Metropolitan Museum of Art – New York

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Le 4 juillet 1866, un groupe d'américains célébrèrent à Paris leur fête nationale au restaurant « le Bois de Boulogne ». John Jay, fils d'un éminent juriste, prononça alors un discours où il proposait à ses compagnons de créer à New York « une institution nationale et une galerie d'art ». Adopté avec enthousiasme, le projet fut mis en oeuvre par l'Union League Club sous la présidence de Jay. Grâce à la collaboration de diverses personnalités publiques, de collectionneurs et de philanthropes, le Metropolitan Museum of Art était inauguré le 13 avril 1870.

En 1880, le musée rejoignit son emplacement actuel en bordure de Central Park sur la 5e Avenue. La façade néoclassique du bâtiment reçut en 1902 un pavillon central réalisé par Hunt : trois monumentales colonnes jumelées à chapiteaux corinthiens y supportent de curieux blocs de pierre qui devaient servir à des groupes sculptés jamais réalisés jusqu'à aujourd'hui.

Les architectes Mac Kim, Mead et White ajoutèrent de 1911 à 1913 les ailes nord et sud. Kevin Roche et Dinkeloo agrandirent encore l'édifice en construisant l'aile Lehman en 1975, l'aile Saekler en 1979, l'aile américaine en 1980, l'aile Rockefeller en 1982 et l'aile Acheson Wallace en 1987. Le Metropolitan Museum présente sur près de 45 hectares ce qui s'affirme comme l'une des collections d'art les plus gigantesques au monde. 

Plus qu'un musée, le Metropolitan est une « collection de musées » selon les propres termes de Philippe de Montebello, son directeur. Conservant plus de trois millions d'oeuvres de toute nature, il est une encyclopédie du monde de l'art où toutes les cultures sont représentées. Si aucune galerie ou salle d'exposition n'est consacrée à l'épopée napoléonienne, les passionnés du Premier comme du Second Empire peuvent cependant combler leurs attentes en visitant les différents départements consacrés aux arts du XIXe siècle.
La peinture de la fin de l'Ancien Régime est représentée par des tableaux de Mesdames Labille-Guiard et Vigée-Lebrun dont on peut admirer notamment un portrait de 1783 de Catherine Noële Worlec, future Madame de Talleyrand. Une des premières oeuvres importantes de David, La Mort de Socrate, présentée au Salon de 1787, préfigure déjà par sa symbolique républicaine les événements révolutionnaires. Deux toiles rappellent les talents de portraitiste du peintre : le très beau tableau des époux Lavoisier de 1788 et celui du maréchal Gérard de 1816. Une oeuvre de Prud'hon, Andromaque et Astyanax,commande de l'impératrice Marie-Louise, est sans doute une évocation du sort du jeune Roi de Rome et da sa mère après la chute de Napoléon. Ingres nous livre deux oeuvres fascinantes datant du Premier Empire pour l'une et du Second Empire pour l'autre : Joseph-Antoine Moltedo, portrait du directeur du service des postes à Rome de 1803 à 1814, fait partie d'une série peinte entre 1810 et 1814 et consacrée aux officiers français de la Rome napoléonienne ; La princesse de Broglie, portrait de 1853, est une vision saisissante de la beauté féminine selon Ingres. La peinture espagnole est admirablement représentée avec Goya tout comme la peinture anglaise avec Reynolds, Gainsbourough, Romney, Constable et Turner.

 
La peinture du Second Empire apparaît sous ses multiples aspects. Réalisme et naturalisme avec Rosa Bonheur, Rousseau, Millet, Corot, Manet et Courbet – dont La Femme au perroquet faillit être achetée par Nieuwerkerke en 1866 pour les musées impériaux, impressionnisme naissant avec Monet (La terrasse à Sainte-Adresse 1867 ; La Grenouillère 1869), prémices du symbolisme avec Gustave Moreau (Oedipe et le sphinx, acheté en 1864 par le prince Napoléon), académisme avec Meissonier (Friedland, 1807) ou Winterhalter (L'Impératrice Eugénie).

 
La sculpture recèle elle aussi des trésors dont nous ne citerons que quelques exemples. Persée avec la tête de Méduse de Canova fut réalisé entre 1790 et 1800 en s'inspirant de l'Apollon du Belvédère enlevé au Vatican par Bonaparte. Acheté par le pape Pie VII, il y remplaça la célèbre statue antique jusqu'à sa restitution. Carpeaux est représenté au Metropolitan avec le marbre d'Ugolin et un buste très émouvant de Napoléon III. Commencé durant l'exil en 1871, il ne fut achevé à Chislehurst que quelques jours après la mort de l'Empereur, le 9 janvier 1873.
Le département des arts décoratifs conserve d'innombrables richesses tant pour le Premier que pour le Second Empire. Il est à signaler particulièrement des présentations d'intérieurs entièrement recomposés et une tapisserie commandée aux Gobelins par Napoléon et offerte à Cambacérès. Elle figure l'Empereur dans son costume de sacre tel que l'a représenté François Gérard. Enfin, l'Institut du Costume fondé en 1937 possède une remarquable collection de modèles datant de la Révolution, du Consulat et de l'Empire.

Karine Huguenaud

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