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Quelques questions à... Jacques Macé, auteur d'un passionnant Dictionnaire historique de Sainte-Hélène

(Article de DELAGE Irène )

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Auteur d'une biographie de Montholon (Editions Christian, 2000), et de nombreux articles sur la période sainte-hélènienne, Jacques Macé nous présente son dernier ouvrage, un dictionnaire doublé d'une chronologie, passionnant et précieux pour tous les passionnés de l'Empire.
(Propos recueillis par Irène Delage, septembre 2004)


 
 
Vous étudiez la question de Sainte-Hélène depuis de nombreuses années, comment vous est venu l'idée de ce dictionnaire ?

– Comme tout le monde, j'ai lu dans ma jeunesse le Mémorial de Sainte-Hélène et je m'imaginais le calvaire de Longwood à travers les propos de Las Cases. Mais, en le relisant voici une dizaine d'années, j'ai réalisé que le Mémorial s'interrompait fin 1816, c'est-à-dire quatre ans et demi avant la mort de l'Empereur. Pour comprendre ce qui s'était passé après, je me suis plongé dans Marchand, Gourgaud, Bertrand, Ali, et  . . . Montholon, intrigué puis irrité par les accusations d'empoisonnement dont ce dernier a été l'objet. J'ai alors entrepris d'écrire sa biographie, en ne le chargeant que des affaires dont il est objectivement responsable  (la barque est assez lourde comme cela !). Nombreux sont les ouvrages intitulés Napoléon à Sainte-Hélène ou Sainte-Hélène (de Masson, Aubry, Ganière, Martineau, . . .) mais les premiers ont été écrits alors que les Mémoires de Marchand, les Cahiers de Bertrand et bien d'autres témoignages n'étaient pas encore connus. Nombre d'informations sont dispersées et il manquait un ouvrage de référence pour retrouver facilement l'identité et la carrière des personnages, français et anglais, mêlés à la captivité, ou retracer aisément le déroulement et l'enchaînement des événements. Les Anglais se sont intéressés plus tôt que nous au drame de Sainte-Hélène : Walter Scott et William Forsyth ont publié avant Adolphe Thiers, Norwood Young (inconnu en France) a exploité le premier les archives de Jamestown, avant Aubry qui l'a attentivement « lu » sans trop le dire. Et dès 1915, le docteur Arnold Chaplin a publié un Who's who at St-Helena, très utile à l'historien de Longwood, mais de conception et de ton très british et, bien sûr, très incomplet du fait de sa date de publication.
Je sais que plusieurs auteurs ressentaient le besoin d'un Who's who de Sainte-Hélène à la française (ou plutôt d'un dictionnaire car le terme who's who est aujourd'hui protégé). Mais encore fallait-il l'entreprendre ! Je l'ai fait, mais je rends hommage à mon précurseur Chaplin pour tout ce que je lui dois.

Quels sont les objectifs d'un tel travail ?

- Ils sont multiples. D'abord, comme je viens de le dire, mettre à la disposition de l'historien une base de données évitant des recherches dans de multiples ouvrages. Donner à l'amateur d'histoire des informations plus complètes et synthétiques que celles auxquelles il peut aisément accéder aujourd'hui. Enfin permettre au lecteur, grâce à des liens thématiques, de vagabonder de sujet en sujet et de se construire lui-même, peu à peu, sa propre vision de la captivité de l'Empereur. C'est un dictionnaire et, comme tout dictionnaire, il ne faut pas le lire de A à . . . Z ! De plus, toute tragédie comporte des scènes de comédie et le lecteur découvrira au détour d'une page que tout ce qui s'est passé à Longwood ne doit pas être peint en noir !

Quelles difficultés avez-vous rencontrées lors la réalisation de cet ouvrage ?

- C'est un travail de « bénédictin », de relecture et de mise en fiches de tous les cahiers, journaux, rapports, courriers, mémoires écrits par les acteurs de la captivité, français ou anglais, importants ou simples passants à Sainte-Hélène, en tentant d'oublier tout ce qui en avait déjà été dit. Puis il faut recomposer le tout de la manière la plus logique - car les divergences et contradictions entre les documents sont nombreuses - sans masquer les incertitudes mais sans tomber dans les fantasmes où ces incertitudes font plonger certains auteurs ! Je crois d'ailleurs que je n'aurais pu mener à bien cette tâche sans le voyage que j'ai effectué l'an dernier à Sainte-Hélène pour m'imprégner de l'atmosphère de la captivité et sans l'aide que m'a alors apportée Michel Martineau. Jean-Paul Kauffmann parle de Napoléon plongé dans sa baignoire comme dans un liquide amniotique. Le voyage à Sainte-Hélène, ce lieu toujours si éloigné de notre « civilisation industrielle », produit  un effet du même type. J'ai écrit pour « sortir du bain » et afin que ce livre puisse aussi être utilisé comme « guide de voyage » par les futurs pèlerins à Sainte-Hélène. Car le voyageur qui saute sur le quai de Jamestown en s'agrippant à une corde entre deux ressacs (car on débarque toujours ainsi à Sainte-Hélène !), qui lit Solomon & Co sur les bâtiments du ports (le juif Solomon de Las Cases), qui traverse Jamestown et hésite sur la route à prendre (comme un certain cavalier le 17 octobre 1815), se croit revenu deux siècles en arrière. C'est cela la magie de Sainte-Hélène !

Quelles informations nouvelles apporte-t-il ?

- Il est encore possible de découvrir des documents inédits importants. Il faut cependant être modeste car il peut se trouver qu'un document que l'on croit inédit ait été publié voici 80 ou 100 ans dans une revue historico-littéraire à tirage confidentiel ! Je pense néanmoins avoir trouvé et présenté quelques erreurs. En voici des exemples :
. Napoléon était « logé, nourri » par le gouvernement anglais, mais j'ai retrouvé le livret inédit de ses dépenses personnelles à Longwood, tenu par le général Bertrand, ainsi que le livre de comptes de Bertrand. Car Napoléon ne voulait pas révéler ses sources de financement et Bertrand mit en place un complexe système de comptes bancaires croisés pour financer les dépenses de l'Empereur. J'ai démonté et je présente ce dispositif.
. Les Anglais ont fait fabriquer et livrer à Longwood d'élégants meubles Regency tant pour Longwood House que pour la nouvelle maison jamais habitée par l'Empereur. Les catalogues en sont connus (en Grande-Bretagne seulement). Or les Français, marqués par Las Cases, pensent généralement que Napoléon a vécu six ans dans un « méchant garni ». Cela n'est vrai que pour les premiers mois. J'explique que l'atmosphère désespérante de Longwood est essentiellement liée aux conditions climatiques, le site ne pouvant être plus mal choisi, et non au cadre de vie proprement dit (même si les toitures avaient effectivement des fuites !)
. Je ne tente pas de réhabiliter Hudson Lowe, mais j'explique qu'il a été exagérément calomnié et qu'il faudrait en revanche davantage s'attacher au « donneur d'ordres », lord Bathurst. Lowe était le commandant d'une « forteresse de la mer » et il a exécuté sa mission, sans guère de diplomatie il est vrai, face à un adversaire « coriace ». Je m'insurge contre les historiens qui décrivent Hudson Lowe terminant sa vie dans la misère, au prétexte qu'il n'avait pas profité de ses fonctions pour s'enrichir. Mieux, il lutta contre la corruption des agents de la Compagnie des Indes et fit prononcer l'abolition de  l'esclavage. Il entreprit la construction d'un réseau d'irrigation qui permit notamment à Napoléon de créer et d'arroser ses jardins à partir de 1819. Intègre, il vécut simplement après 1831 de sa pension de lieutenant-général.
. Le drame de Sainte-Hélène conservera toujours une part de mystère et j'ai tenté d'éclairer quelques unes des énigmes, comme par exemple les agissements du mystérieux lieutenant Basil Jackson dont, ce n'est pas un hasard, nous avons retrouvé l'an dernier le prénom donné au personnage fictif du lieutenant du film d'Antoine de Caunes . . .
J'ai voulu surtout faire preuve d'objectivité et, sur de nombreux points, me démarquer d'une  vision par trop passionnelle de la captivité. La formule du dictionnaire permet de prendre un tel recul, mais je n'ai pas cherché cependant à masquer la détresse psychologique et les souffrances de l'Empereur déchu. Classés alphabétiquement, les personnages et les événements se croisent et s'entrecroisent pour autant retracer l'histoire que recréer une atmosphère.
Je souligne aussi que Longwood n'est pas aujourd'hui un simple musée du souvenir mais un lieu de mémoire vivante particulièrement évocateur. C'est pourquoi je ne me suis pas limité à la description des sites jusqu'en 1821 ou 1840, mais que je l'ai prolongée jusqu'en 2004 à travers l'extraordinaire histoire des Domaines français de Sainte-Hélène (plus d'une fois Longwood House a failli être rasée pour des raisons d'économie et remplacée par une pyramide !), et plus largement par l'histoire de St-Helena Island (lieu étrange et presque unique sur notre planète) et de sa population, île dont le nom traverse les siècles en raison de ce qui s'y est passé  de 1815 à 1821 (ou 1840). Là aussi je pense que le lecteur fera des découvertes . . . et ressentira l'envie de s'y rendre.
 
Vous avez souhaité faire précéder le dictionnaire proprement dit d'une chronologie détaillée ?

– Cette chronologie m'a donné bien du souci et, en fait, j'ai commencé par elle. En effet, au fil des années, tous les acteurs de la captivité sont devenus dépressifs (au point d'avoir des comportements très excessifs, comme Gourgaud par exemple) et leurs écrits se sont relâchés. Toutes les chronologies que vous pouvez trouver dans les différents ouvrages que j'ai évoqués tout à l'heure présentent, surtout pour les trois dernières années, de longues périodes lacunaires, rarement signalées. Le Napoléon au jour le jour de Garros et Tulard (éditions Tallandier, 2002) consacre 13 pages à 1816, 6 pages à 1817, 2 pages à 1818, 2 pages à 1819 et 2 pages à 1820. Pourtant chacune de ces années comportait 365 (ou 366) jours. Et personne ne s'étonne que, dans les Derniers Moments de Napoléon par Antommarchi (Editions Buchet-Chastel, 1975), on passe de décembre 1819 à juillet 1820 simplement en tournant une page ! Or je me suis rendu compte que les documents d'origine anglaise (rapports des officiers d'ordonnance à Longwood, correspondances d'Hudson Lowe, etc.) permettaient de combler en grande partie ces lacunes. Je me suis donc attaché à ce qu'il n'y ait pas de mois et presque de semaine où je ne puisse indiquer un fait marquant qui se soit produit à Longwood.
Ma chronologie propose deux niveaux de présentation des faits : une chronologie par grandes étapes, à la manière d'un « chemin de croix », minimum indispensable pour situer les principaux acteurs et mémoriser le déroulement des événements. L'autre chronologie, presque au jour le jour, est construite comme un scénario. J'espère que le lecteur qui s'isolera pour s'imprégner de cette dernière aura l'impression de vivre le film de la captivité, avec ses périodes de tension, ses instants plus drôles (parfois), ses actes de générosité et ses moments de lâcheté, . . . jusqu'au « crescendo » de l'issue fatale. 
 
Enfin, vous pensez ou travaillez déjà sur un nouveau livre ?

– On quitte Sainte-Hélène, mais Sainte-Hélène ne vous quitte jamais.  Je songe donc à une nouvelle biographie d'un personnage important qui me ramènerait vers la « petite île ». Las Cases est mondialement connu. Bertrand, qui a son propre musée à Châteauroux, a fait l'objet de plusieurs biographies dont l'une, récente, de Michel Berthelot (Châteauroux, chez l'auteur, 1996). En 2000, j'ai essayé de faire mieux connaître Montholon avec ses fidélités (de Napoléon Ier à Napoléon III), mais aussi ses faiblesses. Il en reste un qui n'a jamais eu de biographe. Depuis quelques mois, je rassemble donc une large documentation relative au général Gourgaud. Et je découvre un étonnant personnage bourré de contradictions, brave comme un lion mais sentimental au coeur « gros comme ça », sympathique mais violent, irascible et d'une susceptibilité à fleur de peau,  brillant polytechnicien et homme d'action (jamais le dernier pour s'amuser) et qui, s'il a quitté prématurément Longwood, n'a eu de cesse que de faire revenir en France les cendres de l'Empereur. Rendez-vous dans un an... ou deux.

 
Propos recueillis le 23 septembre 2004


 


 
     
 
 

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