Lettre de Napoléon à Champagny, ministre des Relations extérieures

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Transcription du texte

Cette  lettre de Napoléon adressée à Champagny et datée de Rambouillet le 7 septembre 1807 n’est pas tout à fait inconnue puisque la minute conservée aux Archives nationales avait été publiée par Lecestre. Mais le texte du document appartenant à la Fondation Napoléon n’est pas exactement identique à ce dernier : il s’agit manifestement de l’expédition, c’est-à-dire de l’exemplaire remanié par les secrétaires, et reçu par le ministre. Il concerne une affaire qui éclata lors de l’occupation de la Prusse par l’armée française, un épisode rapporté par Daru à la fin d’un bulletin de nouvelles envoyé à Napoléon le 28 août. A Königsberg, lors d’une représentation d’une comédie, Fanchon la Vielleuse, des officiers prussiens avaient sifflé des acteurs qui apparaissaient sur scène en uniforme d’officier français. Napoléon considéra ce chahut comme une insulte à l’autorité et à la dignité de la Grande Armée, réclama des sanctions – l’exécution des officiers -, allant même, deux mois après le traité de Tilsit, jusqu’à menacer de recommencer la guerre.
Le 9 septembre, Champagny écrivait à son tour à Daru, en application des instructions de Napoléon mais en atténuant la violence des éructations impériales et, le 20 septembre, en exécution des ordres reçus, Daru adressait aux plénipotentiaires prussiens de Berlin une note reproduisant le texte de la lettre de Champagny. Entre temps, ces derniers avaient adressé à Daru une note qui donnait de l’épisode une version différente et bien anodine au regard des conséquences voulues par l’Empereur. Prônant l’apaisement au bénéfice du doute, Daru put, le 8 octobre 1807, mettre un terme à l’incident.

L’incroyable tempête dans un verre d’eau que paraît bien représenter l’épisode de Fanchon la Vielleuse illustre le climat de tension qui persiste entre les militaires français et prussiens après le traité humiliant que Napoléon venait d’imposer à la Prusse si fière de ses armes naguère, et trahit plus encore peut-être le ressentiment durable de Napoléon envers cet État. La dureté qu’il met dans la négociation financière, sa volonté manifeste de prolonger l’occupation, les desseins qu’il conserve sur la Silésie sont connus. S’agissant d’un épisode aussi mince que celui-ci, la haine qui ressort de sa lettre à Champagny du 7 septembre 1807 en fournit une confirmation saisissante.

Retrouvez l’article  complet de Michel Kérautret : « Une colère diplomatique de l’Empereur en 1807. A propos d’une lettre peu connue de Napoléon« .

Octobre 2004

Date :
7 septembre 1807
Lieux de conservation :
Fondation Napoléon, donation Martial Lapeyre
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