L’Empereur visitant les inondés de Tarascon (juin 1856)

Artiste(s) : BOUGUEREAU William
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L’Empereur visitant les inondés de Tarascon (juin 1856), BOUGUEREAU © Hôtel de ville de Tarascon

Genre le plus noble depuis le XVIIe siècle, la peinture d’histoire évolue au XIXe pour témoigner de son temps et offrir la vision documentaire d’une réalité souvent recomposée. Le public réclame désormais des sujets modernes puisés dans l’actualité, presque des instantanés journalistiques. Au Salon de 1857, c’est bien l’illustration d’événements récents que les quelque 440.000 visiteurs s’attendent à découvrir. La guerre de Crimée tout d’abord, dont l’évocation occupe entièrement une des salles d’honneur de l’exposition. Les terribles inondations du Rhône et de la Loire ensuite, qui ravagèrent durant le printemps 1856 nombre de régions françaises.

Louer les actions et les vertus du souverain a de tout temps été l’apanage de l’art officiel et, fidèle aux lois de la propagande artistique, le ministère d’État voit là l’occasion de quelques commandes célébrant la générosité paternaliste de Napoléon III. William Bouguereau y répond avec la visite de l’Empereur aux sinistrés de Tarascon,  Alexandre Antigna avec celle aux ouvriers ardoisiers d’Angers et Jean-Raymond-Hyppolite Lazergues avec une distribution des secours aux inondés de Lyon. Mais là où le Premier Empire était loué par des artistes tels David, Gros ou Ingres, le régime de Napoléon III est évoqué de façon bien moins magistrale par une cohorte de jeunes artistes issus du système académique. En rupture avec le classicisme traditionnel, beaucoup s’adaptent pourtant aux exigences d’une époque nouvelle, bouleversée par la révolution industrielle et les découvertes techniques. L’influence réaliste qui se fait jour dans la peinture depuis la révolution de 1848, la représentation du monde ouvrier et plus généralement de celui de la pauvreté dans des scènes plus ou moins misérabilistes, touchent aussi l’art officiel mais, sans jamais atteindre la radicalité géniale d’un Courbet ou d’un Millet.
Lors de ce même Salon de 1857, Un trait de jeunesse de Napoléon III de Lasalle illustre une anecdote voulant que le futur Empereur soit un jour rentré chez lui presque nu après avoir donné ses vêtements à une famille de pauvres. Peu à peu, à travers cette propagande par l’image, se dessine le portrait d’un souverain sensible et humain, protecteur de la Nation et de ses sujets, ouvert au progrès social.
Les inondés de Tarascon restent la seule incursion de Bouguereau au cœur d’un événement contemporain. Bien que récompensé d’une première médaille, le peu de succès critique de l’œuvre incita l’artiste à retourner aux sujets idéalisés qui firent toute sa carrière.

Karine Huguenaud, juin 2006

Date :
1856
Technique :
huile sur toile
Dimensions :
H = 2 m, L = 3 m
Lieux de conservation :
Tarascon, Hôtel-de-Ville
Crédits :
© Wikimedia
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