L’Impératrice Eugénie en costume du XVIIIe siècle

Artiste(s) : WINTERHALTER Franz-Xaver
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Eugénie vouait un véritable culte à Marie-Antoinette. Si le sort tragique de la reine martyre l’obséda durant tout le Second Empire, et plus encore au moment de la chute du régime, le personnage exerça sur l’impératrice une réelle fascination, proche parfois de l’identification. Entre « l’Autrichienne » et « l’Espagnole », un destin commun, celui d’une souveraine étrangère qui devint très vite la cible du peuple français. Eugénie a mis ses pas dans ceux de Marie-Antoinette. Elle vécut dans les mêmes palais, affichant notamment une prédilection pour Trianon, s’entourant d’objets et de mobilier lui ayant appartenu au point de remettre à l’honneur un style Louis XVI très orné et d’organiser une exposition en souvenir de la reine défunte.

Cette fascination s’exprime pleinement dans cette toile de Winterhalter, parfois appelée « L’Impératrice Eugénie à la Marie-Antoinette ». Debout, de profil dans un jardin, la souveraine porte une robe de taffetas jaune ornée de rubans bleus et de nœuds noirs, les cheveux poudrés de blanc à la mode des aristocrates d’Ancien Régime. Ce pastiche des portraits du XVIIIe siècle laisse percer une certaine nostalgie du passé et n’est pas sans évoquer la vogue des bals costumés qui perdure durant tout le règne. Eugénie n’a vraisemblablement revêtu ce costume que pour la séance de pose mais, en février 1866, c’est bien la copie d’une robe de Marie-Antoinette qui fut confectionnée pour elle à l’occasion d’un bal.

Winterhalter a réalisé au moins neuf tableaux de l’impératrice : portrait officiel, portrait d’apparat, portrait avec le prince impérial ou portrait de groupe dont le plus célèbre reste L’impératrice entourée de ses dames d’honneur. Ce portrait en costume du XVIIIe siècle, qu’Eugénie conserva jusqu’à la fin de sa vie, résonne étrangement d’un commentaire des frères Goncourt, d’ordinaire peu enclins à la complaisance :
« La femme est charmante, après tout. Elle a des yeux qui ne sont que sourire, et de la grâce et des jolis gestes et je ne sais quoi d’aimable dans la façon dont elle passe devant vous. Ni reine, ni princesse – une impératrice des eaux, une impératrice non de France, mais de Bade. Si l’on veut, Marie-Antoinette à Mabille ».

Karine Huguenaud, avril 2003

Date :
1854
Technique :
huile sur toile
Dimensions :
H = 0,927 m, L = 0,737 m
Lieux de conservation :
New York, Metropolitan Museum of Art
Crédits :
© CGFA
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