<i>Napoleonica La Revue</i>, revue internationale d'histoire des Premier et Second Empires napoléoniens, articles, bibliographies, documents, comptes rendus de livres, en français et en anglais : n° 19, juin 2014
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Du néoclassicisme à l’éclectisme, des prémices du romantisme à celles de l’impressionnisme, l’art des périodes napoléoniennes est multiple et continue de fasciner chercheurs, collectionneurs et simples amateurs. Amoureux des beaux-arts ou fin connaisseur des arts décoratifs, venez ici partager votre passion.

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La Justice et la Vengeance divine poursuivant le Crime

<a href=http://www.photo.rmn.fr/ target=_blank>© RMN</a><br>

© RMN

   

Auteur
PRUD'HON Pierre Paul (1758-1823)

Date
1808

Technique
huile sur toile

Dimensions
H. 2,43 m; L. 2,92 m

Lieu de conservation
Paris, musée du Louvre

Commentaires

C'est en 1804 que Nicolas Frochot, préfet de la Seine, passa commande au peintre Prud'hon d'un tableau destiné à la salle du tribunal criminel - l'équivalent de notre actuelle cour d'assises, au Palais de Justice de Paris. L'artiste conçut deux projets mettant en scène les quatre mêmes figures : Thémis, la Justice, Némésis, la Vengeance divine, le Crime, la Victime. C'est la seconde version, d'une rare éloquence dramatique, qui fut retenue. De par sa destination, cette allégorie devait frapper les esprits, donner "à l'âme une commotion" écrivait Prud'hon qui définissait  ainsi son projet :  "La Justice divine poursuit constamment le Crime ; il ne lui échappe jamais. Couvert des voiles de la nuit, dans un lieu écarté et sauvage, le Crime cupide égorge une Victime, s'empare de son or et regarde encore si un reste de vie ne servirait pas à déceler son forfait. L'insensé ! Il ne voit pas que Némesis, cette agente terrible de la Justice, comme un vautour fondant sur sa proie, le poursuit, va l'atteindre et le livrer à son inflexible compagne..." 

Rarement concepts se sont incarnés avec autant de force que dans cette composition. Cette poursuite punitive dans un paysage rocheux est une chasse à l'homme. Cette scène de meurtre nocturne a souvent été interprétée comme celle du premier crime de l'humanité, celui d'Abel par Caïn. Le coupable, personnage épais au faciès brutal inspiré de l'empereur romain Caracalla, est la proie d'une implacable fatalité qui se dévoile, dans un ciel déchiré de nuages noirs, à la blonde lumière de la lune. L'éclairage joue ici un rôle fondamental : à la lune fait écho la torche d'une Vengeance échevelée guidant une Justice sévère, figure à l'antique portant le glaive et la balance du jugement repliée, celui-ci étant déjà rendu.  

L'ébauche fut achevée en 1806 et le tableau exposé au Salon de 1808 où Napoléon décora Prud'hon de la Légion d'honneur. Fait rare, la caricature politique s'empara ensuite de cette oeuvre à succès, remplaçant la figure du Crime par celle de l'Empereur. Le tableau de Prud'hon fut installé au Palais de Justice en 1809, présenté à l'exposition des prix décennaux de 1810, à nouveau au Salon de 1814 et finalement remis à l'artiste après la chute de l'Empire. Conservé au musée du Luxembourg à partir de 1818, il entra dans les collections du Louvre à la mort de Prud'hon en 1823.  
 
Karine Huguenaud

   
   

 

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