Harnachement de mamelouk

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© Musée de l'Armée

Le 21 juillet 1798, l’armée française menée par le général Bonaparte livrait bataille dans la plaine de Gizeh contre les Mamelouks de Mourad-bey. Rebaptisé pour la postérité « Bataille des Pyramides », cet épisode de la campagne d’Égypte s’affirma vite comme l’un des moments phares de la légende napoléonienne, depuis la célèbre déclaration de Bonaparte : « Allez et pensez que du haut de ces monuments, quarante siècles nous observent » – que le XIXe siècle transformera en « du haut de ces Pyramides, quarante siècles vous contemplent » -, jusqu’à la confrontation avec les légendaires Mamelouks. Le terme mamelouk signifiant « esclave » révèle l’origine de ces hommes arrachés à leurs familles et à leurs pays pour devenir des cavaliers d’élite, des combattants luxueusement équipés et parfaitement rompus au maniement de l’arme blanche. Apparus au milieu du XIIIe siècle pour défendre l’Islam contre les Mongols et les Croisés, les Mamelouks profitèrent progressivement du recul de l’autorité ottomane sur l’Égypte pour s’imposer comme une caste féodale dirigeante. Dès le premier affrontement avec les troupes françaises, le 13 juillet 1798, et en dépit de leur réputation, les charges de cavalerie mameloukes se heurtèrent aux formations en carré de l’armée de Bonaparte. Désorientés, les Mamelouks se replièrent sur Le Caire et leur défaite lors de la bataille des Pyramides permit aux Français d’entrer dans la ville dès le lendemain, 22 juillet.

Dans une lettre au Directoire datée du 24 juillet 1798, Bonaparte écrit : « J’évalue la perte des mamelouks à 2000 hommes de cavalerie d’élite […] La cavalerie des mamelouks a montré une grande bravoure ; ils défendaient leur fortune, et il n’y a pas un d’eux sur lequel nos soldats n’aient trouvé trois, quatre ou cinq cents louis d’or. Tout le luxe de ces gens-là était dans leurs chevaux et leur armement […]. Abandonnés sur le champ de bataille, armes et équipements mamelouks furent recueillis après la journée des Pyramides et offerts par l’état-major de l’armée française au général Bonaparte. Trois harnachements de mamelouk, aujourd’hui conservés au musée de l’Armée, proviennent vraisemblablement de cette collecte.
D’une remarquable richesse décorative, celui-ci, le troisième, est  recouvert de velours rouge et orné d’une broderie d’or sur toute sa surface. Le tapis de selle de drap rouge est parsemé d’appliques en forme de rosace, entremêlées de croissants et de clous en goutte de suif et cuivre doré. Éléments déterminants de l’équipement, le mors en fer étamé et les étriers en cuivre doré, si tranchants qu’ils en devenaient une arme offensive dans les charges, permettaient un contrôle parfait des chevaux. Par sa magnificence, ce harnachement porte en lui toute la magie d’un Orient fantasmé qui fascinera tant le XIXe siècle.

Karine Huguenaud, octobre 2003

Date :
Fin XVIIIe
Technique :
Cuir, velours, drap, cuivre, fer
Dimensions :
L = 1,70 m, P = 0,50 m
Lieux de conservation :
Paris, musée de l'Armée
Crédits :
© Musée de l'Armée
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