1807-1808 : Campagne du Portugal, en route vers l’Espagne

Période : Directoire-Ier Empire
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Septembre 1807

Pour poursuivre l'isolement de l'Angleterre et renforcer ainsi le Blocus continental, Napoléon regarde désormais vers le Portugal dont il compte fermer les ports au commerce britannique.
 
Pour mener à bien ses plans, Napoléon se tourne vers Charles IV, le roi d'Espagne, qu'il considère comme le fidèle allié de sa couronne. Il attend de ce dernier qu'il l'aide à « arracher le Portugal à l'influence de l'Angleterre et à forcer cette dernière puissance à désirer et à demander la paix ». (Correspondance n° 13131, 8 septembre 1807). Des négociations secrètes s'ouvrent alors entre la France et l'Espagne. Pendant ce temps, les troupes françaises se mettent déjà en route pour le Portugal…



Octobre 1807

– Napoléon se décide à déclarer la guerre au Portugal et écrit en ce sens, le 20 octobre 1807, à Champagny, ministre des Relations extérieures : « Mon intention est que vous fassiez, le 22, la notification à la légation de Portugal que la guerre est déclarée, et qu'ils aient à quitter Paris sous vingt-quatre heures et mes Etats sous quinze jours. Mon intention est en même temps que vous écriviez au ministre de la Marine de donner l'ordre à tous mes bâtiments de guerre et corsaires de courir sur le pavillon portugais. » (Correspondance n°13274)

– Dès le 23 octobre, Napoléon propose un projet de convention sur  la division du Portugal en trois parties, déterminées par des plénipotentiaires nommés par la France et l'Espagne. (Correspondance n° 13287)
 
– La France et l'Espagne signent un traité à Fontainebleau le 27 octobre 1807 condamnant la maison de Bragance au Portugal et se partagent l'influence des différentes provinces le composant. Ce traité, qui doit resté secret (art.14), déclenche l'expédition de Junot au Portugal (Correspondance n°13314).
Napoléon donne ses ordres à Junot : « Je désire que le 26, au plus tard, toute la 1re division avec son artillerie arrive à Alcantara, pendant que la 2e sera en marche sur Alcantara et que la 3e aura déjà dépassé Ciudad-Rodrigo, et que le 1er décembre toute mon armée soit réunie à Alcantara. Si les Portugais ne font aucune défense, et que vous puissiez marcher sans obstacle, vous entrerez même avant cette époque en Portugal, afin de réunir toute votre armée à Abrantès ».
(…) Les Anglais font sortir à force leurs troupes de Copenhague, il ne faut pas que, par défaut de lenteur, vous vous laissiez prévenir. (…) » (Correspondance n°13314, 31 octobre 1807)
 


Novembre 1807

– La Grande Armée de Napoléon, commandée par les généraux Junot, Dupont et Moncey, entre dans Lisbonne avec 25 000 hommes le 30 novembre 1807. Ils trouvent la capitale abandonnée. La veille, la famille régente (Maison de Bragance) et la Cour ont fui vers le Brésil. Le régent, méfiant, a fait préalablement encloué toutes les batteries dominant l'estuaire. Impossible pour les Français de les arrêter dans leur fuite. Ce départ est un véritable échec pour Junot.
Le Brésil, la plus importante des colonies du Portugal, offre alors, avec ses mines d'or et de diamants, un refuge de choix à la famille royale portugaise qui s'installe à Rio de Janeiro. 
 


Janvier 1808

– Le 4 janvier 1808 Napoléon écrit de nouvelles recommandations au général Clarke à transmettre au général Junot : « Ecrivez au général Junot qu'il doit s'attendre, aussitôt que la saison le permettra, que les Anglais feront les plus grands efforts pour lui susciter toutes espèces de désordres dans le pays ; qu'il ne doit donc pas perdre de temps pour organiser un gouvernement provisoire, renvoyer les troupes portugaises en France, armer les forts de Lisbonne… […] ; qu'il n'a plus que janvier et février pour exécuter ces mesures et soumettre véritablement le pays […] »
(Correspondance n°13429)


Réorganisation gouvernementale du Portugal :

Junot, dont on se souvient de l'entrée à Lisbonne le 30 novembre 1807, devient selon la volonté de Napoléon gouverneur général du Portugal.

En tant que tel, il réforme dès le 1er février 1808 l'organisation du pouvoir. Ainsi le conseil de régence, composé de cinq gouverneurs et de deux secrétaires, alors en place, est remplacé par un conseil de gouvernement. Y sont nommés entre autres: Hermann, secrétaire d'Etat chargé de l'intérieur et des Finances ; de Lhuitt, secrétaire d'Etat à la Guerre et à la Marine ou encore D. Francisco Rafael, chargé de la Justice et des Cultes.

Désormais le royaume du Portugal est administré au nom de l'Empereur et placé sous la responsabilité de Junot. Une cérémonie solennelle au palais de l'Inquisition marque l'installation officielle du gouverneur. Junot y annonce dans son discours les changements et les nouvelles orientations quant à l'administration du Portugal, qui devient plus centralisée. Il installe aux postes clés des Français.

La suppression du conseil de régence, qui apparemment ne représentait guère une menace, fut incomprise des Portugais.

 
Emmanuelle Papot 2008

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