<i>Napoleonica La Revue</i>, revue internationale d'histoire des Premier et Second Empires napoléoniens, articles, bibliographies, documents, comptes rendus de livres, en français et en anglais : n° 19, juin 2014
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Pour découvrir l'histoire napoléonienne, pas à pas, parfaire ses connaissances et poursuivre des recherches personnelles, pour tous les amateurs et les historiens passionnés, laissez-vous guider parmi un riche ensemble d'articles et de dossiers thématiques, d'images commentées, d'outils pour travailler.

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Bibliographies : L'Expédition d'Egypte (1798-1801)
Articles : Le butin de Waterloo reconstitué au musée de la Légion d'honneur
Dossier thématiques : Louis-François Lejeune (1775-1848) général, peintre et mémorialiste

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BIOGRAPHIES

DESGENETTES, René-Nicolas, (1762-1837), médecin


René-Nicolas Dufriche des Genettes naquit le 23 mai 1762 à Alençon du mariage de Jean Dufriche, avocat au Parlement de Rouen et de Françoise de Bichon, originaire de Fougères.

Son père avait acheté aux environs de Sées une terre dite << Les Genettes>> dont il avait ajouté le nom à son patronyme pour lui donner une consonance aristocratique.
Après avoir suivi un enseignement sommaire dans un collège de Jésuites de la région, Jean-Nicolas fut envoyé à Paris en 1776 pour y suivre les cours du collège du Plessis. En même temps, et sur la recommandation d'une amie de sa famille, il se fit inscrire à l'institution Vadier située à l'intérieur de l'enceinte du Jardin du Roi où il s'attacha particulièrement à l'étude des sciences naturelles. Après avoir acquis son diplôme de maître-ès-arts, équivalent de notre actuel baccalauréat, il décida de devenir médecin.
Il commença par fréquenter les services hospitaliers de Louis de Pelletan et surtout de Vicq d'Azyr, puis en 1784, après avoir hérité de sa mère récemment décédée, il se rendit à Londres où il suivit l'enseignement des célèbres Hunter et Moore. Revenu en France l'année suivante, on le retrouve à La Charité auprès de Desbois de Rochefort et de Boyer, mais quelques mois plus tard, il repart à nouveau cette fois pour l'Italie où il va séjourner quatre années. Successivement, il va à Florence, Sienne où il devient l'élève du grand anatomiste Mascagni, puis à Rome et enfin à Naples. En 1789, il débarque à Marseille, gagne Montpellier où il passe ses derniers examens et soutient, le 6 juillet suivant, sa thèse de doctorat sur la physiologie des vaisseaux lymphatiques. Il travaille ensuite pendant quelque temps dans le laboratoire de chimie de Chaptal puis, brusquement, en octobre 1791, prend la route de Paris.

La capitale est alors en proie à une ardente agitation politique. Dufriche-Desgenettes (il a pris la précaution de supprimer la particule pour démocratiser son nom) s'enflamme pour les idées nouvelles et entre en relations avec l'élite du parti girondin, notamment Buzot, Guadet, Rolland, Rabaud-Saint-Etienne, Condorcet. Deux ans plus tard, la chute de ses amis dont la plupart finissent sur l'échafaud l'incite à quitter momentanément Paris pour se réfugier à Rouen. Sur les conseils de son maître Vicq d'Azyr, il demande alors à servir dans l'armée et, en raison de sa connaissance de la langue italienne, est affecté en mars 1793 à l'hôpital ambulant de l'armée de la Méditerranée. On le retrouve ainsi à Fréjus, Grasse, Antibes, Sospel, Orneilles, Nice. Au cours de ses déplacements, il rencontre à plusieurs reprises un jeune capitaine d'artillerie, Napoléon Bonaparte, dont la maîtrise et le sens du commandement l'impressionnent vivement.
Affecté par la suite à la division commandée par le général Masséna qui apprécie très vite ses qualités, Desgenettes lutte avec succès contre une épidémie de typhus. Atteint lui-même par la maladie, il a la chance d'en guérir grâce à sa solide constitution et à une volonté exemplaire. De retour à Paris en mars 1795, il est nommé, en récompense de ses services médecin ordinaire de l'hôpital d'instruction militaire du Val-de-Grâce et, un an plus tard, professeur de physiologie et de physique médicale. En raison de ses nouvelles fonctions, il ne participera donc pas à la légendaire campagne d'Italie sous les ordres du général Bonaparte et profitera de cette période d'acalmie pour épouser le 11 janvier 1798 la fille du fameux hygiéniste militaire Colombier, belle-soeur de son ami Thouret, directeur de l'École de Santé.

L'Expédition d'Egypte

Quelques jours plus tard, il est invité à dîner par Bonaparte qui prépare déjà une nouvelle campagne et lui annonce qu'il vient de le désigner pour occuper les fonctions de médecin chef de l'armée d'Angleterre qui allait bientôt devenir l'armée d'Orient et dont il vient de prendre le commandement. Le 22 mars, Desgenettes reçoit l'ordre de se rendre à Toulon où doivent se rassembler les unités appelées à participer à l'expédition d'Égypte. Pendant 2 mois, il va faire preuve d'une intense activité qui retiendra l'attention du commandant en chef si bien qu'à la veille du départ pour la grande aventure, ce dernier l'invitera à prendre place à ses côtés à bord du navire-amiral l'Orient.
Desgenettes est alors âgé de 36 ans et en pleine possession de ses moyens. C'est un homme grand, fort, au teint coloré et aux traits prononcés, incapable de dissimuler sa pensée, toujours prêt à assumer ses responsabilités. Son grand souci, dès qu'il est parvenu sur la terre d'Afrique, est d'instaurer des mesures d'hygiène et de prophylaxie rigoureuses: désinfection des vêtements, ablutions aussi fréquentes que possible, nettoyage régulier des locaux réservés à la troupe, surveillance des rations alimentaires. En même temps, il s'efforce par tous les moyens de lutter contre la démoralisation des soldats. C'est ainsi que la peste ayant fait son apparition dans les rangs de l'armée au cours de sa marche à travers le désert de Syrie, il nie l'existence de la maladie et ordonne que ce nom maudit ne soit jamais prononcé. Plus encore, afin de démontrer que l'affection n'est pas contagieuse, il n'hésite pas à s'inoculer sous la peau à l'aide d'une lancette une goutte de pus prélevée sur un moribond.

Une autre scène va immortaliser le nom de Desgenettes. Elle se situe le 28 avril 1798. Ce jour-là, le général Bonaparte se voit dans l'obligation, après un 3e assaut infructueux, de lever le siège de la forteresse de Saint-Jean d'Acre. Après avoir pris ses dispositions afin de permettre à l'armée de se retirer en bon ordre, il demande au personnel du Service de Santé d'évacuer les blessés et les malades. Parmi ceux-ci on comptait un certain nombre de pestiférés en très mauvais état. Les abandonner aux Turcs, c'était les condamner aux pires supplices, les emmener c'était courir le risque de contaminer les éléments sains de l'armée. C'est alors que Bonaparte, en présence du général Berthier, son chef d'état-major, va demander à Desgenettes de mettre fin à leurs souffrances en leur administrant une forte dose d'opium.
La réponse du médecin ne se fait pas attendre. << Mon devoir à moi, réplique-t-il, avec hauteur, c'est de les conserver>>.
Devant une aussi ferme résolution, le général en chef est obligé de s'incliner et, grâce à cette intervention courageuse, les mourants seront transportés jusqu'à Jaffa. Quelques jours plus tard, contraint à abandonner la ville sous la pression de l'ennemi, Bonaparte va se poser à nouveau la question de leur évacuation ou de leur élimination. Renonçant à s'adresser à Desgenettes dont il connaît par avance la réponse, il obtiendra du pharmacien en chef de l'expédition, Claude Royer, la quantité de laudanum suffisante pour hâter la fin de quelques malheureux.

A la suite de cette triste affaire, une certaine tension s'établit entre le général en chef et le médecin, tension qui allait se manifester à nouveau certain jour où, après le retour de l'armée au Caire, Bonaparte devait déclarer devant les membres de l'Institut d'Égypte que << la chimie était la cuisine des médecins>>. A ces paroles, Desgenettes monte sur ses grands chevaux et interroge: << Comment définissez-vous la cuisine des conquérants>>?.
Sans répondre, Bonaparte hausse les épaules et lui tourne le dos.
Jusqu'au départ du général pour la France le 22 août 1799, les deux protagonistes ne vont plus guère s'adresser la parole. Demeuré en Égypte sous les ordres d'abord du général Kléber, puis du général Menou, Desgenettes ne rentre en France qu'en 1801, après l'accord signé avec l'Angleterre sur le rapatriement des troupes. Bonaparte, devenu Premier Consul de la République ne paraît pas se souvenir de leurs différends et le fait nommer médecin en chef du Val-de-Grâce et professeur d'hygiène à l'École de Médecine.

Dès la création de l'Ordre de la Légion d'honneur, Desgenettes est fait officier et au lendemain de la proclamation de l'Empire, il est désigné, en même temps que Larrey, Percy et Heurteloup inspecteur général du Service de Santé des Armées.

En 1807, il est nommé médecin chef de la Grande Armée, et à ce titre, assiste aux batailles d'Eylau, de Friedland et de Wagram. Deux ans plus tard, il est fait chevalier de l'Empire, puis baron en 1810.
En 1812, il prend part à la campagne de Russie et, pendant la retraite, est fait prisonnier à Vilna. Il écrit alors au tsar Alexandre en ces termes: << Les soins que j'ai prodigués aux soldats que le sort des hommes a fait prisonniers de la France me donnent droit à la bienveillance de toutes les nations>>. Aussitôt qu'il a pris connaissance de ces lignes, l'empereur de Russie le fait conduire aux avant-postes français par un peloton de Cosaques de sa Garde.
A son retour à Paris, il retrouve ses fonctions d'inspecteur général auxquelles vont s'ajouter celles de médecin chef de la Garde Impériale. Après la défaite de Leipzig, il se replie sur la place forte de Torgau et, pendant le siège de la ville, parvient, malgré la faiblesse de ses moyens, à enrayer une épidémie de typhus qui menace de décimer les défenseurs.

Desgenettes ne revient en France qu'après la chute de l'Empire et le départ de Napoléon pour l'île d'Elbe. Le nouveau régime le dépouille de toutes ses fonctions militaires mais le maintient dans celles de médecin du Val-de-Grâce et de professeur d'hygiène à la Faculté. Sous les Cent-Jours, il se rallie à l'Empereur qui lui restitue sa place de médecin chef de la Garde. Après Waterloo, il conserve encore une fois sa place au Val-de-Grâce et sa chaire à la Faculté. Il se trouve ainsi rétrogradé à la situation qui était la sienne 25 ans plus tôt.
Par la suite, la Seconde Restauration ne lui ménagera pas ses faveurs. En 1819, il est nommé membre du Conseil général de Santé qui a remplacé l'inspection générale et est fait commandeur de la Légion d'honneur. En 1820, il devient membre de l'Académie Royale de Médecine créée à l'instigation de Louis XVIII. Malheureusement, les troubles à la Faculté de Médecine en 1822 l'obligent à abandonner sa chaire d'hygiène qu'il ne retrouvera qu'après la Révolution de 1830 et l'avènement de Louis-Philippe. Deux ans plus tard, il est élu membre associé de l'Académie des Sciences.
Pour Desgenettes, l'heure de la retraite a sonné et il lui faut renoncer à ses fonctions hospitalières et universitaires. A titre de compensation, le gouvernement royal lui octroie la place honorifique de médecin chef de l'Hôtel des Invalides et celle de maire du Xe arrondissement de Paris, aujourd'hui le 7e.

En 1834, une première attaque d'apoplexie, tout en lui laissant sa lucidité le laisse infirme. Trois ans plus tard, le 3 février 1837, une seconde attaque l'emporte, il était âgé de 75 ans. Son nom est inscrit, depuis le 13 novembre 1841, sur un des piliers de l'Arc-de-Triomphe.

Auteur : Paul Ganière
Revue : Revue du Souvenir Napoléonien
Numéro : 358
Mois : 04
Année : 1988
Pages : 47-48

 
     
 
 

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