<i>Napoleonica La Revue</i>, revue internationale d'histoire des Premier et Second Empires napoléoniens, articles, bibliographies, documents, comptes rendus de livres, en français et en anglais : n° 19, juin 2014
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Pour vivre sa passion de l’histoire aujourd’hui, un magazine, des jeux et des animations à picorer suivant son humeur, des rencontres avec des personnalités de l’histoire napoléonienne, et des actualités et des informations à suivre chaque jour.

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INTERVIEW

Bruno Colson : Leipzig, 16-19 octobre 1813, la 1ere défaite de Napoléon

Historiens : Br. Colson : Leipzig, la première défaite de Napoléon (16-19 oct. 1813) (octobre 2013)

 Informations

Maître de recherches à l'Institut de stratégie et des conflits-Comission française d'histoire militaire, spécialiste de l'histoire des guerres napoléoniennes et de la pensée militaire, auteur d'un remarqué Napoléon. De la guerre (Perrin, 2012), Bruno Colson dissèque la célèbre Bataille des Nations, première défaite de Napoléon à Leipzig, du 16 au 19 octobre 1813. Propos reccueillis par Fr. Houdecek (septembre 2013)

François Houdecek : Depuis le XIXe siècle, les batailles napoléoniennes ont donné lieu à de nombreuses études. Comment écrit-on l'histoire d'une bataille comme celle de Leipzig au XXIe siècle ?

Bruno Colson : Il y a de nouvelles approches, de nouveaux questionnements, qui ne suppriment pas mais enrichissent ceux des périodes précédentes. L'attention portée au vécu d'une bataille, l'étude du combat « au ras du sol » ajoutent une dimension humaine et un surcroît de réalisme aux approches purement stratégiques et tactiques qui étaient celles des officiers-historiens du XIXe siècle. Par ailleurs, plusieurs historiens ont débattu ces dernières années de la notion de « guerre totale » et certains en voient les prémices dans les guerres napoléoniennes.

François Houdecek : Leipzig a la particularité de regrouper plusieurs nations belligérantes. Quelle a été votre approche des sources ?

Bruno Colson : Je me suis efforcé de réunir des sources de première main, manuscrites et publiées, pour les différentes armées impliquées. L'étude d'une bataille nécessite par définition une confrontation des points de vue. On ne peut s'en tenir aux sources d'un seul camp. C'est aussi la meilleure façon de renouveler le sujet et cela m'a amené à redresser un certain nombre d'idées reçues, à rectifier des assertions que l'on trouve encore dans des ouvrages récents, parce que ceux-ci ne sont pas retournés aux sources.

François Houdecek : Hors le fait que ce soit une défaite française, qu'est ce qui fait de Leipzig une bataille singulière dans le conflit napoléonien ?

Bruno Colson : C'est la plus grande des batailles, la plus longue, celle qui rassemble le plus de combattants (500 000). Les combats se déroulent sur quinze kilomètres carrés. L'Europe ne verra plus un affrontement aussi gigantesque avant août 1914. Tous les grands adversaires de Napoléon sont pour une fois réunis : les Autrichiens, les Russes, les Prussiens, emmenés par leurs chefs les plus prestigieux. Il y a également des Suédois et même quelques Britanniques. La bataille se déroule aussi sous les fenêtres d'une grande ville, centre commercial et littéraire de l'Allemagne. Les habitants peuvent en observer les phases depuis le toit de leur maison ou leur grenier. 

François Houdecek : La question de la totalisation de la guerre revient fréquemment dans les études récentes, alors Leipzig bataille totale ?

Bruno Colson : Si une bataille napoléonienne mérite ce qualificatif, c'est celle-ci. Mais il faut nuancer. Les effectifs des armées, le nombre de morts, l'impuissance des médecins à secourir les blessés, la durée des combats, les conséquences dramatiques pour la population en termes de pénurie alimentaire surtout, les dégâts occasionnés aux villages vont dans le sens, sinon d'une « totalisation » de la guerre, au moins d'une extension de ses méfaits. Par contre il n'y a pratiquement pas de manifestations de haine entre ennemis, les civils sont tenus à l'écart de la bataille et celle-ci ne rentre pas dans la ville. Les dirigeants des deux camps y ont veillé.
 
 
Propos recueillis par François Houdecek (septembre 2013).


 
     
 
 

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