La princesse Mathilde, buste par Carpeaux

Artiste(s) : CARPEAUX Jean-Baptiste
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C’est dans la Ville éternelle où, fort de son Prix de Rome obtenu en 1856 Carpeaux poursuivait son cursus académique, que le succès vint à la rencontre de l’artiste. Son envoi au Salon de 1859 du Pêcheur à la coquille, un charmant petit Napolitain, bien que sévèrement critiqué à cause du sujet jugé trop peu élevé, séduisit le public parisien. Puis, c’est le groupe d’Ugolin, chef-d’œuvre aux accents michelangelesques, qui fit l’admiration de la communauté française à Rome, parmi lesquels Alexandre Dumas fils, qui restera un ami fidèle, ou le futur surintendant des Beaux-Arts, le comte de Nieuwerkerke, qui vint le féliciter en personne en 1861.

À son retour à Paris en février 1862, Carpeaux se mit à fréquenter le salon de la princesse Mathilde, présenté par ses amis de Rome, le marquis de Piennes, chambellan de la Cour et grand écuyer de l’Impératrice, et la marquise de La Valette, épouse de l’ambassadeur de France auprès du Saint-Siège. Le buste qu’il exécuta alors de la cousine de l’Empereur, dont le marbre fut exposé au Salon de 1863, consacra sa notoriété et fit de lui un familier de la Cour.

Le buste de Mathilde s’inscrit dans la tradition du grand portrait d’apparat à la française. Cette œuvre ample et puissante mêle les attributs de la souveraineté impériale – les abeilles qui ornent la robe, le drapé majestueux du manteau d’hermine, le diadème à l’aigle ou le collier de perles, présent de Napoléon Ier à la mère de la princesse – à une observation très sensible du modèle. Une sensibilité qu’une seconde version, dépouillée de tous les emblèmes du pouvoir et destinée aux familiers de la princesse, notamment Sainte Beuve, révèle plus finement.

S’il fut un artiste officiel sous le Second Empire, Carpeaux n’en reste pas moins un créateur de génie qui sut conjuguer des influences classiques et baroques aux passions des grands romantiques du XIXe siècle. Le magnifique portrait de Mathilde s’affirme par cette somptuosité héritée des grands maîtres du passé, une somptuosité que n’atteindront pas les autres portraits de la famille impériale, le tendre groupe du Prince et de son chien Néro en 1866 ou le buste poignant de Napoléon III achevé après la mort du souverain en 1873. Quant aux effigies de l’impératrice Eugénie, elles resteront à l’état d’esquisses.

Karine Huguenaud, septembre 2011

Date :
1862
Technique :
marbre
Dimensions :
H = 95, 3 cm, L = 70, 4 cm, P = 43, 7 cm
Lieux de conservation :
Paris, musée d'Orsay
Crédits :
RMN
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