Allocution de Mme Mireille MUSSO
Ambassadeur de France en République de Biélorussie
à l'occasion de la commémoration du 197ème anniversaire du franchissement de la Bérézina par la Grande Armée en 1812
– Dimanche 29 novembre 2009 –
Chers amis français et biélorusses,
Cette année encore nous nous retrouvons nombreux dans ce cimetière de Stoudienka pour participer à l'hommage que nous sommes désireux de rendre ensemble, Français et Biélorusses, aux soldats et aux civils de tous les peuples d'Europe tombés pendant la tragique campagne de Napoléon Ier à travers l'Empire russe.
Cette année nous avons l'honneur et le plaisir de retrouver le Général Bresse, Directeur du musée de l'Armée de l'hôtel des Invalides de Paris, et d'accueillir pour la première fois de hauts responsables de la Fondation Napoléon dont son Président M. Victor-André Masséna, Prince d'Essling, son Directeur M. Thierry Lentz et trois de ses membres éminents, M. Suchet Duc d'Albufera, M. Fouret et M. Garnier grand historien de la période napoléonienne. Qu'ils soient remerciés de leur présence.
C'est désormais une tradition que chaque fin du mois de novembre, à la période à laquelle s'est effectué le franchissement de la Bérézina en 1812, nous nous retrouvions ici à Stoudienka, ce village dont le nom est passé pour toujours dans l'histoire parce que c'est devant Stoudienka qu'avaient été construits, par des soldats héroïques dont la plupart périrent à cette occasion, les deux pontons de bois qui permirent –entre le 25 et le 29 novembre- le passage des vestiges de l'armée de Napoléon (50.000 hommes environ) et de plusieurs milliers de civils fuyant Moscou depuis octobre, à la suite de l'Empereur.
La présence de nos amis uniformistes biélorusses conduits par M. Gontcharov et M. Chpilev rappelle cet événement de manière éclatante. Je les salue, les remercie de leur amitié et de leur fidélité ainsi que nos jeunes uniformistes français Philippe Morski et François Lavallou, présents il y a 2 ans et qui sont à nouveau parmi nous.
Aujourd'hui nous sommes le 29 novembre, c'est à dire qu'il y a exactement 197 ans aujourd'hui que s'est achevé dans la douleur et la peur, le dernier passage de milliers d'êtres humains qui fuyaient l'avancée des troupes impériales russes, mais qui ne réussirent pas tous –loin de là- à sauver leur vie. Nous savons qu'autour de nous, dans les champs au-dessus de Stoudienka, reposent des milliers de morts engloutis par l'histoire, et le beau monument érigé par nos amis suisses perpétue leur souvenir.
Sur les rives de la Bérézina, entre Borissov et Stoudienka, mais aussi autour de Bryli en face de nous, de valeureux soldats tombèrent dans les combats que se livraient l'armée de Napoléon et l'armée impériale russe, ou moururent de froid, de faim ou d'épuisement.
De ces morts, quelques centaines reposent désormais ici devant nous, dans ce monument funéraire que l'Ambassade de France a fait ériger en novembre 2008, avec le concours et le soutien des autorités biélorusses que je remercie sincèrement de leur amitié, de leur générosité, de leur coopération. Sans elles, sans la disponibilité et l'assistance du ministère de la Défense, représenté ici par le Général Anissimov, sans la fraternité et la solidarité dont font preuve les responsables du district de Borissov, M. le Président Miranovitch, son adjointe Mme Valentina Choutko dont le soutien inlassable et permanent nous est si précieux ainsi que M. le Président du Comité rural de Stoudienka, M. Boris Lapoutko, nous n'aurions pas pu réussir ce pari, rassembler dans cet émouvant cimetière de Stoudienka, dans ce morceau de terre biélorusse dédié à la mémoire et à l'histoire de la France, les restes des malheureux que le 52ème bataillon de recherches du ministère de la Défense a retrouvés ces dernières années.
D'autres sans doute les rejoindront au fur et à mesure des découvertes et des fouilles, car ils sont des milliers à avoir été emportés par les combats, le froid, la faim ou la maladie de Vitebsk à Borissov et de Stoudienka à Vileka, Molodetchno, Smorgon et Vilnius.
Je sais que les habitants de Stoudienka veilleront sur ces morts avec respect et compassion et je les en remercie.
Mais si la connaissance et la mémoire des événements du passé sont indispensables à chaque peuple pour qu'ils puissent sereinement et librement se tourner vers l'avenir, les actions entreprises en commun avec les autres peuples permettent d'avancer plus vite et plus facilement.
Il y a quelques jours nous venons de commémorer la chute du mur de Berlin, ce symbole du totalitarisme qui il y a 20 ans, a été détruit par ceux là même qui eurent pendant 40 ans à souffrir de l'oppression et de la confiscation de leur liberté.
La chute du mur a mis fin à la fracture du continent européen issu de la Seconde guerre mondiale et permis aux peuples européens de se retrouver enfin. En 20 ans que de chemin parcouru, mais que de chemin à parcourir encore pour que cessent définitivement les haines, les récriminations réciproques, les souvenirs douloureux qu'ont laissés dans la mémoire de tous les peuples d'Europe des siècles d'affrontements meurtriers.
Notre présence ici ensemble, Français et Biélorusses, mais aussi Russes bien sûr et représentants des autres nations d'Europe témoigne que les peuples d'Europe sont désormais prêts à regarder avec objectivité et respect leur passé commun, mais qu'ils sont aussi déterminés à écrire =ensemble= leur histoire future, dans la paix et l'amitié.
Nombreuses sont les menaces auxquelles aujourd'hui et demain les Européens ont à faire face. Ils ne pourront surmonter les menaces, préserver leur liberté, leur indépendance et leur prospérité, maintenir l'éclat de la culture et de la civilisation européennes, qu'en étant tous unis et solidaires.
Dans trois ans en 2012, il y aura deux cent ans que les évènements que nous commémorons ce matin auront eu lieu et je souhaite que ce bicentenaire soit l'occasion pour les Européens de se retrouver définitivement unis et que ce lieu en Biélorussie, au centre de l'Europe devienne le symbole de ces retrouvailles. En perpétrant le souvenir de ces évènements, nous souhaitons en effet qu'ils ne s'effacent pas de la mémoire des hommes, mais que le symbole de la Bérézina en rappelant aux Européens les conséquences tragiques de leurs déchirements et de leurs inimitiés, les incite à se rassembler et à vivre désormais dans la paix et l'amitié, et que la Bérézina devienne aussi à l'avenir le symbole d'un continent pacifié, où chaque peuple européen a trouvé sa place dans la solidarité et l'amitié avec tous ses voisins.
Que les peuples français et biélorusses se retrouvent toujours ensemble unis dans le souvenir de l'histoire commune et dans le respect des mêmes valeurs.
Vive la Biélorussie !
Vive la France !