Buonavita et Vignali, destins croisés

Auteur(s) : MACÉ Jacques
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Après le décès soudain de son fidèle maître d’hôtel et agent spécial Cipriani sans qu’il ait pu bénéficier des secours de la religion catholique, apostolique et romaine, Napoléon prit conscience de la probabilité de sa fin en exil et demanda le 22mars1818 au cardinal Fesch d’envoyer un aumônier à Sainte-Hélène. L’abbé Antonio Buonavita, que l’Empereur avait connu à l’île d’Elbe, arriva à Longwood en septembre 1819, accompagné d’un jeune prêtre nommé Angelo Paulo Vignali. Buonavita rentra en Europe dès le 17mars1821; ce fut donc l’abbé Vignali qui administra à Napoléon les derniers sacrements et officia lors de ses obsèques. Ces deux ecclésiastiques décédèrent l’un et l’autre avant 1840 et ne purent participer au Retour des cendres. Qui étaient-ils et que sont-ils devenus après la mort de l’Empereur ?

Vue de Longwood après les travaux de jardinage entrepris sur la demande de l’Empereur en 1819 - aquarelle par Louis Marchand, 1819. © Château de Malmaison

Antonio Buonavita

Dans le Nebbio, entre Calvi et Bastia, au milieu du XVIIIe siècle, le village perché de Pietralba abrite quelques familles de petits propriétaires terriens, fiers de leur insularité mais ouverts au monde extérieur. C’est là que naît en 1752 un enfant que l’on prénomme Antonio et qui, très jeune, va se destiner à la prêtrise, non pour exercer son sacerdoce dans l’île mais pour aller propager la foi au-delà des mers. Après une formation initiale au collège des jésuites de Bastia, il part étudier la théologie et la philosophie à l’université de Pise, reçoit les ordres mineurs et, le 20 décembre 1777 à l’âge de 25 ans, est ordonné prêtre par l’évêque de Calvi. Toute sa vie, Antonio Buonavita aura la bougeotte. Jeune prêtre, il se rend à Cadix où il a des relations familiales et devient aumônier de la marine espagnole avant de s’embarquer, en 1779, pour le Mexique, en tant que missionnaire de la Congrégation de la Propagation de la Foi. On le retrouve successivement précepteur du fils du vice-roi Manuel-Antonio de Florès, aumônier de l’hôpital militaire de Jalapa, chapelain du château royal de Perote puis, en 1788, curé de Santa Magdalena de Yecapixtla, non loin de Mexico. Il va y demeurer vingt ans. Pendant ce temps, un autre Corse, né dix-sept ans après Antonio, change le cours de l’histoire en Europe et s’empare de l’Espagne en 1808, ce qui ne manque pas de créer une vive agitation dans les colonies espagnoles d’Amérique et notamment au Mexique où la population voit dans ces événements la possibilité d’accéder à l’indépendance. L’abbé Buonavita rejoint alors les missions jésuites du Paraguay puis, fatigué, décide de revenir en Europe en passant par les États-Unis et Philadelphie. C’est dans cette ville qu’il est terrassé par une attaque d’apoplexie (Nous dirions aujourd’hui hémorragie cérébrale ou, mieux, AVC (accident vasculaire cérébral).), à laquelle il survit non sans une paralysie partielle et de graves difficultés d’élocution. Ce n’est qu’en 1811 qu’il débarque en Espagne et se met au service de son compatriote le roi Joseph, qui le charge des transferts de fonds secrets. Au cours d’une mission entre Madrid et Valence, il est fait prisonnier par le général Villacampa, menacé d’exécution et sauvé par le maréchal Suchet, gouverneur de Valence, qui procède à un échange. Le 2 août 1813, il est nommé chanoine honoraire de la cathédrale de Tortose. Lors de l’évacuation de l’Andalousie, Buonavita traverse la Méditerranée d’ouest en est, revoit son île natale puis se rend à Rome pour y décider de la suite de sa carrière car, à 62 ans, il n’envisage pas de cesser son activité. Il apprend alors l’installation de Napoléon à l’Île d’Elbe et demande à y être nommé. Attaché au vicaire général de l’île, il est amené à officier devant Napoléon et sa petite cour, les Bertrand, Drouot et Cambronne. Ainsi est-il aux premières loges le 2 août 1814 pour assister à l’arrivée de Madame Mère qui vient rejoindre son fils. Heureuse de rencontrer un si éminent compatriote, la vieille dame l’attache à son service comme chapelain. Napoléon se souviendra d’avoir rencontré l’abbé lorsqu’il venait déjeuner ou prendre le café chez sa mère à la Casa Vantani de Portoferraio. Aux Cent-Jours, Madame Mère demande à son chapelain de l’accompagner à Paris et Buonavita découvre la capitale. Pour peu de temps puisque Napoléon abdique bientôt pour la seconde fois et prend le chemin de l’exil. Apprenant qu’à l’Île d’Aix son fils avait remis son sort entre les mains des Anglais, Madame Mère envoie l’abbé Buonavita à Londres pour étudier la possibilité qu’elle le rejoigne en Angleterre. Il y arrive alors que le Northumberland vogue déjà vers Sainte-Hélène. Il rejoint Madame Mère à Rome et devient le chapelain de la princesse Pauline Borghèse à laquelle, même si les ardeurs de sa jeunesse s’étaient calmées, un confesseur à temps plein n’était sans doute pas inutile.

Le choix du cardinal

Fin mai 1818, le cardinal Fesch reçoit le courrier du grand maréchal Bertrand annonçant le décès de Cipriani auquel les derniers devoirs ont dû être rendus par un ministre de la religion anglicane et précisant : «Nous sentons le besoin d’un ministre de notre religion. Vous êtes notre évêque, nous désirons que vous en envoyiez un, français ou italien. Veuillez dans ce cas faire choix d’un homme instruit, ayant moins de quarante ans, et surtout d’un caractère doux et qui ne soit pas entêté de principes anti-gallicans. » En effet, après l’accident imprévu de Waterloo, le départ de Napoléon s’était organisé de façon précipitée et, si on avait réussi à trouver un jeune médecin intéressé par un voyage aux États- Unis mais qui se désistât en apprenant que la destination était Sainte-Hélène, personne ne songea à s’encombrer d’un aumônier. Au passage aux Îles du Cap Vert, un prêtre portugais proposa de se joindre à l’entourage de l’Empereur, mais les généraux Bertrand et Montholon, qui avaient conservé de leur jeunesse durant la période révolutionnaire une certaine indifférence pour les choses religieuses, déclinèrent la proposition, au regret semble-t-il de leurs épouses plus pieuses même si l’une d’elles, la comtesse de Montholon, avait mené une vie amoureuse assez agitée. Si bien que, pour les baptêmes des deux petites Montholon et d’Arthur Bertrand, nés à Longwood, on dut recourir au service du révérend anglican Vernon, ce qui donna à l’Empereur l’occasion de se livrer à l’une de ces plaisanteries dont il était friand (Lors du baptême de Napoléone de Montholon par le pasteur anglican, le général de Montholon s’inquiète : « Ne sera-t-elle pas protestante ? » Napoléon renchérit : « C’est sûr, elle sera protestante. » Le révérend Vernon doit rectifier : « L’Empereur est un habile général, il possède d’immenses connaissances et des talents transcendants, mais pardonnez-moi si j’ose direque dans ce cas particulier il fait erreur. »). Néanmoins, le décès de Cipriani le 27 février 1818 et l’obligation de confier la célébration de ses obsèques au révérend Boys amena l’Empereur à revoir sa position, songeant lui-même à son éventuelle fin sur son lieu d’exil. De plus, fatigué de ne guère tenir avec ses compagnons que des conversations portant sur des sujets militaires, il imagina que la présence d’un ecclésiastique lui ouvrirait des possibilités plus intellectuelles. Sur ce plan, il sera déçu. Le cardinal Fesch, après avoir songé à un abbé florentin nommé Vincenzo Parigi qui se vit écarté pour moralité discutable, convint avec Madame Mère que la fidélité de l’abbé Buonavita à la famille impériale, sa connaissance des pays tropicaux et sa piété en faisaient un bon candidat. Cependant, Sainte-Hélène étant considérée par le Vatican comme pays de mission, la présence de deux prêtres y était canoniquement nécessaire afin qu’ils puissent se confesser l’un à l’autre et continuer à célébrer l’Eucharistie en cas de péché mortel. L’abbé Buonavita proposa alors au cardinal de lui adjoindre un jeune prêtre corse qui se trouvait à Rome depuis quatre ans pour y préparer un doctorat de philosophie. Il se nommait Angelo Paulo Vignali (Bien que les historiens aient pris l’habitude de le prénommer Angelo ou Ange, il est avéré que son prénom usuel était Paulo ou Paul.). Il fut choisi bien que parlant à peine le français et malgré son physique de paysan corse assez fruste.

Angelo Paulo Vignali

Transportons-nous au coeur de la Corse, une vingtaine de kilomètres au nord de Corte en direction de Bastia, dans la pieve (Circonscription administrative génoise, équivalente au canton) de Rostino. Dans un rayon de quelques kilomètres, on trouve Morosaglia, village natal de Pascal Paoli, La Porta, fief de la famille Sébastiani, Saliceto, village natal du conventionnel Saliceti, Ponte-Novo où, le 8 mai 1769, les patriotes de Paoli furent anéantis par « trente mille Français vomis sur les côtes [de Corse], noyant le trône de la liberté dans des flots de sang » (Lettre du lieutenant Napoléon Buonaparte à Pascal Paoli, Auxonne, 12 juin 1789. L’authenticité de cette lettre est contestée : voir Correspondance générale de Napoléon Ier, Fayard/Fondation Napoléon, tome 1, lettre 29.) et, huit kilomètres au-dessus de Ponte-Novo par une petite route de montagne, le village de Bisinchi. C’est là, ou plus exactement au hameau de Vignale, deux kilomètres encore au-dessus de Bisinchi, qu’Angelo Paulo Vignali naquit le 11 avril 1789. La casa Vignali, imposante bâtisse de deux étages en pierres de schiste, existe toujours. Angelo-Giovanni Vignali, le père de Paulo, était un propriétaire terrien (vignes, oliviers) assez aisé et jouissait d’une certaine influence locale. Il sera de 1808 à 1812 maire de la commune de Bisinchi. Son fils aîné Paulo est orienté vers la carrière ecclésiastique, à l’exemple d’un de ses oncles également prénommé Ange- Paul. Et, tout naturellement, il va faire ses études dans la vallée voisine, au séminaire de La Porta d’Ampugnani créé par Mgr Louis Sébastiani de La Porta, premier évêque d’Ajaccio, oncle d’un autre Sébastiani, Horace, qui s’illustrera comme général et diplomate sous l’Empire. Les Sébastiani constituent un clan qui règne sur le Rostino et les Vignali, de Vignale, sont de leurs obligés. Paul Vignali reçoit la tonsure en 1807 à l’âge de 18 ans, le sous-diaconat en 1813, le diaconat en avril 1814 et la prêtrise cinq mois plus tard le 24 septembre 1814. Il s’embarque alors à Bastia pour Rome afin d’y poursuivre ses études (De philosophie et de théologie, mais sans doute aussi en médecine.), en faisant escale à Portoferraio où règne depuis quelques mois l’Empereur déchu (On peut supposer que la curiosité d’apercevoir l’Empereur fut le motif de cette halte…). Dans le milieu corse et ecclésiastique de Rome, il fait la connaissance de l’abbé Buonavita, originaire d’une région proche de la sienne.

La petite caravane

La préparation de leur départ prit plusieurs mois si bien que l’expulsion de Sainte-Hélène du docteur O’Meara survint entre-temps et que le grand maréchal Bertrand demanda également au cardinal l’envoi d’un chirurgien. On pressentit le docteur Foureau de Beauregard qui avait été le chirurgien de Napoléon à l’île d’Elbe mais les prétentions financières de l’intéressé choquèrent le sens de l’économie de Madame Mère et de son demi-frère. Ceux-ci doutaient même de la nécessité d’une telle dépense car une voyante autrichienne leur affirmait que l’Empereur n’était plus à Sainte-Hélène, s’étant envolé sur les ailes d’un ange. Leur choix se porta encore sur un Corse âgé de trente ans, Francesco Antommarchi, recommandé par le chevalier Colonna, intendant de Madame Mère. La qualité de ses études médicales à Pise ou Florence est discutée et il n’avait jamais soigné personnellement de malades mais il est avéré qu’il s’était formé à la dissection auprès du célèbre professeur Mascagni et qu’il pratiquait cet art avec un talent reconnu. Il aura l’occasion d’en fournir la preuve à Sainte-Hélène. Il fallait également envoyer en renfort à Longwood un maître d’hôtel, Jacques Coursot, ancien de la Maison impériale employé à Rome par Madame Mère, et un cuisinier, Jacques Chandelier, au service de Pauline Borghèse. Le cardinal Fesch donna à cette équipe de cinq hommes le surnom de petite caravane. La désignation des abbés Buonavita et Vignali reçut l’agrément du pape Pie VII qui eut la bonté, le 5 février 1819, de donner à Antoine Buonavita le titre de protonotaire apostolique et la fonction de préfet apostolique de Sainte-Hélène (On devrait donc dire « Mgr Buonavita » mais les compagnons de Sainte-
Hélène continuèrent à l’appeler « l’abbé » et, à leur suite, les historiens ont fait de même. Restituons-lui son titre.). L’abbé Vignali fut autorisé à exercer à Sainte-Hélène par un décret de la Propagation de la Foi, et fut doté en plus d’un certificat d’exercice de la médecine et de la chirurgie. On ignore cependant le niveau des études qu’il avait pu mener dans ce domaine car le cardinal Fesch prit soin de lui écrire : « Je vous destine pour aumônier en second de l’Empereur. Les connaissances que vous avez dans la médecine ne vous dispenseront jamais de vous regarder autre chose qu’aumônier et vous ne les exercerez qu’autant que vous serez requis. » Il ne restait plus qu’à attendre les passeports délivrés par lord Burghest, l’ambassadeur britannique à Florence, et l’on put enfin partir le 15 février 1919, après une réception donnée par Madame Mère, en présence de ses enfants Pauline et Lucien. Mgr Buonavita se vit confier des objets de culte et ornements sacerdotaux destinés à installer une chapelle de l’Empereur, ainsi qu’une caisse de livres et de cadeaux. Le voyage jusqu’à Londres, sans traverser la France, dura deux mois. À Parme, ils se procurèrent une mèche de cheveux du Roi de Rome, ils atteignirent Genève par Turin et le Mont-Cenis, puis le grand-duché de Bade, où régnait la grande-duchesse Stéphanie de Beauharnais, Francfort, où ils furent reçus par la comtesse de Survilliers, épouse de l’ex-roi Joseph qui, lui, préférait mener une agréable vie de célibataire aux États-Unis. Non loin de là, à Offenbach, ils rencontrèrent le comte de Las Cases dont les informations les mirent déjà dans l’ambiance de Longwood. Celui-ci leur remit deux portraits du Roi de Rome, l’un offert par le roi Jérôme, l’autre par la reine Hortense. Par Anvers, Ostende, et Douvres, ils arrivèrent enfin à Londres le 19 avril 1819. Les formalités de leur départ prirent encore près de trois mois, les Anglais y mettant une certaine mauvaise volonté. En particulier, lord Bathurst s’opposait à l’embarquement de l’abbé Vignali, arguant du fait que l’autorisation n’avait été accordée que pour un seul aumônier. Il fallut que Buonavita monte sur ses grands chevaux et fasse un cours de Droit canonique pour justifier la présence de son assistant. Ce délai permit à Antommarchi de rencontrer le docteur O’Meara, chassé de Sainte-Hélène, qui l’informa de l’état de santé réel de l’Empereur et au cuisinier Chandelier de se renseigner auprès de son prédécesseur Lepage qui lui conseilla d’emmener une batterie de cuisine neuve, tandis que Buonavita faisait plusieurs visites au vicaire apostolique romain à Londres, Mgr Slater, d’origine irlandaise, qui l’informa des us et coutumes en pays anglican. Enfin, le 9 juillet, la petite caravane s’embarqua sur un brick de transport de marchandises qui prit la route de Sainte-Hélène. Ceux pour lesquels il s’agissait du premier voyage au long cours apprécièrent modérément l’inconfort de la traversée. Au passage de la Ligne, seul Buonavita, qui avait déjà bourlingué dans l’hémisphère sud, échappa aux rites du traditionnel baptême.

La « paroisse » de Longwood

Dans les premiers jours de septembre, Napoléon fut informé de l’arrivée prochaine d’un aumônier et d’un docteur, mais sans renseignements précis sur leurs identités. La petite caravane débarqua à Jamestown le 21 septembre ; Coursot et Chandelier furent envoyés directement à Longwood où Napoléon les interrogea longuement sur les conditions d’existence à Rome de sa mère et des divers membres de sa famille. Mais les deux abbés et le docteur furent d’abord reçus par Hudson Lowe au Castle de Jamestown. Cette situation provoqua, on le devine, chez Napoléon une vive irritation et, le lendemain, les trois hommes furent reçus à Longwood dans un certain climat de tension. Profondément choqué en apprenant qu’ils n’étaient porteurs d’aucun message de ses proches à son intention, il interrogea longuement l’abbé Buonavita sur son âge et son état de santé, ayant du mal à cacher qu’il s’était attendu à recevoir un ecclésiastique d’un autre niveau, puis il parla de la Corse et de Ponte-Novo avec Vignali auquel, malgré son attestation romaine de connaissances médicales, il n’envisagea nullement de confier sa santé. Finalement, il leur demanda de s’arranger pour célébrer la messe chaque dimanche dans son salon. Puis ce fut le tour d’Antommarchi qu’il jugea comme un jeune homme peu expérimenté et présomptueux, ce en quoi il ne se trompait guère, et hésita quelque peu avant de lui permettre de l’ausculter. Dans l’immédiat, il le chargea de prendre soin de l’abbé Buonavita, craignant « que le cardinal n’ait envoyé ce bon vieillard que pour le faire enterrer ici » (Mémoires de Marchand.). Les trois arrivants prirent ensuite leurs quartiers : Antommarchi dans l’ancienne habitation du docteur O’Meara, Vignali dans celle du général Gourgaud et, pour Buonavita, on coupa en deux l’appartement du général Montholon, qui y était très à l’aise depuis le départ de son épouse et de ses enfants au mois de juillet précédent. Si l’on en croit les récits rédigés des années plus tard par Marchand, Montholon ou Ali, les nouveaux s’intégrèrent facilement à l’équipe en place. La réalité fut sans doute différente à en juger par le ton de la lettre envoyée par Charles de Montholon à son épouse Albine, curieuse de connaître le déroulement de la vie à Longwood après son départ : « Ce pauvre M. Buonavita est tout à fait moribond, à peine est-il bon à dire la messe. Le second prêtre est un montagnard corse, dont l’éducation n’a pas altéré l’enveloppe sauvage et brute. Je doute fort qu’il apporte jamais un charme quelconque à la société. » Dans le même esprit, Hudson Lowe relate en franglais le 27 janvier 1821 une conversation qu’il a eue avec le général Montholon : « Il [Napoléon] n’avait pas trouvé l’homme qu’il espérait, a man of education and learning, un théologien, quelqu’un qui pourrait soutenir les thèses en théologie, who would answer all his questions on religious matters, one capable de lui servir de guide en lisant l’Écriture, able to convince and satisfy his mind up on points where he felt doubts. » (Colonial Office Records, vol. 32.) Cette situation a donné à l’historien Frédéric Masson, très souvent critique dans son appréciation des compagnons de Sainte-Hélène, l’occasion d’écrire l’une des ses plus féroces pages : « Quoi ! L’on avait le moyen de lui [à Napoléon] fournir pour compagnons un homme de science et un homme de foi ; l’on pouvait soulager son corps, distraire son esprit, amuser son imagination, procurer à sa misère l’unique consolation, et voilà quels hommes on lui envoyait pour vivre avec lui, l’entretenir et le soigner physiquement et moralement. Si habitué qu’il fut à l’ineptie de Fesch, cette fois il ne le comprenait pas. On eût dit qu’il avait choisi à dessein ces trois Corses pour figurer, en face du Corse génial, ce que la Corse pouvait fournir d’ineptie, d’intrigue et d’ignorance : un vieillard qui, lorsque l’apoplexie ne le rendait pas muet, bredouillait alternativement en espagnol et en italien ses campagnes ecclésiastiques au Mexique et semblait tout ignorer d’un autre hémisphère ; un jeune prêtre qui, si vraiment comme on l’a dit, avait étudié au séminaire de Saint- Sulpice (Frédéric Masson est seul à indiquer que Vignali aurait fait, entre 1815 et 1818, un passage au séminaire Saint-Sulpice à Paris. Nous n’avons pu en trouver confirmation. De plus, Vignali ne parlait pratiquement pas le français.) et dans un séminaire romain, donnait la plus fâcheuse idée de l’instruction qu’on y recevait ; enfin, un terrible homme, affolé de vanité, d’ambition et de lucre, non pas mal élevé, car la rusticité parfois a du bon, mais audacieux, familier et se tenant égal à tous, sinon supérieur : une étonnante idée de soi que complétaient une ignorance tranquille et un imperturbable aplomb ». Sans commentaire. Les appointements de Buonavita furent fixés à 6 000 francs par an, ceux de Vignali à 3 000 et ceux d’Antommarchi à 9 000. Le dimanche suivant, les deux abbés purent célébrer la messe dans le salon, puis la salle à manger de Longwood fut transformée en chapelle amovible par les domestiques, comme Ali nous le conte longuement : « Du papier blanc fut collé au plafond et du papier chinois, fond rouge à fleurs d’or, avec bordure, couvrit les murs. On acheta une assez grande quantité de satin blanc pour tapisser le fond et les deux côtés de l’endroit où devait être placé l’autel, et du satin vert pour la garniture qui fut relevée en draperie. Toute cette tenture s’enlevait au moyen de crochets fixés au mur et d’anneaux cousus à l’étoffe […]. De la belle table de desserte en acajou, on fit un autel. Le devant de l’autel fut fait en satin blanc ; une bordure de velours vert l’encadra ; aux angles inférieurs, on fit des N couronnés et, au centre, une croix en galon d’or. L’autel fut couvert de nappes de percale baptiste, garnies de larges dentelles. Un petit tabernacle en forme de temple antique, orné de colonnes et surmonté d’une croix, fut fabriqué en cartonnage par Pierron ; quatre flambeaux garnis de bougies et des vases remplis de fleurs composèrent tout l’ornement du dessus d’autel […]. L’abbé Buonavita disait la messe, l’abbé Vignali, en petit rochet ou petit surplis, et Napoléon Bertrand remplissaient les fonctions de servants. C’était Vignali qui donnait l’Évangile à baiser […]. La messe terminée et l’Empereur passé dans le jardin ou dans le salon, la chapelle en moins d’un quart d’heure redevenait salle à manger […]. Quelques semaines après, l’Empereur permit à l’abbé Vignali de dire la messe tous les dimanches chez le grand maréchal, d’abord pour que Mme Bertrand ne se trouvât pas obligée de venir à Longwood, surtout quand le temps était mauvais, et ensuite pour que les personnes de sa connaissance qui demeuraient au camp puissent y assister. Plusieurs bonnes catholiques surent gré à l’Empereur de cette attention. » (Fanny Bertrand n’aurait eu que deux cents mètres à parcourir pour venir à Longwood House, mais elle préférait passer le dimanche avec ses amies irlandaises.) Toute la domesticité assistait à l’office car « l’Empereur laissait chacun entièrement libre dans la pratique de la religion, mais c’eût été mal noté dans son esprit que d’affecter de l’impiété. »(Mémoires de Marchand.) Buonavita eut à coeur de régulariser la situation des couples formés à Longwood et confirma religieusement le mariage du valet Noverraz avec Joséphine Brulé, l’ex-femme de chambre de la comtesse de Montholon qui, par amour, avait refusé de partir avec sa maîtresse. Il échoua cependant à unir le cocher Archambault avec Mary Foss, une métisse qui partageait son logement au-dessus de l’écurie (On ne sait pourquoi Montholon, dans une lettre à son épouse, annonce ce mariage. Il n’en fut rien et, en 1840 lors du retour des Cendres, Ali et Archambault retrouvèrent avec émotion Mary Foss, restée à Sainte-Hélène (Mameluck Ali, Journal inédit du retour des cendres, présenté par Jacques Jourquin, Paris, Tallandier, 2003).). Le 20 octobre 1819, il célébrera le mariage d’Ali (Saint-Denis) avec Mary Hall, la femme de chambre de la comtesse Bertrand, malgré l’opposition de Napoléon qui voyait ce mariage d’un mauvais oeil. Il craignait en effet que la comtesse n’utilisât la perte de sa domestique préférée pour relancer son idée de quitter Sainte-Hélène. Un compromis fut trouvé : on les maria, une chambre pour le jeune couple fut aménagée dans les combles de Longwood mais Mary continua son service de jour à la maison Bertrand. Quant à Vignali, si personne ne lui fit assez confiance pour le laisser mettre en pratique ses douteuses connaissances médicales, la comtesse Bertrand le chargea de donner des cours de latin, de géographie et de mathématiques à ses enfants dont l’éducation était fort relâchée. Il se fit cependant remarquer le 24 juillet 1820 en se livrant à un canular. Ce jour-là, un cavalier vêtu de la redingote et du chapeau de l’Empereur sort de Longwood House à vive allure pour une longue promenade solitaire. Hudson Lowe est immédiatement prévenu, la garnison est mise en état d’alerte jusqu’à ce que, une heure plus tard au retour du cavalier, on découvre qu’il s’agissait de Vignali (Corse court et trapu, il avait sensiblement la morphologie de Napoléon.). Il ne recommencera pas.

Le retour de Mgr Buonavita

L’état de santé de Mgr Buonavita se dégrada-t-il durant l’année 1820 au point que l’on craignît son décès sur place et que l’entourage de l’Empereur décidât de demander son retour à Rome ? C’est l’explication qui figure dans les documents officiels mais on peut raisonnablement penser qu’il s’agit d’un prétexte. En effet, après la dernière sortie à cheval de Napoléon jusqu’à Sandy Bay le 4 octobre 1820, son état de santé empire rapidement au point que, le 5 décembre, dans une lettre à son épouse, le général Montholon exprime la crainte qu’il ne puisse vivre plus de six mois. Après l’échec des tentatives du général Gourgaud – rentré à Londres en 1818 – pour intéresser le congrès d’Aix-la- Chapelle à l’amélioration des conditions de détention de l’Empereur, Bertrand et Montholon ne voient plus qu’une intervention du pape lui-même pour obtenir un changement du lieu de détention. Et, pour une telle mission, quel meilleur ambassadeur que Mgr Buonavita ? Évidemment, une telle opération n’est possible qu’en la cachant aux Anglais et Montholon se charge de la manoeuvre d’intoxication (Il faut entendre ici le mot au sens d’intox, et non d’empoisonnement.). Dans ses lettres à son épouse, lues par Hudson Lowe, il insiste lourdement sur la dégradation de la santé de Buonavita : « L’abbé Buonavita veut nous quitter. Le bon vieillard se meurt, il a fait sa demande au gouverneur. Il est probable qu’il partira peut-être pour l’Europe aux beaux jours. Depuis plusieurs semaines, il est hors d’état d’officier. Nous sommes réduits à la messe de l’abbé Vignali (19 janvier 1821) ». Antommarchi et Montholon, dans leurs contacts avec le gouverneur, ne manquent pas d’enfoncer le clou, insistant sur le mauvais effet politique qu’aurait un nouveau décès dans l’entourage du « général Bonaparte ». Hudson Lowe se laisse convaincre et accepte le rapatriement de l’abbé Buonavita en Angleterre. Son départ est prévu sur un navire appareillant le 17 mars 1821. Le 16 mars, l’abbé dîne chez le grand maréchal qui lui remet des courriers de l’Empereur et de lui-même destinés au cardinal Fesch. Le lendemain, un dimanche, il transmet ses fonctions à l’abbé Vignali et assiste à l’office que celui-ci célèbre et que Napoléon suit depuis son lit dans la pièce voisine avant de faire ses adieux à l’aumônier qui le quitte. Marchand nous conte la scène : « Ce bon vieillard, marchant avec peine, s’approcha du lit et mit un genou à terre pour baiser la main de l’Empereur, qui l’invita à se relever et à s’asseoir. Je l’aidais en m’approchant de lui et lui offrant mon bras comme point d’appui. L’Empereur l’entretint sur ce qu’il avait à dire à sa mère et sa famille en arrivant à Rome. L’abbé Buonavita était vivement ému du calme et de la résignation de l’Empereur, étonné aussi du ravage exercé dans ses traits, au point qu’il ne put retenir ses larmes lorsqu’il fut hors de la chambre : “Mon cher ami, me dit-il, l’Empereur est bien changé, je vais prévenir sa famille que s’il n’est pas sorti d’ici le plus tôt possible, c’en est fait de lui.” » C’est ensuite accompagné d’Antommarchi qui l’aide à s’installer à bord que Buonavita se rend à Jamestown. Son bateau mit près de trois mois pour atteindre l’Angleterre et il n’arriva à Rome, via la Hollande, que le 9 juillet, alors que la nouvelle du décès de Napoléon le 5 mai commençait à se répandre à travers l’Europe. Il était reçu le 10 juillet au palais Rinuccini par Madame Mère et le cardinal Fesch, qui qualifièrent de mensongère sa description de l’état de l’Empereur. Le lendemain, alarmée par la lettre de son frère remise à l’abbé, Pauline Borghèse écrivait au Premier ministre britannique pour lui demander l’autorisation de se rendre à Sainte-Hélène quand la tragique nouvelle lui parvint. La mission de l’abbé Buonavita devenait inutile. Mgr Buonavita reprit sa fonction d’aumônier de la princesse Pauline, bénéficiant d’une pension de 3 000 francs, versée par Madame Mère selon la prescription de l’Empereur (C’est la raison pour laquelle l’abbé Buonavita ne bénéficie d’aucun legs dans le testament impérial.). Pendant plusieurs années, il réside alternativement à Rome, à Florence et à Pise. Mais, après le décès de Pauline en 1827, Madame Laetitia décide se suspendre le versement de la pension et notre abbé se retrouve sans moyen décent d’existence. Écoeuré par la « sordide avarice de Madame Mère » – comme il l’écrit au général Bertrand en lui demandant une aide financière –, il décide de reprendre son activité missionnaire.

Mgr Buonavita à l’Île Maurice

En 1810, l’Isle de France a été conquise par les Anglais qui, au congrès de Vienne, ne l’ont pas restituée à la France, à la différence de l’Île Bourbon (ou Réunion). Néanmoins, par l’acte de capitulation du général Decaen, la population a été autorisée à conserver ses « lois, coutumes et religion ». Sous gouvernement anglican, l’Île Maurice devient un pays de mission catholique, placé sous la responsabilité d’un vicaire apostolique (Équivalent à un évêque.), catholique irlandais. En février 1820, Mgr Slater, que l’abbé Buonavita avait rencontré lors de son passage à Londres, est nommé vicaire apostolique à Maurice et réclame à Rome l’envoi de prêtres catholiques car le clergé de l’île est en nombre très insuffisant. Informé de cette situation, Buonavita se porte candidat et est autorisé à rejoindre Mgr Slater à Port-Louis. Il se rend à Marseille pour s’embarquer mais manque le bateau prévu et doit en prendre un pour Saint-Denis de la Réunion, d’où il rejoindra Maurice. Parti début juillet 1828, il débarque le 13 novembre à l’Île Bourbon (Réunion) où la présence de l’ancien aumônier de Napoléon à Sainte-Hélène ne passe pas inaperçue. Six mois plus tôt, le passage à Bourbon d’Hudson Lowe, revenant de Ceylan vers l’Angleterre (Avec escale à Sainte-Hélène.), y avait provoqué de vives manifestations d’hostilité. Buonavita est reçu par la meilleure société de l’île qui ne tarit pas de questions, comme le relate la presse locale. Il y répond non sans humour : « – Monsieur l’abbé, pensez-vous que Napoléon soit en paradis ? – S’il m’a tout dit, certainement ! » Le 10 décembre enfin, il arrive à Port-Louis, la capitale de l’Île Maurice, où Mgr Slater est aussi étonné de l’âge de cette recrue que flatté de sa notoriété. Mgr Buonavita est nommé vicaire de la paroisse Saint-Louis de Port-Louis, appointé par le gouverneur. Ayant recouvré, peut-être grâce au climat, ses moyens physiques, il manifeste une vive énergie, parcourant l’île et baptisant à tour de bras. Il devient vite une personnalité connue et appréciée. Si bien qu’en juin 1832, lorsque Mgr Slater, malade, décide de rentrer en Grande-Bretagne (Il devait décéder en mer.), il se propose de confier à Mgr Buonavita l’intérim du vicariat apostolique, jusqu’à l’arrivée d’un successeur nommé par Rome et accepté par Londres. Le gouverneur s’y oppose, refusant que cette fonction soit assumée par un alien (Non britannique.). Jusqu’en février 1833, Buonavita remplit néanmoins la charge sous couvert d’un prêtre d’origine britannique non investi par Rome et il y laisse ses dernières forces. Mgr Buonavita se retire alors dans la petite commune résidentielle de Pamplemousses, au nord de Port-Louis, hébergé chez Mlle Louise Jacob de Cordemoy, d’une vieille famille ayant donné un gouverneur de l’Isle de France. Il y décède le 2 novembre 1833, âgé de 81 ans. En annonçant ses obsèques dans l’église Saint-Louis, la presse locale souligne que « les habitants de Maurice portaient à ce vénérable ecclésiastique le respect et l’attachement que méritaient ses vertus et son noble dévouement au malheur ». Son corps est ramené à Pamplemousses et inhumé dans le cimetière, près de l’église Saint-François, la plus ancienne de l’île (Sa tombe, surmontée d’une petite pyramide de blocs de basalte, y est toujours visible et honorée, à une centaine de mètres du célèbre jardin botanique créé par Mahé de La Bourdonnais et le gouverneur Pierre Poivre. Malgré la mention figurant dans la plupart des guides, les touristes français visitant le jardin botanique «oublient» souvent de faire le détour…).

Au chevet de l’Empereur mourant

Après le départ de Buonavita, Napoléon vécut encore sept semaines sans pratiquement quitter son lit. À partir du 12 avril, il dicte à Montholon son testament avant de le recopier lui-même. Vomissements, lavements, douleurs, délires verbaux, périodes de lucidité et de léthargie se succèdent. Jusqu’au 26 avril, il dicte et signe une série de codicilles à son testament et demande à l’abbé Vignali d’apposer sa signature sur les scellés de l’original. Le lit du patient est transféré dans le salon ; l’Empereur sent sa fin approcher et, selon Bertrand, tantôt il rêve de retrouver Kléber, Lannes, Bessières, Duroc, Ney, Murat, Berthier, tantôt « paraît dire qu’il n’y a rien après » (Cahiers du général Bertrand, 1er mai 1821). Il prend cependant soin d’écrire en prélude de son testament la formule traditionnelle : « Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine dans laquelle je suis né il y a plus de cinquante ans. » (Dans le même esprit, il avait en 1800 substitué au salut habituel à la fin de ses lettres la formule : «Sur ce, je prie Dieu qu’il vous ait en sa sainte et digne garde».) Il demande à l’abbé Vignali s’il connaît bien le service d’une « chambre ardente », lui prescrit de célébrer, dès le moment de sa mort, des offices funèbres à l’autel dressé dans sa chambre et d’organiser une continuelle veillée de prières. Il est certain que, quelques jours avant sa mort, Napoléon eut un entretien privé (confession ?) avec l’abbé Vignali et que celui-ci lui administra vraisemblablement l’extrêmeonction. Cette scène se situe entre 1 et 2 heures de l’aprèsmidi mais il y a un doute sur la date exacte. Antommarchi (qui publie en 1825) situe cet événement le 3 mai, juste avant l’administration d’une dose de dix grains de calomel à la demande des médecins britanniques appelés en consultation. Marchand, qui écrit ses Mémoires vingt ans plus tard avec l’Antommarchi ouvert sur son bureau, reprend cette date en ajoutant quelques détails de son cru. Mais dans ses Cahiers tenus quotidiennement, Bertrand place la scène le 1er mai, indiquant que l’Empereur avait également exprimé le désir de recevoir la communion mais que l’état de son estomac ne l’avait pas permis. Le mameluck Ali va dans le même sens : « Cinq ou six jours avant sa mort, l’Empereur, qui était alors à demeure dans le salon, fit appeler l’abbé Vignali et eut avec lui un entretien. C’était le soir, à ce que je puis me rappeler. Dire ce qui s’est passé dans cet entretien, c’est ce que personne n’a su. Cependant on rapporta que l’intention de l’Empereur était que l’on fît connaître dans le public qu’il avait été administré ou qu’il avait fait ses dévotions. M. Vignali a emporté la vérité dans la tombe. » Vignali assiste au décès avec l’ensemble des compagnons, est témoin de l’autopsie, puis assure messes et prières dans la chambre funéraire du 6 mai au soir au 9 mai au matin, comme le remarque le tapissier Darling chargé de la préparation des obsèques : « Devant l’autel, une estrade haute d’une marche, sur laquelle le prêtre M. Vignali montait vêtu de sa chasuble et récitait un pater noster lorsqu’une personne de la confession catholique venait demander le sacrement. » Le 9 mai à 10 heures, Vignali célèbre la messe de funérailles, puis prend la tête du convoi funèbre qui descend vers Hutt’s Gate et le Val du Géranium où a été creusée la tombe. À côte de lui, le jeune Henri Bertrand porte le bénitier et le goupillon, tandis que son frère Napoléon Bertrand, Marchand, Montholon et Bertrand tiennent les cordons du poêle. La garnison britannique rend les honneurs tout le long du chemin. Il n’y a pas de discours, Vignali bénit la tombe et prononce les dernières prières avant qu’une lourde dalle ne vienne masquer à la vue le quadruple cercueil et clore la sépulture. L’abbé n’assistera pas à sa réouverture, dix-neuf ans plus tard.

Les sentiments religieux de Napoléon

En demandant un aumônier, en faisant célébrer la messe dominicale à Longwood, en recevant l’extrême-onction et en prévoyant ses funérailles religieuses, Napoléon manifesta clairement sa volonté de respecter les normes de l’Église en la matière. Ce fut alors interprété pas ses compagnons comme l’attitude d’un agnostique se livrant au pari de Pascal. Dans le climat de renaissance religieuse inspiré du Génie du Christianisme et de retour à l’ordre moral des années 1830 et 40, cette interprétation ne fut plus jugée suffisante. Un certain chevalier de Beauterne entreprit de démontrer que Napoléon avait fait preuve, bien avant ses derniers instants, de profonds sentiments de foi et de piété. Il reçut l’appui du général de Montholon, alors détenu à Ham, qui accepta de témoigner dans le même sens (Sentiment de Napoléon sur le christianisme, conversations religieuses recueillies à Sainte-Hélène par M. le général de Montholon, par M. le chevalier de Beauterne, Paris, 1841. Cet ouvrage rencontra un vif succès et fit l’objet denombreuses rééditions jusqu’en 1870.). Montholon est le seul à signaler une conversation secrète entre l’Empereur et l’abbé Vignali le 20 avril : « Cette nuit, vers une heure, l’Empereur m’a exprimé le désir de causer avec l’abbé Vignali et m’a ordonné de le faire appeler, ajoutant : “Vous nous laisserez, mais vous reviendrez dès qu’il sera sorti de ma chambre. Arrangez-vous de manière à ce que l’on ne sache pas que je l’ai vu cette nuit.” J’obéis, l’abbé Vignali resta une heure près de l’Empereur. Quand je rentrai, l’Empereur était très calme. Sa voix ne témoignait d’aucune émotion ; il a causé quelques instants religion, m’a demandé sa potion, et s’est endormi. » Puis Montholon confirme la date du 1er mai pour un second entretien et l’administration de l’extrême-onction : « Ce matin, au moment où je quittais l’Empereur après avoir écrit sous sa dictée plus de deux heures, il m’a dit de lui envoyer l’abbé Vignali. Une heure après, la chapelle était dressée et l’aumônier avait commencé la prière de quarante heures. » Depuis 1840, Montholon ne manquait pas une occasion de mettre en question la fidélité de Bertrand qui, selon lui, ne songeait durant la dernière année de la captivité qu’à rentrer en Europe avec son épouse. Il racontait aussi que Bertrand s’était opposé à ce que Vignali célèbre un office religieux continu pendant les cinq derniers jours de la vie de l’Empereur et qu’il avait fait démonter la chapelle, parlant de capucinade. Beauterne exploite avec virulence ce supposé incident. Au point que Marchand, habituellement mesuré et prudent dans ses propos, crut nécessaire d’ajouter une note à ce sujet dans ses Mémoires : « Je dois dire que rien jusqu’à ce jour n’est venu me révéler qu’il [Napoléon, le 20 avril] pensât à accomplir ce devoir dont parle M. de Beauterne ; je ne lui ai pas dit davantage tel qu’il le rapporte, que le général Bertrand, sortant un jour de chez l’Empereur, haussa les épaules murmurant le mot de Capucin. L’auteur de cet ouvrage s’attache à ternir le caractère si honorable du comte Bertrand, en s’attachant à le représenter comme un homme qui a rendu plein d’amertume les derniers moments de l’Empereur […]. L’auteur prête à l’Empereur des pensées qui ne sont point les siennes, un langage qui n’est pas le sien, il le fait chrétien à sa manière et non tel que nous l’avons connu soit à Paris, soit à l’île d’Elbe, soit à Sainte-Hélène. M. de Beauterne a été mal renseigné ou a mal rapporté ce qui lui a été dit, comme il le fait en ce qui me concerne. » Traitant de mécréants ceux qui comme Gourgaud ou Las Cases prétendaient que Napoléon n’avait pas de conviction profonde en matière religieuse, Beauterne n’hésite pas à affirmer : « Les plus nobles traits de la divinité sont manifestement écrits et se réfléchissent dans cet individu illustre. Il eut la mission de protéger et d’accomplir la réalisation des desseins du ciel sur le monde. Ce fut la Providence qui attira sur lui tous les regards et qui lui aplanit le chemin d’une élévation inouïe, le redressement des esprits, la réforme des moeurs, la régénération de la société […]. Les objections contre la sincérité de la foi religieuse de l’Empereur sont plus apparentes que réelles, plus idéales que positives. » Ne pouvant passer sous silence les démêlés de Napoléon avec le Saint-Siège, Beauterne conclut : « Il s’humilia, il se réconcilia avec Dieu, il s’anéantit en sa présence autant qu’il s’était élevé devant les hommes. Ce grand homme est mort pénitent dans les bras de la religion. » La messe est dite.

Retour de Vignali en Corse

Vignali embarque le 27 mai avec ses compagnons à bord du Camel et arrive à Londres soixante-cinq jours plus tard, potentiellement riche du legs de cent mille francs qui figure à son nom dans le testament impérial : « À l’abbé Vignali, cent mille francs ; je désire qu’il bâtisse sa maison près de Ponte Nuovo di Rustino ». Il a suffisamment parlé à l’Empereur de son désir de construire sur un terrain appartenant à sa famille en ce lieu et espère bien réaliser ce voeu. Il se rend à Paris puis à Rome où il est très bien accueilli par Madame Mère et le cardinal auxquels il fait le récit des derniers jours de l’Empereur, des conditions de son inhumation. Il retrouve Mgr Buonavita ; Madame Mère l’invite à séjourner dans sa maison de campagne d’Albano. En avril 1823, il regagne Bisinchi avant de se rendre à Paris car le règlement du testament impérial soulève de grosses difficultés entre le banquier Laffitte, détenteur des fonds, et les exécuteurs testamentaires Bertrand, Montholon, et Marchand. Mais en fait c’est Montholon qui dirige les négociations et les distributions d’acomptes. L’abbé Vignali fait alors l’erreur de sa vie en donnant procuration à Montholon pour toucher les fonds qui lui reviennent. Puis il retourne tranquillement dans son hameau pour y jouir des paysages corses. À Vignale, à 20 m de sa maison, se dresse une petite chapelle où il peut dire sa messe sans même descendre au village. Quand le peintre von Steuben réalise le célèbre tableau de la mort de Napoléon entouré de tous les siens, l’ancien maître d’hôtel Coursot presse par courrier Vignali d’envoyer une esquisse de son portrait au peintre. Il négligera de la faire si bien que Steuben, faute de visage, représentera Vignali vu de dos (tout à gauche du tableau) ! Lorsqu’en 1826 un arbitrage règle la distribution des fonds Laffitte et attribue 94 721 francs à Vignali, celui-ci s’attend à recevoir le complément à l’acompte de 36 000 francs qui lui a été versé par Montholon. Mais il ne voit rien venir. Il s’adresse alors à Bertrand et Marchand qui ne lui cachent pas la situation financière délicate de Montholon, au bord de la faillite. Il n’est d’ailleurs pas le seul à avoir été ainsi grugé. Bertrand lui écrit en juin 1829 : « Ces créances sont vraiment dans un cas spécial, qui intéresse plus particulièrement l’honneur du général Montholon. » Marchand se défausse : « Je ne puis me charger des reproches que vous adressez à M. le comte de Montholon bien qu’ils soient mérités. Cette affaire est délicate et je ne me soucie pas d’y entrer en tiers. » Après la faillite de Montholon et la saisie du château que son beau-père Sémonville avait accepté de mettre en gage pour couvrir ses engagements, Vignali espère encore obtenir quelques miettes, puis se résigne (En lot de consolation, Montholon lui avait remis une lettre destinée à l’impératrice Marie-Louise attestant que Napoléon avait exprimé le désir que l’abbé Vignali soit attaché à la maison de l’Impératrice jusqu’à la majorité de son fils !). Il abandonne le projet de construction à Ponte- Novo et reste domicilié dans la maison familiale de Vignale. C’est là qu’il va trouver la mort.

Lutte municipale à Bisinchi

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les Corses prirent l’habitude de régler leurs différends politiques ou familiaux par des assassinats, se répétant de génération en génération. Dans ce domaine, les habitants du Rostino furent particulièrement actifs et le nom de Bisinchi revient fréquemment dans les récits de vendettas (Selon les statistiques, les taux de meurtres et d’assassinats étaient enCorse neuf à douze fois supérieurs à ceux du reste de la France. Bien sûr, cela a
changé depuis.). Il existait en particulier une opposition marquée entre les cultivateurs de Vignale et les éleveurs de Bisinchi. Lorsqu’en 1811 Napoléon réunit les deux départements corses et érige sa ville natale d’Ajaccio en préfecture unique, le clan bastiais des Sébastiani connaît une éclipse. Angelo-Giovanni Vignali, le père de l’abbé, perd alors la fonction de maire de Bisinchi, remplacé par Angelo-Matteo Luccioni, puis Anton-Battista Canacci de 1816 à 1821, Gian- Valerio Valeri de 1821 à 1832, et de nouveau Anton-Battista Canacci de 1832 à 1835. La monarchie de Juillet amène une redistribution des cartes politiques. À Bastia, les Pozzo di Borgo sont écartés et les Sébastiani reviennent au premier plan. Début 1836, Angelo-Giovanni redevient maire de Bisinchi. L’un de ses premiers actes est d’exiger une reddition des comptes des deux maires précédents (Nous dirions aujourd’hui qu’il entend faire un audit.), ce qui est considéré comme un geste de défiance et même une provocation « portant atteinte à leur délicatesse et à leur considération ». Canacci et Valeri ne cachent pas leur colère et déclarent qu’ils soupçonnent l’abbé Vignali d’être, derrière son père, à l’origine de l’affaire, soutenu par le sous-préfet de Corte qui adresse une lettre demandant que les comptes de la municipalité de Bisinchi soient vérifiés, que l’utilisation de certaines sommes soit éclaircie. Canacci, particulièrement remonté, aurait déclaré : « Le prêtre nous en a trop fait. Il faut qu’il fasse une mauvaise fin [mala morte]. » Le 5 juin 1836 se déroule une séance du conseil municipal particulièrement houleuse. Le 14 juin, l’abbé Vignali est trouvé étendu raide mort devant la fenêtre ouverte de sa chambre au 2e étage de sa maison. Il a été atteint d’une balle en pleine tête en fermant ses volets sans éteindre sa chandelle. La veille, entre 10 et 11 heures du soir, tout le hameau a entendu le coup de feu, mais personne évidemment n’est sorti. Les gendarmes commencent l’enquête mais les soupçons de la population se portent immédiatement sur Sextius Valeri et Alexandre Canacci, les fils des anciens maires, eux-mêmes très amis avec Ours-François Luccioni, dont la maison se trouve juste en face de la casa Vignali. Manifestement le tireur s’était posté dans l’angle d’une ruelle bordant la casa Luccioni et avait peut-être même tiré en biais d’une petite fenêtre de cette maison donnant sur la ruelle (Nos lecteurs qui se rendront à Vignale retrouveront les lieux sans peine.). Aussi quand Sextius Valeri et Alexandre Canacci se rendent à la casa Vignali pour présenter leurs condoléances sont-ils violemment pris à partie ; ils décident sagement de se retirer dans la montagne d’Ortoprio. Les trois supposés complices sont jugés le 23 décembre 1837 par la Cour d’assises de Bastia mais seul Ours-François Luccioni est présent. Le jury l’acquitte faute de preuve et de témoins.

La vendetta se poursuit

L’abbé Vignali avait un frère cadet, Angelo-Rutilius, et une soeur prénommée Roxana. Le second fils Valeri, prénommé Fortuné, ne cache pas son intention de supprimer les derniers Vignali pour venger l’honneur de sa famille. Le père Vignali s’empresse de marier sa fille avec Antoine François Giannettini pour lui éviter d’être enlevée (ou pire) et Rutilius ne quitte plus le hameau de Vignale. Cependant, le 20 mai 1838, Rutilius doit se rendre sur une de ses vignes dans la vallée et, au retour, il s’arrête à l’église de Bisinchi pour y assister à la bénédiction. Immédiatement informé, Fortuné Valeri va se poster à la sortie du village en compagnie d’un jeune homme nommé Ange-Mathieu Casabianca. Ils laissent passer Rutilius qui est accompagné d’un ami nommé Paoli car deux jeunes filles se trouvent sur le chemin. Par un raccourci, ils vont attendre les marcheurs plus haut à un croisement. Malgré la présence de Paoli (Testis unus, testis nullus.), Valeri tire un coup de pistolet dans les reins de Rutilius, le blessant mortellement, et prend la fuite, suivi de Casabianca qui n’a pas sorti son pistolet. Ce second assassinat soulève un vif émoi et les gendarmes font enfin preuve de zèle pour retrouver les trois hommes en fuite. Ils arrêtent Alexandre Canacci qui est jugé par la Cour d’assises de Bastia le 11 mars 1839 pour l’assassinat de l’abbé. Or, les jurés d’assises répugnaient à prononcer des condamnations de peur de relancer les vendettas et par crainte pour leur propre sécurité. Canacci est défendu par Me Philippe de Caraffa, célèbre avocat et homme politique bastiais qui exploite habilement la situation. Il démontre que la réunion du conseil municipal à l’origine du drame avait été convoquée à la demande expresse du sous-préfet de Corte. Les Valeri et les Canacci n’avaient donc pas de raison d’en vouloir aux Vignali et d’attenter à la vie de l’abbé. Ce raisonnement spécieux convainc les jurés et Canacci est acquitté. De ce fait, les poursuites contre Sextius Valeri, qui se trouvait dans le même cas, furent abandonnées et l’on ne parla plus de l’assassinat de l’abbé. Restaient inculpés, pour le meurtre de Rutilius, Fortuné Valeri (en fuite) et Ange-Mathieu Casabianca qui considérait son cas comme mineur puisqu’il n’avait même pas sorti son arme. Ils sont jugés fin 1839 par la Cour d’assises de Bastia et Casabianca, payant pour tous, écope de vingt ans de travaux forcés. Le jugement est cassé par la Cour de cassation et Casabianca est rejugé le 27 juin 1840 par la Cour d’assises des Bouches-du-Rhône à Aix-en-Provence. Le verdict initial est confirmé et Casabianca part au bagne. Ainsi s’achève au plan judiciaire l’affaire du double assassinat des frères Vignali puisqu’en 1848 Fortuné Valeri figurera toujours sur la liste des contumax du département de la Corse (Les archives de la Cour d’assises de Bastia pour la période concernée ont disparu (détruites lors des bombardements de 1943-1944). Néanmoins, les procès des affaires Vignali ont pu être reconstitués grâce : au compte-rendu du procès Canacci, publié dans la Gazette des Tribunaux le 30 mars 1839 (Archives nationales) ; au rapport du président de la Cour d’assises des Bouches-du-Rhône au Garde des Sceaux lors du second procès Casabianca (Archives nationales, cote BB/20/104).).

La succession de l’abbé Vignali

L’abbé Vignali était dépositaire des objets de culte offerts par Madame Mère et le cardinal Fesch (calice, ciboire, patène, burettes, candélabres) constituant la « chapelle impériale » de Longwood, qu’il était chargé de remettre au Roi de Rome le jour de ses seize ans. Bien sûr, il ne put exécuter cette mission. Il semble que Rutilius Vignali était aussi naïf que son frère l’abbé car, après la mort de ce dernier, il confia ces objets à un certain Pieraggi qui partait à Londres et qui promit de les proposer au roi Joseph, moyennant une honnête rétribution. Trois ans plus tard, après la mort de Rutilius, on était toujours sans nouvelle de l’opération. Giovanni Vignali, père des deux frères décédés, porta plainte pour abus de confiance et l’on apprit que Pieraggi avait déposé les objets en gage au Mont-de-Piété de Paris pour un emprunt personnel. Il s’ensuivit un long procès à Corte en 1839, puis à Paris de 1840 à 1851. Les objets furent récupérés par le duc de Padoue, exécuteur testamentaire de Madame Mère, puis furent remis au prince Victor et à son fils le prince Napoléon qui en 1979 les légua à l’État. Ils sont aujourd’hui conservés au château de Malmaison. La succession personnelle de l’abbé Vignali comportait ses propres objets cultuels, ses vêtements sacerdotaux, les nappes et napperons de l’autel de Longwood, ses lettres et documents, des souvenirs rapportés de Sainte-Hélène : couverts et timbale au chiffre de l’Empereur, chemise, culotte et mouchoirs de Napoléon, les inévitables cheveux et poils de barbe de l’Empereur… et un tendon prélevé par le docteur Antommarchi au moment de l’autopsie. Après le décès de Giovanni Vignali, ces objets passèrent entre les mains de sa fille Roxana épouse Giannettini, puis du fils unique de celle-ci, Charles Maria Giannettini, qui sera maire de Bisinchi de 1855 à 1865 et de 1870 à 1919. Sans descendant mâle, ce Giannettini les vendit en 1916 à un collectionneur de Philadelphie, le docteur Rosenbach. L’essentiel de cette collection, notamment les lettres, documents, ornements sacerdotaux et souvenirs de l’abbé, revint en France soixante ans plus tard pour être dispersé en vente publique à Drouot Rive gauche le 26 octobre 1977. L’abbé fut inhumé dans la monumentale sépulture familiale, située dans un terrain privé en contrebas du hameau de Vignale. Surmonté de deux cyprès, l’endroit est connu mais inaccessible car à l’abandon depuis plus de trente ans et complètement envahi par la végétation. Un visiteur a signalé en 1980 que la voûte du monument était écroulée. La tombe de celui qui administra les derniers sacrements à l’Empereur, qui recueillit ses dernières pensées, sera-t-elle un jour dégagée et restaurée ? De retour du cimetière de Pamplemousses à l’île Maurice, je suis monté jusqu’au hameau de Vignale. J’ai contourné la chapelle où l’abbé Vignali célébrait sa messe, grimpé une petite ruelle et, adossé à un angle de murs, j’ai braqué… mon appareil photographique vers une fenêtre aux volets délabrés, au deuxième étage de la maison d’en face, en rêvant aux destins contrastés de deux compagnons de Sainte- Hélène, désormais mieux connus.

 

Bibliographie

Dominique Bonavita, Antonio Bonavita, Premier Aumônier de Napoléon à Sainte-Hélène, Nîmes, Éditions Lacour, 2004.
Amédée Nagapen, Histoire de l’Église, Isle de France-Ile Maurice, 1721-1968, Ile Maurice, Diocèse de Port-Louis, 1996.
Jean Guerrini-Graziani, L’assassinat en Corse de l’abbé Vignali, 1982. Étude consultable à Ajaccio, Archives départementales de Corse du Sud.
Description of the Vignali Collection of Relics of Napoleon, Philadelphia, The Rosenbach Company, 1924.
Catalogue vente Drouot, 26 octobre 1977.
Stephen Wilson, Feuding, Conflict and Banditry in nineteenth century Corsica, Cambridge University Press, 1988.

Titre de revue :
Revue du Souvenir napoléonien
Numéro de la revue :
487
Numéro de page :
pp. 18-31
Mois de publication :
avril-mai-juin
Année de publication :
2011
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