concertos. Rode compose donc déjà. Il a vingt-cinq ans. Il joue à la cour d'Espagne, dédicace son sixième concerto en si bémol à la reine.
En 1800, Pierre Rode est nommé violon solo de la musique particulière du Premier consul. Il joue souvent à Malmaison. « La scène a longtemps été présentée au musée Grévin, mais elle vient de disparaître dans le cadre de la rénovation de ce musée. » Avec Baillot et Kreutzer, il travaille à la rédaction d'une méthode de violon. C'est déjà Rode compositeur, mais nous verrons plus loin ce qu'il pense de cet aspect de sa carrière.



  Un jeune premier, rival de Bonaparte


Rode est jeune ; il a d'autres préoccupations et les tentations de la vie parisienne sont très fortes pour un jeune homme de son âge. À cette époque, Bonaparte a remporté les succès que l'on sait en Italie. Il a rencontré là-bas une cantatrice dont il a fait sa maîtresse, Giusepina Grassini. Il décide de la faire venir à Paris et charge Berthier de la négociation. Il compte sur elle pour célébrer dans un grand concert ses victoires cisalpines. Ce concert a lieu au cours d'une fête au Champ de Mars, en juillet 1800. Puis il y a la célébration de la victoire de Marengo dans une cérémonie qui se tient en l'église des Invalides transformée en temple de Mars. La Grassini en est la vedette. La cantatrice devient vite la coqueluche des salons parisiens. Richement dotée, elle est installée rue Chantereine (une partie de l'actuelle rue de la Victoire). Elle perçoit des appointements annuels de 36 000 francs (les informations divergent sur cette rémunération) et a un congé de quatre mois. Chaque hiver, elle dispose de la salle de l'opéra pour un concert à son bénéfice.
Rode, violon solo de la musique du Premier consul, est associé à ces concerts, et l'inévitable se produit : il tombe amoureux de la Grassini. Elle a un an de plus que lui. Déjà elle n'est plus la jeune et belle femme que Bonaparte a connue en 1796 à Milan et qu'a peinte Mme Vigée-Lebrun. « Son corps s'est alourdi, la tête puissante, aux traits vigoureux, aux sourcils charbonnés, aux épais cheveux noirs est encore plus commune. C'est une épaisse commère que, malgré ses airs d'amoureuse, on laisserait à ses inventions de plats milanais, n'étaient sa voix, son chant, l'admirable instrument qu'elle possède et sont elle joue. » Mais l'auteur de ces lignes, Frédéric Masson, est plutôt partial et veut mettre en valeur Joséphine face à sa rivale. Ce qu'il ne dit pas, c'est qu'elle a gardé un fort accent italien et zozote. On peut penser cependant que la Grassini, à vingt-sept ans, a encore quelques armes pour séduire.
Denise Prou, dans un article publié par la Revue du Souvenir Napoléonien en 1985, affirme que Rode fait quelque peu songer à Bonaparte jeune. Le violoniste écrit alors à Baillot : « Tu me pardonneras bien si je n'ai pas prodigieusement travaillé à notre méthode, mais le concert de Mme Grassini m'occupe beaucoup. » Il compose aussi ses propres concertos. C'est précisément sur le 7e concerto qu'il se concentre : « Je travaille comme un malheureux à faire un concerto pour le concert de Mme Grassini. Je n'ai pas un instant à perdre. » Mais voilà, Bonaparte finit par découvrir le pot aux roses. Dans le film d'Abel Gance, on s'en souvient, Bonaparte se rend chez sa maîtresse, monte un escalier, la Grassini chante. On entend un violon. Le consul entre. La cantatrice est seule. « J'ai cru entendre un violon qui vous accompagnait... » À ce moment-là une porte d'armoire grince et Pierre Rode est caché dans l'armoire. Voici comment Fouché le relate dans ses Mémoires : « Frappé, à son dernier passage à Milan, de la beauté théâtrale de la cantatrice Grassini, et plus encore des sublimes accents de sa voix, il lui fit de riches présents et voulut se l'attacher. Il chargea Berthier de conclure avec elle un traité sur de larges bases, et de la ramener à Paris ; elle fit le voyage dans la voiture même de Berthier. Assez richement dotée, à quinze mille francs par mois, on la vit briller au théâtre et aux concerts des Tuileries, où sa voix fit merveille. Mais alors le chef de l'État évitait tout scandale et, ne voulant donner à Joséphine, jalouse à l'excès, aucun sujet d'ombrage, il ne faisait à la belle cantatrice que des visites brusques et furtives [...]. Des amours sans soins et sans charmes ne pouvaient satisfaire une femme altière et passionnée, qui avait dans l'esprit quelque chose de viril. La Grassini eut recours à l'antidote infaillible ; elle s'enflamma vivement pour le célèbre violon Rode. Épris luimême, il ne sut pas garder de mesure, bravant la surveillance de Junot et de Berthier. Un jour que, dans ces entrefaites, Bonaparte me dit qu'il s'étonnait qu'avec mon habileté reconnue, je ne fisse pas mieux la police, et qu'il y avait des choses que j'ignorai : “Oui, répondis-je, il y a des choses que j'ignorais, mais que je sais maintenant ; par exemple : un homme d'une petite taille, couvert d'une redingote grise, sort assez souvent par une porte secrète des Tuileries, à la nuit noire, et accompagné d'un seul domestique, il monte dans une voiture borgne, et va furetant la signora Grassini ; ce petit homme, c'est vous, à qui la bizarre cantatrice fait des infidélités en faveur de Rode, le violon.” À ces mots, le consul, tournant le dos, et gardant le silence, sonna et je me retirai. Un aide de camp fut chargé de faire l'eunuque noir, auprès de l'infidèle qui, indignée, refusa de se soumettre au régime du sérail. On la priva d'abord de son traitement et de ses pensions, croyant la réduire ainsi par famine ; mais, éprise de Rode, elle resta inflexible, et rejeta les offres les plus brillantes de Pylade Berthier. On la força de sortir de Paris ; elle se réfugia d'abord à la campagne avec son amant, puis tous les deux s'évadèrent et allèrent retrouver la fortune en Russie. »
Voilà les préoccupations de Rode. Il prend peur. La Grassini se réfugie à la campagne. C'est Rode qui l'accompagne. Le 4 frimaire an X (25 novembre 1801), le départ de la Grassini l'a bouleversé. Il écrit à Baillot : « J'arrive à l'instant de conduire Mme Grassini à vingt lieues d'ici. Sa voiture a cassé dix ou douze fois, elle a eu tous les malheurs imaginables. [...] J'ai été tous ces jours-ci trop préoccupé et j'ai encore trop de chagrin pour avoir le courage d'aller demain au Conservatoire ; d'ici là, j'espère calmer un peu ma tête, car si cela doit durer, je te jure que je serais bien malheureux.»
Le 14 frimaire, il écrit encore : « Je joue le 21 au concert de Cléry et ayant fait beaucoup de changement dans le concerto que je compte exécuter, je suis obligé de le copier de nouveau, ce qui me fait te prier de remettre au 9 sans faute notre rendez- vous. Ne me gronde pas, mon ami, de ce nouveau retard, car aussi bien que toi, l'idée de la sécheresse du travail qu'on nous a donné à faire me donne la colique. » Et le 18 frimaire (9 décembre) : « Remettons à une décade nos amusantes séances dont l'approche me donne la fièvre. »



  Un compositeur exilé


Rode, jeune et amoureux, en pleine possession de ses talents, ne veut pas renoncer à sa carrière de virtuose. Il considère que ce n'est pas encore le moment pour lui de se livrer à l'écriture d'une méthode. Mais il continue donc d'écrire des concertos qu'il crée ensuite lui-même.
Le 2 janvier 1802 (12 nivôse an X), il annonce son brusque départ de Paris : « Tu vas être bien surpris, mon cher Baillot, en apprenant mon départ d'une manière aussi précipitée, mais les circonstances sont tellement impérieuses qu'il n'y a pas à hésiter une minute. Je t'écris ainsi qu'à Sarette [directeur du Conservatoire national de musique], au moment de monter en voiture, pour éviter de répondre aux questions que vous ne manqueriez ni l'un ni l'autre de me faire et auxquelles il ne m'est pas permis de donner le moindre éclaircissement. Je te renvoie en même temps les trois cahiers que tu m'avais confiés. Je ne m'en suis pas du tout occupé car, depuis quelque temps, mon bon ami, ma tête et mon coeur étaient dans une telle agitation que le courage me manquait lorsqu'il fallait m'atteler à une besogne qui, entre nous, est diablement fastidieuse et m'a toujours causé une répugnance invincible. [...] Ce qui dans tout cela me chagrine véritablement, c'est d'être cause que je t'ai fait perdre bien souvent ton temps ; mais je te jure qu'avec la meilleure volonté du monde, toutes les fois que j'ai voulu travailler à cet ouvrage, ces détails minutieux et ennuyeux m'en dégoûtaient aussitôt. [...] Il est difficile à notre âge de s'occuper sérieusement d'une chose qui n'intéresse ni nos goûts ni notre talent. C'est quand on n'a plus la tête pleine de projets de toutes les couleurs qu'on renonce à soi pour s'occuper des autres, enfin quand on a rempli sa carrière qu'on peut se hasarder d'entreprendre une besogne comme celle-là. Aussi je t'assure que je suis encore à concevoir comment il t'est possible d'y mettre autant de suite. Quant à moi, je ne me sens ni assez de patience ni assez d'habitude d'un travail sérieux pour me charger désormais de pareille corvée. Mais si jamais le démon de faire une méthode me prend, ce ne sera que lorsque l'âge aura un peu calmé ma tête et que je pourrai me livrer tout entier à une occupation aussi importante et qui exige bien du dévouement. Je vous laisse donc, à toi et à Kreutzer, l'honneur et le profit, car il ne doit me revenir ni gloire ni salaire, n'ayant contribué d'aucune manière à la confection de cette méthode qui est presque de toi seul, excepté le peu d'exemples qu'a fait Kreutzer. Véritablement, mon cher Baillot, je suis honteux de vous avoir tenus si longtemps pour ne rien faire et je crains bien que tu sois fâché contre moi. Cela me ferait d'autant plus de peine que rien n'altérera jamais l'attachement bien tendre que je t'ai voué pour la vie. Je t'embrasse de tout mon coeur. »
En réalité il semble qu'il partit sans la Grassini et que leur liaison s'arrêta là. Elle, de son côté, bénéficiera des largesses impériales jusqu'en 1814. Il sera même question qu'elle se produise à l'île d'Elbe, dans un petit théâtre que l'Empereur, avec son maigre budget, aura fait aménager très sommairement, aux Mulini, son « palais » elbois. Ce qui est sûr c'est qu'elle se trouvera à Londres au cours des fêtes célébrant la défaite de Napoléon et que sa trahison ira jusqu'à devenir la maîtresse de Wellington. Elle se montrera publiquement.
Bien avant cela, Pierre Rode donne un concert d'adieu au public parisien le 9 décembre 1802 ainsi que l'atteste le Courrier des Spectacles : « Jeudi prochain, 18 frimaire an XI, le théâtre Louvois donnera un spectacle extraordinaire, dans lequel le citoyen Rode, premier violon de la musique particulière du Premier consul, étant à la veille de son départ, se fera entendre pour la dernière fois. » Cette soirée n'a finalement lieu que le 25 frimaire. Voici ce qui est écrit sur ce concert : « M. Rode, prêt à partir pour Saint-Pétersbourg, a fait ses adieux aux amateurs de la capitale par un concert donné au théâtre Louvois. Les applaudissements qu'il a reçus ont dû lui exprimer les regrets que va causer son absence. Il s'est montré sublime dans le premier morceau de son concerto. Son rondeau et ses airs variés ont réuni les suffrages des connaisseurs et des amateurs. L'orchestre conduit par M. Kreutzer a exécuté l'ouverture de l'Hôtellerie portugaise de M. Cherubini. »
Mais ces adieux étant faits, il ne part pas tout de suite. Il est à Paris pour la pose de la première pierre du Conservatoire, en 1802. Finalement il ne quitte Paris qu'en juillet 1803. Le 8 août, il écrit de Hanovre et dit lui-même qu'il est passé par Amsterdam puis Onasbruck. Il précise que son voyage d'Onasbruck à Hanovre a duré trente-six heures au travers des déserts et des bruyères. Et là, Lamarre, qui voyage avec lui, écrit : « Il va lâcher son concert le jour de la naissance du Premier consul ; ses bras vont un peu mieux et il se prépare à partir pour la Russie où il devrait être sans cette fatale incommodité. Il est obligé de prendre les eaux à une demilieue d'ici. »
C'est en effet dès cette époque que les divers biographes de Rode parlent d'une incommodité qui le gêne pour jouer. Une sorte de douleur au bras. Début de son déclin ?
Le 8 décembre il est à Memel en Prusse. Il donne un concert devant plus de six cents auditeurs et le produit est considérable. Mais il n'accepte que cinquante ducats et donne le reste pour le soulagement des pauvres de la ville.
En mars 1804, il est enfin en Russie et donne ses premiers concerts dans ce pays. Le tsar Alexandre le nomme maître de chapelle avec, dit-il dans une lettre à Baillot, un magnifique traitement (à cette époque Boieldieu est aussi à Saint- Pétersbourg).
Il reste ainsi cinq ans en Russie. À Moscou, pendant le Carême, il donne une série de concerts avec un autre célèbre violoniste de l'époque, Ferdinand Fraenzl. À Paris, Kreutzer est nommé premier violon à la place laissée vacante. Sur les registres du Conservatoire, en regard de son nom, figure la mention « en voyage ». Quelques lettres de Rode à Baillot, qui était lui aussi parti pour la Russie et se trouvait à Moscou, nous donnent de ses nouvelles.
En 1806, il a des soucis de santé et de fréquents accès de fièvre. C'est à ce moment-là que sa mère meurt à Paris. Comme à cette même période un ukase concernant les Français est pris par les autorités, il décide de rentrer au pays. Mais il va encore prendre les eaux pour se soigner. Sa santé est, dit-il, chancelante. Le 28 octobre, il écrit une lettre intéressante qui décrit bien dans quel état d'esprit il se trouve et sa conception de la vie. Il parle de Cherubini qui est malade et se lamente sur le sort de la femme de ce dernier et de leurs enfants : « Quel exemple pour nous, mon cher ami ! Ne nous marions pas, si tu m'en crois, à moins de rencontrer quelque princesse, quelque duchesse ou pour le moins une marquise ; sans cela pas de mariage qui me tente. J'oubliais de te dire que si la princesse, la duchesse ou la marquise n'avait pas le sou, je n'en voudrais pas plus que de Margot. Voilà, j'espère, de la bonne philosophie ». Il prend enfin la route de Paris en 1808. Le 22 juillet, il donne un concert à Varsovie. Le 22 décembre à Paris, c'est cette fois à l'Odéon. L'affluence des amateurs est considérable. Mais leur attente ne fut pas remplie. Ce n'était plus l'éclat et la verve qui avaient produit tant d'effets aux concerts de Mme Grassini et on trouva son tout dernier concerto, le no 10, marqué par le « froid de Russie ». Rode, blessé de ne pas obtenir les mêmes applaudissements que quelques années auparavant, renonça alors à jouer en public. « Puisque c'est ainsi, je ne me produirai plus à Paris ». Il ne fit plus de la musique qu'avec ses amis Baillot et Kreutzer, qu'il avait retouvés. Le prince de Chimay, lui-même violoniste distingué, les recevait dans son hôtel de la rue de Babylone, et tous quatre, accompagnés au piano par Auber, jouaient pour leur plaisir et pour un cercle d'amis très restreint.
Rode, à cette période, se fait recevoir à la société des Enfants d'Apollon, sorte d'académie libre des Beaux-Arts. Il habite alors 24, rue du Sentier, dans un appartement aménagé dans un hôtel qu'avait habité, en particulier, M. Le Normant d'Étioles après sa séparation d'avec la Pompadour. Il ne reprit pas son poste de professeur au Conservatoire et, s'ennuyant, ne trouvant de public à sa dimension, il repartit pour un nouveau grand voyage à travers l'Europe.
En 1812, il est à Vienne. Le 26 décembre, il donne en public la première interprétation de la 5e sonate, opus 96, de Beethoven, avec l'archiduc Rodolphe au piano. Mais Beethoven ne fut pas satisfait du jeu de Rode alors qu'il s'était efforcé, écrit-il à l'archiduc Rodolphe, «d'écrire l'oeuvre en pensant tout particulièrement au jeu de Rode ». Les historiens affirment aussi que Beethoven écrivit pour lui l'admirable romance en fa pour violon et orchestre.



  En bon père de famille


En 1814, il se fixe à Berlin où il se marie avec Caroline Sophie Wilhelmine Verona, fille d'un peintre à la cour du roi de Prusse. C'est une jeune veuve qui a vingt-trois ans. Rode en a quarante. Il n'aspire plus qu'à la vie de famille. Une fille, Nathalie, naît en 1814 et un fils, Edmond, en 1816. Il commence une vie de bon père de famille.
« Tu m'as donné, écrit-il à Baillot, un exemple que j'ai suivi à la grande satisfaction de mon coeur et qui me rend bien heureux. Je savoure tellement mon nouvel état que, depuis deux ans et quelques mois de mariage, je vis dans la retraite la plus absolue. Tout entier au bonheur de mon intérieur, aux caresses de mes deux petits enfants que j'idolâtre, les frivolités du monde n'ont plus aucun attrait pour moi. Puisse cette existence, monotone pour certaines gens, durer le reste de ma vie, je n'en ambitionne pas d'autre ! Mais je voudrais revoir mes amis et respirer l'air natal, chose qu'il faut malheureusement que j'ajourne, ma fille et mon petit n'étant pas d'âge à supporter les fatigues de ce voyage. Je t'avoue, mon cher ami, qu'après une si longue absence, il me paraîtra doux de me retrouver chez moi, car tu le sais, un Français n'est jamais chez lui en pays étranger et encore moins aujourd'hui qu'autrefois. »
Il parle ensuite de ses relations avec la famille Mendelssohn. « Le petit bonhomme était à l'école, de sorte que je n'ai pas pu juger de ses heureuses dispositions sur lesquelles tout le monde s'accorde. » Et dans une autre lettre : « Félix possède un sentiment si naturel et si rare que je le crois destiné à aller fort loin si on ne le distrait pas d'une vocation qui se manifeste chez lui de la manière la plus évidente. Ce jeune enfant joue tout, les compositions les plus sérieuses comme les plus élégantes, et cela dans la couleur qui lui est propre. »
À Berlin, il fait éditer plusieurs de ses oeuvres et notamment ses 24 Caprices en forme d'étude qu'il dédie au prince de Chimay. Mais il ne joue plus que pour son plaisir. Il ne se produisit que deux fois en six ans, pour des concerts donnés au bénéfice des pauvres de la colonie française de cette ville.
En 1820, Rode rentre en France, avec sa femme, ses enfants et sa belle-mère, Mme Verona. Il fait un court séjour à Paris et part pour Bordeaux. Sa préoccupation est avant tout l'éducation de son fils et la publication de quelques-unes de ses oeuvres. Il essaie d'acheter une propriété dans le voisinage de son ami le maire de Bordeaux, David Johnston.
En 1828, de retour à Paris pour s'occuper de l'éducation de son fils Edmond, il voulut profiter de ce voyage pour se faire entendre. Ce fut d'abord une fête pour ses anciens admirateurs, mais bientôt, avec effroi, ils virent se compromettre un si beau nom et un talent si réel. L'intonation si pure et si belle était devenue douteuse ; l'archet était timide, comme les doigts ; l'élan, la fougue, la sûreté même de l'expérience qui remplace l'audace de la jeunesse, tout avait disparu. Pleins de respect pour une grande renommée les artistes applaudirent, mais une affreuse lueur vint éclairer son esprit et il comprit qu'il n'était plus le même. Il s'éloigna de Paris et cet échec le hanta.
À ses nerfs durement éprouvés s'ajouta le chagrin causé à sa femme par le décès de sa mère et la prochaine séparation d'avec son fils. Il perdit la sérénité d'âme dont il avait joui jusqu'alors. Bien qu'il ait réussi, avec son épouse, à acheter le domaine de Bourbon, près de Damazan, à l'embouchure du Lot, il ne s'occupa que de très loin des travaux et réparations à faire au bâtiment et au domaine. S'il mourut dans ce château qui appartenait alors à David Johnston, il en avait aussi acheté un autre, celui de Cugnos aux portes de Marmande, dans lequel il comptait s'installer et avait fait entreprendre de gros travaux que sa femme devait poursuivre au point de dénaturer le site et surtout d'y investir des sommes considérables.
On lui présenta avant cela le jeune Charles Dancla qui devait devenir plus tard professeur au Conservatoire. Il tenta de le recommander à Baillot. Mais il annonça dans sa lettre du 24 novembre 1829 qu'il venait de subir une attaque : « Je ne t'écris que quatre lignes […] parce que je suis invalide et qu'il m'en coûte de tenir la plume. J'ai été frappé au bras droit ; les armes me sont tombées des mains et je ne peux plus conduire ni l'archet ni la plume. » Et en janvier 1830 il fit écrire une lettre sous sa dictée. Le mal a empiré... Bien vite, il tomba dans une sorte de torpeur dont il ne sortait que rarement pour de terribles colères.
C'est dans son château qu'il s'éteignit dans les bras de sa femme le 26 novembre 1830, dans sa cinquante-septième année. Le 5 décembre, Mme Rode écrit : « C'est le 13 novembre après s'être senti quelque temps beaucoup mieux que Rode a été frappé d'une attaque qui le priva de la parole, de la connaissance et de l'usage du bras droit. Aucun remède n'a opéré, et son existence n'a plus été qu'une longue agonie. Dieu a mis fin à ses souffrances le 25 novembre 1830 à une heure et demie de l'après-midi. Sa dépouille mortelle a été transportée dans un tombeau de famille qu'il avait fait ériger lui-même à peu près trois ans auparavant. »
Ses obsèques eurent lieu à Bordeaux avant l'inhumation au cimetière de la Chartreuse, après une cérémonie religieuse célébrée en l'église Saint-Louis. Le cortège partit du pavé des Chartrons, de l'appartement du maire de Bordeaux, où son corps avait été transporté. Il se composait du corps de musique de la 1re légion de la Garde nationale, de nombreux musiciens et amis. Mais par suite d'un oubli qu'on ne peut expliquer, Pierre Rode, chevalier de la Légion d'honneur, ne reçut point les honneurs militaires auxquels il avait droit.
Après le décès de Rodolphe Kreutzer le 6 janvier 1831, Baillot écrit : « Combien est-il pénible pour nous d'ajouter aux noms des grands artistes qui ne sont plus, ceux de nos deux collègues Rode et Kreutzer, descendus presque en même temps dans la tombe ! Pourquoi faut-il déjà pleurer la perte de ces honorables amis et regretter si tôt de ne les entendre plus ? L'un, dont le jeu plein de charme, de pureté, d'élégance, rendait si bien les qualités aimables de son esprit et de son coeur ; l'autre, dont le caractère franc l'imagination ardente se retraçaient dans la chaleur et la hardiesse de son exécution... ».
Que nous reste-t-il de Pierre Rode aujourd'hui ? Une nombreuse descendance et son souvenir qui revient à la surface par ses oeuvres qu'on redécouvre et qui ont été gravées tout récemment. Par ses études surtout, qui font souffrir les élèves des conservatoires. Son tombeau à Bordeaux est désormais classé en vertu du caractère historique qu'il représente. Son portrait est toujours dans la famille. Il existe quelques portraits gravés ainsi que le tableau du Grand Théâtre et un imposte au-dessus d'une porte du foyer. Une rue de Bordeaux, en plein quartier des Chartrons, entre la rue Sainte-Thérèse et le cours Portal actuels, porte son nom.
Mais Pierre Rode est aujourd'hui surtout connu des élèves des cours de violon des conservatoires. Plusieurs de ses oeuvres sont régulièrement au programme, un Stradivarius porte même son nom. Longtemps propriété du violoniste Oscar Shumsky, qui a gravé les Caprices de Rode, joués sur ce célèbre violon, ce bel instrument est aujourd'hui joué par le virtuose Ryu Goto.



  Bibliographie


A.V. Arnault, Jay, Jouy, Norvins et autres, Biographie nouvelle des contemporains ou dictionnaire historique et raisonné de tous les hommes qui depuis la Révolution française ont acquis de la célébrité par leurs écrits, leurs erreurs ou leurs crimes, soit en France, soit dans les pays étrangers, tome 18, Paris, 1825. Bibliothèque nationale, département Musique.
Chronique de la Révolution, Larousse.
Le Courrier des spectacles
Dictionnaire historique des musiciens, 1811.
 
M.-G. Ducaunès-Duval, « Un artiste bordelais », Revue historique de Bordeaux, 1917.
 
Fétis, Biographie universelle des musiciens
 
Théo Fleischman, Napoléon et la musique, 1965
 
Bernard Gavoty, La Grassini, 1947
 
Florence Gétreau, Instrumentistes et luthiers parisiens XVIIe-XIXe siècle, délégation artistique de la ville de Paris, 1988
 
Jacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris
 
Denise Leprou, « Napoléon et la musique », Revue du Souvenir Napoléonien, août 1985
 
Frédéric Masson, La journée de l'impératrice Joséphine, Flammarion, 1933
Joséphine Impératrice et Reine, 1913
Mémoires de Fouché
Le musée de Bordeaux et la musique 1783-1793, Publications des universités de Rouen et du Havre, 2005
« Pierre Rode », plaquette anonyme signée FM, imprimée à Berlin en 1831
 
Arthur Pougin, « Notice sur Pierre Rode» , 1873-1874
 
Tolbecque, L'art du luthier, 1903.

 
Mis en ligne : décembre 2012


 
     
 
 

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 Informations

Auteur :

MIGNOT Jean

Revue :

Revue du Souvenir Napoléonien

Numéro :

493

Mois :

octobre-décembre

Année :

2012

Pages :

50-57

 

 
 

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