La Confédération du Rhin 1806-1813

Période : Directoire-Ier Empire
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Le Saint Empire romain germanique, l’idée d’un regroupement d’états allemands

 
962 Établissement du Saint Empire romain germanique
Le roi germanique (936) et roi des Lombards (951) Othon Ier, descendant d'Henri l'Oiseleur, se fait élire « Empereur romain » à la tête d'un empire qui englobait des territoires germaniques mais aussi italiens, et portera le nom de Saint Empire romain germanique à partir du XIIe siècle.
 
La constitution du collège des électeurs
En 1356, Charles IV, couronné Empereur le 5 avril de l'année précédente, promulgue à Metz une Bulle d'or, qui organise l'élection de l'empereur du Saint Empire par sept princes électeurs (Mayence, Cologne, Trèves, Bohême, Palatin du Rhin, Brandebourg et Saxe). Par ailleurs Aix-la-Chapelle est substitué à Rome, comme lieu de cérémonie du couronnement.
Pendant la Guerre de Trente Ans (1618-1648), le comte palatin du Rhin perd son statut d'électeur au profit du duc de Bavière, mais le retrouve en 1648. Le collège électoral comporte désormais 8 membres. Au XVIIIe siècle, le collège accueille le duc de Brunswick Lunebourg, électeur de Hanovre (1708), mais perd un siège, le comte palatin devenant duc de Bavière avec la disparition de la maison de Bavière.
Avec le mouvement de la Réforme subvenu au XVIe siècle, les électeurs vont désormais se diviser en deux camps, les catholiques (Mayence, Cologne, Trèves, Bohême, Bavière) et les protestants (Brandebourg, Saxe, Hanovre). Le vote catholique étant majoritaire, la maison des Habsbourg est ainsi assurée de voir l'un de ses membres toujours élu.
 
24 octobre 1648 Traités de Westphalie
Avec les traités de Westphalie qui concluent la Guerre de Trente Ans, les princes allemands reçoivent l'autorisation de conclure entre eux ou avec l'étranger des alliances. Ainsi, une Ligue du Rhin, première ébauche peut-être de la future Confédération du Rhin, réunit de 1658 à 1668 des princes allemands favorables à la France. De plus, les Provinces-Unies sont reconnues comme un État indépendant, qui sort du Saint Empire.

A la fin du XVIIIe siècle, le Saint Empire recouvre un large ensemble d'États, en majeure partie allemands mais pas seulement, comptant près de 30 millions d'habitants sur 660 000 km2. 1 200 princes, parmi lesquels 294 États siègent à la Diète impériale de Ratisbonne.


La Révolution française ouvre une nouvelle carte

 
17 octobre 1797 Traité de Campoformio
La première campagne d'Italie du général Bonaparte se solde par un traité très défavorable à l'Autriche qui doit céder à la France ses territoires de la rive gauche du Rhin et les Pays-Bas autrichiens. Les Etats de la rive gauche du Rhin font bon accueil aux Français et aux idées de la Révolution, porteuses des idéaux de liberté et d'égalité.


Les premières difficultés du Saint Empire romain germanique face au Consulat

 
9 février 1801
La Paix de Lunéville signée par le Premier Consul Bonaparte et l'empereur François II confirme les clauses du traité de Campoformio.
 
25 février 1803
Un recès principal d'Empire (c'est-à-dire une décision de la Diète) ratifie la Convention de Paris signée le 26 décembre 1802 par la France et l'Autriche, convention qui règle l'important remaniement introduit par les dispositions de la Paix de Lunéville et l'attribution de nouveaux territoires aux princes à indemniser de la perte des territoires de la rive gauche du Rhin.
Le Saint Empire perd près de 10 % de son territoire et 13 % de sa population. 


1804-1806 En route vers la Confédération du Rhin…

 
11 août 1804
François II prend le titre, héréditaire, d'empereur d'Autriche et roi de Bohême et de Hongrie sous le nom de François Ier, devenant le souverain absolu d'Etats situés hors du Saint Empire. Il conserve par ailleurs le titre et la dignité d'empereur élu du Saint Empire romain germanique.
 
Octobre 1805
Napoléon discute avec son ministre des Affaires étrangères, Talleyrand, de la création d'une « confédération germanique », en s'appuyant sur les souverains du Bade, du Wurtemberg et de la Bavière.
 
2 décembre 1805 Victoire d'Austerlitz
Cette victoire décisive met Napoléon Ier en position de force face à François Ier d'Autriche et au tsar Alexandre Ier.
 
10-12 décembre 1805 Traités de Brünn
Le 10 décembre, la France conclut à Brünn un traité avec la Bavière, qui est récompensée de son appui à la France, par l'agrandissement de son territoire et l'obtention par son souverain du titre de roi. Les 11 et 12 décembre, la France signe le même type de traité avec les souverains du Wurtemberg et du Bade, le premier recevant une couronne royale, le second la dignité de grand-duc. Tous trois voient leurs liens se distendre avec le Saint Empire romain germanique en obtenant la plénitude de leur souveraineté.
 
26 décembre 1805 Paix de Presbourg
Evincé du Nord de l'Italie en cédant la Vénétie, l'Istrie et la Dalmatie au royaume d'Italie, François Ier d'Autriche doit par ailleurs reconnaître les nouveaux titres pris par les électeurs de Bavière, du Wurtemberg et de Bade et surtout reconnaître leur indépendance : l'article 14 du traité accorde en effet à ces derniers « la pleine souveraineté et [la jouissance de] tous leurs droits, au même titre que l'Empereur d'Autriche et le roi de Prusse. » Par ailleurs, une clause secrète de l'accord stipule qu'il doit renoncer au titre d'empereur du Saint Empire romain germanique : amputé de plusieurs États, sans empereur, cet empire ne subsiste plus que sur le papier.
 
Janvier-Juillet 1806
Négociations entre les Français et les représentants des États allemands du sud susceptibles de faire partie de la future Confédération du Rhin.
 
13 janvier 1806
Napoléon conclut plusieurs alliances matrimoniales avec les États germaniques, en commençant par marier son beau-fils et vice-roi d'Italie, Eugène de Beauharnais, à Augusta, fille du roi de Bavière. Quelques mois plus tard, le 8 avril, Stéphanie de Beauharnais, nièce de l'Impératrice Joséphine, épouse le prince héritier de Bade.
En 1808, Antoinette Murat, nièce de Joachim Murat, épousera Antoine-Louis de Hohenzollern-Sigmaringen, et une cousine de Joséphine le fils du prince d'Arenberg.

31 mars 1806
Dans le cadre de l'organisation de son Grand Empire, Napoléon place plusieurs membres de sa famille ou certains de ses fidèles à la tête de « duché grand-fief de l'Empire ». Ainsi son beau-frère Joachim Murat se retrouve à la tête des duchés de Clèves et de Berg réunis en un seul duché de Berg et Clèves. Il devient également prince électeur du Saint Empire romain germanique, mais pour quelques mois seulement…


12 juillet 1806 : le Traité de Paris et la création de la Confédération du Rhin

 
Signature du traité de Paris, portant création de la Confédération du Rhin (Rheinbund).
Le traité est ratifié le 19 par Napoléon et les membres contractants.
 
Seize États d'Allemagne se regroupent, sous la présidence d'un prince primat, aidé d'un coadjuteur. Le premier prince primat fut Carl Theodor von Dalberg (1744-1817), gouverneur civil d'Erfurt en 1772, évêque de Constance en 1800, prince-archevêque de Mayence en 1802 et à ce titre électeur archichancelier du Saint Empire. Son siège fut transféré de Mayence à Ratisbonne, ville où il mourut en 1817. Son coadjuteur fut le cardinal Fesch, oncle de Napoléon.
Napoléon Ier devient le Protecteur de la Confédération et reçoit comme pouvoir de nommer le successeur du prince primat à sa mort. Le Protecteur n'intervient aucunement dans les affaires intérieures de la Confédération, qui sont gérées par une Diète fédérale. Les souverains le sont pleinement et entièrement sur leur territoire respectif.
Le traité comporte également une clause d'alliance « en vertu de laquelle toute guerre continentale, que l'une des parties contractantes aurait à soutenir, deviendra immédiatement communes à toutes les autres » : Napoléon fait stationner (et entretenir) près de 200 000 hommes dans les différents États, au titre de protecteur, et chaque membre de la Confédération s'engage à fournir à Napoléon un contingent militaire de 63 000 hommes au total.

La Diète fédérale, qui siège à Francfort-sur-le-Main, est constituée de deux collèges. Le collège des rois rassemble 6 membres :
– l'archevêque de Mayence – président du collège,
– le roi de Bavière (qui doit fournir 30 000 hommes) et
– le roi de Wurtemberg (12 000),
– le grand-duc de Bade (8 000),
– le landgrave de Hesse-Darmstadt (4 000) et le duc de Berg et Clèves (5 000), ces deux derniers étant élevés à la dignité de grands-ducs avec titre d'Altesse royale.
Le collège des princes comprend 10 membres :
– le prince de Nassau-Usingen – président du collège,
– le duc d'Arenberg,
– le prince de Nassau-Weilburg,
– les princes de Salm-Salm et de Salm-Kyrburg,
– les princes de Hohenzollern-Sigmaringen et de Hohenzollern-Hechingen,
– les princes d'Isenburg-Birstein et de Liechtenstein,
– le comte de la Leyen élevé au rang de prince.
L'ensemble des membres du collège des princes doit fournir un contingent de 4 000 hommes.

Prenant le risque d'une « tutelle » française de plus en plus contraignante, les États allemands souhaitent par-dessus tout s'affranchir de la domination autrichienne.


La mort du Saint Empire romain germanique et l’essor de la Confédération du Rhin

 
1er août 1806
Les membres de la Confédération du Rhin déclarent se séparer définitivement du Saint Empire.
 
6 août 1806
François Ier d'Autriche fait une déclaration dans laquelle il reconnaît ne plus être en mesure d'assurer les fonctions associées au titre et à la dignité d'empereur du Saint Empire romain germanique. Ce dernier disparaît dans une certaine indifférence. Goethe n'hésitait pas à écrire dans le courant de l'année 1806 : « La dispute qui oppose, sur leur banc, le cocher et son valet, nous passionne davantage que la décomposition de l'Empire romain germanique. » (1)
 
23 septembre 1806
Le grand-duc de Wurzbourg rejoint la Confédération du Rhin et le collège des rois, et s'engage à fournir un contingent de 2 000 hommes.
 
11 décembre 1806
Le roi de Saxe entre dans la Confédération et le collège des rois (20 000 hommes), puis le 15 décembre, c'est au tour des ducs de Saxe-Weimar, de Saxe-Gotha, de Saxe-Meiningen, de Saxe-Hilburghaussen, de Saxe-Coburg (collège des princes, total de 2 000 hommes).
 
11 avril 1807
La Confédération accueille dans le collège des princes les souverains de petits États : les ducs d'Anhalt-Bernburg, d'Anhalt-Dessau et d'Anhalt-Coethen (700 hommes), le prince de Waldeck (400 hommes), les princes de Lippe-Detmold et de Schaumburg-Lippe (650 hommes), les princes de Schwarzburg-Rudolstadt et de Schwarzburg-Sondershausen (650 hommes), et les quatre princes de Reuss, soit la branche aînée (Reuss-Greitz) et la branche cadette (Reuss-Ebersdorf, Reuss-Schleitz, et Reuss-Lobenstein) (400 hommes).
 
9 juillet 1807
Suite à la défaite de Friedland (14 juin), et parallèlement aux accords franco-russes conclus avec la paix de Tilsit le 7 juillet, la Prusse doit céder le duché de Varsovie, transformé en royaume, Dantzig et le royaume de Westphalie.
 
16 août 1807
Napoléon place son frère Jérôme Bonaparte (1784-1860) à la tête du royaume de Westphalie (il sera couronné à Cassel le 8 décembre), royaume constitué de toutes pièces avec la Hesse-Cassel, le Brunswick, les territoires prussiens de l'ouest de l'Elbe de même qu'avec des morceaux du Hanovre.
 
22 août 1807
Mariage de Jérôme Bonaparte, avec la princesse Frédérique-Catherine de Wurtemberg, fille de Frédéric qui, de duc, était devenu électeur (recès de l'Empire du 25 février 1803) puis roi de Wurtemberg (traité de Presbourg du 26 décembre 1805) et qui était aussi le cousin du roi de Prusse et l'oncle du tsar.
 
15 novembre 1807
Tout récent roi de Westphalie, Jérôme Bonaparte adhère à la Confédération, entre au collège des rois, et s'engage à fournir un contingent de 25 000 hommes.

18 février 1808
Le duc de Mecklembourg-Strelitz entre dans la Confédération (collège des princes) et doit fournir 400 hommes.
 
22 mars 1808
Le duc de Mecklembourg-Schwerin rejoint la Confédération et le collège des princes (1 900 hommes).
 
14 octobre 1808
Le duc d'Oldenburg entre dans la Confédération et le collège des princes, pour 800 hommes.
 
24 avril 1809
L'Ordre des Chevaliers teutoniques est supprimé et ses biens redistribués aux souverains de la Confédération.
 
En 1810, la Confédération du Rhin couvre 350 000 km2 et compte 14,5 millions d'habitants. Constituée de 39 souverains, elle est censée fournir environ 120 000 hommes au protecteur de la Confédération.
 
16 février 1810 Traité avec le prince primat de la Confédération du Rhin
Un traité est signé à Paris avec Dalberg, prince primat. L'archevêché de Mayence s'agrandit des principautés de Fulda et de Hanau et est sécularisé en grand-duché de Francfort. Dalberg devient grand-duc de Francfort, le grand-duché revenant à sa mort au vice-roi d'Italie Eugène de Beauharnais.
 
28 février 1810 Traité franco-bavarois de Paris
La Bavière reçoit le margraviat de Bayreuth et la principauté de Ratisbonne en échange du Tyrol du Sud qu'elle cède au royaume d'Italie, des territoires de Souabe cédés au Bade, et des territoires de Franconie cédés au Wurtemberg.
 
9 mars 1810
Traité de mariage signé entre Napoléon Ier et l'empereur d'Autriche François Ier, père de l'archiduchesse Marie-Louise.


La Confédération du Rhin face à l’Empire napoléonien

 
5 août 1810 Décret de Trianon – 19 octobre Décret de Fontainebleau
Après l'instauration du Blocus continental dirigé contre le commerce anglais (Décret de Berlin du 21 novembre 1806), la contrebande se développe dans les États de la Confédération du Rhin. Aussi Napoléon décide-t-il de taxer sévèrement les matières premières (coton) et des denrées coloniales (sucre, café, etc.). Ce décret du 5 août est suivi d'un décret du 19 octobre (décret de Fontainebleau) ordonnant la destruction de toutes marchandises britanniques trouvées sur les territoires « occupés » par Napoléon, parmi lesquels figurent les États de la Confédération.
 
13 décembre 1810
La Confédération du Rhin perd l'Oldenbourg, les deux principautés de Salm, le duché d'Arenberg, annexés à la France par Napoléon qui souhaite consolider le blocus continental et lutter contre la contrebande. Les souverains membres de la Confédération commencent à repenser son alliance avec la France.
 
1813
Encouragés par la Prusse et l'Autriche, de nombreux mouvements de contestations s'élèvent tout au long de l'année contre la présence française et le « protectorat » de Napoléon.
 
7 août 1813
Les membres de la 6e coalition (Angleterre, Autriche, Suède, Russie et Prusse) exigent de Napoléon qu'il abandonne son titre de Protecteur de la Confédération du Rhin.
 
9 septembre 1813 Traité de Toeplitz
L'Autriche, la Prusse et la Russie s'entendent notamment dans un article secret du traité pour organiser la dissolution de la Confédération du Rhin.
 
8 octobre 1813
La Bavière choisit de rejoindre la 6e coalition contre la France napoléonienne et de fournir plus de 60 000 hommes.
 
16-19 octobre 1813
Défaite de Napoléon à Leipzig lors de la « bataille des nations » contre les troupes russes et prussiennes.
 
26 octobre 1813
Le roi Jérôme est chassé de Cassel. Le grand-duc de Wurtzbourg quitte la Confédération.
 
30 octobre 1813
Défaite austro-bavaroise devant Napoléon à Hanau.


La Confédération du Rhin est morte, vive la Confédération germanique !

 
4 novembre 1813
La dissolution de la Confédération du Rhin est prononcée par les Alliés.
 
2-20 novembre 1813
Plusieurs États traitent avec les coalisés pour tenter de conserver leur territoire intact et leur souveraineté : traité de Fulda le 2 avec le Wurtemberg, traités de Francfort le 2 avec la Hesse-Darmstadt, le 20 avec le Bade, le 24 avec le Nassau et le 29 avec la Saxe-Cobourg.
 
8 juin 1815
La disparition de la Confédération du Rhin permet la création d'une Confédération germanique, recouvrant à peu près les limites du Saint Empire romain germanique (hors évêchés de Liège et Pays-Bas autrichiens). Certains États fidèles à Napoléon disparaissent (grand-duché de Francfort, principautés de la Leyen et d'Isenburg), d'autres sont amputés d'une partie de leur territoire (Saxe).
 
 
 
 
NOTE
(1) Cité p. 224 par Thierry Lentz, Nouvelle Histoire du Premier Empire, tome I : Napoléon et  la conquête de l'Europe 1804-1810, Fayard, 2002, 607 p.
 
 
 
Auteur : Irène Delage, 6 juin 2006

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