Compte rendu du vice-amiral Villeneuve sur la bataille de Trafalgar du 21 octobre 1805

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Le vice-amiral Villeneuve rédigea ce compte-rendu au ministre de la Marine, Decrès, alors qu'il était prisonnier de guerre à bord de la frégate anglaise Euryalus, le 15 novembre. Il fut envoyé à Paris peu après son arrivée en Angleterre.
 
« Monseigneur,
Dans la situation où j'ai le malheur de me trouver, Votre Ex. ne peut attendre de moi, qu'un rapport fidèle des événements qui ont suivi mon départ de Cadix, exempt de toute observation sur les motifs qui ont dirigé mes mouvements ; j'ai eu l'honneur de vous écrire jusqu'au dernier moment de ma sortie de la baie de Caix, et c'est de ce moment que je dois reprendre ma narration.
Le 28 vendémiaire (20 octobre) toute l'armée combinée était sous voiles, dirigeant la route à l'O.N.O. le vent frais de la partie S.S.O. J'ai fait le signal de prendre le ris que comportait l'apparence du temps et de la mer, vers les 4h. du soir le temps s'étant éclairici et le vent ayant passé au S.O. et à l'O.S.O. j'ai pris les amures à tribord, manoeuvré pour rallier quelques vaisseaux qui étaient tombés très sous le vent et signalé l'ordre de marche sur 3 colonnes, l'escadre d'observation prenant la droite de l'armée combinée ; je n'avais connaissance que de deux frégates ennemies dans le sud que j'ai donné ordre aux frégates de l'armée de chasser. La nuit est venue sans que j'ai eu connaissance de l'escadre ennemie et j'ai continué la même route en proportionnant ma voilure sur celles des plus mauvais voiliers de l'armée combinée. A 7h et demi du soir j'ai vu des signaux en avant que je ne pouvais pas distinguer, et à 8h et demi l'Argus est venu me dire de la part de l'amiral Gravina, que le vaisseau l'Achille avait eu connaissance, à l'entrée de la nuit de 18 vaisseaux ennemis dans le S.S.O. Comme la route que faisait l'armée devait nous en rapprocher beaucoup j'ai signalé la ligne de bataille tribord sans égard au poste assigné à chaque vaisseau en se formant sur ceux le plus sous le vent. J'ai couru ainsi toute la nuit sans changer de direction le vent à l'O. le cap au S.S.O. ; nous avons eu connaissance des feux et des signaux de l'ennemi dans le vent à nous.
Dès que le jour s'est fait nous avons aperçu l'ennemi à l'O. au nombre de 33 voiles à la distance d'environ 2 l. et demi, le cap Trafalgar a été aussi aperçu à l'E.S.E. à 4 heures. J'ai fait signal aux frégates d'aller reconnaître l'ennemi, et à l'armée de former la ligne de bataille tribord amures ordre naturel ; l'amiral Gravina a en même temps fait à l'escadre d'observation celui de se placer à la tête de l'armée combinée, le vent très faible à l'O. la mer très houleuse.
L'escadre ennemie qui a été bientôt reconnue composée de 27 vaisseaux de ligne me paraissait se diriger en masse sur mon arrière garde avec le double motif de la combattre avec avantage et de couper à l'armée combinée la retraite sur Cadix, j'ai fait le signal de virer vent arrière tous à la fois et de former la ligne de bataille babord amures dans l'ordre renversé ; mon seul objet étant de garantir l'arrière garde des efforts de la totalité des forces de l'ennemi.
Dans le nouvel ordre signalé, la 3e escadre, sous les ordres du capitaine



Notes

(1) Neptune and Britannia.
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