Portrait de Napoléon : miniature montée sur une boîte

Artiste(s) : ISABEY Jean-Baptiste
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© Fondation Napoléon - Patrice Maurin-Berthier

Dès la fin du XVIIIe siècle, Jean-Baptiste Isabey fut célébré comme l’un des plus grands miniaturistes français. Le portrait miniature connaissait alors une vogue sans précédent, vogue entretenue par les guerres révolutionnaires puis par les campagnes napoléoniennes, chaque soldat souhaitant emporter au loin le souvenir de l’être cher, chaque femme conserver près d’elle le visage de l’être aimé. Les portraits étaient peints à l’aquarelle et à la gouache sur une fine feuille d’ivoire puis simplement encadrés sous verre, enchâssés dans le couvercle d’une boîte – généralement une tabatière pour les hommes – ou montés sous forme de bijoux – médaillon, bague, épingle ou bracelet pour les femmes.

Objet intime et sentimental réservé à un usage privé, la miniature permettait également de diffuser l’image officielle des souverains. Dès le Consulat, Napoléon confia à Isabey une grande partie de la production de portraits destinés à être enchâssés sur le couvercle de boîtes de présent. Héritée de l’Ancien Régime, la pratique du présent diplomatique avait été remise en vigueur par le Premier Consul dans un arrêté du 7 Thermidor an VIII (26 juillet 1800) : « le présent d’usage du gouvernement français aux ministres étrangers sera une boîte d’or, portant le chiffre R.F, enrichi de diamants« . Après le Sacre, les commandes aux joailliers Marguerite ou Nitot se firent plus nombreuses afin de satisfaire la demande croissante de cadeaux officiels. Désignées le plus souvent par l’appellation de tabatières, ces boîtes correspondaient, par leur richesse, la présence d’un portrait miniature de l’Empereur ou de son chiffre en brillants, à la qualité du récipiendaire et à la valeur du service récompensé.
Le portrait miniature était payé 500 F pièce puis, à la suite de réclamations d’Isabey, 600 F à partir de 1808. Pour répondre aux nombreuses commandes, l’artiste faisait travailler son atelier, se réservant le soin d’exécuter les visages ou se contentant de signer un portrait déjà achevé par ses élèves. Napoléon, qui préférait être représenté en uniforme militaire plutôt qu’en costume de sacre, exprima en 1807 un fort mécontentement au sujet des derniers portraits sortis de l’atelier d’Isabey, réaction assez révélatrice de la production répétitive de ce dernier.

Karine Huguenaud, octobre 2005

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