<i>Napoleonica La Revue</i>, revue internationale d'histoire des Premier et Second Empires napoléoniens, articles, bibliographies, documents, comptes rendus de livres, en français et en anglais : n° 19, juin 2014
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NAPOLEONICA LA REVUE

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ARTICLES

Napoléon et l'Hôtel des Invalides, panthéon des gloires militaires

(Article de GAUTIER Céline )

 Informations

Introduction
I . Les trophées aux Invalides
II . Les Invalides, panthéon des gloires militaires
II . 1 Turenne et Vauban
II . 2 L'inhumation aux Invalides sous l'Empire des officiers de Napoléon
III. Les militaires « napoléoniens » inhumés après l'Empire
III . 1 Rappel des lieux
III . 2 Qui et pourquoi ?
III . 3 Les cérémonies funéraires
III . 4 Les grands maréchaux du Palais, Bertrand et Duroc
III . 5 Le baron Larrey, chirurgien en chef de la Grande Armée, entre aux Invalides en 1992
IV. Les Napoléonides et la famille
IV . 1 Le prince Jérôme Napoléon, le cœur de Catherine de Wurtemberg, le cœur du général Leclerc
IV . 2 Le roi Jérôme
IV . 3 Le roi Joseph
IV . 4 Le Roi de Rome
Bibliographie 1 . Articles
Bibliographie 2 . Ouvrages généraux sur l'Hôtel des Invalides
Bibliographie 3 . Quelques ouvrages biographiques
Tableau général des personnalités inhumées

 


  Introduction


Chacun sait que l'Hôtel des Invalides, fondé par Louis XIV, était avant tout destiné à accueillir les soldats blessés au combat ou trop âgés, et désormais inaptes à porter les armes. C'est encore en partie son rôle aujourd'hui. Napoléon bien sûr conserva au lieu cette mission. Il lui redonna même tout son sens. Mais ces bâtiments prestigieux, vastes et bien situés furent aussi utilisés comme site de grandes cérémonies et devinrent rapidement le Panthéon des gloires militaires, de même que, non loin de là, l'église Sainte-Geneviève (le Panthéon) accueillait les illustrations civiles. L'article que nous publions fait le point sur ces deux questions.
Il apporte d'utiles informations sur un sujet qui illustre bien la démarche napoléonienne de fusion de la Nation et de son armée.
L.R.
 
Panthéon des gloires militaires ou « Temple des vertus guerrières », l'Hôtel des Invalides et le musée de l'Armée témoignent aujourd'hui encore de l'histoire des armées françaises, notamment à travers la présentation au public d'emblèmes et de trophées : drapeaux des régiments français mais aussi drapeaux pris à l'ennemi. Par ailleurs, l'église des Soldats et le Dôme, ensemble constituant l'église Saint-Louis des Invalides, abritent dans différentes chapelles et caveaux – de façon plus ou moins visible par les visiteurs –, les dépouilles de célèbres figures militaires, acteurs de cette histoire. Au centre de ce dispositif, Napoléon repose en terre de France, comme il l'avait souhaité dans son testament.
Ces fonctions mémorielles et funéraires n'avaient pas été initialement attribuées à l'Hôtel royal des Invalides lors de sa fondation par Louis XIV en 1670. Le lieu devait uniquement accueillir les vétérans de ses campagnes militaires et les soldats blessés. Aucun règlement n'avait prévu d'inhumer qui que ce soit en ces lieux. Rien ne le défendait non plus d'ailleurs, si bien que l'habitude s'est rapidement imposée d'enterrer aux Invalides les principaux responsables du site, dont le gouverneur dans le caveau situé sous la nef de l'église des Soldats. Cette coutume s'étendit progressivement aux épouses de gouverneurs, aux lieutenants du roi, aux médecins, aux directeurs et aux prêtres de l'institution. Rapidement, la place vint à manquer. Le caveau devint une sépulture temporaire avant le transfert définitif du corps des défunts dans un cimetière situé au nord de l'Hôtel. L'endroit devenant à son tour trop exigu, une décision ministérielle du 8 mars 1788, mit fin à ces inhumations. La crypte conserva cependant sa dénomination de « caveau des gouverneurs ».
C'est Napoléon qui, finalement, redonna à l'Hôtel des Invalides, en plus de sa mission initiale, son rôle de Panthéon militaire. Il enracina ainsi une tradition qui lui a survécu et participe d'un dessein politique global de faire du lieu le « reliquaire » des souvenirs nationaux, en y organisant le « sanctuaire de sa Grande Armée et des trophées », un temple militaire pour des cérémonies. Cette évolution se concrétisa par les dépôts de trophées, l'organisation des solennités du régime, le transfert des dépouilles de Turenne et de Vauban et l'inhumation ordonnée par l'Empereur de certains de ses généraux. Chacun de ces événements avait pour but de célébrer l'armée, certes, mais aussi de favoriser la fusion de la nation avec une institution centrale de l'État napoléonien. Les régimes qui suivirent l'Empire continuèrent bien sûr à se servir des Invalides dans les mêmes buts. De même, ils continuèrent à y transférer les corps (ou des parties du corps) de héros de l'épopée, jusqu'à la dépouille de Larrey, placée aux Invalides en 1992.




  I . Les trophées aux Invalides


Le 7 septembre 1797, le général Berruyer est nommé commandant de la Maison nationale des militaires invalides. Le 28 août 1803 Bonaparte rétablit pour lui le titre de gouverneur (1). L'homme est un fidèle du Premier consul qu'il a servi lors des journées de Vendémiaire puis en Italie en qualité d'inspecteur de la cavalerie. Ce choix satisfait les pensionnaires des Invalides qui depuis plusieurs années lui manifestent leur attachement : on compte en effet parmi eux beaucoup d'anciens de la campagne de 1796-1797. Ces hommes ont suivi avec passion le déroulement de la campagne d'Égypte et, le 19 brumaire, certains ont envisagé de marcher sur Saint-Cloud pour prêter main-forte à Bonaparte qui reste leur général. Une des premières décisions prise par le nouveau chef de l'État concerne d'ailleurs le maintien de l'exposition des trophées sous les voûtes de l'église des Soldats, privilège dont jouissait Notre-Dame jusqu'en 1793 et ensuite dévolu à l'église Saint-Louis des Invalides devenue Temple de Mars. Ce faisant, non seulement le Premier consul reprend la prérogative des monarques de disposer des trophées, mais il accompagne les dépôts d'une prestigieuse cérémonie de « cohésion nationale », et de glorification des faits militaires.
C'est ainsi que, le 7 février 1800 (20 pluviôse an VII), sous le Dôme du Temple de Mars, le ministre de la Guerre Carnot reçoit des mains du général Lannes trois « thougs » (2) de cheval et les drapeaux pris aux Turcs par l'armée d'Orient. Bonaparte ajoute une dimension mémorielle, émotionnelle et républicaine avec la lecture d'un vibrant éloge funèbre à George Washington dont on vient d'apprendre le décès.
Le 14 juillet de la même année, les trophées récoltés pendant la seconde campagne d'Italie sont solennellement présentés au peuple de Paris. La date, on s'en doute, n'a pas été choisie au hasard : la fête est certes « militaire », mais aussi patriotique et nationale (3). La journée débute par une grandiose cérémonie dans le Temple de Mars redécoré par Chalgrin et Peyre. Elle est présidée par Bonaparte entouré des vétérans et des représentants des corps de
l'État. Au discours du ministre de l'Intérieur Lucien Bonaparte succèdent les choeurs de 320 musiciens dirigés par Méhul et les voix de la Grassini et Bianchi. Bonaparte passe ensuite en revue les troupes rassemblées dans la cour d'honneur et remet des armes d'honneur à cinq vétérans méritants choisis par le gouverneur. Puis on se déplace au Champ de Mars, où, en présence d'une foule immense, le Premier consul reçoit officiellement les trophées, en particulier ceux de la victoire de Marengo (14 juin 1800), apportés par la Garde des consuls. Après cette seconde cérémonie, les trophées sont escortés jusqu'aux Invalides où ils seront conservés.
La tradition de dépôt des trophées est maintenue sous l'Empire, mais avec un nouveau gouverneur, le général Sérurier, qui succède à Berruyer décédé le 23 avril 1804. Les drapeaux pris lors de la campagne de Prusse et de Pologne, et notamment à Iéna (14 octobre 1806), rejoignent ceux d'Orient et d'Italie. Absent de Paris, Napoléon prescrit à cette occasion des solennités dont l'organisation doit, encore une fois, jouer un rôle fédérateur et rendre confiance à l'opinion publique inquiète du sort de ses soldats. Aux 280 trophées déposés s'ajoutent les insignes et l'épée de Frédéric le Grand enlevés à Potsdam le 25 octobre précédent. La cérémonie a lieu le 17 mai 1807. Elle est présidée par l'archichancelier de l'Empire Cambacérès. Le cortège, parti des Tuileries, escorté d'un grand concours de population, avance au rythme des salves d'artillerie et des musiques militaires. Les voitures des ministres et des grands dignitaires ouvrent la voie à un char triomphal. Derrière celui-ci, le maréchal Moncey, Premier inspecteur général de la gendarmerie, porte sur son cheval les précieux souvenirs de Frédéric. La voiture de Cambacérès suivie par l'état-major de la place ferme le cortège. Aux Invalides, le maréchal gouverneur Sérurier accueille la délégation. Les drapeaux sont portés sous le Dôme par des pensionnaires. La cérémonie débute par un chant triomphal confiant « ce dépôt sacré » aux « vétérans de la gloire ». Fontanes, président du Corps législatif, remet alors les trophées à Sérurier, lui-même ancien de la Guerre de Sept Ans. En écho, les invalides promettent de les conserver fidèlement. Puis, le gouverneur reçoit les reliques frédériciennes, qui seront par la suite suspendues à une stèle spécialement érigée pour les recevoir, de même que les Grecs de l'épopée homérique ou les Romains clouaient l'armure du général vaincu à un tronc d'arbre (4). Par cette pompe du 17 mai 1807, l'Hôtel des Invalides est définitivement consacré comme temple des trophées de la gloire napoléonienne tout au long de l'épopée (5). Mais ces fastes auront finalement aussi leur revers. Le 30 mars 1814, les armées coalisées étant aux portes de Paris, Sérurier sacrifiera les témoins de la gloire des armées françaises en ordonnant de brûler plus de 1 400 drapeaux et étendards dans la cour d'honneur, ainsi que l'épée et les décorations du Grand Frédéric, pour qu'ils ne « tombent » pas aux mains de l'ennemi.


  II . Les Invalides, panthéon des gloires militaires


En dehors des remises de drapeaux, le site des Invalides est aussi, pendant tout l'épisode napoléonien, un lieu des grandes cérémonies et de solennités nombreuses et diverses. C'est là que sont remises les premières « croix » (ce sont en réalité des étoiles) de la Légion d'honneur. C'est de là que sont tirées des salves d'artillerie pour annoncer aux Parisiens une victoire ou un événement majeur, comme les 101 coups de canon qui informent la capitale de la naissance du roi de Rome. Et c'est enfin sous le Dôme doré que prendront place les tombeaux et sépultures de figures militaires, de l'Ancien Régime puis de l'Empire. À la reconnaissance publique par le politique du dévouement de ses armées et de ses victoires, s'ajoute, en continuité, la volonté de procurer à la Nation des modèles, des icônes, en conférant une auréole post mortem de héros national à certaines figures militaires (6). Même si, nous l'avons dit, l'usage d'inhumer des personnalités, dans le caveau de l'église des Soldats est quasiment contemporain de la fondation du site, c'est bien Napoléon qui élève ce lieu au rang de panthéon militaire.
Le projet de transformer les Invalides en lieu de mémoire lui fait même envisager, sur la proposition de Lucien Bonaparte, alors ministre de l'Intérieur, de transformer l'esplanade en une vaste nécropole, où seraient érigés les tombeaux de soldats morts pour la Nation. Trop coûteuse, l'idée est abandonnée. C'est au coeur de l'édifice que sera progressivement créé le nouveau Panthéon, l'église étant rendue au culte après la Révolution et d'importants travaux de restauration entrepris. Les profanations révolutionnaires avaient en effet abîmé les éléments d'architecture et de décors, en particulier du Dôme. Quant au caveau des gouverneurs, il avait été dévasté et les cercueils de plomb ôtés pour être fondus (7).


  II . 1 Turenne et Vauban


La première inhumation augurant la nouvelle destination du lieu est celle de Turenne, dont les cendres sont transférées du musée des Monuments aux Petits Augustins. La dépouille du maréchal, déposée initialement à la basilique Saint-Denis, avait en effet échappé aux profanations révolutionnaires en octobre 1793. Elle avait été sauvée par le botaniste Desfontaines qui l'avait un temps exposée comme objet de curiosité au Jardin des Plantes jusqu'à l'an VIII. Le mausolée, quant à lui, avait été directement déposé au musée des Monuments français. Grâce à l'intervention d'Alexandre Lenoir, le corps et le mausolée avaient finalement pu être recueillis (8).
Le 22 septembre 1800, les ministres Carnot et Lucien Bonaparte vont en grand équipage chercher le corps du maréchal. Il est déposé par quatre invalides sur un char décoré qui entame son transfert vers l'Hôtel, début d'une cérémonie à laquelle, bien entendu, le peuple parisien a été convié en masse. Dans le cortège, on expose « l'épée du chef de guerre de Louis XIV et le boulet qui l'avait frappé ». Le procès-verbal mentionne également « un cheval pie harnaché comme celui que montait Turenne et conduit par un nègre vêtu de même que celui qui l'avait servi ». Une fois arrivé devant le Dôme des Invalides, encore Temple de Mars, Lazare Carnot (9) évoque le souvenir de Turenne dans un discours s'appliquant aussi bien au monument qui conservera sa mémoire : « Aux braves appartient la cendre d'un brave ; ils en seront ses gardiens naturels » afin de « demeurer sous la sauvegarde des guerriers qui lui survivent, de partager avec eux l'asile consacré à la gloire, propriété que la mort n'enlève
pas » (10). Le mausolée de la basilique Saint-Denis, réalisé par Tuby et de G. Marsy, a été préalablement installé sous le Dôme, dans la chapelle de la Vierge (chapelle latérale ouest), dont la configuration a été modifiée. Le monument lui-même a aussi subi quelques modifications lors de son remontage, afin de l'adapter à la configuration du lieu (11).
Napoléon renouvelle le geste le 26 mai 1808 (12), en transférant le coeur de Vauban dans un mausolée érigé vis-à-vis de celui de Turenne, réunion logique soulignée dans l'oraison funèbre. L'imposant cérémonial est identique à celui déployé en 1800. Des salves d'artillerie annoncent la mise en marche du cortège parti de l'hôtel de la Guerre et son arrivée aux Invalides, où l'attend le gouverneur Sérurier et son état-major. Le coeur est placé sur une estrade au milieu du Dôme rempli d'invités. Une urne d'albâtre reçoit une médaille commémorative et une couronne de lauriers déposées par Lefebvre, sénateur, maréchal de l'Empire et duc de Dantzig. Le mausolée initial de Vauban, oeuvre de Trepsat, comprend une simple colonne surmontée d'une urne, assise sur une base portant des trophées. En 1847, dans le cadre de l'aménagement par l'architecte Visconti de la crypte destinée à recevoir le tombeau de Napoléon, ce monument initial sera remplacé par un sarcophage de marbre noir réalisé par le sculpteur Antoine Etex, rappelant le tombeau de Turenne.
Symboliquement, Turenne et Vauban rejoignent ainsi Louis XIV roi pour lequel ils avaient combattu et fondateur de l'Hôtel des Invalides. Ces cérémonies relient la France de l'Ancien Régime et de la Révolution. Sur le char funèbre de Turenne, on pouvait lire « La gloire de Turenne appartient au peuple français » ainsi que « Ce n'est pas moi qu'il faut pleurer c'est sur ce grand homme que la France vient de perdre » (citation de Saint-Hilaire). Napoléon entendait ainsi offrir des héros militaires à la conscience nationale commune et les rendre populaires en associant le peuple à chacune de ces cérémonies.


  II . 2 L'inhumation aux Invalides sous l'Empire des officiers de Napoléon


Une fois acceptée l'inhumation des figures de l'Ancien Régime et l'utilisation de leur destin post mortem, Napoléon offre une « panthéonisation » à ses propres chefs militaires.
Par décret impérial du 9 février 1810, le coeur du maréchal Lannes, mortellement blessé à Essling le 22 avril 1809, est confié temporairement aux Invalides avant son transfert définitif au Panthéon. Le baron Larrey, – alors chirurgien en chef de l'Hôtel – est chargé de cette mission : il remet l'urne contenant le coeur du duc de Montebello au gouverneur Sérurier qui s'en reconnaît dépositaire. Des obsèques solennelles sont célébrées quatre mois plus tard, le 6 juillet. Pendant les quatre jours qui précèdent la cérémonie, la foule se presse sous le Dôme pour se recueillir devant le sarcophage provisoire contenant le corps. Le 6, se déroule le service funèbre proprement dit. Le bâtiment a été habillé de tentures noires et sur l'une des plus apparentes est inscrit en gros caractères dorés « Napoléon à la mémoire du duc de Montebello ». L'archichancelier Cambacérès préside la cérémonie ; l'évêque de Gand, de Broglie, aumônier de l'Empire, célèbre l'eucharistie. Le corps de Lannes est ensuite transporté sur un char funèbre au Panthéon où l'attendent de nouveaux honneurs. Le coeur rejoint la tombe familiale des Montebello au cimetière Montmartre.
La coutume s'établit dès lors de célébrer aux Invalides les funérailles des généraux morts au champ d'honneur et d'y déposer leur corps. Le premier est le général Baraguey d'Hilliers, grand aigle de la Légion d'honneur, mort de maladie et des fatigues de la campagne de Russie, le 6 janvier 1813 à Berlin. Le 13 février, son coeur est déposé dans une des chapelles du Dôme. L'urne est aujourd'hui conservée dans le caveau des gouverneurs. Le lendemain, le coeur du général Eblé, celui qui commandait les fameux pontonniers de la Bérézina, mort le 21 décembre précédent, est à son tour déposé sous le Dôme. Le 15, les Invalides reçoivent encore la dépouille du général de Lariboisière, commandant de l'artillerie de la Grande Armée, mort d'épuisement à Königsberg, le 22 décembre 1812. Sa dépouille avait été ramenée à Paris par Planat de la Faye, officier d'ordonnance de l'Empereur. Son corps est déposé dans le caveau de l'église, le coeur au château de Monthorin (près de Fougères), où une chapelle sera construite (13).
Deux fidèles de l'Empereur, morts à ses côtés au champ d'honneur, en Saxe, vont également trouver un repos éternel aux Invalides : Bessières, duc d'Istrie, et Duroc, duc de Frioul. Le premier meurt le 1er mai 1813, le second, le 22 du même mois, tous les deux tués d'un boulet. Le corps de Bessières est envoyé à Paris le 3 mai. Il est conduit aux Invalides, veillé par les vétérans, exposé aux hommages des Parisiens, avant d'être transféré dans la crypte des Gouverneurs, devenue crypte des Gouverneurs et des Maréchaux. Celui de Duroc – dont Napoléon a décidé le transfert aux Invalides dès le jour de sa mort – transite lui par la cathédrale de Mayence, avant d'être déposé dans le caveau.
L'Empereur avait ordonné une grandiose cérémonie à l'église Saint-Louis des Invalides pour célébrer la mémoire de ses deux compagnons, parmi les plus anciens des hommes qui l'entouraient. Mais les circonstances de la guerre, la défaite, l'invasion contredisent le voeu impérial qui ne s'accomplira que... le 5 mai 1847, lorsque Louis-Philippe décidera du transfert de Duroc dans un mausolée construit à l'entrée de la crypte impériale, en face de celui de l'autre grand maréchal du Palais, Bertrand (14). Quant à Bessières, une statue est inaugurée le 1er mai 1847, à Prayssac (Lot), son village natal. Son coeur a été remis à sa veuve, qui l'a déposé dans la chapelle Sainte-Geneviève de l'église de Thillay, près de Gonesse. Une plaque de marbre gravée témoigne de sa présence. En 1969, ce coeur sera placé dans l'église de Prayssac (Lot), sa ville natale (15).
Les vétérans placés aux Invalides sont donc devenus des gardiens de la mémoire, garantissant d'élever ces destins militaires au rang de destins héroïques et exemplaires. Ce choix pourrait s'expliquer par une volonté politique de Napoléon de renforcer les liens entre la Nation et sa Grande Armée, en donnant des modèles, des icônes au peuple, justifiant à ses yeux un sacrifice présent amenant à une gloire éternelle. Ces cérémonies fédèrent le peuple, rassemblé autour d'un exemple de dévouement au nom de valeurs nationales et de liberté, pour lesquelles les fils du peuple se battent. Escortant le char funèbre à travers la cité, puis passant le relais aux vétérans, la mémoire du « héros » semble appartenir à chacun, chacun contribue à sa grandeur... une façon de sublimer le sacrifice et la souffrance du peuple. Une façon également de témoigner au plus grand nombre combien la Nation sait être reconnaissante à ceux qui se dévouent pour la servir.
Napoléon a ainsi ancré une tradition qui se perpétue après sa chute. Louis-Philippe, puis Napoléon III accordent à certains anciens hauts militaires de la Révolution, du Consulat et du Premier Empire (généraux, maréchaux…) le privilège d'être élevé au rang de héros nationaux, leur offrant le Dôme doré comme protection éternelle et immortalisant leur mémoire : Kléber, Lasalle, Jourdan, Bugeaud, Exelmans etc. Napoléon a donc lié définitivement son destin à celui de l'Hôtel des Invalides, en lui attribuant une fonction mémorielle, et jusqu'à la consécration ultime d'être lui-même inhumé, sur ordre de Louis-Philippe auprès de ceux qui ont contribué à sa gloire.


  III. Les militaires « napoléoniens » inhumés après l'Empire


Après la chute de Napoléon, la fonction de panthéon militaire des Invalides perdure. Le caveau situé sous la nef de l'église Saint-Louis accueille non seulement les gouverneurs (par tradition), mais encore les maréchaux de France en remerciement de leur dévouement, ainsi que des généraux. Certains « acteurs » de l'épopée napoléonienne et des membres de la famille impériale viendront reposer de leur dernier sommeil aux Invalides, essentiellement par les volontés de Louis-Philippe puis de Napoléon III.


  III . 1 Rappel des lieux


L'inhumation aux Invalides ne s'effectue pas systématiquement à leur mort, et peut être ordonnée plusieurs années plus tard par le chef de l'État. C'est ainsi que Louis-Philippe, désireux de se rallier les bonapartistes, utilise l'image et l'héritage « napoléoniens » du lieu. Le point d'orgue de cette politique a été le retour des cendres de Napoléon de Sainte-Hélène aux Invalides (15 décembre 1840), et la réalisation par l'architecte Visconti d'un monumental tombeau sous le Dôme doré, allant jusqu'à transformer la configuration architecturale même de l'église par le creusement d'une crypte au centre de l'ancienne chapelle royale de Louis XIV (16).
Au sein de l'église Saint-Louis, les sépultures sont réparties en plusieurs endroits, la plupart aujourd'hui peu accessibles au public. Les sarcophages les plus visibles se situent dans les chapelles principales du Dôme : la chapelle d'angle sud-est – consacrée à Saint-Augustin – abrite celui de Joseph Bonaparte, celle du sud-ouest – dévolue à saint Jérôme – contient les dépouilles de Jérôme Bonaparte et le coeur de son épouse Catherine de Wurtemberg. Dans la chapelle nord-ouest, une urne monumentale renferme les cendres de Corret de La Tour d'Auvergne, le « premier grenadier de la République » tué le 23 juin 1800, dont les restes ont été transférés aux Invalides le 30 mars 1904. Derrière le majestueux maître-autel, en haut des escaliers menant à la crypte impériale, se font face les cénotaphes des généraux Bertrand et Duroc, grands maréchaux du Palais. En bas des escaliers de la crypte, à droite, une porte de bronze ouvre sur la chapelle Saint-Grégoire, dite aujourd'hui « crypte Fieschi », voulue par Louis-Philippe en hommage aux victimes de l'attentat perpétré contre sa personne par Fieschi en juillet 1835. Si le roi en sortit indemne, cet événement coûta la vie à des membres du cortège, dont le maréchal Mortier (17) et, on le sait moins, à un autre ancien de la Grande Armée lui aussi tué dans l'attentat, Jean-Noël Raffez (1779-1835), sous-lieutenant en 1808, qui avait participé à de nombreuses campagnes et avait été blessé à Ligny, deux jours avant Waterloo. Non loin du monument à la mémoire des victimes de Fieschi, dans sa pénombre, on peut également voir le cercueil de pierre du prince Jérôme Napoléon, fils aîné du roi Jérôme et neveu de l'Empereur, ainsi qu'une simple urne contenant le coeur du général Leclerc, beau-frère de Napoléon Ier, et celui de son fils. Au sud de la crypte impériale, dans la « cella », une dalle de marbre gravée signale l'emplacement du cercueil du roi de Rome (18), rapatrié d'Autriche en 1940 sur ordre d'Adolf Hitler.
Outre ces lieux, le caveau des gouverneurs situé sous le maître-autel de l'église des Soldats renferme, entre autres cendres de gloire, des dépouilles de généraux et de maréchaux de l'Empire.
En 1846-1847, des travaux de restauration sont engagés parallèlement à la réalisation de la crypte impériale. Le sol du caveau est abaissé, un escalier d'accès est construit. On établit, de chaque côté, trente-cinq colombaria pour recevoir les cercueils ainsi qu'un autel au fond. Vingt « places » sont immédiatement occupées (19) .
Certaines figures napoléoniennes, gouverneurs des Invalides à leur mort ou l'ayant été au cours de leur carrière, y reposent selon la coutume. D'autres y sont inhumés sur décisions gouvernementales. Les corps sont placés dans les alvéoles du colombarium ; des urnes funéraires posées sur des cippes de marbre renferment des coeurs.
Sur les piliers de la nef centrale de l'église, des plaques de marbre commémoratives personnelles rappellent par ailleurs d'anciens gouverneurs ou généraux, dont les corps reposent dans ce caveau. Elles rappellent les fonctions et titres du défunt et portent soit leurs armes, soit leur profil. Côté est, sont consacrés le général Mouton, comte de Lobau, les maréchaux Moncey, Jourdan, d'Ornano. Côté ouest apparaissent les noms du maréchal Oudinot et du général Arrighi de Casanova (20). Par ailleurs, deux plaques de cuivre accrochées sur les piliers de l'église, au niveau de la travée transversale, portent également les noms des généraux et personnages inhumés dans le caveau et dont certain ont marqué l'épopée napoléonienne. L'une d'elles, à gauche de l'autel, porte les noms Kléber, Berruyer, d'Hautpoul (21), Bisson, Lariboisière, Eblé, Baraguey d'Hilliers, Bessières, Duroc, Jourdan. À droite, on retrouve le nom de Lasalle parmi d'autres personnages, postérieurs. Il semble que deux autres plaques de cuivre aient été visibles auparavant (22), l'une portait les noms de Sébastiani, Exelmans, Arrighi de Casanova et d'Ornano ; sur la seconde apparaissaient ceux de Damrémont, Mouton, Moncey, Valée, Duperré, Sérurier (23), Oudinot, Négrier, Duvivier, Bugeaud et Molitor.


  III . 2 Qui et pourquoi ?


Aucune règle n'a établi de façon précise l'inhumation des gouverneurs des Invalides dans l'église Saint-Louis. Mais l'habitude s'est rapidement imposée de déposer leurs dépouilles dans la crypte située sous la nef, d'où son nom de « caveau des gouverneurs ». Le maréchal Moncey souligne cette tradition, devenue semble-t-il une obligation, dans son testament où il consigne les modalités de sa cérémonie funéraire : « De l'église, mon corps sera porté dans le caveau des gouverneurs de l'hôtel, ainsi que cela s'est toujours pratiqué pour les prédécesseurs, regrettant, toutefois, de ne pouvoir être transporté dans le tombeau de famille établi dans la chapelle Saint-Claude de l'église paroissiale de Moncey où je suis né […]. Je ne pouvais me refuser à l'honneur d'être inhumé à l'Hôtel des Invalides, les restes mortels de l'empereur Napoléon, mon bienfaiteur, y reposant déjà » (24). Décédés en fonction, sont donc inhumés « de droit » dans le caveau Arrighi de Casanova, Moncey, Oudinot et Jourdan.
Mais le « privilège » d'être enterré aux Invalides s'étend à des chefs militaires n'ayant pas compté parmi les gouverneurs de l'Hôtel, ni même parmi les officiers généraux tués au combat.
Louis-Philippe puis Napoléon III ordonnent l'inhumation d'un certain nombre de généraux et de maréchaux de l'Empire aux Invalides immédiatement après leur décès, en remerciement de leur dévouement et des services rendus à la nation. Sous la monarchie de Juillet sont enterrés Damrémont, Lobau, Duperré, Duvivier, Mortier, Sébastiani, Négrier, Valée. Napoléon III, dans une politique de réaménagement de l'institution des Invalides établit une règle, en 1863, toujours en vigueur : « Le ministre peut autoriser la célébration aux Invalides des funérailles autres que celles des gouverneurs, mais à l'exception de celles-ci, pour qui elle est de droit, la sépulture dans l'Hôtel ne peut être accordée qu'en vertu d'un décret de l'Empereur rendu sur proposition du ministre de la Guerre qui règle les dispositions de la cérémonie » (25). Le second empereur y fait ainsi déposer, immédiatement après leur mort, les dépouilles de Bugeaud, Exelmans, Molitor, d'Ornano. Dans d'autres cas, le transfert de la dépouille aux Invalides est décidé plusieurs années après le décès. Tel est le cas pour Kléber (26), Lasalle, Sérurier, Corret de la Tour d'Auvergne, Bertrand. Le dernier transfert est celui du baron Larrey, déposé dans le caveau le 15 décembre 1992.
Nous ferons plus loin un cas particulier des membres de la famille Bonaparte : Joseph, Jérôme, son fils et son épouse, le général Leclerc, ainsi que le roi de Rome.


  III . 3 Les cérémonies funéraires


Dans un premier temps, le décès d'un gouverneur des Invalides est constaté dans la chambre du défunt. On relève une description très précise relative au maréchal Oudinot, mort le 13 septembre 1847. Après le constat (le 16 septembre 1847) on procède au placement du corps dans un triple cercueil : le premier en sapin, le second en plomb, le dernier en chêne orné d'une plaque de cuivre rappelant ses titres et la date de décès. Ce cercueil est ensuite porté dans l'église où est prononcée une messe basse. Il est ensuite emmené dans un caveau de l'église en attendant le jour des funérailles, le 5 octobre 1847.
Les cérémonies funéraires des gouverneurs déroulent un protocole prestigieux et minutieux « comparable à celui des obsèques nationales, marquant l'importance de la dignité dont étaient revêtus ces hauts personnages » (27). Il sera simplifié à partir de 1853.
Les funérailles officielles débutent généralement par la réception solennelle du corps à la grille de l'Hôtel des Invalides ou à la porte de l'église par les autorités administratives et ecclésiastiques du site. Dans certains cas, ce moment est précédé d'un défilé du cortège funéraire dans les rues parisiennes, en direction des Invalides. Pour le général Négrier (1848), on note que le cortège parti de l'hôtel de ville vers 10 heures, arrive à la grille de l'Hôtel vers midi où l'attend le maréchal gouverneur Molitor ; l'aide de camp du ministre de la Guerre lui remet le coeur du général, reçu ensuite par le curé au portail de l'église. Des dizaines d'années plus tard, le 30 mars 1904, le coeur de Corret de la Tour, « premier grenadier de la République » est transféré solennellement depuis la gare de Lyon jusqu'aux Invalides sous l'escorte du 46e régiment d'infanterie dans lequel il servait à sa mort. Le cortège est accueilli par le président de la République Émile Loubet assisté des membres du conseil. Après un discours du général André, ministre de la Guerre, l'urne est déposée temporairement dans le caveau des gouverneurs. Une urne monumentale marque aujourd'hui son emplacement dans une niche de la chapelle nord-ouest du Dôme.
Un des plus grands cérémoniaux organisés concerne l'ensemble des victimes de l'attentat de juillet 1835 contre Louis-Philippe, dont fait partie le maréchal Mortier. Pour accompagner le cortège, les troupes sont déployées sur son parcours dès 6 heures du matin, escadrons de hussards, garde nationale, légions de Paris... Parti de l'église Saint-Paul à 10 heures, le convoi se dirige vers la Bastille, puis la Madeleine, la Concorde, le quai d'Orsay, l'esplanade des Invalides, arrivant à la grille de l'Hôtel à 13 heures. Entre-temps, la reine a été accueillie aux Invalides et s'est installée dans l'église (vers 11 h 30). Le roi s'y est rendu indépendamment ; il est reçu au perron de l'église par le maréchal gouverneur Moncey et son état-major.
Cette réception du corps anticipe parfois de quelques jours la cérémonie funéraire officielle. La dépouille repose alors dans une chapelle ardente installée dans une chapelle ou un caveau de l'église. Cette étape est notée très précisément dans les procès-verbaux pour Arrighi de Casanova, l'amiral Duperré, les maréchaux Molitor, Moncey, Oudinot et Valée.
Le jour des funérailles, le corps est placé sur un cénotaphe souvent somptueusement orné, dressé au milieu de la nef de l'église. Le catafalque de Mouton, par exemple, arbore ses armes, une couronne ornée de plumes blanches ; il est paré de rideaux de velours bordés d'hermine et de drapeaux tricolores.
Les bâtiments des Invalides portent également le deuil. Des tentures noires habillent la grille de l'hôtel, le porche d'entrée et les arcades de la cour d'honneur, le porche de l'église ainsi que la nef, décorée de tentures funèbres, décrites parfois lamées d'argent et cerclées de bandes d'hermine. Y sont également accrochés les écussons de la famille, la devise du défunt, et le nom des batailles où il s'est illustré.
Le deuil est également porté par les résidents de l'Hôtel, qui prennent une place non négligeable dans le dispositif. À réception du cercueil, les invalides forment parfois une haie depuis la grille jusqu'à l'église, et parfois jusque dans la nef. Peut également leur revenir la charge de transporter le cercueil du char funèbre au catafalque, puis, le cas échéant, dans le caveau.
Le retentissement donné à ces funérailles se veut national : y assistent le gouverneur et les autorités administratives du site des Invalides, son clergé, des ministres, des représentants des corps de l'État – administratifs, judiciaires, diplomatiques... – des maréchaux, généraux et officiers. On notera la présence du Prince Président aux funérailles du maréchal Bugeaud  (qui avait combattu sous l'Empire au début de sa carrière) et du général Exelmans, des ducs d'Orléans, de Nemours et d'Aumale à celles du maréchal Mouton, de Louis-Philippe et du prince de Joinville aux obsèques nationales du maréchal Mortier et des victimes de l'attentat de 1835.
La présence de hautes personnalités de l'État donne à ces cérémonies un caractère politique, elles sont l'occasion de mobiliser, de fédérer autour de « héros nationaux » la population qui accompagne le cortège funèbre. Les Parisiens sont invités à se recueillir au son des salves d'artillerie qui rythment la cérémonie aux Invalides et en annoncent les temps forts, du moins jusqu'en 1853 où les canonniers vétérans se contenteront de se tenir symboliquement à côté des canons. Ainsi sept coups de canons signalent l'arrivée à l'Hôtel du cortège funèbre du général Exelmans ; treize coups de canons ont annoncé les honneurs faits au maréchal Oudinot, et des salves d'artillerie ont marqué le défilé du char funèbre qui suivit l'office.
En effet, dans certains cas (essentiellement les obsèques des gouverneurs), à l'issue du service funèbre, le cercueil est retiré du catafalque, placé sur un char et ainsi emmené depuis la cour d'honneur vers l'extérieur de l'Hôtel des Invalides pour un défilé militaire. C'est le cas pour Moncey. Jusqu'en 1853, le cortège fait le tour de l'enceinte des Invalides, entourés de troupes présentant les armes ; après cette date, les troupes stationnées à Paris défileront devant le char. À l'occasion des funérailles d'Arrighi de Casanova, « le cercueil a été transporté sur un magnifique char funèbre [...] ce char a été dirigé vers la grille pour le défilé des troupes. Il était escorté par un détachement de cent invalides décorés » (28). Ce privilège a également été octroyé à Bugeaud, pour lequel pas moins de 30 000 hommes ont défilé, ainsi qu'à Exelmans, Molitor, Moncey et Oudinot. Après ce défilé, le char funèbre rejoint la cour d'honneur, le corps y est retiré du catafalque pour être enfin déposé dans le caveau.
L'ensemble de la cérémonie est rythmé par des discours d'hommage au défunt, prononcés par des représentants d'institutions civiles ou militaires. Ainsi au moment du dépôt du corps de Duperré dans le caveau, sont prononcés deux discours : le premier rappelant sa vie et ses services par le vice-amiral baron de Mackau, ministre de la Marine et de Colonies, puis celui de l'amiral Dupetit-Thouars en souvenir des vertus du défunt.



  III . 4 Les grands maréchaux du Palais, Bertrand et Duroc


Le 22 mai 1813, le général Duroc est tué d'un boulet de canon, au combat de Reichenbach. L'Empereur fait déposer son corps dans le caveau des gouverneurs, et ordonne une cérémonie aux Invalides, qui n'aura lieu que... le 5 mai 1847, sur ordre de Louis-Philippe – les circonstances politiques ayant empêché la réalisation du voeu impérial ! C'est également au grand maréchal du Palais Bertrand que le roi veut rendre un hommage national, commun.
Bertrand décède le 31 janvier 1844, à l'âge de 71 ans (29). Il est enterré à Châteauroux, sa ville natale. Mais immédiatement, les chambres affichent leur désir de rapprocher sa mémoire de celle de l'Empereur. Ainsi, par la loi du 13 avril 1845, les dépouilles de Bertrand et Duroc prendront place face à face, à l'entrée de la crypte impériale, derrière l'autel de l'église des Soldats. Le 1er mai 1847, à Châteauroux, une cérémonie solennelle, provoquant un immense hommage populaire, est organisée avant le départ, le lendemain, du corps de Bertrand. Dans le cimetière de Saint-Denis est installée une chapelle ardente. « Le catafalque y était dressé sur une riche estrade, entourée de draperies noires aux larmes d'argent ; des trophées de drapeaux tricolores s'élevaient aux angles et au sommet. Sur le cercueil étaient placés, supportés par des coussins, d'un côté le grand cordon de la légion d'honneur et les insignes des divers ordres dont l'illustre défunt a fait partie ; de l'autre, son épée, présent de Napoléon » (30). Une foule nombreuse afflue sur le parcours du char funèbre. Mais l'accès du cimetière est uniquement réservé à la famille du défunt. Roulements de tambours, musiques et chants religieux, salves d'artillerie font communier cette foule pendant la cérémonie. À son issue, le cercueil est conduit dans la commune de Déols, point de départ du convoi pour Paris. Dans les villes traversées par ce convoi, la garde nationale et la foule se pressent : Vatan, Vierzon, Orléans où le cercueil emprunte le chemin de fer jusqu'à Paris. Le 3, le char funèbre, les voitures de deuil et de la famille impériale, arrivent aux Invalides. Le corps est déposé dans une chapelle ardente jusqu'à la cérémonie du 5 mai.
Ce jour-là, les Invalides sont habillés de noir et l'église porte les chiffres et armes des deux maréchaux. Un double catafalque est érigé. Après la messe et l'absoute, les deux cercueils sont transportés dans les caveaux
au-dessus desquels seront construits les cénotaphes, Bertrand à l'ouest et Duroc à l'est. Le lieutenant général baron Fabvier prend la parole : « Chers et vénérables vétérans, quand vous allez retrouver le chef, dites-lui que sa gloire grandit et s'épure chaque jour ; que cette cérémonie même est un hommage que nous rendons à son coeur aimant en rapprochant de lui deux amis fidèles » (31).
L'architecture des deux cénotaphes, d'après les dessins de Visconti, est identique. Sur une base en marbre blanc repose un sarcophage en marbre supporté par deux colonnes d'avant-corps derrière lesquelles sont les pilastres engagés. Ces colonnes sont couronnées par un entablement très riche et un fronton sphérique dont le tympan est orné de laurier et de branches de cyprès. Les ornements, chapiteaux et bases de colonne sont en bronze, les colonnes en marbre. Dans l'entrecolonnement, sur un tableau de marbre noir, est inscrit le nom du grand maréchal, Duroc ou Bertrand.


  III . 5 Le baron Larrey, chirurgien en chef de la Grande Armée, entre aux Invalides en 1992


La dépouille du baron Larrey a été placée dans le caveau des gouverneurs le 15 décembre 1992. Le chirurgien de la Grande Armée, qui avait officié aux Invalides, était mort le 25 juillet 1842 d'une fluxion de poitrine contractée pendant la traversée qui le ramenait d'Alger en France, à l'hôtel de Provence de Lyon, où les honneurs militaires lui avaient été rendus le 27 juillet, avant le transfert de sa dépouille à Paris. Le 11 août, une cérémonie religieuse s'était tenue en l'église Saint-Germain l'Auxerrois, sa paroisse. Au titre des voeux testamentaires du défunt, son fils revendiqua le caveau des gouverneurs comme lieu d'inhumation. Le maréchal Soult, alors ministre de la Guerre, s'y opposa, rappelant qu'il était réservé aux gouverneurs, maréchaux et généraux morts au champ d'honneur. La ville de Paris lui offrit alors une concession au cimetière du Père-Lachaise.
Le 26 mai 1990, le médecin-général inspecteur Pierre Lefebvre, membre de l'Académie de médecine, les professeurs André Cornet et André Sicard, présentent une requête devant la société française d'histoire de la médecine : transférer la dépouille du baron Larrey aux Invalides, à l'occasion du 150e anniversaire de sa mort. L'Académie appuie cette proposition auprès du gouverneur des Invalides le général d'armée Schmitt, qui donne son accord. Le ministère de la Défense signe l'ordre de transfert.
Le 14 décembre 1992, à l'institut médico-légal de Paris, un examen scientifique mené sur les restes de la dépouille confirme son identité. Le lendemain a lieu la cérémonie officielle du transfert des cendres : une messe est dite dans l'église Saint-Louis des Invalides, à l'issue de laquelle la dépouille est installée dans le caveau des gouverneurs, dans une alvéole du columbarium (32).



  IV. Les Napoléonides et la famille


Dans l'esprit de beaucoup, les Invalides sont aussi « le tombeau » de la famille impériale. En effet, cinq membres de la famille de l'Empereur reposent sous le Dôme des Invalides (33). Une loi de 1840 prévoyait de consacrer l'ensemble de l'église du Dôme à la sépulture de Napoléon Ier. Mais Napoléon III élargit cette prérogative aux membres de la famille.
Revenu d'exil en 1847, Jérôme Bonaparte, frère de Napoléon, est rétabli dans ses titres par Louis-Napoléon, devenu président de la République, le 10 décembre 1848. Il assure la fonction de gouverneur de l'hôtel des Invalides du 27 décembre 1848 au 29 décembre 1852, puis en devient le gouverneur honoraire, avec un traitement de 45 000 francs. Son neveu lui conférera la dignité de maréchal.
Le roi Jérôme obtient que la chapelle sud-ouest du Dôme des Invalides, consacrée à saint Jérôme, lui soit réservée, ainsi qu'à sa famille. Entre décembre 1840 et 1861, lors des travaux d'aménagement de la crypte impériale, le cercueil de Napoléon Ier y est exposé. Elle accueillera également plus tard celui du Roi de Rome, entre décembre 1940 et décembre 1969.



  IV . 1 Le prince Jérôme Napoléon, le cœur de Catherine de Wurtemberg, le cœur du général Leclerc


Le prince Jérôme, fils aîné de Jérôme Bonaparte et colonel de cavalerie dans l'armée wurtembergeoise, décède à Seste, près de Florence, le 12 mai 1847, des suites d'une maladie de la moelle épinière. D'abord inhumé à Florence, son corps est rapatrié aux Invalides dans la nuit du 27 au 28 juillet 1857. Une cérémonie nocturne s'y déroule en présence du roi Jérôme, de la princesse Mathilde, du prince Napoléon (le fameux « Plon-Plon »), et des autorités administratives et ecclésiastiques de l'Hôtel. Après l'absoute, le cercueil est descendu dans la crypte de l'église des Soldats, où se trouvait déjà le coeur de sa mère, la princesse Catherine de Wurtemberg, décédée le 29 novembre 1835 à Lausanne(34). Le 20 avril 1858, la dépouille de son fils et l'urne contenant le coeur de sa femme sont transférées, par ordre du roi Jérôme, dans le caveau affecté à la famille, situé sous la partie orientale de l'église du Dôme. L'absoute et la cérémonie d'usage ont lieu, réunissant l'ancien roi de Westphalie, les hauts fonctionnaires de l'Hôtel des Invalides et les officiers de l'état-major (35). Le tombeau se trouve toujours dans cette chapelle « souterraine », avec à ses côtés, l'urne contenant le coeur du général Leclerc. L'époux de Pauline Bonaparte était mort à Saint-Domingue, en novembre 1801. Son corps avait été inhumé le 9 mars 1803 au château de Montgobert près de Soissons, dans un tombeau dessiné par Fontaine. Une urne d'or contenant son coeur avait été remise à Pauline qui y avait fait graver : « Paulette Bonaparte, mariée au général Leclerc, le 20 prairial an V, a enfermé dans cette urne son amour auprès du coeur de son époux dont elle avait partagé les dangers et la gloire. Son fils ne recueillera pas le titre et le cher héritage de son père, sans recueillir celui de ses vertus » (36). Dans cette urne, Pauline déposa aussi le coeur de son fils Dermide, mort à l'âge de sept ans, le 14 août 1805. À la mort de la « Vénus impériale », l'urne passa à Caroline Murat puis à la maréchale Davout (soeur du général Leclerc) dont les descendants la remirent aux Invalides (37).



  IV . 2 Le roi Jérôme


Le roi Jérôme, frère de l'Empereur, meurt le 24 juin 1860. Le 4 juillet, se tient une « cérémonie grandiose et imposante » selon le procès-verbal, présidée par le Prince Napoléon, accompagné du maréchal duc de Malakoff et le prince Murat. Le cortège funèbre, parti du Palais Royal, arrive aux Invalides à midi. Le corps est reçu par le cardinal Morlot, grand aumônier, archevêque de Paris, qui célèbre une messe basse. L'église est tendue de draperies noires rehaussées de trophées militaires et d'écussons aux armes du Prince. Les canons des Invalides retentissent toutes les demi-heures depuis le matin ; ils ont annoncé le départ du cortège du Palais Royal et son arrivée aux Invalides ; une dernière salve marque l'inhumation et la fin de la cérémonie religieuse. Dès 1861, la chapelle Saint-Jérôme subit des aménagements afin d'y recevoir le tombeau de Jérôme, menés par l'architecte Alfred-Nicolas Normand. Le 16 juin 1862, le corps est installé dans le monumental sarcophage, surmonté de sa statue réalisée par Eugène Guillaume. L'urne contenant le coeur de Catherine de Wurtemberg est placée dans la niche centrale de la chapelle.



  IV . 3 Le roi Joseph


Le frère de l'Empereur meurt à Florence en 1844. Dans un premier temps, et selon ses premiers voeux, il est inhumé à l'église Santa-Croce auprès du tombeau de sa fille Charlotte. Il demande cependant dans son testament à reposer en terre de France (38). Le 14 juin 1862, son corps est transporté solennellement aux Invalides, en présence de son petit-fils Joseph, prince de Musignano. Un sarcophage de marbre veiné de blanc est alors réalisé par Crépinet. Le roi Joseph repose ainsi dans la chapelle Saint-Augustin (angle sud-est) depuis le 22 mars 1864.


  IV . 4 Le Roi de Rome


Le 15 décembre 1940, un siècle après le Retour des Cendres de son père sur les rives de la Seine, le roi de Rome est solennellement inhumé aux Invalides. À sa mort, le 22 juillet 1832, les restes du duc de Reichstadt avaient été placés dans la crypte du couvent des Capucins de Vienne, réservée aux Habsbourg. Napoléon III avait exprimé une demande de rapatriement auprès de François-Joseph, empereur d'Autriche, qui s'y était opposé (1853). À l'occasion du centenaire de sa mort, en 1932, la question s'était à nouveau posée, suscitant un mouvement d'opinion et un comité animé par le Prince Murat, ainsi que des chefs républicains tels Paul Painlevé. Une exposition, organisée à l'Orangerie des Tuileries avait même relancé l'actualité de ce transfert auprès de l'opinion publique. Des pourparlers s'étaient engagés de nouveau entre la France et l'Autriche, aboutissant à l'acceptation – indispensable - de la requête française par l'ex-impératrice Zita, et la conclusion d'un accord. Mais des oppositions politiques et personnelles, doublées de préoccupations liées à l'évolution politique en Allemagne avaient fait capoter le projet.
Hitler, peu soucieux de l'avis des Habsbourg, décide de « rendre » la dépouille du Roi de Rome aux Français, espérant recevoir quelque avantage en contrepartie. Dans la nuit du 14 au 15 décembre 1940, le cercueil, porté par des soldats français, entre dans le Dôme des Invalides par la Porte Royale, en présence de la Princesse (Clémentine) Napoléon, des représentants de l'État et des descendants de grandes figures militaires de l'Empire. Le cercueil est déposé devant le maître-autel et recouvert d'un immense drapeau tricolore. Le lendemain matin, une seconde cérémonie rassemble des représentants des autorités allemandes (39) et françaises, en présence de la Princesse Napoléon. Une messe solennelle est célébrée par le cardinal-archevêque de Paris. Toute la journée, des anonymes viennent rendre hommage au Roi de Rome. Le soir, le sarcophage est déposé dans la chapelle Saint-Jérôme. Cependant, la signification de cet événement est mal comprise par la population française, où n'en retentit qu'un faible écho.
Ce n'est qu'en 1969, à l'occasion du bicentenaire de la naissance de Napoléon Ier, que le projet de réunir le père et le fils dans la crypte est sérieusement envisagé par le gouvernement français. Le 18 décembre, le cercueil est descendu dans la « Cella », au sud de la crypte impériale, où autrefois avaient été exposés des effets personnels de l'Empereur – un chapeau, l'épée d'Austerlitz et le collier de Grand Maître de la Légion d'honneur. Le président de la République Georges Pompidou, la famille impériale, le gouverneur de Paris, le général de Grancey, gouverneur des Invalides, le général Davout d'Auerstaedt, directeur du musée de l'Armée assistent à cette cérémonie où « tout concourt pour donner à cet acte symbolique du transfert royal le double caractère d'intimité et de sobre grandeur voulu par le Gouvernement de la République » (40). Durant cette journée, les portes du Dôme s'ouvraient à tous ceux qui voulaient se recueillir sur le sarcophage. Depuis, il gît sous une dalle de marbre blanc qui porte l'inscription en lettres d'or “ Napoléon II 1811-1832 roi de Rome ” au pied d'une statue de Charles Simart (1806-1857) (41) représentant Napoléon Ier en costume de Sacre.


  Bibliographie 1 . Articles


- Général de Grancey, « Le roi de Rome aux Invalides », Revue de la Société des Amis du musée de l'Armée, 1970, n° 74.
- H. de Buttet, « Le maréchal Sérurier Gouverneur des Invalides – 1804-1816 », Revue de la Société des Amis du musée de l'Armée, 1977, n° 81.
- Medécin-général inspecteur (CR) P. Lefebvre, « Le retour des cendres du baron Larrey aux Invalides », Revue de la Société des Amis du musée de l'Armée, 1993, n° 105.
- H. Lachouque, « Bessières et Duroc reposent aux Invalides », Revue de la Société des Amis du musée de l'Armée, 1964, n° 68.
- P. Arizzoli-Clémentel, « Le Mausolée de Turenne aux Invalides », Revue de la Société des Amis du musée de l'Armée, 1972, n° 76.



  Bibliographie 2 . Ouvrages généraux sur l'Hôtel des Invalides


- Colonel Gérard, Les Invalides – Grandes éphémérides de l'Hôtel impérial des Invalides depuis sa fondation jusqu'à nos jours, Paris, Plon, 1862.
- René Baillargeat, Les Invalides, trois siècles d'histoire, Paris, Musée de l'Armée, 1974.
- Général Niox, L'Hôtel des Invalides, 1910.
- Général Malleterre, Napoléon aux Invalides, Paris, 1921.
- Anne Muratori-Philip, Les grandes heures des Invalides, Paris, Perrin, 1989.
- L'hôtel des Invalides et le tombeau de Napoléon, Paris musées – Musée de l'Armée, 2003.




  Bibliographie 3 . Quelques ouvrages biographiques


- A. du Casse, Le général Arrighi de Casanova, duc de Padoue, Paris, Perrotin, 1866, pp. 302 et s.
- L.-J.G. Chénier, Éloge historique du maréchal Moncey duc de Conegliano, suivi de notes et pièces justificatives, Paris, Librairie militaire de J. Dumaine, 1848.
- M. Girod de l'Ain, Grands artilleurs – Le Maréchal Valée 1773-1846, Paris-Nancy, 1911, p. 489, procès-verbal d'inhumation à l'hôtel des Invalides.
- Général Paulin, Notice biographique sur le lieutenant général comte Bertrand, Paris, 1847.
- R. Valentin, Le Maréchal Jourdan (1762-1833), Charles-Lavauzelle & Cie, Paris, 1956, pp. 287-291.
 
 
Autre
- L. Mascilli-Miglioroni, Le mythe du héros, France et Italie après la chute de Napoléon, Nouveau Monde Éditions/Fondation Napoléon, 2002.





  Tableau général des personnalités inhumées



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 Informations

Auteur :

GAUTIER Céline

Revue :

Revue du Souvenir Napoléonien

Numéro :

462

Mois :

décembre 2005 - janvier 2006

Pages :

41 - 55

Notes

 NOTES
(1) Du 5 mai 1793 au 19 janvier 1796, l'Hôtel national des Invalides, devenu Maison nationale des militaires invalides à partir de 1794, est placé sous l'autorité du ministre de l'Intérieur, et administré par trente administrateurs militaires élus par les invalides et six notables nommés par la Commune. De 1796 à 1803, cette Maison est dirigée par le « Commandant de la Maison nationale des militaires invalides ».
(2) Étendards turcs formés de queues de cheval assemblées sous une boule d'or ; le nombre de queues croissait avec la puissance du personnage (général Malleterre, Napoléon aux Invalides, Paris, 1921, p. 55).
(3) Dès cette époque, le 14 juillet n'est pas le jour de commémoration de la prise de la Bastille, mais de la Fête de la Fédération du 14 juillet 1790.
(4) Rappelons qu'en octobre 1806, Napoléon avait fait démonter le monument prussien commémorant la défaite de Soubise à Rosbach.
(5) Notons que d'autres lieux reçurent également des trophées : le Tribunat, le Sénat, l'Hôtel de Ville et Notre-Dame. Le 16 décembre 1805, par exemple, 50 emblèmes furent envoyés à Notre-Dame.
(6) L'ancienne église Sainte-Geneviève est en principe un Panthéon civil où sont notamment inhumés les sénateurs morts en fonction. Dans la catégorie des héros militaires, signalons toutefois que c'est là qu'est inhumé le maréchal Lannes. En tout, quarante-six personnalités du Consulat et de l'Empire ont leur tombeau au Panthéon. Voir Le Panthéon de Napoléon, éditions du Patrimoine, 2001.
(7) Conservés néanmoins par le bureau administratif chargé des exhumations, les restes des anciens gouverneurs furent retrouvés en 1846 lors des travaux menés pas l'architecte Visconti pour le creusement de la crypte funéraire de Napoléon Ier.
(8) Lenoir réalise un nouveau mausolée pour la dépouille du maréchal.
(9) Notons l'absence du Premier consul à cette cérémonie, possiblement afféré à la préparation de la cérémonie du lendemain, 1er vendémiaire an IX, commémorant l'anniversaire de la fondation de la République, dont il préside la cérémonie aux Invalides.
(10) Général Malleterre, op. cit., p. 62.
(11) P. Arizzoli-Clémentel, « Le Mausolée de Turenne aux Invalides », Revue de la Société des Amis du musée de l'Armée, 1972, n° 76, pp. 4-12.
(12) Jour anniversaire de la prise de Dantzig, joli symbole pour celui dont on disait : « Ville défendue par Vauban, ville imprenable. Ville assiégée par Vauban, ville prise ».
(13) À notre connaissance, les archives ne mentionnent pas la tenue de cérémonies particulières pour ces trois « dépôts ».
(14) Selon les termes de la loi du 13 avril 1845. Voir Jean de La Tour, Duroc (1772-1813), préface de Jacques Jourquin, Nouveau Monde-Fondation Napoléon, 2004, p. 201 et Michel Berthelot, Bertrand. Grand maréchal du Palais, Châteauroux, chez l'auteur, 1996, pp. 258-259.
(15) Voir Jacques Jourquin, Dictionnaire des maréchaux du Premier Empire, Christian-Jas, 5e éd., 2001, p. 171.
(16) Les travaux durent de 1841 à 1861, date à laquelle la dépouille de l'Empereur est transférée de la chapelle Saint-Jérôme dans le sarcophage, au cours d'une fastueuse cérémonie présidée par Napoléon III.
(17) Le coeur de Mortier est au Père-Lachaise.
(18) Le coeur et les viscères du roi de Rome sont conservés à Vienne, dans le caveau funéraire des Habsbourg.
(19) A. du Casse, Le général Arrighi de Casanova duc de Padoue, Paris, Perrotin, 1866, p. 309. Avant d'être placés dans les colombaria, les cercueils étaient posés à même le sol.
(20) D'autres plaques sont aujourd'hui consacrées à des généraux antérieurs ou postérieurs à la période.
(21) Tué à Eylau, d'Hautpoul fut enterré en février 1807 au cimetière du château de Vornen et son coeur fut placé dans l'église de Thorn. Corps et coeur furent rapatriés à Paris en 1808. Le coeur fut conservé au palais de la Légion d'honneur jusqu'en 1818, époque où il fut rendu à la famille qui obtint qu'il soit déposé aux Invalides. Le corps est au Père-Lachaise (Le général d'Hautpoul. Un héros de l'Empire, catalogue de l'exposition de septembre 2000 à janvier 2001 au Musée de Gaillac, non paginé.
(22) Général Niox, L'Hôtel des Invalides, 1910, pp. 96-101.
(23) Seul le coeur de Sérurier est aux Invalides. Son corps est au Père-Lachaise (Jacques Jourquin, op. cit., p. 173).
(24) Éloge historique du maréchal Moncey duc de Conegliano suivi de notes et pièces justificatives, par L.-J.-G. Chenier, Paris, Librairie militaire de J. Dumaine, 1848, p. 108. Rappelons que le maréchal Moncey était gouverneur des Invalides lors du retour des cendres de Napoléon de Sainte-Hélène, en décembre 1840. Il mourut le 20 avril 1842 et ses obsèques eurent lieu le 25. Les éloges furent prononcés par le procureur général Dupin et le maréchal Soult qui termina ainsi : « Adieu, mon vieil ami ! Adieu, soldat sans peur et sans reproche ! Adieu, Moncey ! Adieu ! ».
(25) Les Invalides, trois siècles d'histoire, p. 271.
(26) Seul le coeur de Kléber est aux Invalides. Il était mort le 14 juin 1800, assassiné au Caire. Son corps passa dix-huit ans au château d'If. La Restauration décida son transfert à Strasbourg où il arriva le 17 septembre 1818. Il fut placé dans la cathédrale puis, en 1840, sous la statue monumentale qui lui était dédiée. La France voulut le transférer au Panthéon, en 1889, mais les autorités allemandes refusèrent de rendre le corps (l'Alsace était alors annexée). La statue fut démontée en 1940 et le sarcophage enfermé dans un local. Il reprit place sous la statue en 1945 et dut encore changer de place en 1967, lors du creusement d'un parking (Jean-Noël Brégeon, Kléber. Le Dieu Mars en personne, Perrin, 2002, p. 242 et suivantes).
(27) Les Invalides, trois siècles d'histoire, p. 271.
(28) Colonel Gérard, Les Invalides – Grandes éphémérides de l'Hôtel impérial des Invalides depuis sa fondation jusqu'à nos jours, Paris, Plon, 1862, p. 308.
(29) Général Paulin, Notice biographique sur le lieutenant général comte Bertand, Paris, 1847, et Michel Berthelot, op. cit.
(30) Général Paulin, op.cit., p. 37, selon les rapports du journal de l'Indre et des journaux de Paris.
(31) Général Paulin, op.cit., Paris, 1847, p. 43.
(32) Le même jour le musée de l'Armée inaugure une exposition temporaire « Dominique Larrey ».
(33) Napoléon Ier avait décidé pourtant que les empereurs et membres de leurs familles devaient être inhumés à Saint-Denis.
(34) Son corps se trouve au mausolée des ducs de Wurtemberg, sur les pentes du Rothenberg (Bernardine Melchior-Bonnet, Jérôme Bonaparte ou l'envers de l'épopée, Perrin, 1979, pp. 350-351).
(35) Grandes Éphémérides...
(36) Bernard Nabonne, Pauline Bonaparte. La Vénus impériale, Hachette, 1963, p. 89.
(37) Henri Mézière, Le général Leclerc et l'expédition de Saint-Domingue, Tallandier, 1990, p. 275 ; Le général Leclerc. Notice historique et biographique, par A.-P. de Forges, Paris, 1869, p. 32.
(38) Le testament du roi Joseph a été publié au volume X de ses Mémoires (pp. 432-440).
(39) La dépouille du Roi de Rome est remise par l'ambassadeur d'Allemagne en France, Otto Abetz, au nom du Führer, à l'amiral Darlan, représentant le chef de l'État français, le maréchal Pétain.
(40) Général de Grancey, gouverneur des Invalides, « Le roi de Rome aux Invalides », Revue de la Société des Amis du musée de l'Armée, 1970, n° 74, pp. 5-10.
(41) Le sculpteur Simart a également réalisé l'ensemble des bas-reliefs de la galerie encerclant le tombeau de Napoléon Ier.

 

 
 

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