<i>Napoleonica La Revue</i>, revue internationale d'histoire des Premier et Second Empires napoléoniens, articles, bibliographies, documents, comptes rendus de livres, en français et en anglais : n° 19, juin 2014
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Pour découvrir l'histoire napoléonienne, pas à pas, parfaire ses connaissances et poursuivre des recherches personnelles, pour tous les amateurs et les historiens passionnés, laissez-vous guider parmi un riche ensemble d'articles et de dossiers thématiques, d'images commentées, d'outils pour travailler.

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NAPOLEONICA LA REVUE

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BIOGRAPHIES

BEAUHARNAIS, Hortense de, (1783-1837), reine de Hollande


Le milieu familial de la première enfance d'Hortense est celui d'un ménage désuni.

Sa naissance prématurée, le 10 avril 1783 est même le prétexte de la séparation entre Alexandre et Rose de Beauharnais. Contestée bien à tort par son père, Hortense est finalement reconnue, mais est élevée par sa mère qu'elle suit aux Antilles en 1788-1790. L'expérience de ses parents ne pouvait que lui laisser méfiance et appréhension du mariage et la séparation des époux, lui semble à tout le moins un état acceptable. Il ne faut pas au reste exagérer cette première expérience, car les événements feront oublier les démêlés des parents: l'ascension et la chute d'un père prestigieux, la réconciliation des époux, la dernière vision du général entraperçu dans une fenêtre, sa mort tragique sous le couperet le 15 juillet 1794, marquent à jamais l'enfant. Hortense et Eugène sont liés dans le souvenir du père et dans l'affection d'une mère qu'ils voudront protéger et à laquelle Hortense cédera toujours.
Rose-Joséphine tout à la conquête d'amis et protecteurs, ne peut s'occuper de ses enfants. Hortense dans l'été 1795 est confiée à l'Institution nationale de Saint-Germain fondée et dirigée par Mme Campan, ancienne première femme de chambre de Marie-Antoinette. Hortense y trouvera le climat de confiance qui lui permet de s'épanouir. << C'est la plus charmante petite fille de douze ans que j'ai eu à diriger>>, dira Mme Campan et la baronne Lambert confirme << c'était à qui l'aimerait le mieux...>>. De ces années de pension Hortense gardera le meilleur souvenir, mais aussi des liens continus avec Mme Campan qui la conseille en véritable directeur de conscience, des amies comme Adèle Auguié, future Mme de Broc, sa confidente, qu'elle verra périr tragiquement. Si elle n'est pas la plus savante des élèves, elle y apprend, jeune aristocrate dans un milieu tout influencé de l'ancien régime, l'art de vivre, la manière de se conduire dans une société perturbée où ascensions et chutes sont soudaines : elle y prend surtout le goût de la musique et des beaux-arts qu'elle saura exercer en amateur averti.

Le mariage de Joséphine, le 9 mars 1796, l'ascension du général Bonaparte devaient transformer le destin de l'aimable élève,

 en l'appelant à une vie brillante, mais aussi en la faisant participer au jeu complexe et dangereux des ambitions et de la politique. Hortense et Eugène turent au début très réservés devant le nouvel époux de leur mère, mais la défiance fait bientôt place chez les enfants à l'admiration, et le général se montre très affectueux: << il m'accueillit avec toute la tendresse d'un père>> dit Hortense dans ses Mémoires.
Elle a peut-être eu un faible pour Charles de Gontaut et a sincèrement aimé Duroc qu'elle voit tout l'hiver 1800-1801. Mais il est trop tard. Son mariage est désormais affaire de politique. L'Empereur aurait sans doute consenti à l'alliance Duroc, mais Joséphine, sans enfant, veut assurer sa position et renforcer ses liens avec la famille Bonaparte. Hortense cède aux pressions de sa mère, sans savoir montrer la même énergie que Caroline par exemple. Résultat des intrigues de Joséphine, selon le mot de Napoléon à Sainte-Hélène, son mariage avec Louis Bonaparte fut célébré le 4 janvier 1802.
L'échec de la vie conjugale des deux époux est célèbre, mais les responsabilités doivent être appréciées avec mesure, Louis Bonaparte est une personnalité difficile à appréhender. Le malade souffrant de paralysies que de multiples séjours aux eaux n'arrivent pas à guérir, le jaloux maniaque et morbide, ne sauraient faire oublier les qualités d'intelligence et de coeur de ce frère très doué sur lequel Bonaparte avait veillé de si près dans sa jeunesse. De même l'allant, le charme d'Hortense n'excusent pas une certaine apathie devant les responsabilités du mariage, le peu d'efforts fait pour rassurer un époux timide et pathétique autant qu'odieux. Dans une célèbre lettre du 2 mai 1807. Napoléon rappelle en vain à chacun les mérites de l'autre: << Vous avez la meilleure femme et vous la rendez malheureuse>>, dit-il à Louis. << Louis est un homme juste quoi qu'il ait des idées extraordinaires>>, affirme-t-il à Hortense. Si la séparation était inévitable, les périodes d'entente commune furent réelles. Louis fiancé a aimé et désiré Hortense après un amour contrarié. Les naissances de Napoléon-Charles, le 10 octobre 1802, de Napoléon-Louis, le 20 octobre 1804, surtout celle si contestée, mais bien à tort, de Louis-Napoléon en avril 1808, après le choc de la mort de l'aîné, le séjour commun à Cauterets et enfin la rencontre de Toulouse, témoignent pour leur vie conjugale.

Là encore les raisons politiques ont contribué au détachement progressif des époux

Le désir d'adoption de Napoléon-Charles, montré par l'Empereur, est considéré par Louis et ses frères, comme la volonté de les écarter de la succession. Le fils devient la propriété du clan Beauharnais auquel il faut désormais le soustraire. Inversement Hortense, surtout soucieuse de son repos, se refuse à participer à la vie du roi, elle ne le suit qu'avec réticence en Hollande, y réside à peine, ne sait ni ne veut aider le roi dans sa tâche.
Cette séparation tacite répond aux voeux d'Hortense mais elle se refusera toujours au divorce, moins soucieuse de conserver ses titres et sa position dans la cour que de veiller à l'avenir de ses enfants. En décembre 1809, après un conseil de famille, l'Empereur refuse à Louis le divorce réclamé; Hortense garde la charge de ses enfants et reçoit une pension qui lui assure son indépendance. De la part de l'Empereur, c'est affirmer sa sympathie pour Hortense et récompenser la digne attitude des enfants de Joséphine pendant le divorce qui surent concilier affection filiale et raison d'État.
En fait Hortense vit de plus en plus pour elle-même. Si elle tient le Roi de Rome sur les fonts baptismaux au nom de la reine de Naples et triomphe de Caroline en février 1812 dans la guerre des quadrilles, ces années sont consacrées à Charles de Flahaut. << Jamais personne n'a mieux réalisé l'idée qu'on se fait d'un héros de roman et d'un preux chevalier>>, a dit la comtesse Potocka. Contrariée par Caroline, cette liaison restera longtemps courtoise, jusqu'à ce que les deux époux se voient libérés. La naissance de l'enfant dont le père est Flahaut, est un secret qu'il faut absolument conserver, si Hortense veut échapper aux effets juridiques du scandale. Grâce à la complicité d'Eugène à qui elle s'est confiée, au dévouement de sa maison, elle met au monde en Suisse, en septembre 1811, le futur duc de Morny. La réussite d'une expédition si périlleuse n'est pas seulement un bel épisode romanesque, il traduit bien le capital de confiance dont dispose Hortense chez ses proches

L'attitude de la reine de Hollande à la chute de l'Empire et pendant la Première Restauration lui a été souvent reprochée

 Il faut d'abord souligner que dans la journée décisive du 29 mars 1814, elle a une réaction saine et conseille à Marie-Louise de rester à Paris, n'approuvant pas les décisions du Conseil de régence: << C'est perdre une partie à beau-jeu>> pensait de son côté Talleyrand. Lorsque Louis exige en vain qu'elle vienne le rejoindre à Paris, et qu'Hortense préfère gagner Navarre où se trouve Joséphine, c'est en vérité son mari qu'elle fuit et son indépendance qu'elle protège. De même ses démarches pendant les Cent-Jours, son entente avec Alexandre qui lui obtient l'érection du domaine de Saint-Leu en duché, ne sauraient être considérés comme une << trahison>>. Après la mort de Joséphine, Hortense est seule pour défendre ses enfants que Louis n'hésite pas à réclamer auprès des tribunaux du roi. La méfiance de la police qui surveille son Salon montre bien en tout cas qu'Hortense restait en France un des pôles du régime disparu. Au retour d'Elbe Napoléon la reçoit froidement, mais lui pardonne: comme sa mère au retour d'Égypte, Hortense a su mettre en avant ses enfants.
<< Quand on partage l'élévation d'une famille, on doit en partager les malheurs>> avait rappelé l'Empereur. Ces malheurs Hortense saura désormais les vivre. Elle suit Napoléon à Malmaison dans ces journées du 25 au 29 juin 1815 où l'Empereur vient une dernière fois se recueillir. Après le départ de Napoléon, Hortense est désormais suspecte. Alexandre reste lointain et pardonne mal les << inconséquences>> de la princesse Hortense, l'exil est inévitable. Après un séjour de 4 mois à Aix, Hortense mène une << vie errante et persécutée>>. La Diète suisse lui refuse d'abord l'hospitalité, malgré les décisions des alliés. Hortense réside alors dans le Grand Duché de Bade, à Constance, d'où le gouvernement français veut la voir expulser. Finalement, grâce à Alexandre et surtout Metternich, Hortense obtient de se partager entre Augsbourg et la Suisse: elle s'installe dans le canton de Thurgovie et achète en janvier 1817 sur les bords du lac de Constance le petit château d'Arenenberg qui sera désormais sa résidence et à laquelle son nom et sa légende sont définitivement attachés.
Deux décisions sont prises par la Reine ; celle de rompre avec Flahaut qui eût désiré l'épouser, plus exactement de lui laisser sa liberté. Hortense veut rester fidèle au nom qu'elle porte et assumer les exigences du malheur. D'autre part elle continue à refuser de libérer Louis qui cherche désormais à faire annuler son mariage jusqu'à la décision négative du Saint-Siège en 1819. Par contre elle doit partager avec son mari l'éducation de ses fils, qui viennent régulièrement à Rome, la capitale d'exil des Bonaparte. Arenenberg devient le centre d'une petite vie de cour, nouvelle Malmaison où, entourée de fidèles comme Valérie Masuyer, Élisa de Courtin, le peintre Félix Cottereaux, Hortense pratique le chant, la peinture donnant l'exemple d'un prenant art de vivre qui séduit ses hôtes, de Madame Récamier à Dumas.
Ses problèmes sont désormais ceux du sort de ses fils. Elle confie Louis-Napoléon que lui laisse plus volontiers son père à Le Bas, le fils de l'ancien conventionnel. En 1825, pour répondre au voeu de l'Empereur désirant que ses neveux et nièces se marient entre eux. Napoléon-Louis épouse Charlotte, fille de Joseph, mais le ménage n'aura pas d'enfants. Hortense doit-elle encourager les ambitions politiques de ses fils qui participent aux mouvements révolutionnaires italiens? << Il est des noms magiques qui peuvent avoir une grande influence sur les événements... ils ne doivent paraître dans les révolutions que pour rétablir l'ordre... leur rôle est d'attendre avec patience... s'ils fomentent des troubles, ils auront le sort des aventuriers>>, explique-t-elle dans une note d'une admirable clairvoyance qu'elle remet à ses fils. Le drame éclate avec l'insurrection des Romagnes en 1831. Elle veut sauver ses fils, mais Napoléon-Louis meurt de la rougeole à Forli; Hortense avec un courage et une initiative extraordinaires s'enfuit avec Louis-Napoléon qu'elle parvient à faire passer en France. Après une entrevue avec Louis-Philippe, ils se réfugient en Angleterre.
Désormais le seul survivant de ses fils lui échappe le prétendant vit son propre destin. Hortense songe à le marier: un projet avec la fille du duc de Padoue échoue un autre avec la jeune Mathilde, fille de Jérôme, est presque conclu lorsqu'éclate l'affaire de Strasbourg en octobre 1836. Une seconde fois Hortense, déjà malade, vient demander la grâce de Louis-Napoléon, embarqué pour les États-Unis. Elle aura la joie de le revoir, après l'acquittement des conjurés, et meurt dans ses bras le 5 octobre 1837.

Auteur : Fernand Beaucour
Revue : Revue du Souvenir Napoléonien
Numéro : 258
Mois : 04
Année : 1971
Pages : 43-44

 
     
 
 

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