<i>Napoleonica La Revue</i>, revue internationale d'histoire des Premier et Second Empires napoléoniens, articles, bibliographies, documents, comptes rendus de livres, en français et en anglais : n° 18, décembre 2013
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Pour découvrir l'histoire napoléonienne, pas à pas, parfaire ses connaissances et poursuivre des recherches personnelles, pour tous les amateurs et les historiens passionnés, laissez-vous guider parmi un riche ensemble d'articles et de dossiers thématiques, d'images commentées, d'outils pour travailler.

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Pierre-François PINAUD (1951-2012), historien de l'humain

(Article de MOLLIER Pierre )

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Pierre Mollier, directeur des archives et du musée du Grand Orient de France, rend hommage à l'historien des Finances Pierre-François Pinaud, disparu le 5 octobre 2012.

Pierre-François Pinaud nous a quittés le vendredi 5 octobre 2012. Il était né le 9 mars 1951 à Chatou dans les Yvelines. Mais il revendiquait fièrement une double ascendance : alsacienne par sa mère, auvergnate par son père. Bien que son père fût polytechnicien, Pierre-François manifesta tôt un intérêt pour l'histoire. Peut-être faut-il y voir l'influence de son parrain, le célèbre érudit Jacques Meurgey de Tupigny, un ami de son grand-père. Il prépare donc l'Ecole des Chartes, est admissible dès le premier concours, mais, piqué par son ajournement à l'oral qu'il considère comme injuste, avec toutes les certitudes de ses vingt ans, refuse de se représenter. Il s'inscrit donc à l'École pratique des hautes études et, déjà passionné par l'Empire, consacre ses premiers travaux aux évêques de Napoléon, sous la direction de Jean Tulard. Assez rapidement les circonstances le conduiront à s'intéresser à l'histoire des finances publiques, un domaine pionnier à l'époque. Voie royale de l'histoire économique dans l'université parisienne, il travaille d'abord sous la direction de Louis Bergeron puis sous celle de Michel Bruguière qui deviendra son maître et avec qui s'instaure une amitié admirative et une vraie complicité. Année après année, s'égrènent alors les étapes obligées du parcours du jeune chercheur : Maîtrise (1975), Diplôme d'Études Approfondies (1977), on dit aujourd'hui Master I et Master II, Doctorat de 3e cycle (1979) puis, en 1995, le couronnement avec le Doctorat d'Etat ès Lettres et Sciences Humaines où il obtient la mention très honorable et les félicitations du Jury. Les travaux conduits pour et autour de sa thèse sont à l'origine de trois livres de référence : Les Receveurs généraux des Finances 1790-1865 (1990), Les Trésoriers payeurs généraux 1865-1914 (1983), Les Receveurs généraux des Finances, 1795-1865, dictionnaire des 500 fonctionnaires banquiers (2005). Comme beaucoup de chercheurs, il finira presque par s'identifier avec son sujet. Pourtant, en parallèle à ses propres recherches, il participe très tôt à des entreprises collectives. Ainsi, dès 1981, il est un des co-auteurs du dictionnaire Les Préfets du 11 ventôse an VIII au 4 septembre 1870, répertoires nominatif et territorial, devenu pour les historiens le classique « Bargeton-Pinaud ».

Ce parcours brillant le conduit à une nomination prestigieuse puisque, en 1988, il devient maître de conférences à l'École pratique des hautes études (IVe section) et y anime jusqu'en 1995, une conférence intitulée : Prosopographie et techniques financières du XIXe siècle. En 1993, il est inscrit sur la liste de qualification aux fonctions de maître de conférences des Universités. En 1979, il est entré au ministère des Finances, où il occupe successivement les fonctions de chargé de mission puis d'adjoint au conservateur général, chef du service des Archives économiques et financières. Il terminera sa carrière comme chargé de mission « archives et histoire » à l'Inspection des finances. En effet, comme souvent, ce qui devait n'être que provisoire allait durer.
 
La mort brutale de son maître Michel Bruguière qui était aussi son mentor sur le plan universitaire,  l'intérêt du poste qu'il occupe au ministère des Finances et peut-être aussi le souhait de rester sur Paris firent que, en fin de compte, il n'entama jamais cette carrière à laquelle il était promis dans l'une de nos belles universités de province avant de rejoindre la Sorbonne. Peu importe le statut, Pierre-François Pinaud est chercheur dans l'âme et quelques hauts fonctionnaires éclairés du ministère l'encouragent puis le missionnent dans son travail sur l'histoire financière de la France. Associé dès 1981 à l'équipe de La Revue du Trésor, il en est par la suite le rédacteur en chef adjoint, c'est-à-dire la véritable cheville ouvrière, pendant près de 15 ans (1991-2006). En 1999, le solide recueil Vieux papiers-Vieux souvenirs : 80 ans de glanes d'histoire financière dans la Revue du Trésor rassemble beaucoup de ses contributions.
Qui dit histoire, dit archives et Pierre-François Pinaud sera un familier de la salle de lecture des Archives nationales et un fin connaisseur de plusieurs de ses fonds. Il publie d'ailleurs un usuel incontournable, le Guide du chercheur pour la période 1789-1815, les sources de l'histoire financière et économique (1992). Il rencontre « aux A.N. » quelques autres habitués qui deviendront de fidèles compagnons de route. Ils y forment l'« Académie du Petit Berry » du nom d'un estaminet qui jouxte l'hôtel de Soubise. Auguste académie qui sera le lieu de vifs débats sur d'austères sujets d'érudition comme sur d'épineux problèmes de contrepèteries. Entre deux dépouillements de « séries » de comptabilité publique du XIXe siècle, il y croise aussi de pittoresques personnalités dont il gardera toujours un souvenir ému comme Achille Facon-Leleu ou Paul Bertrand de la Grassière, vrai chevalier de Malte et faux commandeur de nombreux ordres de fantaisie. En effet, si Pierre-François Pinaud s'impose vite comme l'un des spécialistes de l'histoire des Finances publiques, sa curiosité intellectuelle insatiable le conduit aussi à s'intéresser à bien d'autres sujets comme en témoigne la diversité de sa bibliographie où voisinent histoire de l'Italie, de la musique ou du Premier Empire. Après l'histoire des finances, celle de la période napoléonienne a en effet été sa grande passion. Il contribue bien sûr abondamment aux outils de référence que sont le Dictionnaire Napoléon (1997) de Jean Tulard ou le Dictionnaire des institutions du Consulat et de l'Empire (2008) de Thierry Lentz. En 1996, il publie chez Perrin, un Cambacérès qui fait date et bénéficie d'un très bon accueil par la critique. Il y avait des lustres qu'un historien ne s'était pas sérieusement intéressé à celui qui fut pourtant le bras droit de Napoléon.

Pierre-François Pinaud devait à sa famille un étonnant double attachement au catholicisme et à la franc-maçonnerie. Elève des jésuites qui l'avaient beaucoup marqué, il est resté toute sa vie un catholique sincère et ne s'en cachait pas. Son père avait appartenu à la Grande Loge de France, différentes rencontres lui feront pour sa part rejoindre le Grand Orient de France où il est initié par la loge Les Amis de l'Humanité le 10 décembre 1987. En 1995, il participe au projet de loge « intellectuelle » Leonard de Vinci qui réunit une pléiade d'universitaires maçons. Dans son sillage, il participe au développement des hauts grades du Rite Français et devient Très Sage et Parfait Maître (président) du Chapitre Léonard de Vinci. Le Grand Orient l'appelle au sein du comité de rédaction de sa revue Humanisme (1997-2000). A partir de 2008, la maladie l'éloignera progressivement de la rue Cadet, mais il participa cependant, en partie à distance, mais avec ferveur à la création de la loge Montmorency Luxembourg.

Pierre-François Pinaud ne pouvait bien sûr être Maçon sans se faire historien de la Maçonnerie. Dans les années 1990, il devient ainsi l'un des piliers de l'IDERM (Institut d'Études et de Recherches Maçonniques) aux côtés de l'ancien Grand Maître Paul Gourdot auquel le liera une réelle amitié… en dépit d'idées à peu près opposées sur beaucoup de sujets ! Il est naturellement un des intervenants du mémorable colloque de 2004, La Franc-maçonnerie sous l'Empire : un âge d'or ? Dans le sillage de cette grande manifestation, il s'associe à Pierre Mollier pour une vaste recherche sur les dignitaires maçonniques de l'Empire et publie en 2009 : L'Etat-major maçonnique de Napoléon : Dictionnaire biographique des dirigeants du Grand Orient de France sous le Premier Empire. Depuis 2005, il était aussi membre du comité de rédaction des Chroniques d'Histoire Maçonnique et y contribua fidèlement jusqu'à quelques mois avant sa disparition. Il laisse aussi un important manuscrit sur la célèbre loge des Amis Réunis… où les hommes de finances étaient nombreux.

Pendant ses études, son goût pour la musique l'avait amené à faire une licence de musicologie. Sollicité pour un colloque à l'occasion de l'« année Mozart » en 2006, il a la surprise de découvrir les liens forts qui unissent les musiciens et la franc-maçonnerie à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe. Il se lance alors dans une longue enquête qui sera l'une des joies de ses dernières années et qui aboutit à la publication, en 2009, d'un livre novateur et remarqué Les Musiciens francs-maçons au temps de Louis XVI, de Paris à Versailles, histoire et dictionnaire biographique. Dans la foulée, il devint le chroniqueur musical de la revue maçonnique La Chaîne d'Union (sous le pseudonyme de Pierre-Marie Saint-Viatre) et contributeur historique du magazine L'Éducation musicale.

Il faudrait aussi relater les circonstances dans lesquelles notre ami devint : auteur d'un manuel de cuisine, avec le chef étoilé Michel Truchon (La cuisine des Financiers), chevalier de l'Ordre pontifical de Saint-Grégoire le Grand, administrateur du Cercle républicain, éditeur, maire adjoint d'un village du Loir-et-Cher ou encore chevalier des Palmes académiques et des Arts et Lettres.

Finances, Empire, franc-maçonnerie, musique… il est pourtant un point commun dans toutes ses recherches : l'homme. Pierre-François Pinaud concentrait toujours ses investigations sur les acteurs de la grande ou de la petite histoire. Qui était ces hommes ? Quelles étaient leurs origines ? Leurs familles ? Leurs milieux ? Leurs formations et leurs relations ? Il a été un éminent prosopographe et le dictionnaire biographique a été son genre favori. Car s'il y a un point commun qui sous-tend son travail d'historien, c'est cette profonde curiosité, cet inaltérable étonnement pour la variété et la richesse de la personne humaine.
 
Pierre Mollier, directeur des archives et du musée du Grand Orient de France 

(Mis en ligne le 29 mars 2013)

 


 
     
 
 

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