La gloire et la cendre

Spectacle
29/04/2017
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Une pièce à 2 personnages de Patrick Tudoret, d’après son propre ouvrage La Gloire et la Cendre, Editions de La Table Ronde (groupe Gallimard), 2008, et une idée originale de Jacques Auxenel.

Une création en coproduction avec le Théâtre du Silo (Compagnie Jacques Auxenel/Annie Chaplin)
Mise en scène : Jacques Auxenel ; avec Benoît Solès  et Jacques Auxenel.

Le Propos

Nous sommes au soir du 15 décembre 1940, à Paris, sous l’occupation allemande : une alerte aérienne oblige un homme à se réfugier dans la cave de son immeuble. Il n’a emporté qu’une lampe et un épais paquet de feuilles calé sous son bras. Dans l’ombre, il finit par buter sur un corps allongé, c’est celui d’un autre homme qui se réveille brusquement. Il est enveloppé d’une couverture et lui tend un regard d’animal traqué, affublé de lunettes à double foyer. Bien que voisins, ils se connaissent à peine. Le premier homme s’installe sur une caisse de bois et s’emploie à régler son poste de radio. Soudain, une voix nasillarde, façon speaker des années 40 en jaillit, évoquant le retour des cendres de l’Aiglon, le duc de Reichstadt (un nom aux consonances si germaniques…), le « roi de Rome », fils de Napoléon, consenti par le chancelier Hitler « en gage de bienveillance » à l’endroit du régime de Vichy et de sa politique de collaboration. Cette cérémonie « volée » par l’occupant, pathétique, véritable insulte à la mémoire bien fragile de l’héritier déchu de l’Empereur a lieu cette même nuit, presque en catimini, en présence d’une poignée de dignitaires français et allemands, dont l’amiral Darlan et l’ambassadeur Otto Abetz. Colère de l’homme qui semble déjà connaître la nouvelle et s’en offusque comme d’une humiliation, une de plus après la débâcle de l’armée française et la soumission de Vichy. Elle le touche d’autant plus que le précieux manuscrit dont il ne se sépare jamais est le livre de sa vie et qu’il relate le retour des cendres de Napoléon 1er qui eut lieu le 15 décembre 1840, cent ans auparavant, jour pour jour. Depuis cette cave à demi éclairée, face à son unique auditeur, mais aussi face au public pris à témoin, l’homme, poussé par la révolte, exalté, entreprend de revivre l’incroyable histoire qu’il est en train d’écrire. D’emblée, on comprend que le contraste est saisissant. « Le 15 décembre 1840 et le 15 décembre 1940, dira-t-il, c’est le jour et la nuit »…

Ordonnée en mai 1840, dix-neuf ans après la mort de Napoléon et confiée à son fils le prince de Joinville par le roi Louis-Philippe, l’expédition du « Retour des cendres » a lieu entre juillet et décembre 1840. C’est à un extraordinaire périple maritime accompli à bord de La Belle poule et de La Favorite, depuis Toulon jusqu’à Sainte-Hélène en passant par Cadix, Madère, les Iles Canaries, le Brésil et retour, que nous sommes conviés. Participant à l’expédition, la plupart de ceux qui ont accepté de partager l’Exil de l’Empereur, entre 1815 et 1821, revivent le moment le plus exaltant de leur vie. Entre émotion, vibrantes pages d’histoire et épisodes quasi comiques, le récit, émaillé de tableaux surréalistes (comme l’exhumation du corps), se mue en véritable épopée. Enfin, c’est un colossal cortège, un cortège comme Paris n’en reconnaîtra qu’avec le défilé de la victoire emmené par le général de Gaulle au mois d’août 1944, qui prend vie devant nous grâce au talent d’un conteur inspiré. En cette journée du 15 décembre, dans un Paris figé par –15° de froid, mais exalté, l’événement réunit un million et demi de personnes. C’est une foule inouïe et bigarrée, digne d’une « apothéose à la romaine » – comme l’attesteront Victor Hugo ou Balzac – qui accompagne ainsi le catafalque de l’Empereur déchu de Courbevoie aux Invalides. L’élan « patriotique » qui aura porté cette journée si particulière trouvant un écho douloureux, un siècle plus tard, dans les débuts de l’Occupation allemande où la Résistance n’en est qu’à ses balbutiements.

NB : Une bande-son travaillée viendra de temps à autre étayer le récit.

L’auteur

Patrick Tudoret est l’auteur d’une quinzaine de livres – romans, essais, récits – parus notamment aux Editions de La Table Ronde (Groupe Gallimard) et de plusieurs pièces de théâtre. Les Hauts plateaux a été jouée au Théâtre Rive Gauche à Paris en 2006, puis reprise en province, et ses deux nouvelles pièces, L’Entrevue de Taormine, Oscar Wilde – Jean Lorrain (co-écrite avec Thibaut d’Anthonay) et La Gloire et la Cendre, sont en cours de préparation pour être jouées en 2013 et 2014. Docteur en Science Politique de l’université Paris-I Sorbonne, il est également chercheur et consultant, notamment auprès de la Commission européenne. Il produit et co-anime Tambour battant, émission hebdomadaire de débats sur la chaine 31 de la TNT et donne régulièrement des chroniques à différents journaux dont La Montagne. Son essai L’Ecrivain sacrifié, Vie et mort de l’émission littéraire (INA, Ed. Le Bord de l’Eau) lui a valu d’être lauréat des Prix de la Recherche de l’INA et, en 2009, le Grand Prix de la Critique Littéraire et le Prix Charles Oulmont de la Fondation de France.

Le metteur en scène

Jacques Auxenel, metteur en scène, comédien, professeur d’art dramatique est le fondateur, avec Annie Chaplin (plus jeune fille de Charlie Chaplin) du théâtre Le Silo, à Montoire-sur-le-Loir, dont il est le directeur artistique. Lieu de création de la Compagnie Jacques Auxenel/Annie Chaplin, Le Silo a accueilli de nombreux artistes et de grands noms du théâtre comme Laurent Terzieff, Claude Aufaure, Agathe Alexis ou Philippe Adrien. C’est, plus largement, un lieu de rayonnement en région de l’ensemble des arts vivants. Jacques Auxenel a mis en scène de nombreux auteurs comme Jean Tardieu, Eugène Ionesco, Jean Cocteau, Victor Haïm, Eugène O’Neil, Jean Anouilh, Murray Schisgal, Witold Gombrowicz ou Anton Tchekhov, à Montoire-sur-le-Loir, à Paris, en province ou à l’étranger. Espace artistique d’accueil et de diffusion, Le Silo jouit aujourd’hui d’une belle reconnaissance et d’une solide notoriété.

L’acteur

Benoît Solès est un des plus brillants comédiens de sa génération. Après une hypokhâgne et une khâgne et la Classe Supérieure d’Art Dramatique de Paris, dirigée par Jean Darnel, il débute avec la compagnie Roger Louret dans deux spectacles musicaux : La java des Mémoires et Les Années Twist, Molière du meilleur spectacle musical. Depuis, il a tourné au cinéma, notamment sous la direction d’André Téchiné et de Michel Blanc. On a pu également le voir dans de nombreux téléfilms ou séries-phares (Louis XV, le soleil noir, L’Affaire Salengro, Boulevard du palais, RIS Police scientifique, Julie Lescaut, Alice Nevers, etc.) et, bien sûr, au théâtre où il a joué Shakespeare, Tchékhov, Giraudoux, Molière, Corneille, Schisgal, Rampal et, récemment sa propre pièce : Appelez-moi Tennessee, produite au Théâtre des Mathurins.

Pour assister à la représentation : contacter le Souvenir napoléonien

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