Épisode de la retraite de Russie

Artiste(s) : BOISSARD DE BOISDENIER Joseph Ferdinand
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© Fondation Napoléon

Au Salon de 1835, un tableau de grand format  fit sensation. La scène, dramatique, s’inspire d’un passé récent immédiatement intelligible pour le public de l’époque. Sous un ciel crépusculaire, deux soldats moribonds et un cheval mort couchés dans la neige suffisent à rappeler toute l’horreur de la retraite de Russie. Autour d’eux, quelques restes épars, seuls vestiges de la Grande Armée : un canon, une roue, des paquetages en lambeaux… C’est un élève de Gros, Boissard de Boisdenier, qui est l’auteur de cette vision déchirante. Poète, musicien, Boissard est essentiellement connu en tant que peintre pour cette toile magistrale, mais son nom reste surtout associé au groupe qui se réunissait dans l’Hôtel Pimodan de l’île Saint-Louis, le club des Haschischins, rassemblant notamment Nerval, Baudelaire et Théophile Gautier.

Comme d’autres peintres du romantisme, Boissard puise son inspiration dans le versant noir de l’épopée napoléonienne. Il s’inscrit dans la lignée de Gros auquel il emprunte les premiers plans enneigés de La bataille d’Eylau. Mais l’élève a dépassé le maître. Devenu après l’exil de David le gardien du dogme néo-classique, Gros présente au même Salon un sujet tiré de la mythologie, toile conspuée par la critique alors que celle de Boissard est saluée par tous. L’influence de Géricault est également perceptible dans la tête émaciée du soldat très proche de celles de certains suppliciés peints par l’artiste ou dans le cheval mort, titre de l’une de ses lithographies.

Le sujet se concentre sur l’individu pour mieux traduire la tragédie collective. L’année suivante, au Salon de 1836, Charlet optera pour la position inverse. Son Épisode de la retraite de Russie met en scène une masse en mouvement, véritable marée humaine à la dérive. L’évocation de la Grande Armée se réduit ici à un groupe isolé, un dragon de la Garde impériale, un hussard, un cheval. Vainement blottis les uns contre les autres pour se réchauffer, ces anonymes sont l’image même du désastre. Et pour reprendre l’image de Victor Hugo dans L’Expiation, la neige s’est transformée en immense linceul pour cette immense armée.

Karine Huguenaud, janvier 2003

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