[2021 Année Napoléon] Introduction à l’exposition Napoléon aux 1001 visages, au château de Malmaison

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Isabelle Tamisier-Vétois, conservatrice en chef du patrimoine au musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau et commissaire de l’exposition Napoléon aux 1001 visages, présente pour napoleon.org l’exposition Napoléon aux 1001 visages, qui se tiendra jusqu’au 6 septembre 2021 au musée national des châteaux de Malmaison et Bois-Préau.

[2021 Année Napoléon] Introduction à l’exposition <i>Napoléon aux 1001 visages</i>, au château de Malmaison

« Pour bien se faire comprendre des peuples, il faut d’abord parler à leurs yeux. »
Napoléon

S’il est une silhouette reconnaissable entre toutes où se devine une longue redingote surmontée d’un large bicorne, c’est bien celle de Napoléon 1er. Mais derrière ces accessoires intimement liés dans la mémoire collective à la personnalité de l’Empereur, au-delà de ces images si souvent reproduites, quels étaient les véritables traits de Napoléon Bonaparte ? Car Napoléon ne se résume pas à une silhouette, à des vêtements. Napoléon est avant tout un homme paré des insignes du pouvoir. Au cours de l’Histoire, ces derniers ont eu la fâcheuse tendance à gommer le visage. Mais devant cette multitude de représentations, comment s’approcher au plus près de la réalité ? Car de Napoléon, les historiens savent presque tout, mais ses traits sont si diversifiés que l’on peut s’y perdre. Est-ce le jeune homme fougueux aux traits émaciés du vainqueur de Marengo, le héros antiquisant à la plastique classique apparue sous le ciseau de Canova ? Une seule image, réaliste s’il en est, celle donnée par le masque mortuaire, qui fige pour l’éternité, selon les mots d’André Malraux « la permanence du Néant » et qui exerce sur nous une « séduction glacée et sérénité fascinante ».

Comment faire aujourd’hui la part des choses, quels sont les dénominateurs communs à toutes ces images, dont les meilleurs artistes du temps ont immortalisé les traits d’un homme qui ne voulait pas poser ?

Très vite, le portrait du héros national va supplanter celui de l’homme. L’image du pouvoir va transformer, idéaliser, transfigurer ces traits et devenir un support de communication unique en son genre. Napoléon d’ailleurs ne chercha pas à ce que les portraits que l’on fit lui ressemblassent. « Ce n’est pas l’exactitude des traits, un petit pois sur le nez, qui font la ressemblance. C’est le caractère de la physionomie, ce qui l’anime, qu’il faut peindre » disait-il à Jacques Louis David. Alors comment trouver l’introuvable alors que la photographie n’existe pas encore ?

L’exposition propose aux visiteurs de dévisager Napoléon, dans une proximité nouvelle avec ses images. Il lui faudra faire abstraction des accessoires du pouvoir et n’y chercher que l’homme. Il y trouvera les différentes apparences qui lui furent données au cours des siècles écoulés, qui oscillent entre idéalisme et réalité. Les représentations de la famille Bonaparte permettent de déceler des dénominateurs communs dans toutes ses physionomies. Si les artistes guidèrent, à des fins politiques, le regard du spectateur dans leurs compositions savamment étudiées, essayons aujourd’hui de confronter toutes celles-ci et d’en dégager le sujet principal : le visage de Napoléon Bonaparte et ceci dans un dialogue permanent avec le récits qu’en font ses contemporains. Ainsi que l’a souligné Jean Tulard, Napoléon a forgé lui-même sa légende. L’image impériale est aussi un outil de propagande politique unique qu’elle soit un tableau de grand format de l’Empereur en costume de sacre ou une version miniature peinte par les meilleurs artistes sur une boîte en or, que l’on distribuait comme présent. Tous les moyens de reproduction sont utilisés, de la série de biscuits de Sèvres, à la gravure, jusqu’à l’image d’Epinal, monnaies et médailles, qui popularisent le héros. Cette démultiplication de l’image du pouvoir va participer activement à la légende napoléonienne.

Celle-ci n’aura de cesse jusqu’à nos jours, grâce également aux modes de communication modernes comme le cinéma, qui participa largement à la diffusion de cette image légendaire.

Les œuvres exposées invitent à suivre l’évolution physique de l’Empereur pendant ces vingt-deux années de pouvoir. Au jeune général aux cheveux longs et au visage grêle succéda un Empereur au visage plus rempli vers la fin de son règne. Ces représentations héroïques répondent à celles de la légende noire véhiculée par la caricature. Elle y déforme les traits à loisir, fait d’un défaut un symbole, d’un nez fin et droit, un bec d’aigle. L’image séditieuse, au contraire, dissimule les traits du héros martyre, car le visage de l’usurpateur doit être dissimulé à la Restauration pour circuler chez les Bonapartistes.

L’exil à Sainte-Hélène eut raison de la santé de Napoléon. De cette fin douloureuse nous reste aujourd’hui une empreinte funeste, qui bien qu’imparfaite, marque une étape dans la diffusion de la légende napoléonienne. A l’égal d’une relique, sa commercialisation n’a guère cessé depuis 1833.

Comme si toutes ces images ne suffisaient pas, ce visage devenu iconique donna lieu à des interprétations tout à fait fantaisistes. Cette appropriation du visage du héros national permit toutes les licences. comme celles des portraits de jeunesse, alors qu’aucune documentation n’existait. L’imaginaire prit le pas sur la réalité, le mythe sur l’Histoire.

Isabelle Tamisier-Vétois
Avril 2021

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