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Au coeur des passions françaises : Les Cent-Jours ou la tentation de l'impossible d'Emmanuel de Waresquiel

(Article de BRANDA Pierre )

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"Les Cent-Jours. Toujours !" bouderont certains. "Encore ?" s'étonneront d'autres. De telles réactions sont légitimes car tous les livres sur le sujet racontent une histoire à sens unique. Tous les historiens ou presque n'ont vu que l'Aigle qui, après avoir volé de clocher en clocher jusqu'aux tours de Notre-Dame, se blesse à Waterloo avant de lâcher son sceptre avec « esprit de sacrifice ».




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Après la lecture des premières pages de ces Cent-Jours ou la tentation de l'impossible, nos craintes s'envolent. La plume alerte de Waresquiel nous emmène ailleurs, du côté des « oubliés » ou des « vaincus » de l'Histoire, c'est selon. Ici, l'épopée se déroule à contre-champ et la surprise est totale. On avait l'impression de tout savoir et bien, il n'en n'est rien. Nous découvrons véritablement une autre histoire page après page. Correspondances inédites, extraits de journaux, piquantes caricatures, évocation des rumeurs, enquêtes scientifiques ou Mémoires oubliés, Waresquiel n'a rien négligé pour notre plus grand plaisir.

 

En excellent metteur en scène d'un « 24 heures chrono » historique, il nous plonge immédiatement dans la « prise » des Tuileries du 20 mars 1815 avec un art consommé du récit. Nous assistons à cette folle journée d'abord en compagnie des derniers partisans du roi, puis entrent en scène ces « Messieurs de la girouette » et enfin viennent les demi-soldes. En repassant le film des évènements selon plusieurs points de vue, Emmanuel de Waresquiel brosse un tableau complet et fourmillant d'anecdotes. Dans cet interrègne hors du temps, les situations cocasses abondent. Le pathétique, le ridicule et aussi le sublime s'entremêlent et s'entrechoquent dans un tourbillon historique. Ni les uns, ni les autres ne sont épargnés. Mais Waresquiel les traite tous avec une grande tendresse car il aime passionnément cette époque et ses acteurs.

Avant la chute, les vingt jours du roi ressemblèrent à un « théâtre d'ombres ». Là encore, l'auteur nous livre une croustillante galerie de portrait des « improbables défenseurs » de cette monarchie sur le point de sombrer. En décortiquant très finement ce naufrage, Waresquiel nous captive de bout en bout. La fuite vers la Belgique en pleine semaine sainte, qui inspira le roman d'Aragon, est tout aussi savoureuse. On s'amuse en lisant le portrait de ce monarque aimant la bonne chère ou en découvrant les qualités médiocres, pour ne pas dire nulles, de la Maison militaire du roi.

Mais les apparences sont trompeuses. L'Histoire n'est pas qu'une suite d'images dans lesquelles les moins « communicants » sont forcément les perdants. Waresquiel sait faire la part des choses. Avec lui, la légende s'éloigne, le portrait de la France de 1815 se nuance et partant, s'enrichit.

Tous les Français, loin de là, n'attendaient pas Napoléon et les royalistes n'étaient pas qu'une armée de revenants parfois burlesques. Il existait bel et bien un peuple royaliste en mars 1815 dans le Midi de la France et ailleurs. Le régime de la Première Restauration avait connu plusieurs succès, notamment économiques, ce qui avait augmenté son audience politique. Mais la vague bonapartiste venue de Golfe-Juan était trop forte, la troupe regrettait trop son « petit caporal ». Aussi, les tentatives du régime pour inverser la tendance, beaucoup trop tardives et décrites avec précision dans le livre, resteront vaines.

L'Empire renaît mais ses soutiens sont plus faibles qu'on ne le pensait. Etaient-ils nombreux derrière l'empereur au-delà de ses vieux soldats ? Emmanuel de Waresquiel remarque notamment combien les notables sont réservés voire hostiles au retour de l'Aigle. Le chapitre traitant des élections d'avril et mai 1815 est tout à fait éclairant sur ce point. Si Napoléon n'est plus tout à fait d'avenir, pour autant, la Seconde restauration a déjà du plomb dans l'aile. Les dissensions qui causeront sa perte étaient déjà visibles dans cette petite cour de Gand d'avril à juin 1815. Les partis, des libéraux aux ultras, s'épiaient et complotaient autour d'un Louis XVIII impassible et de moins en moins sûr de lui. Le favori du roi, Blacas, fut la première victime de cet affrontement feutré.

Les Cent-Jours allaient se terminer dans un grand fracas, celui de Waterloo bien sûr. Wellington, Talleyrand et Fouché occupèrent alors le devant de la scène. Et c'est ce dernier, régicide, qui devint faiseur de roi en rendant sa couronne à Louis XVIII. La boucle était-elle bouclée ? La France allait-elle se réconcilier avec elle-même ? Il n'en fut rien, bien au contraire. Ce livre démontre combien les Cent-Jours ont exacerbé les passions françaises au lieu de les apaiser. Le démon de la division nationale, entre les partis mais aussi à l'intérieur des partis, était encore jeune en 1815. Il était peut être même sur le point de mourir le 19 mars. Le 20, il se réveilla plus fort que jamais et aujourd'hui, même s'il a bien vieilli, il est toujours là. Tout ce que nous lisons, voyons ou écoutons en politique nous le confirme chaque jour.
En nous livrant un formidable récit commenté avec brio, Emmanuel de Waresquiel nous tend finalement un miroir à nous Français. En cela, il a lui aussi tenté l'impossible. Et il a bien fait, pour une fois, nous acceptons de nous regarder tels que nous avons été et tels que nous sommes. 
 
 
Emmanuel de Waresquiel, Les Cent-Jours, la tentation de l'impossible, mars-juillet 1815, Fayard, 2008, 688 pages.

 
     
 
 

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 Informations

Auteur :

BRANDA Pierre

Mois :

septembre

Année :

2008

 

 
 

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