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Compte-rendu de l'exposition "John Everett Millais" (Londres, Tate Britain, 26 septembre 2007-13 janvier 2008 ; Amsterdam, Van Gogh Museum 15 février-18 mai 2008). Par notre envoyée spéciale à Londres et Amsterdam.
(Article de ROTH-MEYER Clotilde, historienne de l'art )
Informations
Simple Préraphaélite ou peintre doté d'un subtil sens de l'autre ?
Epanouissement d'un style unique
« L'exposition de Millais n'en reste pas moins l'une des plus significatives de ces dernières années par le nombre et la qualité des oeuvres exposées, par l'affirmation continuelle d'un génie passionné de labeur et ardemment épris de beauté »
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Ophelia, 1851-52, Londres, Tate Britain
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Quelle surprise de constater que cette citation du critique d'art Henri Fritsch-Estrangin (1) publiée en 1898 sonne toujours aussi juste un siècle plus tard lorsque l'on visite à Amsterdam l'exposition consacrée au peintre anglais John Everett Millais (1829-1896), car l'aménagement intelligent et une mise en scène subtile de cette dernière incitent rapidement le spectateur à rentrer dans un autre monde. Dès que le visiteur quitte le lieu d'exposition permanente et emprunte les escalators pour accéder à la deuxième partie du bâtiment, les panneaux sur lesquels une partie du célèbre Ophelia (1851-52, Tate Britain, Londres) est reproduite l'accompagnent dans son sentiment de traverser les frontières du temps, tel Orphée allant chercher Eurydice aux Enfers.
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Une fois arrivé au sous-sol, le visiteur baigné dans une atmosphère apaisante voit alors le portrait photographique, de profil, et de format spectaculaire, de Millais. Le visage de celui-ci, surmonté d'un chapeau et tourné vers la droite semble indiquer, bienveillant et rassurant la voie à suivre. La visite peut commencer (accompagnée ou non de voix venues d'ailleurs, transmises par audio-guide).
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Simple Préraphaélite ou peintre doté d'un subtil sens de l'autre ?
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Ferdinand Lured by Ariel, The Makins collection
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Comme cela était déjà le cas lors de la première présentation de cette exposition à Londres à la Tate Britain (26 septembre 2007-13 janvier 2008), le parcours est à la fois chronologique et stylistique, même si quelques variantes apparaissent : près d'un tiers des 139 numéros que compte le catalogue de la Tate manquent à Amsterdam. A une première salle entièrement consacrée à Londres à l'oeuvre de jeunesse du peintre et à ses oeuvres préraphaélites (2), courant pictural auquel il est alors rattaché, l'accrochage d'Amsterdam nous accueille également avec le premier autoportrait de l'artiste, jeune, et plusieurs oeuvres, qui ne s'apparentent pas toutes à ce mouvement.
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L'absence d'un tableau phare de sa première période, Isabella (1848-1849, National Museums Liverpool, Walker Art Gallery) manque alors cruellement pour cerner au mieux les débuts de ce peintre, surtout qu'à la Tate Britain, il avait été longuement commenté et accompagné de nombreux dessins préparatoires. Mais rapidement cette absence est pardonnée, les concepteurs ayant visiblement cherché dans cette présentation à mettre l'accent sur les peintures en tant que telles plus que sur l'effet produit par le nombre d'oeuvres réalisées par Millais. Que celui qui s'attend à voir à Amsterdam une rétrospective complète, sache qu'il n'en sera rien. C'est ainsi, que comme surpris commettant une faute, les commissaires hollandais ont réalisé un accrochage différent dans lequel le choix des couleurs des cimaises joue un rôle primordial. Loin d'être une simple aide visuelle facilitant la compréhension de la répartition des toiles accrochées – répartition souvent thématique – ces couleurs complètent magnifiquement le choix restreint du nombre de peintures présentes ; se produit alors une chose rare dans les expositions consacrées aux oeuvres antérieures aux années 1960 : des murs quasi vides à certains endroits, avec certaines cimaises sur lesquelles ne sont accrochées qu'une ou deux peintures. C'est ainsi que Ferdinand Lured by Ariel (1849-1850, The Makins collection) , mis à l'extrémité de la cimaise séparant la première pièce de la deuxième, peut être apprécié pour ce qu'il est : une oeuvre exceptionnelle au fini incomparable, avec des nuances de verts audacieuses qui invitent le spectateur à se laisser absorber par ce sujet, pourtant irréel inspiré d'une nouvelle de Shakespeare, The Tempest. Or, quand notre regard s'en détache, il est aussitôt « happé » par The Rescue (1855, National Gallery of Victoria, Melbourne) et The Escape of a Heretic, 1559 (1857, Museo de Arte de Ponce, Puerto Rico).
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Nous voici plongés dans deux univers chronologiquement opposés, et pourtant si proches : mais si l'une évoque une anecdote contemporaine, et l'autre relate une histoire vieille de trois siècles dans ces deux oeuvres, dans les deux cas les personnages sont en nombre restreints et occupent totalement la composition, incitant ainsi le spectateur à rentrer totalement dans l'oeuvre. Avec The Rescue, Millais est arrivé à faire d'un évènement initialement tragique, le sauvetage par un pompier de trois enfants qu'il ramène à leur mère, un moment presque serein palpable dans l'expression de la mère et de la plus jeune fille, qui, sur le dos de son sauveteur, tout en jetant un dernier regard vers le feu est dans l'abandon d'elle-même jusqu'au bout des orteils, confiante, et ne communique pas son stress, contrairement à sa soeur, qui désire vivement se précipiter dans les bras de sa mère retrouvée. Car voilà l'une des véritables forces de Millais : un sens de l'autre, un sens de la vie, qui l'a également amené à développer une vision des femmes incomparable. En effet, quelque soit le thème choisi (scène de genre, scène historique, portraits), la pâte de Millais si formidablement exacerbée dans Ophelia est unique. C'est en cela que l'exposition d'Amsterdam est exceptionnelle : ayant totalement compris la force des oeuvres de cet artiste, les concepteurs n'ont pas hésité à quasiment isolé dans la deuxième salle cette icône de la peinture du 19e siècle en l'accrochant à côté d'un autre chef-d'oeuvre The Bridemaid (1851, The Fitzwilliam Museum, Cambridge) , sur un mur d'un bleu profond, rappel magnifique des couleurs de ces deux peintures.
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Epanouissement d'un style unique
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The Rescue, 1855, Melbourne, National Gallery of Victoria
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Le deuxième étage est certes plus classique dans sa présentation, mais l'espace toujours perceptible entre les oeuvres permet de les apprécier totalement et prouve si besoin est que Millais est définitivement le peintre des femmes, comme son tableau Esther (1863-1865, Collection of Robert and Ann Wiggins, USA) le montre, avec ce choix si particulier du moment où elle détache ses cheveux, moment relaté dans l'Ancien Testament il est vrai, mais surtout, moment particulièrement intime et inhabituel pour ce genre d'iconographie. L'omniprésence de cette muséographie théâtrale se retrouve dans la dernière salle consacrée au thème de l'enfant où elle atteint d'ailleurs son paroxysme.
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Cette pièce, totalement recouverte des sols au plafond d'un velours noir permet aux visiteurs non claustrophobes de s'imprégner pleinement grâce à un nombre restreint d'oeuvres des regards troublants de ces jeunes filles que Millais savait peindre à merveille. Pour finir, les hollandais, l'ont bien compris, Millais c'est d'abord et surtout Ophelia. C'est pour cette raison qu'à la sortie de l'exposition une sélection d'oeuvres d'artistes contemporains inspirés de ce tableau est présentée.
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The Bridemaid, 1851, Cambridge, The Fitzwilliam Museum
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Pour en savoir plus sur la Tate Gallery de Londres, cliquez ici. Pour en savoir plus sur le Van-Gogh Museum d'Amsterdam, cliquez ici.
Adresse : Van Gogh Museum P.O. Box 75366 1070 AJ Amsterdam T +31 (0)20 570 5200 F +31 (0)20 570 5222 info@vangoghmuseum.nl Horaires : Tous les jours de 10 h à 18 h, le vendredi jusqu'à 22 h.
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