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ARTICLES

Rétrospective François-Xavier Fabre, peintre et collectionneur (compte-rendu d'exposition)

(Article de LERNER Elodie )

 Informations

Des moyens modernes au service d'une volonté pédagogique
De Montpellier, en passant par Paris, jusqu'à la Florence napoléonienne d'Elisa
Des morceaux de bravoure picturale
Des morceaux de bravoure picturale


  Des moyens modernes au service d'une volonté pédagogique


Autoportrait âgé, Montpellier, Musée Fabre, 1835

Autoportrait âgé, Montpellier, Musée Fabre, 1835

Le parti pris de la mise en scène de l'exposition rétropective sur le peintre François-Xavier Fabre au Musée Fabre de Montpellier est celui de la clarté : la présentation chronologique des toiles est ponctuée de salles thématiques, sur les paysages ou la peinture religieuse par exemple. La biographie de Fabre écrite sur un panneau dès l'entrée, des cartels explicatifs dans chaque salle et des notices d'oeuvres bien lisibles jouent également en faveur de la fluidité du parcours.

Ces éléments traditionnels de scénographie sont complétés par des moyens audiovisuels : une projection d'images accueille le visiteur dès le hall, une introduction générale sur écran est suivie d'ateliers sur ordinateurs. L'un des points forts de cet événement est certainement le reportage sur l'exposition : de façon assez complète (en 52 minutes) et avec sa précision habituelle, Alain Jaubert, l'auteur du fameux magazine télévisuel « Palettes », présente la vie du peintre. Pour ceux qui le désirent, des audioguides sont également disponibles.


  De Montpellier, en passant par Paris, jusqu'à la Florence napoléonienne d'Elisa


La Sainte Famille, Montpellier, Musée Fabre, 1801

La Sainte Famille, Montpellier, Musée Fabre, 1801

Ce « travail pédagogique », comme le définit bien Michel Hilaire, se poursuit par la mise en avant de documents d'archives permettant une meilleure compréhension de l'artiste et plus largement du contexte de création de son art. De Montpellier qui le voit naître, découvrir sa vocation et faire ses premiers pas d'artiste, nous suivons Fabre à Paris où il entre dans l'atelier du célèbre David en 1783. Le style du jeune peintre apparaît alors encore bien scolaire ; pourtant, sous le verni du bon élève se laissent déjà deviner des qualités plus originales. Le maître ne s'y trompe pas et lui confie dès 1784 la tâche délicate de faire une copie de son « Bélisaire demandant l'aumône » (1). Trois ans plus tard, Fabre obtient le Prix de Rome, ultime consécration de ses années d'apprentissage, qui lui permet de partir en Italie.

Étudiant à l'Académie de France à Rome, il fuit la capitale pour échapper aux troubles révolutionnaires et s'installe à Florence. Suite aux multiples bouleversements politiques, les goûts et les commanditaires ont changé et Michel Hilaire souligne combien il est nécessaire pour Fabre de « séduire la clientèle cosmopolite florentine ». Même s'il ambitionne la grande peinture à sujet historique, comme tous les artistes majeurs de son temps, Fabre gagne sa vie grâce à la pratique de la peinture religieuse - d'habitude plutôt délaissée après la Révolution - du paysage et surtout du portrait. L'artiste développe une aptitude exceptionnelle à peindre la figure humaine, à rendre l'expression des visages, le positionnement des corps, les matières des costumes et à saisir la psychologie de ses modèles. Ces multiples effigies sont autant de témoignages sur le beau monde toscan auprès duquel Fabre est introduit par des amis devenus chers, la comtesse d'Albany et le poète Alfieri. L'inspiration du peintre s'enrichit au contact du tragédien qui lui inspire la « Vision de Saül » en 1803 (2).


  Des morceaux de bravoure picturale


Portrait du jeune Edgar Clarke, Montpellier, Musée Fabre, 1802

Portrait du jeune Edgar Clarke, Montpellier, Musée Fabre, 1802

Fabre conserve ses relations et sa riche clientèle en dépit des changements de régimes, Ferdinand III étant remplacé par Louis 1er de Parme auquel succède la soeur de Napoléon, Elisa Baciocchi, devenue grande duchesse de Toscane à partir de 1809. L'artiste atteint même une certaine aisance financière qui lui permet de commencer à collectionner les oeuvres d'art, passion à l'origine de son talent d'expert. Fabre apprécie tout particulièrement les toiles des maîtres classiques italiens et français dont l'influence est visible dans ses propres tableaux, notamment dans ses paysages. L'ombre de Poussin semble planer dans la plupart de ses vues de la campagne environnant Florence. La « Mort de Narcisse, paysage historique » conservée au Musée Fabre (3) et peinte pour la comtesse d'Albany en 1814, est empreinte d'une grande poésie.

Parmi les plus belles oeuvres présentées à l'exposition, plusieurs, comme la « Sainte famille » de 1801 ou le « Portrait du sculpteur Antonio Canova » de 1812 (4), proviennent d'ailleurs du fonds du Musée de Montpellier.  C'est ici l'occasion de saluer la politique d'acquisition de cette institution qui vient de compléter ses collections par le « Portrait du jeune Edgar Clarke » de 1802 (5). Durant l'exposition, ce tableau ainsi que les portraits peints en 1810 du père de l'enfant et de sa mère entourée d'Edgar et de ses frères et soeurs sont présentés dans la même salle, formant un bel ensemble (6). Le général Clarke, ministre plénipotentiaire de France à la cour de Toscane à partir de 1801, ne manque en effet pas de se faire portraiturer lui et sa famille par l'artiste alors le plus en vue ; les trois tableaux figurent au Salon parisien de 1810. Fabre est alors dans la capitale française où il a également séjourné en 1806 et qui l'a vu triompher à l'exposition de 1808. La période impériale apparaît bien comme celle de l'apogée de sa gloire. Sa bonne étoile ne pâlit pas sous la Restauration, mais après la mort de la comtesse d'Albany, le peintre préfère revenir s'installer définitivement à Montpellier en 1824. Conseiller municipal, Fabre crée la bibliothèque, l'École des Beaux-Arts et le musée qu'il dirige, clôturant par ces hautes fonctions sa vie bien remplie d'artiste.


  Des morceaux de bravoure picturale


Portrait du général Clarke, Nantes, Musée des Beaux-Arts, 1810

Portrait du général Clarke, Nantes, Musée des Beaux-Arts, 1810

Alors que Girodet, Gérard ou Gros, autres élèves de David, emportent les suffrages par des peintures souvent d'emblée saisissantes, Fabre offre de belles perles au regard de celui qui sait prendre le temps de découvrir son univers. Contrairement aussi à celle de ces camarades, la peinture de Fabre n'annonce pas le mouvement romantique ; Michel Hilaire définit bien l'artiste comme « strictement attaché au classicisme de David ». Fabre démontre par contre qu'il est possible d'être moderne sans être préromantique.  La preuve en est magistralement administrée par plusieurs très beaux portraits, jouant du contraste osé entre un rouge vif et un noir profond pour un résultat qui séduit encore aujourd'hui. L' « Homme à la cape rouge » (7) se situe dans cette belle veine ; portrait d'un modèle resté non identifié, il figure sur les dépliants et l'affiche de l'exposition. Ce choix semble approprié : qu'importe le sujet, quand la beauté des formes s'impose avec force. Les plus belles réussites de Fabre se savourent avant tout comme des morceaux de bravoure picturale. 

 
L'exposition se tient au Musée Fabre de Montpellier du 14 novembre 2007 au 24 février 2008 puis à la Galliera d'Arte Moderna e Contemporanea de Turin du 11 mars au 1er juin 2008.


 
     
 
 

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 Informations

Auteur :

LERNER Elodie

Notes

 (1) « Le petit Bélisaire » de Fabre (Paris, musée du Louvre, Inv.3694), copie du « Bélisaire demandant l'aumône »  de David (Lille, Palais des Beaux-Arts, Inv.P.436).
(2) Montpellier, Musée Fabre, Inv.825-1-58.
(3) Montpellier, Musée Fabre, Inv.825-1-59.
(4) Montpellier, Musée Fabre, Inv.825-12-1 et 825-1-64.
(5) Montpellier, Musée Fabre, acheté en juin 2007.
(6) « Portrait du général Clarke, duc de Feltre, ministre de la Guerre », Nantes, Musée des Beaux-Arts, Inv.960 et « Portrait de la générale Clarke, duchesse de Feltre, avec ses quatre enfants », Paris, Musée Marmottan-Monet, Inv.386.
(7) Montréal, Musée des Beaux-Arts, 2001-35,  vers 1795.

 

 
 

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