<i>Napoleonica La Revue</i>, revue internationale d'histoire des Premier et Second Empires napoléoniens, articles, bibliographies, documents, comptes rendus de livres, en français et en anglais : n° 19, juin 2014
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ARTICLES

La couronne de fer : histoire et symbolique

(Article de WODEY-COUTURAUD Laurence )

 Informations


I. L'Italie du nord dans le contexte diplomatico-militaire de 1803-1805
II. Le couronnement italien de Napoléon
III. Royauté italienne et Couronne de fer dans les empires occidentaux depuis l'an 800
IV. La place du couronnement italien de 1805 dans la rivalité franco-autrichienne
V. La Couronne de fer dans la représentation du pouvoir napoléonien
VI. L'ordre de la Couronne de fer, arme symbolique
VII. L'ordre de la Couronne de fer, fonctionnement, missions et composition sous le règne de Napoléon Ier
VIII. Les Autrichiens et la Couronne de fer
Une page d'histoire tournée
Bibliographie

Au commencement des Napoléonides fut l'Italie du nord. Bonaparte y cueillit les lauriers de la gloire et y ceignit la couronne lombarde. Cette région d'Europe demeura de tout temps chère à son coeur, essentielle à sa politique, placée dans son âme et dans son Empire à la droite de la France. Terre impériale sous l'Antiquité, royale et impériale au Moyen Âge, sa possession était chargée de significations politiques, diplomatiques et symboliques que Napoléon choisit en 1805 de résumer en un couronnement et un emblème.

Au commencement des Napoléonides fut l'Italie du nord. Bonaparte y cueillit les lauriers de la gloire et y ceignit la couronne lombarde. Cette région d'Europe demeura de tout temps chère à son coeur, essentielle à sa politique, placée dans son âme et dans son Empire à la droite de la France. Terre impériale sous l'Antiquité, royale et impériale au Moyen Âge, sa possession était chargée de significations politiques, diplomatiques et symboliques que Napoléon choisit en 1805 de résumer en un couronnement et un emblème.


  I. L'Italie du nord dans le contexte diplomatico-militaire de 1803-1805


Certes, par deux fois vaincus, en 1797 et 1800, les Habsbourg chefs de l'archimaison d'Autriche, empereurs germaniques, avaient fini par renoncer à la quasi-totalité de leurs possessions d'Italie du Nord au traité de Lunéville, le 9 février 1801. Réunis, ces territoires – la Lombardie, la Valteline, le Novarais, le Véronais, l'Émilie hormis Parme et Plaisance, la Romagne, Massa et Carrare – avaient formé le territoire de la République cisalpine, devenue République italienne présidée par Bonaparte à la suite de la Consulta de Lyon, le 26 janvier 1802.
Les négociations de mars 1802 à Amiens ayant stabilisé les relations entre la France et la Grande-Bretagne, éternel ennemi, éternel pourvoyeur financier des puissances occidentales, le Premier consul pouvait nourrir quelque espoir quant à la durée de son oeuvre pacificatrice. Malheureusement, il n'en fut rien, car la rupture, le 16 mai 1803, de ce traité si essentiel et l'élévation de Napoléon Bonaparte à la dignité d'Empereur des Français compliquèrent tout, en replaçant notamment l'Italie du nord, clé terrestre de la péninsule, point majeur du « système des côtes », futur Blocus continental, au coeur du conflit austro-français.
En tant que Premier consul, Bonaparte s'était contenté du titre de Président de la République italienne. Mais après le sénatus-consulte du 18 mai 1804, la République soeur pouvait-elle demeurer sous la férule d'un chef de l'État, fût-il Napoléon ? Non bien sûr, et Napoléon le savait. Il fallait muer la république en royaume, car, primo, plusieurs Italiens le demandaient, secundo, certains Milanais voulaient créer un royaume lombardo-vénitien sur les ruines de la République italienne, allié de la France, mais gouverné par un archiduc autrichien, ce qui était intolérable pour le nouvel Empereur (1). Napoléon oeuvra donc à la création d'un royaume, non sans toutefois nourrir une certaine inquiétude : qui le gouvernerait ?
Les enjeux étaient de taille. Depuis la rupture de la paix d'Amiens, les antagonistes aiguisaient leurs armes dans l'attente d'un probable conflit. La France en particulier renforçait le « système des côtes ». L'Italie en était une des pièces maîtresses dont le nouvel Empire, en mai 1804, ne possédait que le Nord. L'archimaison d'Autriche, les Bourbons et le pape se partageaient le reste en se demandant combien de temps encore les clauses territoriales italiennes du traité de Lunéville résisteraient à la rupture de la Paix d'Amiens. Comme Napoléon ne voulait pas provoquer la colère de l'Autriche en lui faisant craindre un nouvel accroissement de puissance – dans ses projets, son seul adversaire devait être la Grande-Bretagne –, il commença par refuser pour lui-même la couronne d'Italie en l'octroyant à Joseph à titre héréditaire et sans réunion possible avec la couronne de France. Fier de ce gage de paix, il en avertit immédiatement l'Empereur François II (2). Mais Joseph refusa. Il ne voulait pas risquer de perdre ses droits de succession à l'Empire. Napoléon se tourna alors vers Louis et Hortense. Leur enfant, à la fois son neveu et petit-fils pouvait très bien être adopté par lui, qui en ferait alors le roi d'Italie. Louis se récria. Jamais on ne lui enlèverait son fils.
Le sort en était jeté. À l'issue de la Consulta de Paris, Napoléon fut proclamé roi d'Italie par le statut constitutionnel du 17 mars 1805 (3). Dans un ultime accès de résistance à sa destinée, il tenta d'anticiper les craintes que cette décision ferait naître sur le continent, en la justifiant par l'attitude anglo-russe en Méditerranée. « Le gouvernement de la République Italienne a pensé que, tant qu'il y aurait des troupes russes à Corfou et des troupes anglaises à Malte, cette séparation des couronnes de France et d'Italie serait tout à fait illusoire, écrivit-il à François II, car il n'y a pas de séparation de couronnes partout où il y a une armée appartenant à une autre couronne [...]. Je suis prêt à proclamer la séparation des couronnes de France et d'Italie aussitôt qu'il sera possible d'espérer l'évacuation des îles de Corfou et de Malte [...]. J'espère que cette déclaration convaincra Votre Majesté de mes dispositions pacifiques... » (4). Mais pouvait-il éprouver le moindre doute sur les suites militaires de son acte ?



  II. Le couronnement italien de Napoléon


Quoi qu'il en soit Napoléon affirma rapidement sa nouvelle souveraineté, par un emblème et une cérémonie.
Dès février 1805 , il avait fait dessiner par des Italiens présents à Paris les armoiries du nouveau royaume, composées au final comme suit : un écu composé au centre – « à l'honneur » selon la volonté de l'Empereur – d'une couronne de fer, réputée antique attribut des rois lombards puis des souverains du royaume médiéval d'Italie du nord, entourée des emblèmes des provinces appartenant au nouvel État napoléonien, augmentés du Lion de Venise, pourtant encore possession autrichienne, le tout posé sur une aigle regardant à dextre – contrairement à l'aigle napoléonienne regardant à senestre –, environné du collier aux vexilla de la Légion d'honneur (6). « Les Italiens n'avaient sans doute jamais vu » la vraie couronne de fer conservée en son reliquaire de la cathédrale Saint Jean Baptiste de Monza car ils transfigurèrent en « couronne antique ou solaire avec des pointes » (7) ce cercle d'or orné de joyaux, consolidé sur sa face interne par un cercle d'argent.
Puis, le 26 mai 1805, Napoléon, Empereur des Français sacré par le pape le 2 décembre 1804, « apparut dans la cathédrale [de Milan] avec ses ornements royaux : grand manteau vert, sceptre sommé du lion ailé de Venise, main de justice et couronne fermée que le souverain portait au-dessus de la couronne de lauriers d'or [...]. Ayant déposé ses insignes royaux sur l'autel, Napoléon se les fit remettre puis, empoignant la couronne de fer lombarde, il la tint quelques secondes au-dessus de sa tête en [proférant] : “Dieu me la donne, gare à qui la touche”. Il la reposa et se coiffa enfin de la couronne fermée » (8). Cette journée inspira au nouveau roi cette courte missive à Fouché : « J'ai été extrêmement content du peuple de Milan [...]. Il y a eu un très beau feu d'artifice et de brillantes illuminations, celle du clocher de la cathédrale était d'un très bel effet » (9).
Ainsi, après un an d'atermoiements, l'Empereur des Français était enfin couronné roi d'Italie. En sortant de la cathédrale, il resplendissait d'orgueil et de bonheur. De son côté, six cent cinquante kilomètres plus à l'est, François II, empereur élu des Romains, roi de Germanie et, depuis le 11 août 1804, empereur héréditaire d'Autriche sous le nom de François Ier, rongeait son frein d'humiliation. L'opposition entre la France et l'Autriche engagée sur le champ de bataille en 1792 prenait une dimension supplémentaire avec cette cérémonie car Napoléon n'avait pas choisi d'être le souverain de n'importe quel royaume ni d'« empoigner » n'importe quel attribut royal. D'une part, la terre cisalpine, composante de base de l'antique Empire romain, était aussi l'un des éléments constitutifs des empires ayant pris la suite de l'Empire romain en occident depuis l'an 800, à savoir l'empire carolingien puis le Saint Empire romain germanique. D'autre part, la Couronne de fer, symbole du royaume d'Italie, faisait partie des trois couronnes attachées à l'idée d'Empereur en Occident, avec la couronne dite de Charlemagne, portée par les rois de France et évoquée par Napoléon le jour de son Sacre, et la couronne des empereurs germaniques conservée à Vienne.



  III. Royauté italienne et Couronne de fer dans les empires occidentaux depuis l'an 800


Depuis la fin du VIe siècle, l'Italie du Nord correspondait globalement au royaume des Lombards dont les souverains, catholiques, respectèrent et protégèrent le pape jusqu'à ce que le dernier d'entre eux, Didier, inquiéta par son attitude autoritaire le Souverain pontife. Celui-ci se tourna alors vers la grande puissance montante de l'époque, le royaume des Francs de Charlemagne. Le Grand Capitaine descendit en Lombardie, vainquit les armées de Didier et prit le titre de roi des Lombards. Pour affirmer l'identité du territoire conquis, il associa son fils Pépin à son nouveau pouvoir, en lui attribuant le titre de roi d'Italie en 780. Puis, portant les titres de roi des Francs et des Lombards et de Patrice des Romains, il fut couronné Empereur des Romains par le pape Léon III à la Noël de l'an 800 (10).
Une nouvelle base de mythe naquit ce jour-là en Occident : le restaurateur de l'antique Empire romain chrétien, dont la partie ouest était tombée sous les coups des « Barbares » en 476, portait au moins trois couronnes : celle de son pays d'origine, celle d'Empereur remise par le Pape et la couronne lombarde.
L'Empire carolingien survécut jusqu'en 899. Une cinquantaine d'années plus tard, Otton de Saxe, roi « germanique » devenu nouveau puissant de l'Occident par le biais d'un programme d'expansion soutenu à l'est de l'Europe, s'empara de la couronne d'Italie en 951 puis, comme Charlemagne, fut couronné Empereur des Romains par le Pape en 962. Ce faisant, il rebâtit en Occident un empire respectueux de l'esprit carolingien, puisqu'il associait sa couronne d'origine et la couronne italienne à la couronne impériale dévolue par le Pape. L'Empire ainsi formé prit le nom de Saint Empire romain vers 1157, après le schisme orthodoxe, puis de Saint Empire romain germanique au début du XVIe siècle. Cependant, contrairement à l'Empire de Charlemagne qui formait « réellement un tout » (11) doté d'institutions et de divisions « administratives » effectives et unificatrices, le Saint Empire fonctionna comme une fédération élective d'États situés à l'est et au sud de l'Europe, sur lequel, peu à peu, l'Empereur n'exerça plus qu'« une présidence morale » (12), notamment en Italie. Battue en brèche par les villes et les seigneuries, l'autorité impériale s'affaiblit sans pour autant que les Empereurs abdiquassent leur souveraineté sur le royaume. Relayés par un plénipotentiaire assisté d'un procureur (13), ils gardaient avec lui des liens institutionnels lointains mais tangibles en maints détails, notamment nobiliaires – en 1530 et 1576, ils firent les Médicis ducs puis grands-ducs de Toscane (14) –, judiciaires et financiers.
Dans le principe, la procédure de choix et de couronnement de l'empereur germanique, stabilisé dans ses grandes lignes au XIe siècle, comprit entre autres un couronnement impérial et un couronnement italien, jusqu'en 1530. En effet, jusqu'à cette date, l'Empereur devait se rendre à Rome pour y être couronné par le Pape. À l'occasion, il pouvait ceindre la couronne d'Italie, théoriquement à Pavie, Milan ou Monza (15). Après Charles Quint, couronné roi d'Italie et Empereur par le Pape à Bologne les 22 et 24 février 1530, les souverains germaniques firent l'économie du périple italien, choisissant d'être couronnés à Francfort-sur-le-Main par l'archevêque de Francfort (16).
Les attributs du couronnement italien varièrent dans le temps. D'après les sources actuellement existantes dont l'étude a fait l'objet d'un monumental ouvrage établi par la Societa di Studi monzesi (17), la Couronne de fer « empoignée » par Napoléon servit à couronner roi d'Italie au moins trois empereurs germaniques : Charles IV de Luxembourg en 1355, Frédéric III en 1452 et Charles Quint en 1530, les deux derniers appartenant à la famille de Habsbourg. Cette couronne revêtait une valeur symbolique particulière. Selon la légende, elle aurait été fabriquée à la demande de la reine des Lombards Théodelinde, veuve du roi Authari, pour son nouvel époux Agidulf, couronné en 591. Elle contiendrait le métal d'un des clous de la Vraie Croix. En fait, le bijou date de la fin du Ve siècle ou du début du VIe. Diadème d'or orné de joyaux, il constituait à l'origine la base d'un casque de type constantinien, dont la calotte fut ôtée. Composé aujourd'hui de six plaques, il en comptait huit ou neuf avant mutilation. Il fut restauré aux époques carolingienne et ottonienne, ce qui dut lui valoir l'ajout du cercle d'argent sur sa face interne. Elle put servir à couronner des rois lombards, mais les sources manquent pour le prouver. Quoi qu'il en soit, réputée Sainte, elle fut conservée dans le palais de Pavie puis dans la cathédrale de Monza, en un reliquaire (18), et symbolisa le royaume d'Italie uni autour de la Lombardie.

Après Charles Quint, aucun souverain ne la porta plus avant Napoléon.




  IV. La place du couronnement italien de 1805 dans la rivalité franco-autrichienne


Napoléon mit fin à l'existence du royaume « germanique » d'Italie à Lunéville, diminuant ainsi le prestige du Saint Empire romain germanique, dont les chefs de l'archimaison d'Autriche coiffaient la couronne par tradition depuis 1438. Ce faisant, il prenait la suite de Louis XIV qui avait déjà atteint cette maison régnante, principalement par le biais de la conquête de territoires allemands, des traités de Westphalie de 1648, de l'incitation de princes germaniques à se désolidariser de l'Empereur et enfin par l'intronisation d'un Bourbon à la tête des antiques royaumes espagnols de Charles Quint.
Mais, plus fort que l'illustre roi, Napoléon ressuscita pour lui-même le royaume d'Italie. Il reconstitua donc à son profit un empire conforme au mythe européen, c'est-à-dire dirigé par un Grand Capitaine titulaire d'au moins trois souverainetés : celle d'Empereur ratifiée par le pape, comme au Moyen Âge, celle de chef d'un pays d'origine carolingienne et enfin celle du royaume d'Italie. Les deux premières étaient symbolisées par la Couronne dite de Charlemagne, la dernière par la Couronne de fer. Dès lors, le nouvel empereur, expliquant par ailleurs qu'il ne succédait pas à Louis XVI mais à Charlemagne, entrait en rivalité symbolique avec le Saint Empire romain germanique. Les conséquences de cette situation étaient d'autant plus inquiétantes pour ce dernier que l'Empire napoléonien, formé de territoires unifiés par une autorité institutionnelle, administrative et militaire directes contrastait grandement avec son « rival », devenu au fil du temps un agrégat d'États se sentant de moins en moins liés à lui.
Ainsi, Empire contre Empire, couronnes contre couronnes, les symboles et les mythes plongeant leurs racines dans des temps très anciens n'en finissaient pas de dire la gravité du conflit latent entre la France et l'Autriche.


  V. La Couronne de fer dans la représentation du pouvoir napoléonien


Certes, il n'est pas question de prêter à Napoléon la prescience de toutes les étapes de sa marche à la royauté italienne associée à l'Empire. Comme toujours, les circonstances guidèrent les décisions, comme il aimait à le répéter. Mais pour prégnantes qu'elles fussent dans l'accomplissement de son destin, ces circonstances ne le détournèrent jamais d'objectifs vitaux pour lui – la conquête, le pouvoir et l'affirmation de la légitimité de son pouvoir. Surtout, elles n'entraînèrent pas d'actes gratuits en ce qui concernait la manipulation des mentalités. De la sorte, si son sacre français et son couronnement italien survinrent par le fait d'un enchaînement de circonstances auquel il se plia et dont il tira selon lui le meilleur, les conséquences symboliques de ces événements furent parfaitement dominées et voulues, en vertu de sa préoccupation constante de frapper l'imaginaire de ses sujets et de ses adversaires. Ainsi que le dit Annie Jourdan, « Tout au long de son règne, Napoléon a été obsédé par sa représentation, ou plutôt par ses représentations. Des attributs de puissance – couronne, sceptre, costumes, objets rares et précieux, décors des palais impériaux... tout a été mis en oeuvre pour rehausser l'image propagée par la presse ou par les apparitions sur la scène publique du souverain » (19). Dans le même temps, il ne se laissait pas abuser lui-même par cette mise en scène. Il se vivait pleinement, tel qu'il était, c'est-à-dire fruit de la Révolution, homo novus, mais il s'adaptait aux nécessités de son époque en utilisant au mieux pour son pouvoir et la construction de la France les références offertes par le passé. Il associa ainsi très tôt des légendes et symboles carolingiens au système de représentation de son pouvoir, pour au moins deux raisons. Premièrement, il admirait l'Empereur mythique, persuadé qu'en le surpassant, il accéderait à l'immortalité (20). Secondement, il légitimait sa dynastie naissante en rappelant sa filiation « étatique » et historique avec le premier restaurateur de l'Empire d'Occident (21) qui jouissait à l'époque d'un grand pouvoir de fascination, comme les empereurs romains. Ce faisant, il empruntait également des éléments de cérémonial aux couronnements des empereurs germaniques (22).
Ainsi, en France, Napoléon prit le titre d'Empereur des Français notamment parce qu'il ressemblait à celui de roi des Francs porté par Charlemagne (23). Prenant régulièrement l'avis de Vivant Denon, qui l'appelait « le restaurateur de l'Empire d'Occident » (24), il fit son emblème de l'aigle romain, qu'on lui dit repris de Charlemagne (25). Lors du Sacre, il multiplia les références à l'Empereur mythique, avec la présentation de trois de ses « honneurs » – la couronne en cuivre doré avec camées, le sceptre et l'épée. Il revêtit lui-même ses propres honneurs baptisés « honneurs de l'Empereur », à savoir la couronne de lauriers en or, le sceptre, la main de justice, le collier de la Légion d'honneur et le fameux globe crucifère, inspiré du cérémonial de l'empereur germanique et placé par l'imagerie médiévale dans la main de Charlemagne (26).
En Italie, le 26 mai 1805, il se fit accompagner d'un cortège comportant les « honneurs de Charlemagne » précités, les « honneurs de l'Empereur » amputés de la couronne de lauriers qu'il portait sur la tête (27). Dans la cathédrale, il saisit la Couronne de fer et la tint quelques instants au-dessus de sa tête, l'intégrant au cérémonial de son couronnement, comme l'avait fait au moins trois empereurs germaniques dont le plus célèbre d'entre eux, Charles Quint. Il connaissait parfaitement la force symbolique de ce bijou, nourri comme il l'avait été dans sa jeunesse de la vie des grands hommes, et désireux de légitimer son pouvoir en en rappelant la filiation historique. Un discours et une lettre en témoignent particulièrement : « Nous avons accepté [la royauté italienne], dit-il au Sénat le 27 ventôse an XIII (18 mars 1805) et nous placerons sur notre tête cette Couronne de fer des anciens Lombards, pour la retremper, pour la raffermir, et pour qu'elle ne soit pas brisée au milieu des tempêtes qui le menaceront, tant que la Méditerranée ne sera pas rentrée dans son état habituel » (28). Il ajouta à l'intention d'Eugène, le 16 septembre 1805, alors que la guerre était déclarée entre la France et la Troisième coalition : « Si vous y étiez contraint, vous vous ploierez avec tous nos amis sur Alexandrie [...] Cependant, mon intention est que vous restiez à Monza. Arrangez-vous de manière à pouvoir toujours être le maître de la Couronne de fer et à l'enlever sans qu'on s'en aperçoive... » (29).
Rien dans les symboles ne fut donc laissé au hasard et l'Empereur François II ne s'y trompa pas. C'était bien en référence aux empires romains médiévaux, continuation de l'antique empire romain chrétien, que Napoléon fondait le sien, avec tout ce que cette idée laissait pressentir en matière d'expansionnisme. Le port des couronnes symboliques, relayées dans la diffusion de l'image par les armoiries, les médailles et les monnaies le prouvait. L'empereur germanique était d'autant plus humilié qu'il avait toutes les raisons d'être inquiet au sujet de ses possessions italiennes restantes. Le sceptre porté par Napoléon le jour de son couronnement italien n'était-il pas orné du lion de Venise alors que cette république était encore autrichienne ?
François II prit les devants. Pressentant la fin du Saint Empire, il s'était déclaré empereur héréditaire d'Autriche le 11 août 1804, trois mois après la proclamation de l'empire français, afin que le titre d'Empereur restât attaché à sa famille. Après le couronnement italien de Napoléon, suivi notamment de l'annexion de la République ligure à l'Empire français, il adhéra à la Troisième coalition, en août 1805.
De son côté, Napoléon enfonça le clou aussi bien institutionnellement que symboliquement dans son royaume d'Italie. Pour commencer, il l'érigea en laboratoire administratif (30), le dotant d'institutions et de codes expérimentés en France depuis 1799. Puis, cherchant une assise à son pouvoir, il multiplia les bonnes grâces auprès des élites locales dont il organisa les potentiels regroupement et renouvellement par le biais d'une institution de récompense, l'ordre de la Couronne de fer, fondée le 5 juin 1805. En agissant ainsi, il créait un nouveau moyen de diffusion de l'image de sa souveraineté.



  VI. L'ordre de la Couronne de fer, arme symbolique


Attentif au message délivré par l'insigne de l'ordre de la Couronne de fer, Napoléon en étudia personnellement le dessin, dont il livra une description succincte dans le 3e statut constitutionnel du 5 juin 1805, acte fondateur de l'Ordre : « La décoration de l'Ordre consistera dans la représentation de la couronne lombarde, autour de laquelle seront écrits ces mots : “Dieu me l'a donnée, gare à qui y touchera”. Cette décoration sera suspendue à un ruban de couleur orange à liserés verts » (31). Dans les faits, cette description fut interprétée de manière à « impérialiser » le motif de la décoration : une couronne à pointes perlées, ornée à sa base de la devise en lettres d'or sur un cercle d'émail bleu, entourée juste au-dessus de fleurons de type ducal, portant en son centre l'effigie de Napoléon en empereur romain lauré, surmontée d'une aigle regardant à dextre et tenant les foudres en ses serres.
Ce motif constituait une série de messages destinés tant aux Italiens qu'aux puissances continentales. À l'intention des Italiens, Napoléon indiquait leur place dans l'Empire « Mon principe est : la France avant tout [...]. Ce serait mal voir que de ne pas reconnaître que l'Italie n'est indépendante que par la France, expliquait-il à Eugène, vice-roi d'Italie, [...] que cette indépendance est le prix de son sang, de ses victoires et que l'Italie ne doit pas en abuser [...]. J'entends mieux que personne la politique de l'Italie. Il faut que l'Italie ne fasse pas de calculs séparés avec la prospérité de la France... » (32). Dans l'esprit de Napoléon, l'Italie n'existait que grâce à la France et sous la férule de l'Empire. En tous points, elle devait se conformer aux vues de Napoléon pour qui elle représentait à la fois un « poumon » économique (33) et un pion essentiel sur l'échiquier européen.
À l'intention des Habsbourg, Napoléon affichait pleinement sa dignité impériale associée à sa royauté italienne, rappelant ainsi l'avènement d'un nouvel Empire d'Occident, légitimé et identifiable à la fois par sa reconnaissance par le Pape, ses références historiques, sa puissance territoriale et sa force militaire à rayonnement européen. De toute évidence, le Saint Empire romain germanique, réduit à l'Empire d'Autriche, ne pouvait plus prétendre incarner l'héritage des Empereurs romains et carolingiens, comme aux premiers temps de son existence.
De fait, trois mois après la fondation de l'ordre de la Couronne de fer, la rupture diplomatique entre la France et l'Autriche fut consommée. Six mois plus tard, l'armée autrichienne était battue à Austerlitz et le 6 août 1806, François II, dernier chef du Saint Empire abdiquait, dissolvant à jamais l'institution millénaire, tombée au seuil de la modernité, sous les coups du nouveau titulaire du dominium mundi.


  VII. L'ordre de la Couronne de fer, fonctionnement, missions et composition sous le règne de Napoléon Ier


Le fonctionnement, les conditions d'admission et la composition mêmes de l'ordre de la Couronne de fer furent établis de manière à compléter les messages impériaux délivrés par l'insigne. Fruits de maintes influences liées tant à l'ancienne France qu'au contexte politico-diplomatique de 1805, chargés de multiples missions, les statuts de cet Ordre forment un ensemble original, témoin tout à la fois de la conception napoléonienne de l'imperium, de la place de l'Italie dans le Grand Empire mais aussi des modes de représentation du pouvoir choisis par Napoléon.
Certes, l'Empereur, fidèle à son processus d'unification administrative des pays conquis, fonda l'ordre de la Couronne de fer sur la même valeur que la Légion d'honneur, c'est-à-dire l'honneur issu d'un service rendu à la nation. « Afin d'assurer par des témoignages d'honneur une digne récompense aux services rendus à la Couronne tant dans la carrière des armes que dans celle de l'administration, de la magistrature, des lettres ou des arts, fit-il préciser dans l'article LIX du IIIe statut constitutionnel, il sera institué un ordre sous la dénomination d'Ordre de la Couronne de Fer » (34), qui compta aussi bien des Italiens, des Français que des ressortissants d'autres pays européens (35).
Tout aussi bien convaincu de la soif d'égalité des peuples, il pratiqua une différenciation du port des insignes entre les différents grades moins évidente à l'oeil que celle qui était habituellement adoptée par les ordres de mérite des monarchies avoisinantes ou par l'ancienne France pour les commandeurs (36). Ainsi, selon les statuts, les chevaliers de l'ordre de la Couronne de fer portaient leur insigne « en argent, attaché au côté gauche », les commandeurs « en or, attachée de même », les dignitaires « au cou et en sautoir » (37). Le port de l'insigne prescrit pour les commandeurs rappelait celui de l'étoile d'or indiqué pour les officiers, commandants et grands officiers de la Légion d'honneur.
Il dota par ailleurs sa nouvelle institution d'outils, règlements et privilèges qui avaient fait leurs preuves en France depuis trois ans, au sein de la Légion d'honneur. Ainsi, un chancelier, le comte Marescalchi, ministre italien des Relations extérieures et un trésorier, le comte Aldini, ministre secrétaire d'État, administraient les membres et la dotation de l'Ordre, cette dernière visant à verser un traitement aux chevaliers, commandeurs et dignitaires, ainsi que l'indiquent les articles suivants du IIIe statut constitutionnel : [Art.] « LXXIII. Il sera affecté à la dotation de l'Ordre un revenu de 400 000 livres de Milan sur le Monte Napoleone [soit la dette publique]. [Art.] LXXIV. Les membres de l'Ordre jouiront d'un traitement annuel , savoir : Pour les chevaliers, de 300 livres, pour les commandeurs, de 700 livres, pour les dignitaires, de 3 000 livres ». Napoléon créa également un Grand Conseil d'administration composé des dignitaires qui, essentiellement honorifique, n'exerça aucun pouvoir sur les nominations (38), tel le grand conseil d'administration de la Légion d'honneur après le 18 mai 1804.
Dans le principe, les modalités d'admission dans l'ordre de la Couronne de fer furent calquées sur celles pratiquées pour la Légion d'honneur : Marescalchi soumettait à l'Empereur les propositions italiennes recueillies par ses bureaux et les candidatures françaises transmises par la grande chancellerie de la Légion d'honneur (39). Cette règle de base souffrit néanmoins de nombreuses exceptions, soit parce que des candidats exposaient eux-mêmes leurs mérites à l'Empereur, soit parce que le souverain nommait directement des membres de l'Ordre, à l'occasion d'une bataille par exemple (40).
Enfin, comme les chevaliers de la Légion d'honneur, les chevaliers de la Couronne de fer obtinrent un privilège après l'établissement de la noblesse d'Empire : par le VIIe statut constitutionnel du 21 septembre 1808, il fut édicté que « les chevaliers de l'ordre de la Couronne de fer porteraient le titre de chevalier du royaume, à condition de justifier de la possession d'un revenu net de 3 000 livres » (41).
Mais les ressemblances statutaires entre l'ordre italien et l'institution française s'accompagnent de différences notables. Dans un contexte politico-diplomatique modifié par rapport à celui de 1802, Napoléon s'autorisa dès 1805 à raviver pour la Couronne de fer une terminologie et des éléments structurels qui infléchirent nettement la base « révolutionnaire » vers l'Ancien Régime.
Devenu Empereur et roi, il ne craignit plus d'appeler « Ordre » (42) sa nouvelle institution, d'en déclarer « grand maître » (43) les rois d'Italie et de nommer lui-même (44), comme Louis XIV les membres de l'ordre de Saint-Louis, les « cinq cents chevaliers, cent commandeurs et vingt dignitaires » (45) prévus initialement (46), renonçant toutefois au nom de « grand croix » pour les titulaires du plus haut grade de l'Ordre.
La formule même du serment, destinée entre autres à lier l'élite italienne au nouveau dirigeant, puisa son inspiration dans les serments prêtés par les membres des ordres d'Ancien Régime, plus que celui prêté entre le 1er janvier 1805 et le 20 mars 1811 par les membres de la Légion d'honneur. De fait, ceux-ci juraient de se « dévouer au service de l'Empire, à la conservation de son territoire dans son intégrité », et en troisième lieu seulement, « à la défense de l'Empereur, suivie de celle des lois de la République et des propriétés qu'elles ont consacrées » (47). De leur côté, les chevaliers de la Couronne de fer prononçaient la phrase suivante : « Je jure de me dévouer à la défense du Roi, de la Couronne et de l'intégrité du Royaume d'Italie, et à la gloire de son fondateur » (48), inspirée entre autres du serment des titulaires de l'ordre de Saint-Louis qui juraient fidélité et obéissance au roi, en s'engageant aussi à défendre la Couronne (49).

Napoléon s'enhardit même à emprunter des coutumes et organes de fonctionnement remontant aux ordres de chevalerie tels les ordres français de Saint-Michel et du Saint-Esprit, respectivement créés en 1469 par Louis XI et en 1578 par Henri III. Ainsi, le port de la décoration en sautoir stipulé dans les statuts pour les dignitaires rappelait le port primitif de l'insigne de l'ordre du Saint-Esprit. Par ailleurs, la prescription de la tenue d'un chapitre le jour d'une fête et dans un lieu religieux, pendant lequel se dérouleraient les nominations et réceptions des membres selon un cérémonial réglé, seraient prononcé l'éloge des chevaliers décédés dans l'année et rappelés les fondements de l'Ordre, représentait un ensemble de règles directement tirées d'articles des statuts des ordres de Saint-Michel et du Saint-Esprit (50). Certes, dans l'arrêté du 13 messidor an X (29 juillet 1802) relatif à l'organisation de la Légion d'honneur, le Premier consul avait prévu « une séance extraordinaire, [à tenir alternativement dans chaque chef-lieu de cohorte] dans le semestre d'été, [où serait proclamées] les nouvelles promotions et [reçu] solennellement le serment des nouveaux légionnaires » tandis que serait aussi prononcé l'éloge des membres de la Légion décédés dans l'année (51). Mais il ne conforma jamais cette clause réglementaire aux cérémonies chapitrales des ordres d'Ancien Régime comme il le fit pour l'ordre de la Couronne de fer, ainsi qu'en témoignent les textes suivants :
Napoléon décida en effet que « [Art] LXVII. Chaque année, au jour de l'Ascension, il sera pourvu aux places vacantes. [Art.] LXVIII. Tous les chevaliers, commandeurs et dignitaires se réuniront ledit jour en chapitre général, dans l'église métropolitaine de Milan ; aucun ne pourra être dispensé d'y assister sans avoir fait agréer les motifs de son absence au Grand Conseil dont il sera parlé ci-après. [Art.] LXIX. Les nouveaux chevaliers prêteront serment en chapitre général et il sera procédé à leur réception conformément au cérémonial qui sera réglé. [Art.] LXX. L'éloge historique de ceux des membres morts pendant l'année sera prononcé pendant cette solennité. L'orateur fera l'histoire des nouveaux services qu'ils auront rendus depuis leur nomination. Il rappellera les principes sur lesquels l'Ordre est fondé et les circonstances qui ont précédé sa fondation ». Enfin, [Art.] « LXXVI. ... un maître des cérémonies [sera choisi] parmi les commandeurs, deux aides des cérémonies parmi les chevaliers... » (52).

En outre, l'Empereur, soucieux de sa Cour italienne, préoccupé de l'idée d'aristocratie, introduisit des distinctions entre les membres de l'Ordre, indépendantes de leurs grades. Primo, il destina « pour le revenu de cette dotation, une somme annuelle de 100 000 livres pour les pensions extraordinaires que le grand maître jugera à propos d'accorder à des chevaliers, commandeurs ou dignitaires. Ces revenus seront à vie » (53). Secundo, il réserva une place spéciale dans l'Ordre à certains Français : « Deux cents places de chevaliers, vingt-cinq de commandeurs et cinq de dignitaires sont affectées spécialement, pour la première formation, aux officiers et soldats français qui ont pris une part glorieuse aux batailles dont le succès a la plus contribué à la fondation du royaume » (54). Le premier article rappelait les pensions que l'Empereur versait aux membres de la Cour impériale, manifestation de son pouvoir absolu sur les hommes exercé entre autres par le biais de leur mise en tutelle financière, qu'il entendait pratiquer aussi en Italie. Le second était bien entendu destiné aux Italiens, traduction dans les faits du message délivré à leur intention par l'insigne : ne devant leur « liberté » qu'à la France, ils lui étaient entièrement assujettis. La place même de l'ordre de la Couronne de fer dans le système de récompense napoléonien le disait : l'institution ne fut jamais considérée comme un ordre étranger (55), rappelant ainsi que l'Italie était un élément constitutif majeur de l'Empire. Mais, avec le recul du temps, cet article a une autre connotation. Distinguant nettement certains membres militaires de la Couronne de fer parmi d'autres, il peut sembler le prémice de l'idée impériale de créer à terme une aristocratie militaire formée de combattants plus méritants que les autres, annonciateur de la fondation de l'ordre des Trois Toisons d'or en 1809.
En tout cas, un tel ensemble de partis pris, trois ans seulement après la création de la Légion d'honneur, pose question : pourquoi tout cet appareil d'ancien temps ? À la lumière du contexte de 1805 et des fonctions habituellement assignées aux ordres de récompense, il est possible de penser que le souci de fournir des gages de paix au concert des nations, adjoint à l'obsession d'affirmer la légitimité de son pouvoir à l'Europe entière, motiva en bonne part le choix de Napoléon, à une époque où il entretenait l'espoir de n'avoir comme adversaire que l'Angleterre.
De fait, les institutions de récompense constituent un des codes du langage diplomatique. Les échanges d'insignes d'égale valeur sont une des coutumes inscrites depuis le Moyen Âge dans les relations de deux pays amis. Or, pour pouvoir converser et se comprendre, il est nécessaire de parler la même langue. Napoléon était entouré de monarchies dont les institutions de récompense étaient d'autant plus conformes à celles de l'ancienne France qu'elles avaient bien souvent prises pour modèle ces dernières depuis le XVIe siècle. Ainsi, l'ordre chevaleresque russe de Saint-André avait été fondé par Pierre Le Grand sur le modèle de l'ordre du Saint-Esprit, le plus grand ordre de chevalerie français ; l'ordre autrichien de Marie-Thérèse avait reçu des statuts inspirés de ceux de l'ordre de Saint-Louis, premier ordre de mérite du royaume de France. De la sorte, sous l'Ancien Régime, colliers ou grands cordons pouvaient circuler entre pays en paix. Entouré de royaumes et d'empires d'origine médiévale, Napoléon se trouvait donc dans la nécessité de conformer ses récompenses à celles de ses voisins s'il voulait entretenir avec eux des relations diplomatiques complètes. Par ailleurs, l'infléchissement monarchique des formes de son pouvoir, qui marquait aussi sa légitimité en l'enracinant dans l'héritage et la continuité historique, ne pouvait selon lui que rassurer les nations continentales sur le devenir politique de l'Europe : « J'ai montré que je veux fermer la porte aux révolutions. Les souverains me doivent d'avoir arrêté le torrent de l'esprit révolutionnaire qui menaçait leurs trônes... », aima-t-il à rappeler (56).

La création de la grande décoration de la Légion d'honneur, le 30 janvier 1805, résulta entre autres de ces préoccupations – conservation de la paix continentale, mise en conformité des formes du pouvoir et affirmation de sa légitimité, soucis majeurs de Napoléon depuis le sénatus-consulte du 18 mai – comme l'indiquent les paroles de l'Empereur prononcées le 21 pluviôse an XIII, et une lettre envoyée à Talleyrand le 6 juin 1805, soit le lendemain de la création de l'ordre de la Couronne de fer.
« Messieurs, dit-il aux premiers récipiendaires des grands cordons de la Légion d'honneur, cette grande décoration a aussi un but particulier, celui de lier à nos institutions les différents États de l'Europe, et de montrer le cas et l'estime que je fais, que nous faisons, de ce qui existe chez les peuples nos voisins et nos amis ». Puis, à Talleyrand, il expliqua : « ... comme rien ne serait plus propre à me donner la mesure exacte des dispositions de la Cour de Vienne que d'entamer une négociation dont l'objet serait d'échanger un certain nombre de grands cordons de la Légion d'honneur contre des cordons des ordres d'Autriche, écrivez à M. de La Rochefoucauld de dire à M. Cobenzl que, pendant mon séjour à Milan, j'ai reçu les cordons des ordres de Prusse, de Bavière et de Portugal, que je vais recevoir incessamment les ordres d'Espagne, qu'ainsi l'Autriche se trouve presque la seule des grandes puissances du continent qui n'ait point fait un échange des cordons de ses ordres ; et que, ne voyant aucune raison à une exception qui semblerait marquer de l'éloignement, je suis disposé à proposer quelques grands cordons de la Légion d'honneur en échange d'un pareil nombre de cordons des ordres d'Autriche [...] Vous ordonnerez à M. de La Rochefoucauld de vous [...] faire connaître, par la voie la plus prompte et la plus sûre, les mouvements extraordinaires qui s'opéreraient dans les armées autrichiennes » (57). Napoléon attachait ainsi une grande importance à l'échange des cordons, manifestation de l'amitié et de la reconnaissance des peuples à son égard.

Habité par de telles préoccupations dans la première moitié de 1805, et n'ayant par ailleurs plus à cacher aux Français ni à qui que ce soit la nature monarchique de son pouvoir, il trempa d'Ancien Régime les statuts de l'ordre de la Couronne de fer tout en conservant la base égalitaire issue de la Révolution. Tel que, il espérait bien pouvoir échanger les insignes de la nouvelle institution avec les autres maisons régnantes : « Les princes de la maison du grand maître, les princes des maisons étrangères et les autres étrangers auxquels les décorations de l'Ordre seront accordées ne compteront point dans le nombre fixé par l'article LXII », prévit-il dans l'article LXXII du IIIe statut constitutionnel, conforme à la coutume d'Ancien Régime (58). Cependant, il y avait dans l'esprit de l'Empereur une exception à l'utilisation diplomatique de la Couronne de fer, qui se manifesta concrètement lors du mariage autrichien de 1810. À cette occasion, Napoléon envoya en signe d'amitié plusieurs cordons de la Légion d'honneur à François Ier, mais il écrivit dans le même temps à Champagny, ministre des Relations extérieures : « Quant à la Couronne de fer, je vous dirai confidentiellement que je ne désire pas la donner aux Autrichiens ; je préfère leur donner des croix françaises » (59). Souci de ménager la susceptibilité de 'ex-empereur germanique ? Désir d'affirmer sa possession sans partage de l'Italie du Nord, élément clé des empires européens ? Napoléon passa néanmoins outre ses scrupules, puisque des “ sujets et fonctionnaires autrichiens ” reçurent l'insigne de l'ordre de la Couronne de fer avant 1814 (60).
Quoi qu'il en soit, l'institution italienne, conforme au désir prégnant de Napoléon d'unir Ancien Régime et Révolution, coulée dans le moule des institutions post-consulaires au moment où l'Empereur pouvait imposer pleinement ses volontés, forme un ordre de récompense à l'identité clairement lisible. Fort de son expérience française, l'Empereur ne lui assigna pas, comme à la Légion d'honneur des premiers temps, des missions habituellement étrangères à ce type de « corps », telle la surveillance politique ou l'exemplarité économique.
D'autre part, on peut considérer que la Couronne de fer contient en germe une bonne partie de l'évolution du système de récompense décliné entre 1805 et 1814 : ordre de mérite accessible aux civils et aux militaires, elle n'en posséda pas moins une grande maîtrise attachée au titre de Roi d'Italie, à l'instar de celles des futurs ordres des Trois Toisons d'or, attachée au titre d'Empereur (61), et de la Réunion, réservée à l'Empereur et à ses successeurs (62), mais contrairement à la « direction » de la Légion d'honneur qui fut attachée par la loi de création à la fonction de « chef de l'État français » (63). Divisée en trois grades, elle contint parmi ses membres une classe de privilégiés militaires, dans laquelle il est possible de voir la préfiguration de l'ordre des Trois Toisons d'or qui, s'il avait été distribué, aurait récompensé des combattants de mérites particuliers, destinés à former une aristocratie militaire.
Napoléon aima particulièrement cette récompense. Il en porta toujours l'insigne avec lequel il fut enterré à Sainte-Hélène. Même si elle rétrograda du second au quatrième rang dans l'ordre des récompenses impériales, au fur et à mesure que le système de récompense se structurait (64), elle resta toujours la première dans son coeur après la Légion d'honneur, tant les deux insignes associés sur sa poitrine lui rappelaient sa gloire et la nature « romaine » de l'État qu'il aurait voulu transmettre à son fils. Ne disait-il pas après avoir réuni les État de Rome à l'Empire : « Que fera Napoléon de cet ancien patrimoine des Césars ? L'histoire l'indique, [...] il rassemblera les parties trop longtemps séparées de l'empire d'Occident ; il régnera sur le Tibre comme sur la Seine » (65). Napoléon-François-Charles-Joseph, roi de Rome comme le « dauphin » de l'Empereur germanique l'était des Romains, fils du nouvel Empereur d'Occident et petit-fils de l'ancien, aurait uni en lui les deux mondes, asseyant sur son splendide héritage une légitimité que personne n'aurait jamais pu lui contester, parachevant ainsi l'oeuvre de son père (66), dont les efforts désespérés pour être reconnu comme leur égal par les souverains d'Europe prouvait chaque jour le contraire. Isabey avait fort bien compris le rêve impérial, qui représenta le petit prince paré des cordons de la Légion d'honneur et de la Couronne de fer, symboles de l'avenir que son père lui construisait (67).

Napoléon dut pourtant devant la destinée mettre un genou en terre le 11 avril 1814. Jamais il ne transmettrait d'Empire et de royaume. Ce jour-là, vaincu aussi bien par ses ennemis de l'intérieur que par les puissances alliées, il renonça pour lui et ses héritiers aux trônes de France et d'Italie (68). L'édifice territorial s'écroula dans son entier. Les frontières rognées, les pays annexés ou vassaux « libérés », le Grand Empire redevint la France de 1789. Le Congrès de Vienne, qui permit à l'Autriche de former le royaume de Lombardie et Vénétie sur l'essentiel de ses anciennes possessions retrouvées, ne put cependant effacer d'un trait de plume l'empreinte institutionnelle, administrative et « nationale » laissée par Napoléon dans chaque pays occupé. En Italie du Nord, un « sentiment renforcé de la communauté italienne, l'habitude de vivre ensemble, la fierté de se savoir capable de modernité » (69) était visible dans les provinces de l'ex-royaume napoléonien qui, pour la première fois depuis des siècles, connaissaient une administration et des institutions unificatrices et cohérentes. Par ailleurs, si l'emprise napoléonienne fut peu regrettée, la férule autrichienne n'enchanta pas pour autant la population, et tout particulièrement les tenants d'une Italie unie et indépendante dont le règne napoléonien avait renforcé la Couronne de fer comme symbole. Enfin, des Autrichiens avaient été admis comme membres de la Couronne de fer. Dans ce contexte, l'Autriche ne pouvait faire table rase du passé immédiat.




  VIII. Les Autrichiens et la Couronne de fer


Certes, la tentation était grande. Laver l'affront dans la gloire, effacer quinze ans d'humiliation par une victoire totale... Dès la fin du mois d'avril 1814, le chef de l'archimaison d'Autriche, devenu roi de Lombardie et Vénétie n'eut de cesse de relever son honneur bafoué dans un pays témoin de sa puissance d'antan. Mais, prudent, il agit avec circonspection sur le plan des symboles.
Il ne supprima par l'ordre de la Couronne de fer. Il conserva aux membres existants le droit de porter une marque extérieure mais ne procéda à aucune nomination. Il mit ainsi l'Ordre en sommeil. L'insigne créé en 1805, interdit graduellement, fut finalement remplacé par un autre plus conforme à la nouvelle monarchie que les titulaires de l'ordre napoléonien devaient réclamer aux autorités viennoises. Une procédure officielle définitive de demande de remplacement fut établie le 12 février 1816 (70), qui se traduisit comme suit : les titulaires de l'ancien Ordre devaient solliciter leur nouvelle décoration auprès de la Cour de Vienne (71), lettre de nomination et ancien insigne à l'appui, via le grand chancelier de la Légion d'honneur relayé par le ministre des Affaires étrangères français et l'ambassadeur d'Autriche en France. Une fois ces formalités accomplies, Vienne envoyait en principe les insignes de remplacement à l'ambassadeur d'Autriche en France qui les confiait au ministre des Affaires étrangères français. Ce dernier les mettait alors à la disposition du grand chancelier de la Légion d'honneur, à charge pour lui d'entamer auprès du roi, pour le compte des titulaires, une procédure de demande d'autorisation de porter cet insigne devenu étranger, conformément à l'ordonnance du 19 juillet 1814 (72). Quand toute la procédure était terminée, les membres de l'Ordre recevaient leur nouvel insigne. In fine, d'après la Gazette de Milan du 12 février 1816 (73), les titulaires de l'Ordre sous-officiers et soldats reçurent une médaille portant à l'avers une épée en pal et au revers la devise Pro virtute militari. En revanche, les membres ayant le rang d'officiers militaires durent échanger leurs décorations, pour les chevaliers, contre un insigne en argent formé d'une Couronne de fer inspirée de celle de Monza, surmontée de l'aigle bicéphale et de la couronne impériale, attachée à l'ancien ruban de boutonnière ; pour les commandeurs, contre un insigne d'or de dessin et de port identique ; pour les dignitaires, contre un insigne suspendu à un ancien cordon assorti d'une nouvelle plaque à huit pointes formée de rayons ornée en son centre d'une Couronne de fer entourée d'une couronne de laurier.

Cette procédure dont l'Autriche limita le temps de pratique au 1er février 1820 (74), occasionna quelques déboires. Certains, ayant réclamé le remplacement de leur insigne après cette date, se trouvèrent déboutés, comme par exemple les radiés du 24 juillet 1815, rentrés trop tard en France pour effectuer leur demande. D'autres, tels les membres jugés trop bonapartistes, les décorés d'avril 1814 jamais brevetés ainsi que ceux qui avaient perdu leur lettre de nomination, furent refusés (75). Mais au moins, nombre de membres de l'ancien Ordre purent jouir de la possibilité de témoigner de leur qualité.

Cependant, les Autrichiens, vainqueurs sur le champ de bataille, ne pouvaient se contenter de la modification d'un insigne. Le royaume d'Italie napoléonien n'existait plus, remplacé par le royaume de Lombardie et Vénétie. Il fallait marquer clairement cet événement car même si le Saint Empire romain germanique n'était pas ressuscité, la Maison d'Autriche retrouvait ses anciens domaines d'influence et sur le terrain, récupérait le territoire italien constitutif de son ancienne souveraineté. Aussi, le 1er janvier 1816, l'empereur d'Autriche, roi de Lombardie et Vénétie créa-t-il l'ordre impérial autrichien de la Couronne de fer, à tel point séparé de l'Ordre créé par Napoléon que les titulaires de ce dernier n'eurent aucun droit particulier à entrer dans l'institution nouvellement fondée. La grande maîtrise de l'ordre autrichien fut rattachée à la dignité d'Empereur d'Autriche (76) et non à celle de roi de Lombardie et Vénétie, ce qui correspondait à la conception germanique de cette monarchie – les Saints Empereurs devenaient automatiquement rois d'Italie – opposée à la conception « nationale » napoléonienne de cet État, qui avait permis le rattachement de la grande maîtrise de l'ordre « italien » à la royauté d'Italie du Nord pensée en 1805 comme indépendante à terme de celle de la France.
L'insigne de l'ordre autrichien fut décrit dans les statuts comme identique à l'insigne de remplacement proposé aux membres de l'ancien ordre napoléonien mais le ruban, la plaque, le port des attributs et la dénomination des grades et dignités différèrent nettement de ceux prévus dans son Ordre par l'Empereur déchu. Ainsi, le ruban de l'ordre autrichien fut imaginé jaune liseré de bleu. Les « chevaliers de première classe » portèrent l'insigne attaché à un grand cordon passé en écharpe, assorti d'une plaque à quatre pointes formées de rayons. Les « chevaliers de la deuxième classe » le portèrent en cravate et les « chevaliers de la troisième classe » à la boutonnière. Les jours de cérémonie, les titulaires de l'Ordre revêtirent un costume caractéristique de leur grade, sur lequel les chevaliers de première classe posèrent un collier (77). Enfin, la plaque se trouva ornée au centre d'une Couronne de fer entourée de la légende Avita et aucta, ce qui signifiait « Reçue des ancêtres et augmentée » (78).



  Une page d'histoire tournée


L'ancien ordre de la Couronne de fer, privé de grand maître, fut promis à la disparition. L'Autriche rentrait dans ses droits sur les ruines de l'Empire et du royaume d'Italie napoléonien. Comme pour mieux l'affirmer, en 1838, l'Empereur d'Autriche Ferdinand Ier se fit couronner roi de Lombardie et Vénétie avec une couronne fermée dans laquelle était enchâssée la Couronne de fer des rois lombards. Mais quelque vingt et un ans plus tard, l'Italie, unie et indépendante du nord au sud, forma un royaume dirigé par Victor-Emmanuel II qui s'empressa de fonder l'ordre de la Couronne d'Italie en 1866, année de la cession à l'État italien de la Vénétie, dernière province détenue par les Autrichiens dans la Péninsule. Il choisit comme insigne une croix portant au centre la Couronne de fer des rois lombards. Comme le conclut Hervé Pinoteau : « Le principal mérite de l'Empereur et roi n'est-il pas, dans le domaine des symboles, d'avoir hissé la Couronne de fer, même mal représentée, au rôle de couronne de toute l'Italie ? » (79).
L'ordre impérial autrichien de la Couronne de fer disparut avec l'Empire d'Autriche-Hongrie en 1918. L'ordre de la Couronne d'Italie sombra lui-même avec le royaume indépendant. Pour leur part, les chevaliers de l'ordre « napoléonien » de la Couronne de fer, s'éteignirent peu à peu, tandis que s'élevaient au firmament des symboles l'aigle impériale et la Couronne lombarde, transmuées en mythe par le génie d'une époque aux allures de mirage.


  Bibliographie


- Correspondance de Napoléon Ier, 32 vol.
- Comte de Las Cases, Le Mémorial de Sainte-Hélène, première édition intégrale et critique établie et annotée par Marcel Dunan, Paris, Flammarion, 1951.
- Peter Burke, Louis XIV. Les stratégies de la gloire, Paris, Éditions du Seuil, 1995.
- Claude Ducourtial, Ordres et décorations, Paris, P.U.F., 1968.
- Musée national de la Légion d'honneur et des ordres de chevalerie (Claude Ducourtial conservateur), La Renaissance du culte de Saint Louis au XVIIe siècle. L'ordre militaire, la maison royale de Saint-Cyr, catalogue de l'exposition qui s'est tenue au musée de novembre 1970 à janvier 1971.
- Alfred Fierro, André Palluel-Guillard et Jean Tulard, Histoire et dictionnaire du Consulat et de l'Empire, Paris, Robert Laffont, 1995.
- Louis Halphen, Charlemagne et l'empire carolingien, Paris, Albin Michel, 1979.
- Annie Jourdan, Napoléon, héros, imperator, mécène, Paris, Aubier, 1998.
- Capitaine J.-L. Koechlin, Les Ordres de la Couronne de fer et de la Couronne d'Italie, Paris, Plon, 1907.
- Jean-François Noël, Le Saint Empire, Paris, P.U.F., 1976.
- Hervé Pinoteau, Vingt-cinq ans d'études dynastiques, Paris, Éditions Christian, 1982.
- Jean Tulard, Napoléon ou le mythe du sauveur, Paris, Fayard, 1983.
- Chantal Gastinel-Coural, La Manufacture des Gobelins au XIXe siècle, tapisseries, cartons, maquettes, catalogue de l'exposition organisée à la Galerie nationale de la Tapisserie de Beauvais par l'Administration générale du Mobilier national et des Manufactures des Gobelins, de Beauvais et la Savonnerie.
- Hervé Pinoteau, « Les Armoiries de Napoléon Ier, roi d'Italie » in Napoléon et la Légion d'honneur, colloque organisé par la Société d'histoire des ordres et décorations, paru dans le n° 1 de La Phalère, revue européenne d'histoire des ordres et décorations.

 
     
 
 

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 Informations

Auteur :

WODEY-COUTURAUD Laurence

Revue :

Revue du Souvenir Napoléonien

Numéro :

447

Année :

2003

Pages :

26-43

Notes

 (1) Alfred Fierro, André Palluel-Guillard et Jean Tulard, Histoire et dictionnaire du Consulat et de l'Empire, p. 90
(2) Correspondance de Napoléon Ier, tome 10, n° 8250.
(3) Ibid., n° 8448.
(4) Ibid., n° 8445.
(5) Hervé Pinoteau, « Les Armoiries de Napoléon Ier roi d'Italie », in La Phalère, n° 1, p. 132.
(6) Chantal Gastinel-Coural, Catalogue de l'exposition intitulée La Manufacture des Gobelins au XIXe siècle..., p. 15.
(7) Hervé Pinoteau, op. cit., p. 147.
(8) Ibid., p. 136 ; Correspondance de Napoléon Ier, tome 10, n° 8796.
(9) Correspondance de Napoléon Ier, tome 10, n° 8797.
(10) Louis Halphen, Charlemagne et l'Empire carolingien, p. 97.
(11) Louis Halphen, op. cit., p. 134.
(12) Jean-François Noël, Le Saint Empire, p. 18.
(13) Ibid., p. 61.
(14) Ibid., p. 62.
(15) Ibid., p. 30.
(16) Ibid., p. 68.
(17) Societa di Studi monzesi présidée par Giuli Fumagalli Romario, The Iron Crown and the Imperial Europ, éditions Giorgio Mondadori
(18) Informations communiquées par M. Pinoteau.
(19) Annie Jourdan, op. cit., p. 298.
(20) Ibid., p. 11.
(21) Ibid., p. 31.
(22) Information communiquée par M. Pinoteau.
(23) Jean Tulard, Napoléon ou le mythe du sauveur, p. 171.
(24) Annie Jourdan, op. cit., p. 11.
(25) Hervé Pinoteau, Vingt-cinq ans d'études dynastiques, p. 284 ; Annie Jourdan, op. cit., p. 31.
(26) Charlemagne ne porta jamais de globe crucifère de son vivant. Hervé Pinoteau, op. cit., p. 286.
(27) Hervé Pinoteau, op. cit., p. 291.
(28) Correspondance de Napoléon Ier, tome 10 ; n° 8449.
(29) Ibid., tome 10, n° 9225.
(30) Stuart Woolf, « Napoléon et l'Italie », in colloque Napoléon et l'Europe, p. 113.
(31) Article LXIII du IIIe statut constitutionnel cité par le capitaine J.-L. Koechlin, Les Ordres de la Couronne de fer et de la Couronne d'Italie (1805-1905), p. 2.
(32) Correspondance de Napoléon Ier, t. 21, n° 16824.
(33) Alfred Fierro, André Palluel-Guillard, Jean Tulard, Histoire et dictionnaire du Consulat et de l'Empire, p. 413.
(34) Cité par le capitaine J.-L. Koechlin, op. cit., p. 2.
(35) Fichier manuscrit des membres de l'ordre de la Couronne de fer. Musée de la Légion d'honneur.
(36) H. Schulze, Chronique de tous les ordres et marques de chevalerie accordés par des souverains et des régences avec les dessins des décorations, puisée dans des sources authentiques, Berlin, 1853, t. 1. Les commandeurs de l'ordre français de Saint-Louis suspendaient leur insigne à un cordon porté en écharpe (p. 303), comme les commandeurs de l'ordre autrichien de Marie-Thérèse (p. 693) ; les commandeurs de l'ordre autrichien de Saint-Étienne de Hongrie portaient le leur en cravate (p. 665).
(37) Art. LXIV du IIIe statut constitutionnel, cité par le capitaine J.-L. Koechlin, op. cit., p. 3. En fait, les dignitaires ne portèrent jamais leurs insignes d'une manière conforme aux statuts, hormis les ecclésiastiques. Ils réclamèrent très rapidement un cordon à porter en écharpe, qu'ils obtinrent dans un premier temps brodé de trois couronnes antiques dispensatrices du port d'une plaque selon Napoléon. Comme les dignitaires ne l'entendaient pas ainsi, l'Empereur fit ôter les couronnes du cordon vers la fin de 1806, permettant en conséquence le port d'une plaque à six pointes formées de rayons ornée en son centre d'une effigie impériale laurée entourée de trois couronnes antiques, le tout ceint de la devise de l'Ordre, en français ou en italien jusqu'en 1809, puis en italien uniquement (capitaine J.-L. Koechlin, op. cit., pp. 21-28). En outre, les dignitaires arborèrent à la boutonnière l'insigne d'or des commandeurs, comme les grands aigles de la Légion d'honneur épinglaient l'étoile d'officier sur leur poitrine (Almanach italien de 1810, cité par le capitaine J.-L. Koechlin, op. cit., p. 28.). En 1808, Napoléon pensa changer l'insigne pour le rendre conforme à la vraie Couronne de fer, dont l'image circulait par ailleurs sur des médailles. Mais il ne traduisit jamais en acte cette intention (comte Michel de Pierredon, Contribution à l'histoire des ordres de mérite, p. 108).
(38) Art. LXXVI du IIIe statut constitutionnel cité par le capitaine J.-L. Koechlin, op. cit., p. 5.
(39) Capitaine J.-L. Koechlin, op. cit., pp. 18-19. Carton « Couronne de fer », dossier 3 constitué de correspondances relatives à des demandes d'admission dans l'ordre de la Couronne de fer. Musée de la Légion d'honneur.
(40) Capitaine J.-L. Koechlin, op. cit., pp. 20-21.
(41) Ibid., p. 44.
(42) Art. LXI du IIIe statut constitutionnel cité par le capitaine
J.-L. Koechlin, op. cit., p. 3. La Légion d'honneur ne fut qualifiée d'Ordre que sous la Première Restauration.
(43) Id.  Le chef de l'État porta le titre de « chef de la Légion » d'honneur sous l'Empire. Le titre de grand maître ne fut pris qu'à partir de la Première Restauration.
(44) Art. LXV du IIIe statut constitutionnel cité par le capitaine
J.-L. Koechlin, op. cit., p. 3. La loi de création de la Légion d'honneur prévit que le chef de la Légion ne ferait qu'entériner les décisions du grand conseil d'administration en matière de nomination. En réalité, cette règle ne fonctionna jamais vraiment et elle disparut avec la promulgation du sénatus-consulte du 18 mai 1804.
(45) Art. LX du IIIe statut constitutionnel cité par le capitaine
J.-L. Koechlin, op. cit., p. 3. Article 7 de l'édit de création de l'ordre de Saint-Louis, 1693, publié par le comte Garden de Saint-Ange dans son ouvrage intitulé Code des ordres de chevalerie.
(46) Par le décret du 19 décembre 1807, Napoléon ajouta « quinze dignitaires, cinquante commandeurs et trois cents chevaliers [...] au nombre des membres de l'ordre de la Couronne de fer fixé par le IIIe statut qui a créé cet Ordre » (Art. I cité par le capitaine J.-L. Koechlin, op. cit., p. 6).
(47) Louis Bonneville de Marsangy, La Légion d'honneur, édition augmentée et mise à jour par Claude Ducourtial, 1982, pp. 322-323.
(48) Art. LXXI du IIIe statut constitutionnel cité par le capitaine
J.-L. Koechlin, op. cit., p. 4.
(49) Art. 14 de l'édit de création de l'ordre de Saint-Louis, 1693, publié par le comte Garden de Saint-Ange, op. cit.
(50) Statuts des ordres de Saint-Michel et du Saint-Esprit publiés par le comte Garden de Saint-Ange, op. cit. Hervé Pinoteau, « L'ordre et aimable compagnie de Monsieur Saint Michel », et « Quelques aperçus sur un vaste sujet : l'ordre et milice du benoît Saint-Esprit », in Etude sur les ordres de chevalerie du roi de France, Musée national de la Légion d'honneur et des ordres de chevalerie, De l'ordre de Saint-Michel à la Légion d'honneur, catalogue de l'exposition organisée par le musée à l'hôtel de ville d'Amboise du 7 juin au 20 juillet 1970, pp. 20-24.
(51) Art. V et VI de l'arrêté du 13 messidor an X (29 juillet 1802) publié au Bulletin des Lois.
(52) Extraits du IIIe statut constitutionnel cités par le capitaine J. L. Koechlin, op. cit., p. 4. La règle de la réception des membres de l'Ordre en chapitre dans l'église Saint-Ambroise de Milan connut des exceptions dès le début de l'existence de l'Ordre. De fait, ce dernier « fut inauguré à Milan par le prince Eugène de Beauharnais, vice-roi d'Italie, le dimanche 9 mars 1806, après la messe, par une remise de grands-cordons. Mais l'inauguration solennelle fut faite par le même le 15 mai 1806, jour de l'Ascension, dans l'église Saint-Ambroise de Milan, les premiers chevaliers et commandeurs n'ayant été créés que par les décrets du 1er mai 1806 » (Giornale Italiano des 15 mars, 11, 12 et 16 mai 1806, cité par le comte Michel de Pierredon, op. cit., p. 104). Ensuite, des remises d'insignes eurent lieu dans d'autres villes d'Italie. (Capitaine J.-L. Koechlin, op. cit., p. 13).
(53) Art. LXXV du IIIe statut constitutionnel cités par le capitaine J.-L. Koechlin, op. cit., pp. 4 et 5.
(54) Art. LXII du IIIe statut constitutionnel cités par le capitaine
J.-L. Koechlin, op. cit., p. 3.
(55) Almanach impérial, 1807-1814.
(56) Jean Tulard, Napoléon, p. 311.
(57) Correspondance de Napoléon Ier, t. 10, n° 8845.
(58) Hervé Pinoteau, op. cit., p. 55.
(59) Correspondance de Napoléon Ier, t. 20, n° 16365.
(60) Notification du secrétaire de l'ordre impérial de la Couronne de fer, Thomas Young, Milan, 15 février 1816, publiée dans la Gazette de Milan du même jour, citée par le capitaine J.-L. Koechlin, op. cit., p. 59.
(61) Art. 3 des statuts de création de l'ordre des Trois Toisons d'or, datés du 15 août 1809, cité par le commandant Taurignac, L'Ordre impérial des Trois Toisons d'or, p. 4.
(62) Art. 3 des statuts de création de l'ordre de la Réunion, datés du 18 octobre 1811, cité par J.-L. Stalins, Ordre impérial de la Réunion, p. 25.
(63) Loi portant création d'une Légion d'honneur, 29 floréal an X (19 mai 1802), titre Premier, article 5, publiée au Bulletin des Lois.
(64) Almanach impérial, 1811.
(65) Exposé des motifs du sénatus-consulte sur la réunion des États de Rome à l'Empire, publié dans la Correspondance de Napoléon Ier, t. 20, n° 16263, Paris, 17 février 1810.
(66) Annie Jourdan, Napoléon, héros, imperator, mécène, p. 38.
(67) Jean-Baptiste Isabey, Le Roi de Rome, aquarelle sur traits à la mine de plomb, 1812. Musée des Beaux-arts de Nancy.
(68) Correspondance de Napoléon Ier, t. 27, n° 21558.
(69) Alfred Fierro, André Palluel-Guillard, Jean Tulard, op. cit., p. 414.
(70) Gazette de Milan du 12 février 1816, citée par le capitaine
J.-L. Koechlin, op. cit., p. 55.
(71) Plus exactement, la gestion du remplacement des insignes fut confiée à la chancellerie de l'ordre impérial autrichien de la Couronne de fer, ordre totalement différent de l'ordre « napoléonien » de la Couronne de fer. L'ordre autrichien, créé le 1er janvier 1816, est évoqué dans le paragraphe suivant.
(72) Procédure établie d'après les documents contenus dans le dossier 4 du carton intitulé « Couronne de fer » conservé au musée de la Légion d'honneur, contenant un ensemble de dossiers individuels formés de correspondances entre anciens titulaires et administratifs autour de la question du remplacement de l'insigne. L'article 5 de l'ordonnance du 19 juillet 1814 relative aux ordres de la Réunion, de Westphalie et d'Espagne expliquait : « Ceux de nos sujets qui ont obtenu la décoration de la Couronne de Fer continueront de la porter, à la charge, pour eux, de se pourvoir auprès du souverain du pays auquel cet Ordre appartient, pour en obtenir l'autorisation ».
(73) Citée par le capitaine J.-L. Koechlin, op. cit., p. 55.
(74) Minute d'une lettre du 1er bureau de la 1re division de la grande chancellerie de la Légion d'honneur au comte Partouneaux, lieutenant général commandant l'infanterie de la Garde royale à Paris, 12 avril 1823. Carton « Couronne de fer », doss. 4. Musée de la Légion d'honneur.
(75) 1er cas : Lettre du général comte Hulin au grand chancelier de la Légion d'honneur, Paris, 23 avril 1820. Carton « Couronne de fer », doss. 4. Musée de la Légion d'honneur.
2e cas : Capitaine J.-L. Koechlin, op. cit., p. 65.
3e cas : Dossier de lettres concernant le chef d'escadron de dragons Cosnard, 1818-1825. Carton « Couronne de fer », doss. 4. Musée de la Légion d'honneur.
4e cas : Lettre de transmission de demandes d'échanges de décorations au duc de Richelieu, dont les pièces justificatives n'ont pu être fournies par les titulaires parce qu'ils les avaient perdues, Paris, 2 avril 1818. Carton « Couronne de fer », doss. 4.
(76) Préambule du Statut de l'ordre impérial de la Couronne de fer du 1er janvier 1816, cité par le capitaine J.-L. Koechlin, op. cit., p. 76.
(77) Statut de l'ordre impérial de la Couronne de fer du 1er janvier 1816, ibid., pp. 76 et 79.
(78) Capitaine J.-L. Koechlin, op. cit., p. 76.
(79) Hervé Pinoteau, « Les Armoiries de Napoléon Ier roi d'Italie », in La Phalère, op. cit., p. 147.

 

 
 

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