Habit de petit uniforme et épaulettes portés par lord Nelson à la bataille de Trafalgar

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Habit de petit uniforme et épaulettes portés par lord Nelson à la bataille de Trafalgar (détail) © National Maritime Museum, Greenwich, London

Dans le cadre de l’exposition Napoléon et l’Europe (27 mars-14 juillet 2013), le musée de l’Armée accueille des oeuvres et ses souvenirs insignes liés aux plus célèbres acteurs de l’épopée. Parmi eux, un habit d’uniforme ayant appartenu à Alexandre Ier de Russie (Moscou, musée du Kremlin), un autre qui fut porté par François Ier d’Autriche (Vienne, Heeresgeschichtliches Museum) ainsi que celui dans lequel est mort le vice-amiral Nelson, prêté pour la première fois hors de Grande-Bretagne par le National Maritime Museum de Londres.

Cet habit à collet droit et revers, correspondant au règlement de 1795-1812, est associé à une paire d’épaulettes ornées des deux étoiles qui désignent un vice-admiral de la Royal Navy. La tenue complète comprend d’autres éléments, également conservés au National Maritime Museum, notamment un collet de velours noir, un gilet fantaisie de coton blanc, une culotte à pont, en sergé de laine blanc, une paire de bas fantaisie en laine et coton. Outre la qualité des matériaux et de la fabrication, qui distinguent généralement les officiers, cet habit présente des caractéristiques uniques. Nelson ayant perdu son bras droit à Santa Cruz de Tenerife, le 22 juillet 1797, la manche droite n’est doublée que jusqu’au coude ; munie d’une petite boucle, elle pouvait être croisée sur la poitrine, attachée à un bouton. Sur la manche gauche et les basques, sont visibles des taches de sang, probablement celui de John Scott, secrétaire de Nelson, tué peu avant lui.
Tout comme l’épaulette, endommagée, l’habit percé d’un trou à l’épaule gauche porte les stigmates de la balle qui causa la mort du vice-amiral, sur le pont du Victory. Sur la poitrine sont cousues les plaques brodées des quatre ordres que lord Nelson affectionnait de porter ; il s’agit de répliques, réalisées pour cet habit. En haut, l’ordre britannique du Bain, reçu après la victoire du cap Saint-Vincent sur la flotte espagnole (février 1797). À droite, l’ordre de Saint-Ferdinand et du Mérite, créé en 1800 par le roi de Naples, que Nelson a soutenu pendant la guerre contre la France en 1798. En bas, le pseudo-ordre de chevalerie de Saint-Joachim, qui unit des nobles de confession protestante ou catholique. À gauche, curieusement cousu à l’envers, l’ordre ottoman du Croissant, institué spécialement par le sultan Selim III pour récompenser le vainqueur d’Aboukir (1-3 août 1798) – n’étant pas musulman, Nelson ne pouvait en effet recevoir aucun des ordres de la Sublime Porte.
On a pu croire que ces décorations faisaient du vice-amiral, debout sur le pont du Victory, une cible de choix. Il faut plutôt imaginer que, compte tenu à la fois de la précision des armes – insuffisante pour un tireur isolé –, du mouvement des navires et des hommes, de la fumée, enfin, il était impossible de faire mieux que viser le pont, en espérant toucher un officier. Selon le chirurgien Beatty, qui prit soin de Nelson en ses derniers instants, les deux tireurs qui se trouvaient encore dans les mâts du Redoutable au moment de la mort du vice-amiral furent tués ; l’enseigne Pollard fut récompensé pour avoir « vengé la mort de lord Nelson ». Cette mort donna lieu à un deuil national. Le corps, ramené à Londres dans un baril de brandy, fut inhumé à Saint-Paul, en présence de plus de 15 000 personnes. L’uniforme, ainsi que nombre d’autres reliques, revint à lady Hamilton, qui le céda en 1814 pour s’acquitter d’une dette. S.A.R. le prince Albert l’acquit plus tard pour 150 livres et en fit don en 1845 à l’hôpital de Greenwich. Quant à la balle qui tua lord Nelson, elle est conservée dans les collections royales britanniques au château de Windsor.

Emilie Robbe, conservateur du département moderne du musée de l’Armée.
mars 2013

Date :
Avant 1805
Technique :
Drap de laine, soie, coton, canetille et paillettes d'or et d'argent, laiton doré
Lieux de conservation :
Londres, National Maritime Museum
Crédits :
© National Maritime Museum, Greenwich, London
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