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L'émulatrice faculté de médecine de Paris sous l'Empire
(Article de LEMAIRE Dr Jean-François, par le docteur Jean-françois Lemaire (Tous les encadrés sont de l'auteur))
Informations
LA SOCIÉTÉ MÉDICALE D'ÉMULATION "SÉANTE À L'ÉCOLE DE MÉDECINE"
LES DEUX INTERNES
MANNEQUINS ET CIRES ANATOMIQUES
HISTOIRES DE CADAVRES
LA THÈSE-BORNE DE GASPARD-LAURENT BAYLE
EN VISITE EN VILLE
LA SOCIÉTÉ DE L'ÉCOLE DE MÉDECINE
LA VISITE DU GRAND-MAÎTRE
LA PURGE À RETARDEMENT DE 1822
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De 1795 à 1808, << le temple abritant les autels relevés de la médecine >> (1) tel que le désignait emphatiquement Fourcroy, son restaurateur, portera successivement le nom d'École Centrale de Santé, d'École de Médecine, de Faculté de Médecine enfin, retrouvant son titre de l'Ancien Régime. A première vue il y aura trois temples : Paris, Montpellier, Strasbourg, en fait il n'y en a qu'un et c'est entre les murs de celui de Paris que va se développer la restructuration de << cette partie si essentielle à l'humanité >> (2), comme disait Bonaparte en personne pour qualifier la médecine. Fini le recours systématique et obligatoire au latin, finies les interminables querelles philosophiques des maîtres emperruqués, finies les consultations par correspondance où le médecin, de gros volumes ouverts à ses côtés, écrivait une dizaine de pages de prescriptions sans jamais rencontrer le patient. Pour la première fois dans l'histoire, les hôpitaux vont tenir un rôle-clé dans la formation des praticiens. Les étudiants en profiteront largement, mais plus encore les malades. Après de longues discussions entamées sous la Constituante et qui manquèrent d'aboutir à l'automne 1791, trois écoles de santé sont finalement créées dans ces métropoles par la Convention, en 1794. Bordeaux aura manqué de peu sa désignation, et Strasbourg fut un temps talonné par Nancy et Besançon. Le choix de Montpellier est un coup de chapeau donné au passé où, du XIIIe au XVIIIe siècle, son doctorat prima en France sur tous les autres et, en Europe, sur presque tous. Strasbourg, sur la route des invasions, répond à des impératifs militaires. Quant à Paris où le pouvoir politique est maintenant de retour, le pouvoir médical, mettant une sourdine à ses criailleries internes, va habilement jouer de cette proximité. Le maître d'oeuvre de ce prodigieux mélange des genres, aussi fin politique que bon médecin, est Corvisart. Se souvenant des violentes querelles qui, au long du XVIIIe siècle, opposèrent les médecins (et chirurgiens) du Roi aux doyens de la Faculté, sur lesquels ils ne disposaient d'aucune autorité, le Premier médecin de Napoléon, Consul ou Empereur, met au point un système imparable. Le pouvoir médical jusqu'au moindre détail, jusqu'au point le plus reculé de l'Empire, relèvera du Conseil des professeurs de la Faculté de médecine de Paris, mais aucun de ceux-ci ne sera nommé sans que lui-même ait auparavant donné son accord. À observer celle-là intervenir sans cesse dans la vie professionnelle du moment, on peut considérer rétrospectivement qu'elle tient alors le rôle de sept organismes aujourd'hui distincts : l'Académie de Médecine, le ministère de la Santé, l'Ordre des médecins, les caisses professionnelles de retraite, le museum et, enfin, celui qu'on est en droit d'attendre d'elle, la formation hospitalo-universitaire des étudiants en médecine. Rien de semblable à Montpellier ou à Strasbourg. La raison en est simple. La loi du 14 frimaire an 8, signée par Lucien Bonaparte, ministre de l'Intérieur, charge l'École de Santé de Paris - et elle seule - << de s'occuper de tout ce qui peut concourir à l'amélioration de i'Art de guérir >>. Vraiment tout : << Conservation de l'espèce et des individus en santé et en maladie, par conséquent tout ce qui concerne la salubrité, l'amélioration des régimes diététiques, la nature des aliments, l'éducation physique >>. On ne peut être plus clair, ni plus complet.
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Les tables de la loi Mais franchissons un instant le péristyle du temple. Refusant les locaux devenus sordides de la rue de la Bucherie où péroraient les docteurs-régents de l'Ancien Régime, Fourcroy avait jeté son dévolu sur ceux de l'Académie de Chirurgie. << Presqu'au milieu de Paris et dans un quartier que nos pères avaient consacré à l'étude, avait-il décrit devant la Convention, s'élève un des monuments national << les plus beaux et les plus majestueux dont l'architecture ait décoré cette cité. Quoiqu'entouré de masures qui le masquent et le déshonorent, quoique resserré dans sa profondeur et son étendue (il) est plus que tout autre propre aux exercices qu'exige l'enseignement de l'Art de guérir" >> (3). De fait, le cadre créé par l'architecte Gandoin s'y prête bien. Quand Fourcroy trouve << spacieux >> le grand amphithéâtre, son adjectif rend mal l'ampleur des lieux qui, certains jours, contiendront jusqu'à deux mille personnes. Près de l'amphithéâtre, de vastes pièces sont à même d'accueillir la bibliothèque en reconstitution, les collections d'anatomie et toutes sortes de << machines et instruments >>. Dans une autre partie du bâtiment, peuvent être logés, donc hospitalisés, << les cas (médicaux) les plus rares et les plus instructifs >> (encadré). La place manque, en revanche, pour l'enseignement pratique, qu'il s'agisse des dissections, des démonstrations de chirurgie ou des expériences de physique et de chimie. Mais, dans la proximité immédiate, se trouve le couvent des Cordeliers, qui, désaffecté et délabré,permet une extension rapidement mais juste suffisante. << Il faut voir, d écrit Thouret en 1796, le professeur obligé de fendre la foule pour arriver à sa place, tandis qu'un grand nombre d'élèves, faute de places sur les bancs, restent debout prssés aux portes ou sont contraints de s'entasser par terre >>. Vaille que vaille, au sein de cet ensemble disparate, le nouvel enseignement médical va reposer sur quatre principes auxquels, puisqu'il s'agit d'un temple, Fourcroy donne le rôle de piliers, mais plus volontiers encore l'apparat et l'autorité des tables de la Loi : - La fusion irréversible de la médecine et de la chirurgie (4) comme, sous l'impulsion de deux << experts >>, Vicq d'Azyr et Guillotin, l'avait suggéré la Constituante et voulu la Convention, le choix entre les deux disciplines ne faisant qu'au terme d'un tronc commun d'études. - La création d'un enseignement pratique, visuel et manuel, dispensé exclusivement dans les seules cliniques hospitalières de la faculté. << Peu lire, beaucoup voir et beaucoup faire >> a martelé une fois pour toutes, Foucroy, lors de la présentation de son projet. - Le choix au concours constitue le test unique de sélection, pour les étudiants mais tout autant pour les professeurs. Énoncé dès la Constituante, cet alinéa ne pouvait que séduire Napoléon. Le concours est le gage de l'émulation, et l'émulation la vertu cardinale de la société qu'il entreprend de bâtir. - Le diplôme de docteur, qu'il soit en médecine ou en chirurgie, a une valeur universelle. Aux quatre piliers s'en ajoutait initialement un cinquième : la gratuité des études, souvent mise en avant par les conventionnels, mais qui disparaîtra rapidement, remplacé par des droits universitaires finalement aussi élevés que sous l'Ancien Régime. Réservé tout au début, dans une vision strictement militaires, aux << élèves de la patrie >> (5) dont l'entretien revenait à la République, le nouveau savoir s'est rapidement ouvert aux élèves libres. Initialement, il avit été entendu que l'École centrale de médecine de Paris formerait 300 étudiants, âgés de 17 à 26 ans ; celle de Montpellier, 150 ; celle de Strasbourg, 150. Or dès la rentée de 1797, le nombre global des élèves parisiens dépasse le millier, malgré une sélection préalable portant sur plusieurs matières. Se déroulant sur trois ans, l'enseignement comprend neuf cours de médecine fondamentales et trois chaires de clinique, l'ensemble supposant vingt-quatre professeurs, soit deux par chaire, chacun faisant cours durant un semestre. Initialement, il avait été retenu douze professeurs flanqués de douze adjoints, mais très vite, en ces temps d'égalité, l'opportunité s'était faite jour de partager équitablement les chaires entre titulaires et adjoints. Ceux-ci s'en étaient donc trouvés promus. En 1808, la Faculté reprend son titre d'Ancien Régime, le directeur redevient le doyen et, après quelques ratés de rodage ayant entraîné diverses permutations dont l'Annuaire de Maygrier nous donne le reflet, l'enseignement médical devient vraiment celui du XIXe siècle. Si le contenu des chaires relève des cogitations de Foucroy assisté de Chaussier, de Cabanis, de Chaptal aussi, la désignations des professeurs implique avant tout l'accord de Corvisart. Pour prendre une compararison qui vient aisément à l'esprit, on pourrait dire : à Foucroy l'équipement, le maintien en forme des armées et l'émulation des recrues : à Corvisart, le choix des généraux. Les chaires Dès 1795, Foucroy (1755-1809) s'était attribué d'autorité la chaire de chimie médicale et de pharmacie ; en fait, c'est Deyeux (1747-1837), nommé pour la pharmacie, qui traitera l'ensemble, << M. Foucroy faisant, à des époques déterminées, des résumés généraux des cours de chimie >>. A Chaussier (1746-1828), bras droit - et sans doute même beaucoup plus - de Foucroy dans la conception globale du nouvel enseignement, revient, la chaire d'anatomie et de physiologie avec Dumeril (1774-1860) à ses côtés. Ce qui n'est pas pour surprendre, c'est déjà celle qu'il occupait à Dijon, lorsque le lieutenant en second Napoléon Bonaparte, alors en garnison à Auxonne, serait venu assister en voisin à une ou plusieurs séances de dissection. Sabatier (1732-1811), << le Nestor de la chirurgie >>, reçoit celle de la médecine opératoire ; auteur lui-même d'un traité portant sur ce thème, membre de l'académie des sciences depuis 1773, elle ne peut être mieux attribuée. Lallement (1767-1834) curieux original, non dénué de flair clinique, le seconde. LA médecine légale et l'histoire de la médecinesont confiées au seul Sue (1739-1816) (7), ces deux chaires ayant déjà vu disparaître les deux premiers titulaires, Cabani (1757-1808) et Leclerc (1762-1808). L'histoire naturelle médicale relève de De Jussieu (1748-1836) et de Richard (1754-1821), le botaniste de la faculté. La physique médicale et l'hygiène sont enseignées par Hallé (1754-1822), qui se partage entre ce cours et un autre au Collège de France consacré à l'oeuvre d'Hippocrate. Ce qui fait beaucoup, mais encore moins que pour Desgettes (1762-1837), associé à cette chaire, mais surtout Premier médecin de la Grande Armée. Les cours de pathologie externe, ouverts par Desault (1738-1795), sont donnés par Richarand (1779-1840) et Percy (1754-1825), Premier chirurgien de la Grande Armée, qui, lui, victime d'ophtalmie à répétition (comme le Premier médecin Coste, prédécesseur de Desgenettes, l'est presque au même moment d'un asthme rebelle) vient de regagner ses foyers. L'enseignement de la pathologie interne est dispensé par Pinel (1745-1826) et Bourdier (1757-1820), comme l'obstrétique l'est par Alphonse Leroy (1742-1820) et Baudelocque (1745-1810), tous deux par ailleurs en procès permanent l'un contre l'autre. Quant aux trois chaires de clinique qui constituent l'aile marchante du nouvel enseignement, la clinique interne (la médecine), la clinique externe (la chirurgie) et celle de perfectionnement, elles se trouvent entre les mains de Corvisart (1755-1821) et Leroux (1749-1832), de Pelletan (1747-1829) et Boyer (1757-1833), d'Antoine Dubois (1756-1837) et Petit-Radel (1749-1815). Les cliniques s'enseignent à la Charité (momentanément hospice de l'Unité) où depuis 1786 Corvisart a succédé à Desbois de Rochefort, à l'Hôtel-Dieu (hospice de l'Humanité) et pour celle de perfectionnement, à l'École même. En 1798, une quatrième clinique avait été testée, la clinique d'inoculation, destinée à faire assimiler cette innovation par les étudiants en médecine, mais également de l'étendre aux << enfants trouvés >> séjournant dans les hôpitaux. Confiée pourtant à Leroux et Pinel, cette expérience, malgré des résultats qualitativement très bons, s'interrompit rapidement.
La distribution de ce Conseil s'achève par Thouret (1749-l810), directeur depuis 1795 et maintenant doyen, qui a eu la sagesse devant l'ampleur d'une tâche aux facettes multiples de ne pas solliciter de chaire. Leroux, son successeur, conservera en titre la sienne, mais ne paraîtra plus guère dans son service de clinique de la Charité. Parmi ces professeurs, cinq sont des docteurs-régents survivants comme Thouret lui-même, (Bourdier, Corvisart, Hallé, Leroux, Leroy) et cinq viennent du Collège de chirurgie (Baudelocque, Dubois, Lassus, Pelletan, Sabatier) ; un est docteur de Montpellier (Desgenettes) ; les autres de formation plus modeste (8). La considération dont Napoléon entoure la nouvelle Faculté saute aux yeux. Il suffit, pour le réaliser, d'observer la double appartenance de la plupart de ses enseignants : la chaire de clinique interne est occupée par le Premier médecin de l'Empereur (Corvisart) ; celle de pathologie interne par un médecin-consultant de sa Maison (Pinel) ; celle de clinique externe par son Premier chirurgien (Boyer) et un chirurgien-consultant de sa Maison (Pelletan) ; celle de chimie médicale et de pharmacie par le conseiller d'État en charge de la création de l'Université (Fourcroy) et le Premier pharmacien de l'Empereur (Deyeux) ; celle d'accouchements par le praticien envisagé pour l'Impératrice (Baudelocque), qui, disparu prématurément, sera remplacé par le titulaire de la chaire de perfectionnement (Dubois). Ajoutons à la liste un sénateur (Cabanis), un membre du Corps législatif (Thouret) et deux inspecteurs généraux du service de Santé, l'un Premier chirurgien (Percy), l'autre Premier médecin (Desgenettes) de la Grande Armée. Ce qui donne, les honneurs napoléoniens étant liés aux fonctions, un corps enseignant composé de deux comtes (Fourcroy, Cabanis) (9), cinq barons (Corvisart, Boyer, Dubois, Desgenettes, Percy) et deux chevaliers (Hallé, Pelletan). Vraiment, à en juger non plus par ses multiples rôles mais par ses desservants, la Faculté de Paris est bien le Grand-Temple, Montpellier (qui a néanmoins en Chaptal un comte sur ses rôles) et Strasbourg (qui n'a pas même un chevalier) (10) ne pèsent guère à côté. D'autant que de multiples cérémonies vont inciter les nouveaux seigneurs - dans les deux sens du terme - de la médecine à se prendre au sérieux, un peu gauches pour la plupart au sein de l'apparat napoléonien qui n'a pas tardé à envahir la Faculté. Mais laissons s'exprimer le jeune étudiant genevois Gosse (11), témoin en 1812 d'une séance publique de distribution des prix. << Tout est tendu de pourpre, des sièges superbes sont préparés pour recevoir les conseillers de l'Université, les étudiants en médecine tapissent l'intérieur. Bientôt entrent les juges. Je ne sais qui est président, mais c'est un ecclésiastique (12) ; sa robe est d'un velours violet toute garnie d'or et d'hermine, sur les côtés sont MM. Cuvier et de Jussieu, conseillers, avec des robes de velours noir garnies d'or; de violet et d'hermine, avec. des rabats de dentelles, puis d'autres : conseillers inférieurs avec des robes aussi riches mais de couleurs différentes. Enfin tous les professeurs en robe pourpre et de toques de même couleur >>.
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LA SOCIÉTÉ MÉDICALE D'ÉMULATION "SÉANTE À L'ÉCOLE DE MÉDECINE"
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Émulation dans les concours, à la Faculté comme dans les hôpitaux ou les sociétés savantes, émulation dans le moindre discours aussi, le nouvel enseignement médical ne pouvait pas ne pas créer cette Société médicale d'émulation et, afin que nul n'ignore, ni son importance, ni sa prééminence sur les autres sociétés, ne pas l'installer au sein même de l'émulatrice École, puis Faculté de médecine. Seule, la Société de l'École de médecine (encadré) partage avec elle cette faveur. Deux autres signes ne trompent pas, c'est Corvisart lui-même qui la préside et la place sous l'égide de Bichat. Chaque année, une médaille d'or à l'effigie du << génial anatomiste tombé sur le front de la science >> récompense le concours sans doute le plus couru par les praticiens de l'Empire. Parmi les responsables de la Société entourant le Premier médecin de Napoléon, cinq membres de l'Institut (dont Portal), treize professeurs à la Faculé de Paris, Coste et Desgenettes pour le Service de Santé, Lepreux pour les hôpitaux et Jeanroy pour les dispensaires. Alibert, Récamier et Tanra se succèderont au secrétariat général. Mais l'émulation suppose l'élitisme et sous ce prestigieux état-major, la Société se limite à soixante membres, dont beaucoup se seraient bien vus dans le groupe précédent. Parmi eux, les professeurs à la Faculté Duméril et Richerand ; Cadet de Gassicourt, pharmacien de l'Empereur, les chirurgiens Larrey, Yvan et Ribes ; Itard, qui fera tant pour les sourds-muets ; Moreau de la Sarthe, bibliothécaire de la Faculté ; Maygrier, l'auteur de l'Annuaire médical ; mais aussi Mérat, le candidat unique de 1805 au poste d'aide de clinique interne ! Une telle pléiade sous un tel intitulé ne pouvait que porter ses fruits. En 1809, les mémoires publiés par elle atteignaient déjà six volumes. Les présentant dans l'Annuaire de 1810, Maygrier les considérait << comme faisant suite à ceux de la Société royale, avec lesquels ils partagent la gloire d'avoir contribué à reculer les bornes de la science de l'homme >>.
Les cours L'enseignement de la Faculté se situe à trois niveaux, << les commençants >>, << les commencés >> et << les avancés >>, correspondant chacun à une année scolaire. Dès 1796, le programme du cycle en est définitivement établi : - pour les commençants, qui sont les étudiants de première année, les cours durant le semestre d'hiver portent sur l'anatomie, la physiologie, la chimie médicale et la pharmacie ; la matière médicale, la physique médicale et l'hygiène, des séances d'ostéologie, des exercices de bandages et d'appareillage, correspondent au semestre d'été. Simultanément, les étudiants se succèdent à la clinique chirurgicale de l'Hôtel-Dieu pour un stage de quatre mois ; - les commencés, soit ceux de deuxième année, se penchent sur l'anatomie, la physiologie, la chimie médicale, la médecine opératoire ; le semestre d'hiver comporte également des exercices d'anatomie. Pendant les six mois d'été, le programme comporte la matière médicale, les accouchements, des exercices de bandages, d'appareillages. Durant le stage de clinique médicale qui se déroule pendant quatre mois à l'hôpital de la Charité, il est prévu que les étudiants << fréquentent l'hôpital avec plus d'assiduité que la première année et qui'ils puissent être employés au service des malades >> ; cette phrase mettant à même les étudiants d'accéder << au lit du malade >> est en soi une révolution. Elle confirme que la médecine n'a pas seulement changé de siècle, mais aussi de mentalité. - Les avancés, soit la troisième année, ont au programme l'anatomie, la chimie médicale et la médecine opératoire, avec exercices libres pendant les six mois d'hiver ; durant le semestre d'été, ils retrouvent la matière médicale, la pathologie externe, la pathologie interne et les accouchements, également la médecine légale et l'histoire de la médecine ; tout au long de l'année se déroule un stage à l'Hospice de l'École, relevant de la Clinique de Perfectionnement. Pendant cette année, un certain nombre d'étudiants peuvent être appelés à retourner quelques mois à la Charité ou à l'Hôtel-Dieu. Deux choses sont certaines : le futur médecin participe dès lors activement aux soins des malades et ses fonctions sont symboliquement - dans les deux sens du terme - rémunérées.
Dans les tout premiers temps, la formation médicale n'est sanctionnée par aucun examen, ni bien sûr aucune thèse, dans la mesure où celle-ci n'est que la sanction globale des études. Mais dès le début du Consulat réapparurent les examens de fin d'année, suivis en 1799, au moment où Napoléon devient Premier Consul, par la résurrection de la thèse. Détail curieux : la soutenance de celle-ci, dans le nouveau système où tout est prétexte à émulation, se déroule sans aucune compétition alors qu'elle offrait sous l'Ancien Régime l'occasion des échanges verbaux les plus vifs. Sur l'ensemble, les choses se mettent en place, mais lentement. Tantôt c'est un professeur de clinique qui, au moment où s'achève le stage dans son service, constate qu'il n'a toujours pas, quatre mois après leur arrivée, reçu la liste nominative des étudiants inscrits au secrétariat de la Faculté. Or, ce n'est pas qu'un détail, car une attestation de présence << assidue >> doit figurer dans leurs dossiers. Tantôt c'est le contraire, ce sont les élèves qui se plaignent que le cours de clinique n'existe que sur le papier et ne savent ni que faire, ni où aller. Mais, malgré ces inévitables ratés, la nouvelle médecine prend son visage, s'attachant moins au cursus classique de l'enseignement qu'à la multitude des concours qui le jalonnent. Admission à l'école pratique, externat et internat des hôpitaux, postes permettant le fonctionnement des différentes chaires ; au sommet enfin, la désignation des professeurs. Tout cela dans une permanente émulation que souligne Pinel, lorsqu'il écrit << La Vraie Médecine (provoque) une passion dominante pour reculer ses limites >> (13). " La passion dominante " A la Faculté même, le premier concours proposé est celui de l'École pratique. 120 d'entre eux sont ainsi sélectionnés et mis à même d'améliorer leurs connaissances en chimie, physique, physiologie, clinique et pharmacie. Clin d'oeil au passé ou moyen de le désengorger, le concours se déroulera parfois durant les premières années en latin, mais, très vite, les épreuves ne seront plus qu'en français, orales et menées tambour-battant. Elles se situent alors à mi-chemin entre ce qu'était, sous l'Ancien Régime, la truculente << dispute >> entre le candidat et les docteurs-régents et ce que déviendra, jusqu'aux années 1970, l'oral de l'internat. Un jeune étudiant d'origine genevoise que nous connaissons déjà, Gosse, nous décrit, en 1812, l'une des épreuves de l'École pratique où le temps imparti à chaque candidat est de quatre minutes (14). Thillaye préside, flanqué de Duméril, Richerand et Désormeaux (15), celui-ci est à la fois un ancien Premier prix de l'École pratique (1799) et, en 1811, le premier professeur de la Faculté reçu à l'occasion d'un concours public. C'est lui qui interroge, les autres professeurs paraissant indifférents ou somnolents. La question, sèchement posée est la description de l'oeil. Gosse se recueille brièvement et s'élance. Thillaye (16) sort alors de sa torpeur et interrompt. << Êtes-vous un fils du pharmacien de Genève ? >>. Le candicat acquiesce, et va ajouter un mot ou deux, lorsque Desormeaux lui désigne du menton le sablier déjà retourné. Gosse se reprend et commence par situer l'oeil dans l'orbite. Désormeaux le coupe : << Vous n'avez pas le temps de faire une description aussi étendue >>. Mais laissons le jeune suisse poursuivre : << Il me troubla, je ne savais plus par où commencer ? Je me troublais de plus en plus. M. Thillaye me dit de me remettre. Je recommençais la description des membranes et des humeurs de l'oeil. Il me questionna alors sur la manière dont les rayons lumineux se comportaient en entrant dans l'oeil. A peine avais-je commencé d'en exposer le mécanisme que les quatre minutes étaient écoulées. J'étais vraiment tremblant. J'avais presque perdu la tête. Je vomis toute la soirée... >>. Il sera reçu, mais il est loin d'en avoir fini avec ce genre d'émotions. À l'Hôpital C'est une chose de former le voeu que les << commencés >> puissent être employé au service des malades, c'en est une autre de pouvoir approcher ceux-ci. Situation que, dès 1799, Cabanis dénonce : << La multitude d'élèves qui suivent (les cours de clinique ), écrit-il, y rend leur instruction impossible. Comment, en effet, conduire cent cinquante ou deux cents élèves au lit d'un malade ? Comment leur permettre de l'observer et de le palper à loisir ? Cela ne se peut pas. Les élèves ne voient rien, n'apprennent rien ; et les malades sont horriblement importunés et fatigués >> (17).
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LES DEUX INTERNES
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Logés à la clinique de perfectionnement, soit dans les locaux mêmes de la Faculté, les malades présentant << les cas les plus rares et les plus instructifs >>, ne jouissaient guère des dispositions propres à ménager leur sensibilité et à protéger leur pudeur. Plusieurs fois par semaine, ils devaient - sauf les femmes - traverser la rue, parfois grelottant de fièvre ou de froid, pour se rendre dans l'amphithéâtre de l'Ecole pratique qui occupât l'ancien couvent des Cordeliers et où se tenaient les consultations destinées aux étudiants, mais aussi ouvertes au public. Juché sur un siège surélevé, Dubois ou Petit-Radel dominait l'auditoire, orientant ou commentant avec une longue baguette les examens ou les démonstrations auxquels, le patient une fois installé face aux assistants et généralement dénudé, procédaient ses assistants. Plumes en main, deux internes ne cessaient d'écrire à proximité. À l'un revenait d'enregistrer les prescriptions, les recommandations et les suggestions thérapeutiques du professeur. A l'autre, l'ensemble des questions auxquelles les étudiants devaient répondre dans un délai déterminé. À eux deux, ils incarnaient parfaitement le caractère bicéphale du nouvel enseignement hospitalo-universitaire. Aussi le meilleur moyen est-il d'être << affecté >> à un ou plusieurs lits, voir à une portion de la salle. Cela en étant reçu au concours de l'externat et de l'internat des hôpitaux créés par Chaptal, ministre de l'Intérieur, en 1801, mais auparavant concoctés entre lui-même, Cabanis, Fourcroy et Thouret, puis couchés sur le papier par ce dernier assisté de deux professeurs chirurgiens, Boyer et Pelletan. Tous trois, au long de leur rédaction, ne cessent de mettre l'accent sur l'émulation que ces nouvelles épreuves vont susciter chez les étudiants. L'externat est assez simple et durant l'Empire, les deux-tiers des candidats sont habituellement nommés, mais c'est bien le seul concours qui est ainsi. Pour l'internat, c'est une toute autre affaire. Si, le 13 septembre 1802, lors des premières épreuves dont le jury sera présidé par Lepreux, proche de Corvisart et médecin-consultant de Napoléon, 24 internes seront nommés sur une quarantaine de candidats,le pourcentage des reçus,lors des promotions suivantes, tombera très vite à dix ou quinze pour cent des présentés et n'en décollera plus. Parmi les lauréats de ce premier concours, Bayle, futur médecin de l'Empereur, qui mourra prématurément ; Lagneau et Baffos, qui siègeront à l'Académie de Médecine ; Moizin qui dirigera le service de Santé des armées. Le major de ce premier concours, Louis Alin (1774-1831), a sombré dans l'oubli le plus total d'autant qu'il ne fit pas une étincelante carrière, mais, très lié avec Lamartine, son nom à peine modifié (Alain), apparût à plusieurs reprises dans l'oeuvre du poète, dans Raphaël en particulier (18). Le système est en route et les concours de l'internat vont se suivre sans discontinuer, à des dates variées jusqu'en 1805, par la suite toujours en décembre. Parmi les futures célébrités, Magendie sera nommé en 1803, Chomel et Lisfranc en 1809, Bouillaud en 1810, Hippolyte Cloquet la même année, son frère Jules la suivante. En 1812, le nombre de candidats est de 120 pour 18 places et un des lauréats de cette promotion-là, Poumiès de la Siboutie, livre dans ses mémoires, une parfaite définition de ce qu'il appelle << le bâton de maréchal d'un étudiant en médecine >> : << l'interne voit les malades à leur arrivée, rend compte de leur état, exécute les pansements les plus importants, surveille les pansements ordinaires, recueille et rédige les observations les plus intéressantes, fait la visite du soir. C'est une extrême source d'instruction >> (19). Mais qu'importe, tout compte fait, le nombre des étudiants se présentant aux concours. Sans doute, par le jeu de la concurrence, créent-ils entre eux l'émulation, maître mot du système, mais un candidat unique aurait eu tort de se croire dispensé de celle-ci. La << compétition >> de 1805 pour le poste - en soi bien modeste - d'aide à la chaire de clinique interne de Corvisart lui aurait vite fait mesurer son erreur.
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MANNEQUINS ET CIRES ANATOMIQUES
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Même si les dissections ne souffrent plus de la pénurie de cadavres qu'imposait l'Eglise sous l'Ancien Régime, il importe de les doubler par l'étude de reproductions d'organes en cire ou en bois. A Florence, Napoléon était tombé en admiration devant un ensemble de 40 cires anatomiques réalisé par Felice Fontana pour Léopold II, grand-duc de Toscane devenu brièvement par la suite empereur d'Autriche, et que l'artiste lui présente en 1796. Avant lui, Desgenettes avait déjà fait en 1793 le plus grand cas de cet ensemble. Une grande statue d'homme << dont toutes les parties faites en bois au nombre de plusieurs centaines, se démontent l'une après l'autre >> en chantier depuis sept ans avait également frappé le visiteur, mais Fontana lui avait déclaré qu'il lui fallait encore au moins trois ans de travail avant qu'elle ne soit terminée, puis gagne Vienne où elle était attendue. Napoléon avait aussitôt suggéré au Directoire d'en faire exécuter une autre similaire, dont, devenu Consul puis Empereur, il ne manquera pas de s'enquérir à plusieurs reprises. Une statue correspondant exactement au travail de Fontana et qui a été un des points-chocs de l'exposition << L'âme au corps >> au Grand-Palais (1), figure aujourd'hui dans les collections de l'ancienne Faculté de Médecine de Paris, mais celle de Vienne a disparu (2). Fontana est mort en 1805 et, sur le sujet, les archives postérieures à 1806 ont été détruites ou dispersées. S'agit-il de << notre >> exemplaire livré comme prévu, ou est-ce celui de Vienne << emprunté >> par Napoléon par le biais de la Grande Armée. Nul ne peut se prononcer en toute certitude. Quant aux 40 pièces en cire depuis plusieurs années en France, Chaptal, à la demande pressante de Desgenettes, les fait placer à la Faculté de Montpellier où elles se trouvent toujours. Napoléon pense alors à la création d'une école française de cires anatomiques et consulte sur cette opportunité Fourcroy qui interroge Thouret, qui, lui, se tourne vers Chaussier, Dumeril, Leclerc, Hallé, mais aussi Lepreux. Tous, le 8 mai 1806, font à l'Empereur une réponse enthousiaste. Le 29 mai, celui-ci signe à Saint-Cloud un décret créant << à Rouen une école destinée à l'enseignement de l'art des préparations anatomiques modelées en cire >> et charge le chirurgien Laumonier, anatomiste toutà fait qualifié mais également le beau-frère de Thouret, de la diriger et d'y faire exécuter : 1. Des séries de pièces d'anatomie humaine les plus délicates et les plus compliquées pour l'usage des Écoles de médecine, 2. Les pièces d'anatomie comparée nécessaires à la collection du Museum d'histoire naturelle, 3. Les pièces représentant les cas pathologiques les plus rares qu'il pourrait être utile de placer dans les Ecoles et dans les principaux hôpitaux civils et militaires pour la pratique des grandes opérations de la chirurgie. 4. Celles qu'il conviendrait de réunir pour la démonstration des cours d'accouchement dans les chefs-lieux de département et pour les examens d'anatomie aux officiers de santé. 5. Celles qui pourraient être destinées à donner des notions élémentaires de la structure des parties du corps humain dans les établissements d'instruction publique. L'École ouvrira le 1er janvier 1807 et, quoique prévue pour six élèves, ne fonctionnera que pour un nombre encore plus réduit. Trois d'entre eux passeront à la postérité : les anatomistes Hippolyte et Jules Cloquet, ainsi que le chirurgien Achille-Chléophas Flaubert, père du romancier. Mais Laumonier n'avait pas les qualités d'un gestionnaire. Sa comptabilité s'embrouillera vite et, déplorable coïncidence, Thouret, son beau-frère et principal << client>>, meurt en 1810. Napoléon se désintéresse alors de l'Ecole de Rouen.
Le 7 novembre 1804, le Conseil de la Faculté constate la vacuité du poste, lance le concours et fixe la composition du jury. Pas moins de sept membres, Thouret lui-même et les six professeurs de clinique, soit Corvisart, Leroux, Boyer, Pelletan , Dubois et Petit-Radel. Au moment de la clôture des inscriptions, un seul postulant s'est présenté, le jeune docteur François Mérat (20) qui, sans en être un proche, est connu de Corvisart. Est-ce assez pour que les autres étudiants aient considéré que tout était réglé d'avance et qu'ils auraient perdu leur temps à concourir, peut-être. Mais les membres du jury, fusillant de questions en public l'unique candidat, vont mettre un point d'honneur à leur démontrer, Corvisart ou pas, que rien en fait n'était juré et que chaque élève avait sa chance pour peu qu'on l'eut trouvé plus compétent que Mérat. Le 12 janvier 1805, dans le grand amphithéâtre de l'École assez garni, les sept professeurs, comptant donc parmi eux le Premier médecin, mais aussi le Premier chirurgien de l'Empereur sont à leur place et interrogent Mérat durant deux heures sur << l'anatomie, l'hygiène, la pharmacie, la clinique interne et tous les points de théorie et de pratique relatifs aux fonctions de la place >>. Le lendemain au même endroit, seconde partie des épreuves, mais seuls Thouret et Pelletan sont présents, car il ne s'agit durant deux heures que de regarder Mérat rédiger six textes plus ou moins longs sur les qualités que doit posséder un aide de clinique interne, sur ses devoirs << envers l'École représentée par les professeurs de clinique >>, sur ses devoirs vis-à-vis des malades, de la surveillance et des infirmiers, des externes, enfin des personnes étrangères au service hospitalier et qu'il y rencontrerait.
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HISTOIRES DE CADAVRES
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Comprendre... Ce terme fut le maître-mot du monde médical depuis la Révolution, qui avait permis la multiplication des dissections et autopsie jusqu'à l'Empire où celles-ci se normalisèrent, voire se banalisèrent. Bichat aura été le prophète de ces années-là où dès lors que les choses étaient sérieuses, l'ouverture du cadavre faisait partie de l'acte médical lui-même. << Ouvrez quelques cadavres, vous verrez aussitôt disparaître l'obscurité que la seule observation n'avait pu dissiper >>. Cette formule à laquelle il donnait un accent quasi-incantatoire, il s'y soumettait lui-même quotidiennement et l'on considère qu'il a dû pratiquer personnellement plus de 500 autopsies dans les dix-huit mois précédant sa mort. Volant, encore sous le Directoire, les cadavres si d'aventure il n'avait pu s'en procurer d'une autre façon. Ainsi aura-t-il eu, à plusieurs reprises, maille à partie avec la police l'interpellant à la sortie des cimetières dans un fiacre bondé de corps ou d'ossements. Bichat n'était pas un maniaque, ses contemporains ont tous fait la même chose y mettant plus ou moins de brio. Ainsi, le futur baron Antoine Dubois qui se faisait même accompagner sur les lieux par des dames peu farouches, payées pour distraire les policiers si d'aventure ceux-ci survenaient avant la fin des exhumations. Malheureusement pour lui, le trajet n'était pas compris dans ce subtil forfait et il sera arrêté un jour, place Maubert, au fond d'une voiture de location dont les autres passagers étaient quatre cadavres d'adultes et un d'enfant.
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Ce genre d'affaire s'arrangeait toujours, mais il valait mieux ne pas être pris, ne serait-ce que pour ne pas avoir à racheter les cadavres aux sergents de ville. Sous la Restauration, le baron Dupuytren racontait volontiers - Sainte-Beuve fut parmi les auditeurs - qu'il avait, étant étudiant, passé toute une nuit accroché à une corde sous une dalle tombale, les policiers qui avaient sur dénonciation investi le cimetière se refusant à interrompre leurs recherches. Mais, dans ce genre de narration, l'image la plus étonnante est peut être donnée par le baron Portal, Premier médecin de Charles X et fondateur de l'Académie de médecine, dont le maintien solennel et gourmé tranchait avec le cru des anecdotes qu'il narrait de bonne grâce. Lui n'allait pas dans les cimetières chercher les corps, ses moyens de s'adresser << à des hommes qui en faisaient clandestinement commerce >> lui permettant de les attendre à domicile. Mais l'autopsie se faisait dans sa chambre, sur son propre lit, et lorsqu'il entendait des pas précipités dans l'escalier pouvant correspondre à ceux de policiers, il lui suffisait de tirer sur un drap et le cadavre disparaissait dans la ruelle entre son lit et le mur. Progressivement, les choses devinrent plus simples, la soif de comprendre moins ardente parce que plus facile à étancher, ne serait-ce que grâce à l'accès, dans les hôpitaux, des salles d'autopsies aux étudiants. Ces hôpitaux qui, disait Doublet, << seront toujours l'école des médecins comme une galerie de tableaux est l'école des peintres >>.
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Ses réponses sont précieuses à parcourir, car le candidat donne un bon reflet de la génération médicale qui s'engage dans la profession, non seulement au sein de ces structures entièrement remodelées, mais surtout avec cette manière de voir entièrement neuve. Glissons sur les qualités qu'il juge nécessaires et qui bien évidemment ne doivent pas effaroucher le jury. Donc, << des moeurs pures, la douceur du caractère, l'humanité nécessaire pour consoler les malades >>. Mais nous entrons dans le XIXème siècle en lisant l'exposé de ses devoirs vis-à-vis de ses maîtres, du personnel hospitalier ou des patients. << Recueillir ou faire recueillir les observations des malades, recueillant les phénomènes qui se passent dans l'intervalle des visites ou en l'absence des professeurs. Il est de certains aveux que l'on obtient des malades qu'en s'insinuant tout doucement dans leur amitié, qu'en obtenant leur confiance >>.
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L'importance de l'interrogatoire dans l'établissement du diagnostic, les ruses qu'il fallait parfois employer pour arracher un symptôme, puis le transformer en signe clinique, sont exposées là en toute candeur. La thérapeutique occupe encore peu de place dans l'esprit du médecin et Mérat n'y consacre qu'une ligne - << veiller à ce que les malades aient les médicaments ordonnés et que ceux-ci soient de bonne qualité >> - à la différence de tout ce qui peut permettre de comprendre le mécanisme d'un état morbide. À la différence aussi, puisque la médecine ne guérit pas encore, de tout ce qui peut concourir à adoucir la situation des hospitalisés traités << avec la douceur que réclame l'infortune, que demande le malheur >>. Ainsi, malgré son obsession de recueillir de nouveaux détails, d'ultimes précisions, doit-il veiller à ce que les externes << ne tourmentent pas les malades pas des questions trop répétées, par un toucher indiscret sur les parties douloureuses, surtout à ce qu'on est point la barbarie de répéter à des malades ce que les professuers peuvent avoir dit sur leur compte, surtout si ce rapport peut faire craindre à une terminaison fâcheuse. Il aura l'oeil aussi à ce que les lois de la pudeur ne soient pas blessées >>.
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La recherche effrénée du signe clinique tout en s'efforçant de ménager le patient, le recours au mensonge quand son état devient préoccupant, ces deux paramètres que martèlent les copies de M2rat, seront encore ceux qui domineront l'attitude d'un interne << au lit du malade >> dans les années 1950 (21), c'est-à-dire au moment où les antibiotiques n'auront pas encore fait leur percée (22). Autre similitude qui trouvent place ici, la relation de la visite de Corvisart dans son service, que nous décrit en 1804 l'autrichien Joseph Frank pourrait parfaitement être celle d'une matinée passée auprès d'un grand patron parisien des années 1950. << Il commence par la visite des malades qu'il examine lui-même et dicte ses ordonnances. M. Corvisart se garde bien d'entrer, au lit du malade, dans aucune explication, il agit absolument comme s'il avait à traiter des malades pour lui seul. Lavisite terminée, il se rend dans le bel amphithéâtre voisin et c'est là que se fait la leçon proprement dite. M. Corvisart possède en effet la faculté de se rappeler le cas de chacun de ses malades dans l'ordre où il les a vus, il donne alors son avis sur chaque cas et développe les explications auxquelles il donne lieu. Lorsque l'occasion s'en présente, M. Corvisart, sa leçon de clinique une fois terminée, pratique l'autopsie des malades morts dans son service >> (23). Revenons à Mérat qui n'en a pas fini, encore que vienne maintenant le plus agréable. Le 14 janvier, cette fois dans `amphithéâtre comble les sept professeurs revêtus de leurs toges pourpres, lui annoncent avec un brin de solemnité que le poste d'aide de clinique lui est confié, parce qu'il a été, à l'unanimité, << jugé très capable d'occuper la place vacante >>. À lire les procès-verbaux de la Faculté, l'on constate que le jury ne manquait jamais de souligner que le candidat reçu avait été le meilleur. Mais à Thouret, proclamant le résultat, cette précision, ce jour-là, ne parut sans doute pas indispensable. Sous les acclamations déferlant des gradins, Mérat aura vécu le moment le plus grisant de sa vie, disproportionné au poste lui-même comme à sa gentille personnalité. Le vacarme d'autres acclamations se prépare pour le Grand Amphithéâtre, poussées par les étudiants relayés par le tout-Paris. Elles viseront, cette fois, les professeurs, nommés eux-mêmes en concours public. Un seul y échappera, Vauquelin succédant en mai 1810 à Foucroy à la chaire de chimie médicale. Il n'y a aucune explication satisfaisante à ce traitement de faveur. Certes, Vauquelin fut le seul candidat, mais nous savons que ce n'en est pas une.
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Les chaires en concours public De l'automne 1811 au printemps 1812, la Faculté de Paris va être successivement le théâtre de trois concours pour professeurs, les décès de Baudelocque, puis de Sabatier, ayant libéré les deux chaires d'accouchements et de médecine opératoire. Dupuytren, nommé à cette dernière, abandonne alors son poste de chef des travaux anatomiques qui, à son tour, entre en compétition. La succession de Baudelocque est importante, mais le retentissement des épreuves où Maygrier se distingue, mais où Désormeaux domine, ne dépasse toutefois pas de beaucoup les murs de la Faculté. Aucun des candidats n'est lui-même très connu dans Paris (24), mais, à relire ce qu'en écrit le docteur Nacquart, futur médecin de Balzac (25), mais pour l'heure rédacteur au Journal de Médecine, chirurgie et pharmacie, ils ne chômeront pas pour autant. Jugeons-en : les épreuves débutent par la rédaction durant six heures de deux compositions sur un sujet tiré au sort, le même pour tous, liberté leur étant laissée de rédiger en français ou en latin. Puis, c'est la présentation d'une thèse composée en douze jours et discutée en public, chaque candidat disposant d'une demi-heure pour critiquer celles des autres. Vient ensuite une leçon d'une demi-heure sur un sujet différent pour chacun, avec vingt-quatre heures de préparation. Puis l'examen d'une femme - la même pour tous.
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LA THÈSE-BORNE DE GASPARD-LAURENT BAYLE
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<< En histoire de l'Art comme en histoire tout court, rien ne date d'une date >> se plaît à dire René Huyghe, propos encore plus vrai en histoire de la médecine. C'est effectivement en plusieurs décennies que la notion de coup d'oeil clinique, pierre angulaire de la médecine moderne, s'est plus ou moins progressivement substituée à l'observation qui venait elle-même de bousculer l'érudition toute livresque. Mais, tout en convenant, les historiens conservent souvent le désir de circonscrire les périodes - << De quand, interrogeait Michel Foucault, date précisément le moment où l'expérience clinique est devenu le regard anatomo-clinique ? >>. S'agissant donc d'élever un poteau frontière entre la fin de la médecine des Lumières, arrière-garde du XVIIIe siècle, et les premiers feux de la médecine clinique, Pierre Huard et Marie-José Imbault-Huart ont proposé comme borne la thèse soutenue par Gaspard-Laurent Bayle (1774-1816) à la Faculté de Paris, le 23 février 1802, devant un jury composé de Leroy, Petit-Radel, Percy, Pinel. Intitulée << Considérations sur la nosologie, la médecine d'observation et la médecine pratique >>, cette thèse, méditée sinon rédigée avec Laennec, constitue indubitablement le premier texte universitaire d'où se dégagent les nouvelles bases de la réflexion médicale. Celles-ci au nombre de trois : . exercer la médecine ne peut plus être un travail solitaire. Réfléchir seul ne suffit plus. Rééditant son texte ultérieurement, Bayle soulignera qu'il s'appuie sur 2 000 observations de malades réunies de 1801à 1810 ; . la leçon de l'autopsie est essentielle, mais le praticien ne doit pas se contenter de lui demander une confirmation de son diagnostic. Il doit remonter le chemin à partir du << point fixe >> que constitue la mort, bénéficiant de l'éclairage de l'ouverture du corps pour enfin comprendre le mécanisme de la maladie ; . il faut subordonner le diagnostic du mal à la recherche de sa localisation.
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Au long des pages de la thèse de Bayle, deux médecins de l'époque sont salués comme les maîtres de la nouvelle pensée médicale : Portal qui, le premier, aura considéré que toutes ces fièvres que ses contemporains cataloguaient, étaient vraisemblablement les nuances d'une même perturbation. Mais surtout Corvisart auquel il rend cet hommage éclatant : << Ordinairement, il établit le diagnostic d'après des données certaines, mais combien de fois n'a-t-il pas décelé des maladies dont on ne voyait aucun symptôme >>.
Cette épreuve se passe d'abord hors des regards du public, puis les candidats donnent sous pli cacheté leur opinion qui fait alors l'objet d'une discussion publique. Etape suivante, en présence des seuls juges, ils procèdent à des manoeuvres d'accouchement sur des mannequins. Pour chacun enfin, une ultime leçon d'une demi-heure, puis le jury entame sa délibération.
Nacquart suit toutes les séances de ce concours << qui fait avancer la science >>, énumérant des épreuves sans commentaires jusqu'au moment où il s'en prend au malheureux- et néanmoins inconnu - Dufay : << Après deux observations insignifiantes et tronquées rapportées dans un style peu convenable, M. Dufay semble insinuer que l'art de l'accouchement n'est connu que de lui. Il s'offre au jury un ouvrage, des tableaux et 20 ans de travaux, on sait quel compte le jury a tenu de ces offres >>. Désormeaux est donc élu, mais cette compétition aura essentiellement tenu lieu de répétition générale à la suivante, car le concours pour la chaire de médecine opératoire agitera autrement l'opinion, ne serait-ce qu'en raison de la personnalité déjà très parisienne de Dupuytren et des péripéties qui en jalonneront le déroulement. Cette fois, le mécanisme mis au point pour les compétitions professorales jouera à plein. La présidence du Jury est, cette fois, confiée à De Jussieu, professeur de botanique, mais surtout dans sa robe de velours noir brodée d'or, vice-recteur de l'Académie (26). Autour de lui, cinq professeurs, chirurgiens de formation : Dubois, Pelletan, Percy, Richerand et Thillaye, ainsi que deux personnalités médicales extérieures à la Faculté (27), un chirurgien et un médecin, Pasquier et Bourdois de la Mothe. Ce dernier, comme conseiller de l'université.
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Le 10 octobre 1811, la liste des candidatures est close avec sept noms dont trois venant de la faculté même : le chef des travaux anatomiques, Dupuytren ; un de ses prosecteurs, Rullier et Marjolin, l'un des aides. Du dehors, viennent Larrey, Premier chirurgien de la Grande Armée ainsi que les chirurgiens Delpech, Guerbois, Roux et Tartra. Nul, dans Paris, n'ignore que Dupuytren et Roux se haïssent, le second ayant épousé la fille de Boyer, Premier chirurgien de l'Empereur, avec laquelle Dupuytren avait peu avant rompu ses fiançailles au grand scandale de son ex-futur beaupère. Le jour même de la clôture, Guerbois se désiste. Delpech, Dupuytren, Roux et Tartra déposent au secrétariat un dossier complet. Les trois autres non, mais le doyen, qui est alors Leroux, décide qu'il est possible de passer outre : pour Larrey << en raison des dispositions en faveur de ceux qui ont enseigné avec distinction >> (28), pour Rullier << la faculté ayant des motifs de croire que le candidat a mal interprété les statuts >>, pour Marjolin << la faculté admettant que son service dans un comité de bienfaisance peut équivaloir à un service à l'hôpital >>. Finalement, les préparatifs de la mise en route de la Grande Armée vers la Russie obligeront Larrey à renoncer à se présenter, Delpech restera à Montpellier et Rullier suivra la suggestion de ne pas gâcher ses chances d'avenir en voulant aller trop vite. Demeurent donc candidats : Dupuytren, Roux, Tartra, tous trois docteurs en chirurgie, et Marjolin, à la fois docteur en médecine et en chirurgie. Dupuytren déjà professoral dans son poste de chef des travaux anatomiques, glacial et solennel ; Marjolin, peut-être le moins savant malgré son double doctorat, mais si vif et à l'enjouement communicatif ; Roux, habile opérateur, mais emporté, et un oeil sombre toujours sur Dupuytren ; Tartra, qui, en dehors de fonctions temporairement tenu à la Société d'Émulation, ne laissera guère de trace et dont on peut se demander s'il n'aurait pas du suivre le conseil donné à Rullier. Rapidement la compétition, avant même son ouverture, devient le thème de toutes les conversations, à l'hôpital, mais aussi dans Paris. Le concours lié à la succession de Baudelocque n'ayant été connu que trop tardivement, celui-ci est en fait une première, non pour les étudiants, mais pour la société parisienne et chacun se pourlèche à l'avance des coups que vont se porter Dupuytren et Roux. Les épreuves débutent en catimini, si l'on peut dire, par la rédaction durant six heures d'un mémoire dont le sujet, le même pour les quatre, avait été tiré au sort. << De l'anévrisme >>, était sorti de l'urne, suivi le lendemain d'une deuxième rédaction, d'une durée seulement de quatre heures, mais en latin : << De curatione fistularum>> (du traitement des fistules). Le moment des séances publiques est alors venu, au cours desquelles chaque candidat doit, à tour de rôle, face au jury et le dos à la foule, défendre sous le feu roulant de l'argumentation de ses trois concurrents une thèse rédigée pour la circonstance. Mais aussitôt des protestations s'élèvent. Les thèses devaient être déposées, imprimées, sur le bureau du Jury le 21 janvier au plus tard. A cette date, trois le sont : << L'opération de la cataracte >>, de Tartra ; << L'opération de la hernie inguinale étranglée >>, de Marjolin ; et << De la résection ou du retranchement de portions d'os malades, soit dans les articulations, soit hors des articulations >>, de Roux ; mais il manque << la lithotomie >> de Dupuytren, connu pour être toujours talonné par les délais. Son élimination d'office devrait aller de soi, lorsqu'une lettre parvient à la Faculté, écrite par son éditeur, le libraire Crochard, contresignée par l'imprimeur, attestant que le manuscrit avait bien été remis par Dupuytren en temps utile, mais qu'un typographe, trébuchant en portant la composition et, dans sa chute, avait entièrement disloqué celle-ci. On était en train de tout reconstituer, d'où la nécessité d'accorder un délai au candidat innocent comme Baptiste. L'affaire ne relève pas du jury, mais du doyen Leroux qui en est encore à s'interroger lorsqu'une nouvelle lettre lui parvient, confirmant les faits et signée, celle-là, de l'ensemble des typographes. Personne n'est vraiment dupe (29), mais la version, du moins, est plausible. Aussi, malgré les protestations vociférées par Roux et chuchotées par Boyer, Leroux maintient-il Dupuytren sur la liste des candidats, dans une atmosphère qui commence sérieusement à se détériorer.
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La riposte de ses adversaires ne se fait pas attendre, Boyer, que tous les autres professeurs aiment bien, fait le siège du Jury et successivement arrache le retrait de Dubois, Richerand, et même de Percy. Leroux considère-t-il alors que le problème dépasse Dupuytren et que c'est désormais lui que ces démissions atteignent. Toujours est-il qu'il ne modifie pas sa position, désignant Dumeril, professeur d'anatomie, pour consolider le jury branlant. Les séances d'argumentation débutent et c'est à Tartra de subir la première salve. L'épreuve dure trois heures, chacun des concurrents disposant pour sa critique d'un temps de parole d'une heure environ. Le candidat est jugé assez bon par un public de plus en plus nombreux, et, lorsque, sans aucune transition, Roux prend sa place, près de deux mille personnes sont entassées dans l'amphithéâtre, soit le triple du chiffre total des étudiants en médecine parisiens. Avec Marjolin et Tartra, questions et réponses altement sans passion, mais avec Dupuytren, l'atmosphère, comme le public l'attend, s'électrise. Car, plus que Jussieu un peu dépassé, c'est l'amphithéâtre qui arbitre, soulignant par ses applaudissements davantage les propos cinglants que les développements techniques. << De temps en temps, note Gosse, qui ne quitte sa petite portion de gradin de six heures d'affilée, il y avait des personnes renversées de dessus les têtes et roulant jusqu'en bas >>. Le lendemain, c'est bien pire pour l'entrée en scène de Dupuytren. La séance doit débuter à midi et demi, mais dès neuf heures l'amphithéâtre est comble. Le candidat garde son calme, d'autant plus impassible que Roux perd le sien et, bientôt, ne se maîtrise plus. << Il s'est fait un grand tort dans l'esprit des juges en mettant tant d'acharnement et de suffisance dans son discours, cela ne plait à personne >>, commente Gosse avec une placidité toute helvétique. Le 31 janvier, clôturant l'épreuve, Marjolin, plus souriant et bon enfant que jamais, ramène la sérénité. Mais le concours n'est pas terminé pour autant. Le 4 février, les revoilà tous les quatre dans le grand amphithéâtre. Cette fois, l'épreuve dure une demi-heure pendant laquelle chacun expose un sujet de la manière dont il le traiterait dans son cours, si la chaire lui revenait. Tartra, décrivant les fistules lacrymales, plait. Roux paraît s'embrouiller, tant son parler est rapide et hâché, dans un exposé sur les polypes. Dupuytren est applaudi à plusieurs reprises dans ses développements sur les amputations, mais si le style est particulièrement clair, sa voix ne porte que médiocrement. Marjolin conclut gentiment sur << l'hydrocèle >>, fidèle à l'impression que va laisser de lui ce concours. Le 5 février, les candidats passent aux cadavres, tous quatre avec dextérité. Tour à tour, il leur est demandé à chacun d'extraire une pierre d'une vessie, de ligaturer une artère fémorale et d'amputer un bras au niveau du coude. A peine un moment de répit, puis c'est une nouvelle leçon d'une demi-heure : luxation de l'articulation iléo-fémorale, pour Marjolin ; fractures simples du fémur, pour Roux ; une luxation de l'articulation du coude, pour Dupuytren ; fracture de jambe près de l'articulation du pied, pour Tartra. C'est enfin fini, d'autant qu'à Vincennes, le rassemblement de l'immense armada dans l'attente de prendre la route de la Russie, s'achève et les Parisiens sont pressés de passer d'une distraction à l'autre, de Dupuytren à Mathieu-Dumas (30). Le 8 février, Gosse est dès l'aube aux portes de l'amphithéâtre. << J'eus bien de la peine à introduire une partie de mon corps pour entendre un discours de M. de Jussieu, écrit-il, le choix est tombé sur M. Dupuytren auxapplaudissements continuels des élèves >>. Le 10 février, le Conseil de la Faculté rédige officiellement l'acte de nomination, paraphé le 15 par le Grand Maître. Le spectacle a beaucoup plu. Dans Paris, on se donne rendez-vous au suivant, mais quand ? Dans les salons, le visage des professeurs à la Faculté est scruté, comme si l'on se disait : << il a bien mauvaise mine, un nouveau concours ne serait-il pas pour bientôt ? >>. En fait, c'est juste si l'on eut le temps de respirer. La nomination de Dupuytren à la chaire de médecine opératoire libère la fonction de chef des travaux anatomiques que Roux sollicite en vain sans concours, considérant qu'il avait donné sa mesure lors justement des épreuves qui viennent de se terminer. Mais Leroux, agrippé à l'article 152 des règlements de la Faculté et trop content de rendre à Boyer la monnaie de sa pièce, est formel : << La place de chef de travaux anatomiques est donnée au concours >>. Aussi, le 8 mai, constitue-t-il le jury. Afin que nul s'en ignore, lui-même le préside, assisté de Chaussier, Dumeril, Lallemand et Dupuytren ; comme suppléants, Thillaye, et Richerand.
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EN VISITE EN VILLE
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Le binôme que constitue dans plusieurs romans de Balzac le baron Desplein (Dupuytren) et son élève Bianchon était encore plus accusé dans la réalité quotidienne. Devant la rigueur et le nombre des concours, le meilleur moyen de s'assurer du soutien massif de son patron était de s'en rendre indispensable, de le suivre pas à pas dans sa visite en salle, mais tout autant dans ses visites en ville. L'image souvent pittoresque d'un grand médecin déambulant dans les rues boueuses en compagnie de son assistant est une des plus courantes du Paris du XIXème siècle. Pendant des années, Récamier, qui sans être un colosse était de haute stature, fut accompagné partout par le minuscule Ferrus, trottinant à ses côtés ou sur ses talons. Parfois, leur fallait-il traverser la chaussée au milieu de laquelle, les jours de pluie, coulait un ruisseau plus ou moins large et nauséabond. Leur technique était parfaitement au point. Récamier enjambait le premier, se retournait, prenait Ferrus aux épaules, l'élevait du pavé, puis, tout en continuant à discourir sur le cas clinique qu'ils venaient de voir, le déposait de l'autre côté. Balzac certes, mais un peu aussi Cervantès...
Le concours s'ouvre le lundi 11 mai 1812. Les concurrents sont Baron, Chauvot de Beauchène, Béclard, Hippolyte Cloquet, Magendie et Rullier. Roux a sagement renoncé à se présenter. Baron et Magendie, n'ayant pas achevé leurs préparations anatomiques dans le délai de quinze jours fixé par le règlement, s'excluent d'eux-mêmes. Les quatre autres présentent leurs travaux pourtant sur l'artère maxillaire interne, la veine azygos et le nerf transplanchnique le long de la colonne vertébrale. Deux questions écrites viennent ensuite : l'anatomie et la physiologie de l'oreille, puis celle du nez. Les concurrents disposent alors de cinq jours pour rédiger un mémoire dans lequel il leur est demandé d'exposer leurs << Vues générales ,sur les occupations auxquelles doit se livrer le chef des travaux anatomiques pour rendre sa place en même temps profitable à l'instruction et à la science >>. Il reste encore deux séries d'épreuves : pendant vingt minutes une leçon orale sur un sujet tiré au sort. << Le canal lacrymal ; maladies auxquelles il est exposé ; opération de la fistule lacrymale >> sort de l'urne. Enfin, trois opérations sur des cadavres << frais >> (31). Chaque candidat doit, en effet, procéder à l'incision d'une fistule lacrymale, la désarticulation d'un membre supérieur au niveau de l'épaule, l'amputation partielle d'un pied suivant une technique donnée - termineront les épreuves techniques.
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LA SOCIÉTÉ DE L'ÉCOLE DE MÉDECINE
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Chargée non seulement d'enseigner, mais en fait << de s'occuper de tout ce qui peut concourir à l'amélioration de l'Art de guérir >>, l'École comprit vite que la multitude de sollicitations intervenant dans les domaines les plus variés lui imposait de s'étoffer au-delà de son conseil des professeurs. Ce qui lui permettrait en outre de panser les blessures d'amour propre de candidats talentueux mais malchanceux ou systématiquement tenu par Corvisart à l'écart des chaires. Ainsi, l'École en 1800, par un décret à la signature de Lucien Bonaparte, alors ministre de l'Intérieur, s'adjoint-elle quinze associés << puis hors de son sein, lesquels n'auront aucun rapport avec les fonctions de l'enseignement >> et qui sont invités à se réunir régulièrement avec les vingt-quatre professeurs et le chef des travaux anatomiques qui confirme ainsi son égalité avec ces derniers. Soit un total de 40 membres. À en juger par la liste des quinze associés et dont aucun n'a refusé, Corvisart a parfaitement manoeuvré. Tout ce qui compte en médecine, dans le moment, est d'une manière ou d'une autre lié à l'Ecole. Parmi ceux de la promotion de 1800, Bichat, Chaptal, Cuvier, Le Preux et Vauquelin. En 1809, Bourdois de la Mothe, Husson et Laqey entrent à leur tour. Appartenir à la Société de l'Ecole suscite même de telles envies que Corvisart n'hésite pas à créer alors quinze postes d'associés-adjoints et, là encore, ses choix sont heureux : Laennec, Roux, Royer-Collard ou Nysten. Mais à la différence de la Société d'Émulation, appartenir à la Société de l'École se révèle avoir relevé pour ses membres, malgré leur haut niveau professionnel, davantage du désir d'affirmer leur notoriété plus que du souci de faire progresser la science. En 1810, << bien que l'on doit tout attendre d'une réunion d'hommes aussi éclairés et aussi justement célèbres >>, Maygrier notait dans son Annuaire qu'après dix ans d'existence et malgré de multiples engagements, la Société n'avait pas encore publié une seule ligne. Il ne reste plus, le 7 juillet, qu'à entendre, dans l'amphithéâtre à nouveau bien rempli, les mémoires. Après tirage au sort, Beauchêne en débute la lecture, puis Rullier, Cloquet et enfin Béclard, qui termine sous d'interminables applaudissements. Il est aisé de déterminer que c'est lui que l'assistance désigne, ce qui aurait pu d'ailleurs lui nuire. La Faculté n'entend pas plus s'aligner sur l'opinion publique qu'elle n'a été, comme pour Mérat, impressionné par l'absence de candidats. Mais, heureusement, la délibération du jury est courte. Une vingtaine de minutes plus tard, ses membres qui, pour la proclamation du résultat, sont allés revêtir leurs toges, réapparaissent et proclament Béclard. Leroux annonce également que, par une mesure exceptionnelle et qui n'engage pas l'avenir, les quatre mémoires seront imprimés aux frais de l'Empereur. Durant un semestre, l'amphithéâtre de la Faculté, devenu théâtre, aura vraiment fait recette. Mais il n'y aura pas d'autres représentations. Aucun décès ne surviendra d'ici la fin de l'Empire. Quant à la Restauration, elle supprimera le concours public, laissant à la sagesse du Roi le soin de désigner les professeurs, autrement dit de le choisir donc en tout arbitraire (32).
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LA VISITE DU GRAND-MAÎTRE
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Aux yeux de tous, il paraissait certain que Napoléon nommerait Fourcroy Grand-Maître de l'Université. A 23 reprises, n'en avait-il pas, suivant les corrections parfois sèches de l'Empereur, remodelé le texte constitutif. Finalement, l'aimable comte de Fontanes lui sera préféré et Fourcroy, nommé comte et conseiller d'Etat, mais ne dissimulant ni sa surprise, ni son amertume, retrouva sa chaire de chimie médicale à la Faculté de médecine de Paris. Le 11 janvier 1809, le Conseil de celle-ci est en train d'écouter Chaussier lui présenter un rapport du préfet du Calvados sur l'accueil des femmes enceintes dans les hôpitaux de son département, lorsque le doyen Thouret interrompt la séance pour donner lecture d'une lettre de Fontanes. Celui-ci annonce qu'il va faire sa première visite officielle à la Faculté en venant assister << en apparat >> à la soutenance de la prochaine thèse prévue. Celle-ci, d'un nommé Peyrocave traitant de << la fièvre adynamique >> est programmée pour le surlendemain mais il se trouve que c'est Fourcroy qui préside le jury. Tous les présents jugent alors plus opportun que la visite du Grand-Maître n'ait lieu qu'à l'occasion de la soutenance suivante, soit le 19 janvier. Ce jour-là, le jury, présidé par Thouret, est constitué de Boyer, Chaussier, Hallé, Dubois et Richerand. La thèse a pour thème : << Considérations sur l'organisation de l'oeil et sur l'opération de la cataracte appliquée au traitement des animaux domestiques >>, le candidat, Beauchène fils, est un chirurgien d'avenir, bon prosecteur de l'Ecole pratique, dont le père est un médecin en vue de la capitale. Parmi ses clients figure Joubert, le plus proche ami de Fontanes ; d'autre part, Beauchène père a exercé à la Cour sous l'Ancien Régime, il a rejoint les Bourbons en émigration et en a même été un moment proche, puis est rentré en France où il dirige un service qui lui a été confié à l'hôpital du Gros-Caillou. Sa conduite depuis est irréprochable. Son fils, pour sa part, a toujours été un fidèle de l'Empire. Le jour dit, Fontanes, son camail d'hermine paré du sautoir de la Légion d'honneur coiffant sa longue robe violette, arrive, précédé du massier de la Faculté et de nombreux huissiers, flanqué de Cuvier, vice-recteur pour la médecine (le Grand-Maître est par définition recteur de l'Université de Paris) et des conseillers Nougarède et De Jussieu. Les membres du jury s'installent derrière leur table, au milieu du Grand amphithéâtre, l'ensemble des professeurs siégeant de part et d'autre ou derrière eux, tous drapés dans leurs robes cramoisies, sauf trois : Fourcroy en tenue de conseiller d'État, Desgenettes et Percy en uniformes d'inspecteurs généraux du Service de santé. Les étudiants occupent les gradins jusqu'aux ceintres. Ouvrant la séance, les propos du Grand-Maître sont à son image, chaleureux et fleuris, l'accent mis sur les services rendus par la Faculté à l'enseignement, mais plus encore sur la << large place qui sera réservée (à ses professeurs) dans l'histoire des sciences >>. Beauchène, sans perdre ses moyens, présente alors une thèse qui ne se caractérise par aucune idée révolutionnaire, ni même originale. L'argumentation n'en est que plus vite expédiée et la manifestation, elle-même sans éclat, retrouve son tour protocolaire. Thouret, << au nom de tous ses collègues >>, exprime au Grand-Maître << la satisfaction qu'ils éprouvent de voir, à la tête de l'Instruction publique, un homme aussi distingué par ses rares talents que par d'importants services >>. En présence de Fourcroy, était-il nécessaire d'aller si loin dans la flagornerie ? Aussi, faut-il peut être considérer comme un remord la douleur affichée, quelques mois plus tard, par la Faculté de médecine lors de la mort de celui-ci. La masse de l'appariteur fut recouverte d'un crêpe et le Conseil commanda à Chaudet un buste de Fourcroy destiné à être exposé durant un an dans le Grand amphithéâtre ; un honneur insigne qui ne sera envisagé que pour lui. Mesures dont il fut également décidé << qu'elles seraient portées à la connaissance de Mme la comtesse Fourcroy par un déplacement de M. le vice-recteur, de M. le doyen et de M. le baron Corvisart, professeur >>. Ce ne sera pas tout. Leroux, ayant succédé à Thouret, prononcera plus tard, dans ce même amphithéâtre où le Grand-Maître avait été traité avec tant d'égards, un éloge vibrant qu'il concluera ainsi : << Si l'on demande un jour par quelles mains, à une époque où la barbarie menaçait de couvrir la France de ses ténèbres, fut conservé le dépôt des sciences, qui conçut la première idée des nouvelles écoles de médecine et qui eut le plus de part à leur établissement ? Dans les académies, dans les hôpitaux, dans les armées, de tous les points de l'Empire, des milliers de voix répondront et nommeront Fourcroy >>. Fontanes, qui présidait, rengaina le sourire qui voletait sur ses traits pour prendre, circonstances obligent, le masque de l'affliction.
La Faculté-caméléon Les professeurs de la Faculté ne se bornent pas à enseigner ou à faire passer des concours aux étudiants ou à eux-mêmes. Ils jouent encore une multitude de rôles qui relèvent aujourd'hui de l'Académie de Médecine, du ministère de la Santé, de l'Ordre des médecins, d'autres organismes encore. Ainsi son conseil se trouve-t-il sollicité sur les sujets les plus divers. Rarement directement, le plus souvent par Fourcroy, puis, après l'installation de l'Université impériale, par Fontanes. Jugeons-en : le 27 août 1807, Bodério, chirurgien français à Calcutta, propose << d'indiquer le secret du traitement de la gonorrhée contre les, frais de son rapatriement >>. Le 25 février 1808, le ministre de l'Intérieur lui demande s'il lui paraît que les ecclésiastiques soient capables de pratiquer la chirurgie et, si oui, combien environ seraient concemés. Le 8 mars 1810, le ministre veut savoir s'il est nécessaire d'adjoindre un chirurgien aux médecins pour le contrôle des eaux minérales. Le 7 juillet 1812, Mme Decarlier, veuve d'un praticien n'ayant exercé aucune fonction à la Faculté, sollicite un secours. Le Conseil décide de lui envoyer 100 francs, en précisant qu'il ne pourra pas renouveler ce geste. Le 13 mai 1810, il analyse le rapport d'un chirurgien de Lille sur une asphyxie dont ont été victimes trois ouvriers. Le 25 juillet 1811, le ministre de l'Intérieur attire son attention << sur le haut prix que les médecins de la ville du Puy paraîssent avoir mis à leurs visites depuis quelques temps >>. Le 9 septembre 1809, M. Bazin lui présente un modèle de jambe artificielle. Le 10 mars 1808, Hallé lit à ses collègues un rapport sur les avantages d'un tissu imperméable pour l'habillement des troupes ; le même jour, le Conseil accuse réception de l'envoi d'une tête d'enfant avec bec-de-lièvre et écartement des os de la voûte du palais. Les 9 et 15 février 1809, il discute, << cartes en mains >> du trajet d'une épidémie de << fièvre encore indéterminée >> dans la Creuse, la Corrèze, la Dordogne, la HauteVienne. L'année suivante, ce sont les convois de prisonniers espagnols qu'il suit de la même façon, de département en département. Peu après, le voilà étudiant un mémoire relatif aux moyens propres << à prévenir les accidents d'inhumations précipitées >> ? Quels sont-ils ? On ne le sait et c'est regrettable, car le secrétaire note << de l'avis unanime, ces moyens ne sont pas admissibles >>. Le 28 mars 1810, il accuse réception d'une longue épitre en vers latins que Lepreux, que nous avons vu présider le premier jury de l'internat, lui adresse sur le mariage de l'Empereur. Puis, dans la même séance, enregistre une lettre du ministre directeur de l'Administration de la Guerre, lui demandant << s'il est vraiment nécessaire de contrôler le linge ou la charpie qui ont servi au pansement des malades attaqués de gangrène >> (33). Rien, à dire vrai, ne semble étranger à sa compétence, même s'il y met des formes pour ce qui relève d'ores et déjà du domaine médico-légal. Au docteur Delabarre, médecinà Rouen, qui l'interroge sur deux questions de police médicale malheureusement non indiquées, le Conseil répond qu'il ne formulera d'avis que << s'il est officiellement saisi par l'autorité administrative ou judiciaire >>. Sa propre police interne lui prend également de son temps. Ainsi le principe d'une amende infligée aux professeurs trop souvent en retard se trouve-t-il étudié durant plusieurs séances, puis le nom de Percy est lancé par le doyen Leroux, un rapporteur est nommé en la personne de Richerand et le Premier chirurgien des armées condamné à 20 F d'amende le 15 février 1812 (34). Ce n'est pas fini. Nouvelle évocation le 5 mars, << le conseil autorisant le trésorier à retirer du tronc commun l'amende du Pr Percy >>. << C'est à Paris, au début du XIXème .siècle, qu'est née la médecine moderne >>, cette phrase de l'historien des Sciences américain Richard Harrison Shryock a reçu l'aval de tous ses collègues, français ou étrangers, et cette naissance, c'està la Faculté qu'elle s'est produite, donnant à l'école française une priorité sur l'ensemble des pays du monde qu'elle conservera jusqu'à ce que l'école allemande vienne, dès la deuxième moitié du XIXème siècle, prendre le relai. Tout ceux qui comptent alors en médecine, mais surtout tout ceux qui espèrent compter convergent dans le moment vers Paris en un courant si fort qu'il excuse le lyrisme qui s'empare de Dumeril en 1811, alors qu'il prononce l'un des discours de la rentrée : << Puis-je ne pas me laisser pénétrer d'un noble orgueil en voyant tous les jours cet amphithéâtre devenu pour nous ce qu'était pour l'ancien monde l'école de la ville des Ptolémée et confondre parmi nos disciples des fils d'Albion et des fils de l'Ibérie, des jeunes gens partir des bords du Gange, partis des bords de la Neva ou députés par les deux Amériques >> (35). Mais, si l'aigle impérial plane haut, la tour de Babel culmine encore plus haut, comme nous le rappelle, le 13 janvier 1813, une délibération du conseil des professeurs. << La Faculté considérant que M. Staal originaire d'un des nouveaux départements de l'Empire où l'usage de la langue française est encore peu répandu et que la difficulté qu'il éprouve à s'exprimer dans une langue qui ne lui est point familière, jointe à la timidité et à l'embarras produit par l'appareil d'un examen public a pu enchaîner ses moyens, accorde à M. Staal la permission de se présenter une secondefois >> (36).
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LA PURGE À RETARDEMENT DE 1822
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La plupart des dignitaires de l'Empire, exilés ou simplement révoqués en 1815 lors du second retour de Louis XVIII, sont rentrés en grâce en 1819. C'est souligner le caractère insolite qu'aura eu en novembre 1822 la destitution de onze professeurs de la Faculté de médecine de Paris, tous en place dès 1803 et chacun d'entre eux représentant en France et à l'étranger l'illustration de sa discipline. Dans la charrette entourant De Jussieu, l'ancien vice-recteur et le doyen Leroux, les professeurs Chaussier, Desgenettes, Deyeux, Antoine Dubois, Lallement, Moreau de la Sarthe, Pelletan, Pinel et Vauquelin. La mesure est provoquée par un violent chahut des étudiants lors de l'éloge funèbre de Hallé, prononcé dans le Grand amphithéâtre par Desgenettes en présence de l'abbé Nicolle, vice-recteur de l'Académie. Desgenettes, orateur tout en fines se, laisse entendre que le défunt, certainement d'une foi très sincère mais avant tout libéral, ne se croyait pas autorisé à imposer à quiconque ses propres convictions. Du haut en bas des gradins, c'est aussitôt un déferlement d'applaudissements entrecoupés de quolibets pour le vice-recteur qui, interrompant la réunion, a le plus grand mal à s'assurer une sortie digne. Quelques jours plus tard, les cours de la Faculté, haut-lieu au Quartier-Latin de l'opposition aux Bourbons- particulièrement l'École pratique - sont suspendus alors que ceux des enseignants ne dissimulant pas leur attachement au souvenir de Napoléon - la moitié d'entre eux - sont révoqués. Mais la Faculté ne peut demeurer longtemps fermée. Elle rouvre en février 1823 avec la nomination de nouveaux professeurs, tous proches des Ultras, et qui, pour huit d'entre eux, demeureront dans l'avenir aussi rigoureusemçnt inconnus qu'ils ne l'étaient au moment de leur choix. Emergent du lot, Laennec (1781-1826), en l'occurrence Premier médecin de la duchesse de Beny, qui est l'artisan de la nouvelle foumée, mais qui refuse les fonctions de doyen ; également Landré-Beauvais (1772-1840) qui les accepte, mais en se montrant le moins possible pendant tout son mandat. << En sa qualité de doyen, M. Landré-Beauvais ne professe que durant les vacances >> ironise en 1825 le périodique médical << Hygie >>. Tout ultra qu'il soit, cet élève de Pinel est un remarquable clinicien. Enfin Orfila (1787-1852) qui devient assesseur du doyen. Les autres de bien moindre pointure sont : Bougon (1779-1851), Premier chirurgien du comte d'Artois, dont, écrira cruellement H. Mondor << le seul titre est d'avoir sucé la plaie du duc de Berry >> ; Bertin (1757-1827) médecin des Enfants de France ; Cayol (1788-1856) ; Clairon (1779-1844) ancien pharmacien du château de Saint-Cloud ; Deneux, accoucheur de la duchesse de Berry ; Fizeau (1776-1864), très proche de Laennec ; Guilbert (1779-1835) et Fouquier (1776-1850). Hors Laennec et Bertin, alors décédés, tous seront à leur tour révoqués par Louis-Philippe, dans les tout premiers jours de la Monarchie de Juillet. À l'exception toutefois d'orfila, qui en subtilité et en art de traverser les régimes, est l'équivalent médical de Talleyrand, et Fouquier, devenu entre temps médecin de la famille d'Orléans. Les survivants des professeurs bonapartistes - Antoine Dubois, Deyeux, Desgenettes, Lallement - et le doyen Leroux retrouvent alors leurs chaires. Âgé de 81 ans, celui-ci se replonge aussitôt dans la préparation de ses cours, demandant seulement à être déchargé de la responsabilité décanale. Celle-ci échoit alors à Antoine Dubois.
Tout est dans ce passage : la taille du Grand-Empire,<< l'appareil >> des épreuves universitaires et, même, à travers les efforts de M. Staal pour dominer son charabia, la saine émulation qui, sous le règne de Napoléon, demeurera la marque de la Faculté de médecine de Paris.
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