La Seine et Notre-Dame de Paris

Artiste(s) : JONGKIND Johan Barthold
Partager
© RMN

Quand Jongkind découvrit Paris à la fin du règne de Louis-Philippe, ce fut pour lui un éblouissement. Ce jeune paysagiste hollandais, attiré dans la capitale par le peintre Eugène Isabey qu’il avait rencontré à La Haye, y réalisa quelques unes de ses œuvres majeures. Dix premières années passées à Paris pendant lesquelles l’artiste rencontra un certain succès ; il fut accepté aux Salons, médaillé de troisième classe en 1853, et deux de ses tableaux furent achetés par l’État en 1851 et 1853. Mais l’absence de récompense à l’Exposition universelle de 1855 – où il concourut dans la section française – fragilisa cet artiste tourmenté : « ce que j’ai éprouvé est incroyable… on ne m’a même pas donné une mention honorable, rien ». Retour difficile en Hollande ponctués de quelques séjours parisiens et, en 1860, grâce au soutien d’artistes français dont Corot, Daubigny et Diaz, il s’installa de nouveau en France. Très inspiré par la côté normande comme son ami Boudin, il joua un rôle important dans la formation de Monet. En 1863, c’est avec les Refusés qu’il exposa trois œuvres que le critique Castagnary commenta de façon prémonitoire : « Chez lui tout gît dans l’impression ».

Peinte à de multiples reprises par l’artiste, la capitale offrit à Jongkind ses points de vue uniques notamment ses bords de Seine, les berges, les quais, les ponts, inspiration assez traditionnelle pour un héritier de l’école hollandaise coutumier des canaux de son pays natal. Ses œuvres proposent une vision poétique d’un Paris populaire, peuplé de quelques figures – modestes travailleurs -, loin du tumulte de la grande ville, des foules et des grands travaux lancés par le régime impérial. La cathédrale Notre-Dame vue depuis les belles perspectives des quais de la Seine fut l’un de ses sujets de prédilection, lui offrant d’intéressants jeux de lumière entre pierre, eau et ciel. L’édifice n’est cependant jamais traité de façon monumentale, simple arrière-plan ou silhouette comme ici dans cette vue depuis le quai Saint-Michel. La composition classique respecte la tradition hollandaise du paysage : horizon bas, grandes diagonales, primauté du ciel qui occupe les deux tiers de la toile. Mais par sa touche énergique et fragmentée, la fraîcheur de sa palette et son observation directe de la nature, Jongkind annonce les impressionnistes ; « C’est à lui que je dois l’éducation définitive de mon oeil » déclara Monet .

Karine Huguenaud, juin 2004

Date :
1864
Technique :
huile sur toile
Dimensions :
H = 42 cm, L = 56,4 cm
Lieux de conservation :
Paris, musée d'Orsay
Partager