La révolte du Caire, 21 octobre 1798

Artiste(s) : GIRODET DE ROUCY-TRIOSON Anne-Louis
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© RMN

Plus de dix ans après la révolte du Caire, Girodet est chargé par Vivant Denon de représenter cet épisode sanglant de la campagne d’Égypte. Présentée au Salon de 1810, l’œuvre n’illustre pas de faits précis ; elle est une vision issue de l’imagination du peintre témoignant d’une  fascination contemporaine pour l’Orient. Des troupes françaises repoussent des insurgés musulmans mais ici la sauvagerie n’a pas de camp. La férocité de la rébellion musulmane n’a d’égale que la violence de la répression française.

Si la scène présente une profondeur restreinte caractéristique du néo-classicisme, elle rompt radicalement avec les règles de composition enseignées dans l’atelier de David. Grand admirateur de Gros, Girodet tente de surpasser les tableaux orientalistes de son confrère en situant son action au cœur d’un combat qui fait rage. De cette tumultueuse mêlée de combattants aux corps enchevêtrés émergent trois figures principales, un hussard chargeant au sabre une terrifiante figure de guerrier, complètement nue, soutenant dans ses bras son maître Mamelouk expirant. Les deux groupes, emportés par le formidable mouvement ascendant qui sous-tend la composition de gauche à droite, semblent exécuter une danse de mort. Le peintre a déployé un luxe de détails dont certains, insoutenables, sont habilement mis en scène : le cou du décapité dont la tête est brandie au premier plan est par exemple masqué par son casque. Armes, uniformes, étoffes luxueuses ou peau nue sont traités avec le même soin. Outre le mouvement, Girodet use de la couleur et de forts contrastes de lumière pour exprimer la violence de l’assaut. Le tableau, d’après les dires des contemporains, fut peint de nuit à la lueur des lampes. Les clairs-obscurs qui renforcent l’intensité dramatique de la scène leur doivent sans doute beaucoup.

Un grand souffle romantique traverse l’œuvre. Il annonce Delacroix qui lui-même avouait son admiration pour l’énergie brutale de cette toile.

Karine Huguenaud, septembre 2002

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