<i>Napoleonica La Revue</i>, revue internationale d'histoire des Premier et Second Empires napoléoniens, articles, bibliographies, documents, comptes rendus de livres, en français et en anglais : n° 19, juin 2014
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Pour vivre sa passion de l’histoire aujourd’hui, un magazine, des jeux et des animations à picorer suivant son humeur, des rencontres avec des personnalités de l’histoire napoléonienne, et des actualités et des informations à suivre chaque jour.

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ITINÉRAIRES ET PROMENADES


 

L'HISTOIRE D'AJACCIO

 


 



L'échaugette de la citadelle © Fondation Napoléon

L'échaugette de la citadelle © Fondation Napoléon
  

Ce premier circuit est une promenade historique qui nous entraîne aux origines de la ville. Le point de départ se situe devant l'échauguette de la citadelle. C'est au premier abord par son golfe magnifique, souvent comparé à la baie de Naples, que s'exerce la séduction d'Ajaccio. Les premiers occupants dans l'antiquité furent sans doute conquis par les courbes harmonieuses de cette côte au point de s'y installer. Des traces d'une occupation romaine au IIIe siècle de notre ère sont en effet attestées dans le quartier Saint-Jean, à l'est de la ville actuelle, et les restes d'une basilique paléochrétienne y ont été mis à jour. L'évêché d'Ajaccio est d'ailleurs mentionné dans les lettres de Grégoire le Grand autour de l'an 600. L'implantation d'une colonie génoise au XIIe siècle donna son essor à la ville. Souhaitant établir un nouveau point d'appui maritime entre Calvi et Bonifacio, les Génois choisirent le site d'Ajaccio pour édifier une petite place forte, le Castel Lombardo, dont il ne reste rien aujourd'hui.

Pour des raisons de salubrité liées au paludisme, ce site fut abandonné au XVe siècle et, en 1492, le promontoire rocheux du capo di Bollo sur la pointe de la Leccia fut choisi pour l'implantation d'une ville nouvelle. Une centaine de familles génoises et ligures parmi lesquelles figuraient les Bonaparte fut alors envoyée pour en assurer le peuplement. Le plan primitif de la ville est encore visible dans ses grandes lignes autour de la citadelle. Il s'organisait autour de trois rues disposées en éventail : la strada del Domo (rue Forcioli-Conti), la strada San Carlo (rue du roi de Rome) et la strada dritta (rue Bonaparte) où se situait la porte d'entrée de la ville.
La Citadelle fut construite dès la fondation de la ville en 1492.
Elle ne se composait alors que d'un simple castello, un donjon et une enceinte basse. En 1502, Ajaccio était entourée de puissantes murailles. La citadelle fut modifiée et agrandie lors de l'occupation française de 1553 à 1559. A cette date, en exécution du traité de Cateau-Cambrésis, la Corse fut rendue à Gênes. L'ingénieur Jacopo Frattini fut envoyé à Ajaccio afin d'ajouter à la citadelle un solide bastion du côté de la mer et un large fossé fut creusé ce qui la sépara de la ville. Ce n'est que dans le premier quart du XVIIIe siècle que l'île essaya de se libérer du joug de ses occupants. Plusieurs fois, en 1729, 1739 et 1763, les nationaux tentèrent de s'emparer d'Ajaccio sans jamais y parvenir. Et la cité qu'un voyageur de l'époque qualifiait de «plus jolie petite ville de la Méditerranée» passa directement sous administration française en 1768 lorsque la Corse fut cédée par Gênes.
 
En tant que place forte, la citadelle fut le témoin de tous ces événements. Elle fut certainement un lieu fascinant pour Napoléon enfant. Nombre d'historiens rapportent que le petit garçon y assistait aux relèves de la garde. Le fait, sans être authentiquement avéré, n'est certes pas étonnant puisque la maison familiale se situe tout près. En revanche, les tentatives réitérées de Bonaparte en 1792 et en 1793 pour s'en emparer sont bien réelles. Ayant choisi le rattachement à la France et nommé lieutenant-colonel de la Garde nationale Corse, le jeune homme s'opposa à plusieurs reprises aux forces paolistes mais jamais il ne réussit à se rendre maître de la citadelle. C'est à la suite d'une ultime tentative qui échoua en juin 1793 qu'il fut contraint, lui et sa famille, à quitter son île natale. Aujourd'hui, il n'est malheureusement pas possible de visiter la citadelle puisqu'elle est toujours occupée par l'armée, mais on peut en saisir le plan d'ensemble en se promenant le long du boulevard Danielle Casanova et du quai Napoléon.

Buste de Napoléon (Musée du Capitellu) © Fondation Napoléon

Buste de Napoléon (Musée du Capitellu) © Fondation Napoléon
  

Avant de quitter le boulevard Danielle Casanova, un arrêt s'impose au n°18 dans un charmant petit musée privé installé dans un bâtiment datant de la période génoise, le musée du Capitellu. L'histoire d'Ajaccio, depuis sa fondation jusqu'à nos jours, y est évoquée à travers les souvenirs d'une même famille. Porcelaine, argenterie, mobilier et vaisselle côtoient des tableaux d'artistes ajacciens du XIXe et du XXe siècle. Quelques peintures italiennes du XVIe siècle forment le fleuron de la collection. Il est amusant de constater que, contrairement à la célèbre formule qui définissait Ajaccio comme, «le souvenir de l'Empereur, avec quelques maisons autour », les objets évoquant l'illustre enfant du pays ne sont pas nombreux. Certes un petit buste de Napoléon en marbre accueille le visiteur à l'entrée mais c'est le mari d'Elisa, Felix Bacciochi né à Ajaccio en 1762, qui est ensuite évoqué à plusieurs reprises. Un ensemble de figurines représentant son escadron du 13e Hussard levé en 1813 et un service de campagne en vermeil de Biennais offert par l'Empereur, occupent quelques vitrines. Il faut d'ailleurs mentionner à cette occasion l'existence de la villa Bacciochi à Ajaccio. Située en dehors du centre ville, rue Ange Moretti, cet ancien palais familial est aujourd'hui l'école privée Saint-Paul. L'attrait du musée du Capitellu réside également dans l'accueil fait au visiteur par son charmant conservateur, Mr Ottavi-Sampolo. Incollable sur l'histoire de sa ville, il en raconte les grands moments avec enthousiasme et gentillesse.

Paoli et Bonaparte. Fresque sur la façade du musée A Bandera  © Fondation Napoléon

Paoli et Bonaparte. Fresque sur la façade du musée A Bandera © Fondation Napoléon
  

Du boulevard Danielle Casanova, prendre ensuite la rue du Roi de Rome, l'une des plus anciennes de la ville, jusqu'à l'avenue Macchini puis, au tout début du cours Napoléon, tourner à gauche dans la rue du général Fiorella et à droite rue Ornano. Sur la droite s'ouvre la petite rue du général Lévie où se situe le musée A Bandera identifiable à la fresque qui orne sa façade. Les grandes figures historiques de la Corse, Sampiero Corso, Pascal Paoli et Napoléon Bonaparte y sont figurées. Le musée d'Histoire Corse Méditerranée "A Bandera" s'adresse à un large public et constitue pour le visiteur un préalable intéressant à la découverte de l'île. Dans une présentation scolaire très adaptée quant à l'aspect pédagogique, plus discutable en terme de muséographie, il permet d'embrasser dix siècles d'histoire. Se définissant comme un lieu de mémoire de l'histoire Corse, il en retrace les épisodes marquants depuis la préhistoire et les célèbres statues menhirs jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale qui fera de l'île le premier département libéré.

Les troisième et quatrième salles du musée s'intègrent tout particulièrement dans notre itinéraire puisqu'elles sont consacrées aux étapes du soulèvement national qui conduisit à l'indépendance de la Corse, au « père de la Patrie » Paoli, à la conquête française et, dans une moindre mesure, au Premier et au Second Empire. Armes, costumes, monnaies, saynètes, figurines et dioramas évoquent ces événements et sont complétés par des panneaux explicatifs très développés. Ainsi la politique de Napoléon en Corse, dont peu d'objets permettent la présentation, est clairement expliquée par le texte : reconquête de l'île en 1796 depuis l'Italie, lutte contre les différentes insurrections, division de la Corse en deux départements, le Liamone et le Golo puis, en 1811, réunion en un seul département avec Ajaccio pour chef-lieu, allégement des charges et suppression des droits de douane sur les produits importés. L'aspect le plus noir de cette politique fut incarné par le général Morand qui exerça une véritable dictature militaire. Les excès de cette «Giustizia Morandina» contribuèrent largement à ternir le prestige de l'Empereur dans son île natale. Et lui-même reconnut plus tard qu'il n'avait pas assez oeuvré pour son peuple : «J'ai été ingrat pour les Corses, je me le reproche, j'aurais dû faire davantage. Il est vrai que j'ai fait pour eux par mon nom seul et qu'eux trouvent que j'ai fait beaucoup. Effectivement, tous les ministres et maréchaux étaient disposés à les avantager. J'y répugnais, mais sans que je les susse, beaucoup se trouvèrent placés.» (Cahiers de Sainte-Hélène, mai 1816). Un tableau très intéressant dresse à cet égard la liste des Corses qui furent au service de l'Empire.
 
 
© Textes et images Fondation Napoléon - Karine Huguenaud, 1998

 

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