Une impératrice française enrichit un canton suisse !
Eugénie à Arenenberg

Exposition
du 06/06/2020 au 31/07/2021
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Une exposition temporaire au musée Napoléon d’Arenenberg rappelle le rôle joué par l’impératrice Eugénie dans ce château sur les rives du lac de Constance.
En Suisse, depuis le 11 mai 2020, les musées ont pu rouvrir leurs portes en respectant les conditions sanitaires et de distanciations sociales recommandées par le gouvernement helvétique. À partir du 15 juin les frontières vers la France seront de nouveau ouvertes.
Dans une première étape, le musée Napoléon de Thurgovie avec son exposition permanente est de nouveau accessible à la visite. Prévue pour le 25 avril, l’inauguration de l’exposition temporaire a été repoussée au 6 juin 2020 et la présentation prolongée jusqu’au printemps – été 2021. Le centenaire du décès de l’impératrice Eugénie est l’occasion de montrer l’importance de la donation faite à la Thurgovie.

Une impératrice française enrichit un canton suisse !<br>Eugénie à Arenenberg
Vitrine de l'exposition « Une impératrice française enrichit un canton suisse ! » © Musée Napoléon de Thurgovie

Histoire de la présence d’Eugénie à Arenenberg

En 1906, l’impératrice Eugénie décide de donner le domaine d’Arenenberg au canton de Thurgovie ; elle ne veut pas qu’il redevienne une propriété privée comme ce fut le cas entre 1843 et 1855 quand le prince Louis Napoléon Bonaparte, emprisonné à la forteresse de Ham, dût se séparer de ce bien qui lui venait de sa mère, Hortense de Beauharnais, et où il avait passé sa jeunesse. L’empereur Napoléon III le rachète en avril 1855 après deux années de pourparlers avec le propriétaire d’alors, un professeur de musique allemand, Karl Keller. À partir de septembre 1855, une fois les travaux de rénovation terminés, le château d’Arenenberg peut être visité. L’un des premiers visiteurs est d’ailleurs un compagnon de route de Louis Napoléon et carbonaro, le comte Zappi.

Mais il faut attendre dix ans jusqu’à ce que Napoléon III revienne sur les rives du lac de Constance, et cela pour un court séjour de quatre jours. Accompagné par le général Fleury, les comtesses de Montebello et de Buzenval ainsi que de quelques cent-gardes qui impressionnent la population locale, il a l’occasion de montrer à l’impératrice Eugénie les lieux où il a passé plus de vingt ans et qui lui sont si chers. Il retrouve ses amis de chasse d’antan pour boire une chope de bière et manger du pain noir et organise des fêtes avec champagne et feu d’artifice dans le parc paysager d’Arenenberg agencé à l’époque par sa mère. Il s’agit du seul séjour de l’Empereur à Arenenberg, même s’il a un temps prévu de s’y installer après sa libération de Wilhelmshöhe en avril 1871.

C’est l’impératrice Eugénie qui fait revivre ce lieu : à partir de 1873, elle passe l’été en Suisse en compagnie de son fils, le Prince Impérial. Entre 1873 et 1878 – sauf en 1877 -, ils viennent pour plusieurs mois à Arenenberg. Et autour du 15 août, on remarque une recrudescence de membres des familles Bonaparte, Primoli et Murat s’inscrivant dans le livre d’hôtes du château. Bien sûr, la police française essaie de surveiller les lieux, ce qui s’avère pratiquement impossible puisque la population a toujours protégé ses voisins royaux et impériaux. Les journaux – aussi ceux de Constance ou de Thurgovie – impriment de nombreuses théories de complots ou de publications contre le gouvernement français sorties de la plume du Prince Impérial. Une chose est sûre : l’impératrice Eugénie, reprenant le rôle joué autrefois par la reine Hortense pour Louis Napoléon, prépare son fils à reprendre le flambeau des Bonaparte pour monter un jour sur le trône de France. De plus, le jeune homme loge dans les appartements de son père dans l’aile ouest de la dépendance.

Après le décès du Prince Impérial, l’impératrice Eugénie ne revient plus que cinq fois au château d’Arenenberg, et ce pour quelques jours seulement. Sauf en 1892 où elle reste presque un mois. Étant arrivée fin mai, elle décide de commémorer la mort de son fils dans la chapelle qu’avait fait construire la reine Hortense en 1831/32.

Ne voyant plus l’intérêt de conserver ce domaine dans la famille car elle n’a plus cette fonction de « transmetteuse de flambeau », elle décide de le donner au canton de Thurgovie qui avait si bien su accueillir son futur mari et sa mère en 1817. Elle y met trois conditions pour les 100 ans à venir :

  • l’utilisation des bâtiments doit être d’ordre public (un musée Napoléon et une école) ;
  • rien ne doit être vendu ou changé ;
  • une messe doit être dite tous les 9 janvier en l’honneur de Napoléon III, le 1er juin pour le Prince Impérial, le 5 octobre pour la reine Hortense ; et pour elle ce sera le 11 juillet.

Un cadeau d’une valeur inestimable ! Des tableaux signés des plus grands peintres du Premier et du Second Empire, provenant en partie des collections de l’impératrice Joséphine, un mobilier de qualité, des livres et des partitions de la bibliothèque de la reine Hortense et du prince Louis Napoléon, mais aussi des objets d’usage courant comme de la vaisselle ou des tire-bottes. S’ajoutent à cela les dépendances, le parc paysager, les terrains agricoles, les vignobles. La maison principale, celle qu’on appelle communément le château, est restée musée, les autres bâtiments sont utilisés par l’école hivernale d’agriculture dont le canton venait tout juste de décider la création. Ce qui a été séparé en deux parties bien distinctes en 1906 sera réuni à partir du 1er janvier 2021 suite à une décision gouvernementale du 28 avril 2020 : il n’y aura plus qu’un seul Arenenberg. C’est-à-dire – et particulièrement en ce qui concerne le musée et ses collections – que désormais toute la section couvrant le tourisme et la culture sera sous un toit.

Présentation de l’exposition

Et c’est justement ce cadeau, ces collections extraordinaires qui sont au centre de l’exposition temporaire Une impératrice française enrichit un canton suisse.
Dans une très grande vitrine sont exposés des œuvres et des objets qui normalement sont conservés dans les dépôts, par manque de place dans le musée.

Vitrine de l'exposition « Une impératrice française enrichit un canton suisse ! » © Musée Napoléon de Thurgovie
Vitrine de l’exposition « Une impératrice française enrichit un canton suisse ! » © Musée Napoléon de Thurgovie

Dans le château les appartements de Napoléon III et de l’impératrice Eugénie ont été restaurés et en partie réaménagés. Un inventaire datant de l’été 1873 a été la base pour cette nouvelle mise en scène et a révélé que la chambre prévue en 1855 par l’Empereur pour son futur enfant a été transformée en salon supplémentaire pour l’Impératrice.
L’exposition temporaire n’est pas seulement la scénographie dans la salle d’exposition temporaire, mais également dans le château et dans le parc car l’ensemble constitue la donation de l’Impératrice.

Christina Egli, juin 2020
Conservateur au musée Napoléon Thurgovie

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