Foire au bord d’une rivière

Artiste(s) : DEMARNE Jean-Louis
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D’origine flamande, Jean-Louis Demarne fut l’illustrateur des moeurs rustiques de son époque, le chantre de la vie quotidienne des classes populaires de la Révolution à l’Empire. Inspirée par l’Ecole Hollandaise, son œuvre prolifique se caractérise par des compositions pittoresques où la verve de l’artiste s’épanouit dans l’évocation colorée et joyeuse des activités et des loisirs du petit peuple. Agréé en 1783 par l’Académie royale comme « peintre dans le genre des animaux », Demarne débuta au Salon de la même année et y participa jusqu’en 1827. Travaillant par thèmes, il exécutait sous forme de séries – les routes, les foires, les marines, les canaux – des tableaux qui échappent à la monotonie de la répétition grâce à d’infinies variations dans les compositions et à la force narrative du détail. Routes ou canaux forment des perspectives fuyant vers l’horizon, autour desquelles s’articulent les mêmes éléments dans des combinaisons différentes : auberges, moulins, diligences, chariots, bacs en train d’être chargés ou déchargés, le tout peuplé de personnages vacant à leurs occupations familières et de nombreux animaux, chevaux, ânes, vaches, moutons, chèvres, oies et chiens, omniprésents dans les scènes champêtres, pâturages, haltes à l’abreuvoir, marchés aux bestiaux, vues de plages avec retour de pêches. Dans les scènes de foires et de fêtes villageoises, lorsque la foule se fait plus dense et l’animation plus vive, le talent d’anecdotier de Demarne fait merveille. Récurrente aussi, la présence de petits monuments gothiques dans nombre de ses compositions relève du sentiment romantique naissant emprunté ici à la peinture troubadour.

Demarne connut sous l’Empire un immense succès auprès d’une clientèle tant aristocratique que bourgeoise. L’impératrice Joséphine fit l’acquisition au Salon de 1804 d’Un charlatan de village et l’inventaire des collections de Malmaison après son décès en 1814 mentionne trois tableaux de Demarne, une Foire de village avec tombeau gothique, sans doute proche de celle présentée ici, une Procession de la Fête-Dieu  dans un village, toutes deux exposées au Salon de 1808, et une Vue d’une grande route. Ce sont encore des variations autour du thème de la route qui apparaissent dans les collections de Lucien Bonaparte dès 1804, dans celles de l’empereur Alexandre en 1806 ou dans les acquisitions de l’État au Salon de 1814.

Karine Huguenaud, janvier 2005

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