Correspondance générale de Napoléon Bonaparte, vol. 14 : Leipzig, juillet 1813-décembre 1813. Introduction au volume

Auteur(s) : HOUDECEK François
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Ce quatorzième volume de notre Correspondance générale commence par un espoir de paix qui n’interrompt pas les préparatifs de guerre. Il se poursuit par une campagne difficile pour les aigles napoléoniennes, une immense défaite à Leipzig et s’achève sur les prémices de l’invasion du « sanctuaire national ».

Une paix impossible

Aux premiers jours de juillet 1813, Napoléon se trouve à Dresde, partageant son temps entre l’organisation de la Grande Armée et les négociations diplomatiques qui commencent sous la médiation de l’Autriche. Depuis ses entretiens avec Metternich, fin juin, l’empereur se doute du « double-jeu » autrichien : « Metternich que j’ai vu me paraît fort intrigant et fort mal conduire papa François[1] », « L’empereur [François] est trompé par Metternich qui s’est vendu pour de l’argent aux Russes ; c’est d’ailleurs un homme qui croit que la politique consiste à mentir[2] », écrit-il à Marie-Louise.

Mais comme rien n’est simple dans la partie qui se joue, dans les premiers pas de son arbitrage, Metternich doit aussi faire face à la mauvaise volonté des alliés qui repoussent l’ouverture des négociations, du 5 au 8 puis au 12 juillet. Ces retards ne déplaisent pas à Napoléon qui ne se presse pas pour envoyer ses plénipotentiaires, Narbonne et Caulaincourt. Il a même obtenu une petite (et unique) victoire diplomatique avec la signature d’une alliance avec la Danemark ce qui renforce les troupes de Davout autour de Hambourg.

De retards en retards, les négociateurs français ne peuvent se rendre à Prague qu’après la signature de la prolongation de l’armistice qui doit durer jusqu’au 10 août[3]. Caulaincourt a reçu ses instructions le 26 juillet et elles ne sont pas aussi conciliantes qu’il ne l’avait espéré. Le 29, les pourparlers débutent et, le même jour, Napoléon écrit à son grand-écuyer : « Si l’on veut continuer l’armistice, je suis prêt ; si l’on veut se battre, je suis prêt. Vous connaissez assez ma position actuelle pour savoir que je me suis mis en mesure, même contre les Autrichiens. Ainsi, si la Russie et la Prusse veulent recommencer les hostilités tout en négociant, les chances ne pourraient que m’être très favorables, d’autant plus que les armées que j’ai destinées à observer l’Autriche resteraient en observation sur mes derrières, et me mettraient en garde contre les caprices et les changements de système de l’Autriche[4] ».

Le congrès ne sera que l’ombre de ce qu’il aurait dû être. Formellement, il se limitera à des échanges de notes, sans discussions directes. La vérité est que personne ne veut vraiment négocier et encore moins faire de concessions. Dès le 9 août, Napoléon ne se fait plus aucune illusion sur ce qu’il appelle les « folles prétentions » et l’« infâme trahison »[5] autrichiennes. Le lendemain, Metternich a beau jeu de clore un congrès qui n’a jamais commencé : « Les négociations de Prague n’ont pas eu lieu : on n’a pas même pu échanger les pouvoirs. Les plénipotentiaires n’ont pas même pu se voir[6] ». Ce ballet des masques trouve son aboutissement avec la déclaration de guerre de l’Autriche, planifiée avant même la fin des discussions. Les ultimes contre-propositions françaises sont repoussées, ce qui permet à l’empereur des Français de feindre une sorte de satisfaction : « L’Autriche ennemie de la France, et couvrant son ambition du masque de médiatrice, compliquait tout et rendait toute conciliation impossible ; mais l’Autriche s’étant déclarée en état de guerre est dans une position plus vraie et toute simple. L’Europe est ainsi plus près de la paix : il y a une complication de moins[7] ». On devra donc se battre[8] et Napoléon pense vaincre, presque sans admettre que l’entrée en guerre de son beau-père modifie profondément les rapports de forces.

Cette recherche d’un compromis et d’une paix impossibles, où Napoléon subit le jeu de Metternich, est emblématique des 2 600 lettres de ce volume. Offensif et dominateur par nature, il est réduit à la défensive et à attendre les réactions de ses adversaires, de ses alliés ou de sa famille pour parvenir à se déterminer durant toute cette période. Pour tromper cette passivité imposée, il met à profit chaque minute, chaque heure, et tente de gérer les affaires dans les moindres détails, persuadé probablement que lui seul le peut.

Une réorganisation difficile

En même temps que le non-congrès de Prague, l’été 1813 donne ainsi lieu à une activité intense et à une débauche de lettres, notes, instructions, etc., pour l’essentiel militaires, dans le but de remettre la Grande Armée en état de combattre et de vaincre. Commencé en juin, ce travail se poursuivit en juillet et août, faisant de ces trois mois les plus foisonnants de toute l’activité épistolaire de Napoléon. « Ordonnez », « donnez ordre », « ordre de », « faites faire »… Comme à l’accoutumée, le ton est direct et le souci du détail extrême : répartition des unités dans les corps d’armée, artillerie, poudre, armement, linge, souliers, alimentation des hommes… tout est objet de préoccupation et d’instructions.

Parmi ces mille soucis, celui de trouver des chevaux est vital. Ils ont fait défaut au printemps : les victoires remportées n’ont pu être complétées de bonnes poursuites. Pour le seul mois de juillet, 98 missives (16 % du total) abordent cet épineux problème. Il faut trouver au bas mot 30 000 chevaux et, pour cela, passer des marchés[9] et trouver de l’argent[10]. Et pour ne rien simplifier, la politique s’en mêle : c’est en Allemagne, pour maintenir les alliances, que ce délicat commerce devra se dérouler, partie dans la 32e division militaire au nord[11] et dans la région de Francfort ou d’Erfurt, partie dans des territoires menacés que l’empereur ne peut abandonner, en Hollande, en Pologne ou en Prusse[12]. L’alliance danoise devra également fournir 10 000 montures[13]. Avoir des chevaux est une condition primordiale, encore faut-il avoir des selles et des harnachements pour les rendre opérationnels. Il est nécessaire d’en faire confectionner à Hambourg, à Magdebourg, d’en faire venir des magasins de Wesel[14].

Parallèlement, dès le 2 juillet, Napoléon demande à Belliard de lui présenter « un projet d’organisation pour la cavalerie de l’armée[15] », préliminaire essentiel à une bonne répartition des troupes. Cette restructuration complète passe, en partie, par le transfert d’unités de cavalerie depuis l’armée d’Espagne[16] vers celle d’Allemagne. La Garde n’échappe pas à l’attention de l’Empereur : après avoir demandé à Mouton, le 18 juillet, un état de situation, Napoléon lui envoie le 12 août « l’organisation de la Garde à cheval »[17] qu’il vient d’arrêter. Si en août, le nombre d’instructions fléchit (à peine), l’effort sans précèdent de remontes et de réorganisation permet, au 20 août, d’avoir un excédent de chevaux dans les dépôts et à la cavalerie de faire campagne[18]. L’infanterie, l’artillerie, le train des équipages etc., connaissent des réorganisations similaires en vue de la reprise des hostilités. À cela s’ajoutent d’autres casse-têtes, comme l’approvisionnement des places de l’Elbe : Magdebourg, Torgau, Wittenberg, Leipzig ou Dresde.

La reprise des hostilités ne freine pas cette activité fébrile. Chaque pause dans les combats est l’occasion de restructurer, approvisionner, pallier les défaillances ou tenter de les prévoir. Après la victoire de Dresde, il faut reconstruire le 1er corps confié au général Mouton, et l’ensemble du corps de Macdonald qui ont été durement éprouvés. Il faut également jouer avec les difficiles conditions météorologiques et les faiblesses des approvisionnements : « L’armée n’était point nourrie. Ce serait une illusion que de voir autrement ». La stratégie défensive met à mal la Grande Armée dont le système de ravitaillement a presque toujours dépendu de l’offensive et du mouvement. Réduit à faire une campagne plus longue que prévue en Saxe, la région n’est plus en mesure de nourrir les soldats, Napoléon tente de trouver d’autres solutions. C’est l’heure du rationnement : « Vingt-quatre onces de pain, une once de riz et huit onces de viande sont insuffisantes pour le soldat. Les règlements de tous les temps accordaient au soldat en guerre vingt-huit onces de pain, et cela n’était même regardé comme suffisant qu’on y ajoutant les légumes et les pommes de terre qu’il pouvait se procurer dans le pays. Aujourd’hui vous ne donnez que huit onces de pain, trois onces de riz et huit onces de viande. Le soldat vit mal et ne vit qu’au moyen de la grande consommation de viande qu’il fait[19] ».

Autre élément notables -parmi tant d’autres-, les fatigues et les problèmes de ravitaillement entraînent une forte hausse de l’indiscipline et de la désertion. En réponse, à l’imitation des mesures prises dans l’Antiquité, Napoléon met en application une législation d’exception particulièrement répressive : la décimation. Il est ordonné aux chefs de corps de punir (fusiller en l’occurrence) un homme sur dix pour tenter de remédier au problème[20]. La désorganisation n’est qu’à peine jugulée par ces mesures rigoureuses. Après Leipzig, Napoléon évalue les déserteurs « à plus de 80 000 hommes » et demande derechef « qu’on en fusille quelques-uns[21] ».

L’année 1813 est encore celle de l’accroissement démesuré des levées de conscrits. Les appels de l’hiver et du printemps 1813 ont effacé le désastre de Russie et ont permis de faire campagne. Dès le mois d’août, Napoléon se soucie de planifier la suite : « La déclaration de guerre de l’Autriche doit faire présager quelques grandes batailles, qui nécessairement coûteront du monde. […] La conscription de 1815 me paraît trop jeune, et c’est une ressource qui ne deviendra disponible que l’année prochaine. Réunissez les ministres de la Guerre, de l’Intérieur et de la Police, et le directeur de la conscription, et rédigez un projet de sénatus-consulte pour la levée pour Bayonne. Ce sénatus-consulte peut être envoyé au Sénat, signé par la Régente » [22]. Ce travail aboutit au sénatus-consulte du 9 octobre appelant 280 000 « Marie-Louise »[23]. On appelle rétroactivement 120 000 conscrits sur les classes de 1808 à 1814, et, ce qui était vrai en août ne l’étant plus en octobre, 160 000 hommes par anticipation sur la classe 1815[24].

Quels qu’en soient les résultats réels et les méthodes employées, on ne peut une nouvelle fois qu’être qu’admiratif devant la capacité de l’Empereur à organiser, distribuer, donner des réponses simples à des problèmes toujours plus complexes quand, dans le même temps, il traite aussi de sujets autrement plus légers comme les poèmes du roi de Rome ou les gratifications des acteurs de la Comédie française[25]. Tout se passe comme si son optimisme apparent se nourrissait de cette activité incessante par laquelle il donnait (et se donnait) l’illusion d’être maître des événements. Par cette mise en scène permanente, il pense dynamiser et insuffler de la confiance aux ministres et aux maréchaux qui, dès la reprise des hostilités, n’aspirent déjà qu’à la paix.

La reprise des hostilités 

La guerre reprend ses droits dès le 16 août 1813. Ce volume permet de suivre en détail la seconde partie de la campagne d’Allemagne, avec quelques points forts ou particuliers que nous signalons ici.

 

  1. Dissensions d’état-major

Pendant ces quelques mois, Napoléon est plus que jamais aux commandes de son armée, d’autant plus que dès juillet, le couple qu’il a toujours formé avec Berthier a commencé à montrer des signes de fragilité. Le major-général accuse la fatigue des campagnes précédentes et l’intense activé de l’été a été préjudiciable à sa santé. Surtout, comme d’autres, il aspire à la paix tandis que l’empereur veut avant toutes choses battre les alliés pour obtenir une paix honorable. Ce manque de confiance réciproque et les absences du major-général expliquent que Napoléon sera souvent en prise direct avec les chefs de corps d’armée, et leur enverra personnellement ses plans de campagne ou ses remontrances.[26]

 

  1. Le plan de Napoléon

Ce lien épistolaire direct permet de suivre pas à pas les multiples tentatives de Napoléon de créer les conditions d’une bataille décisive. Au retour de Mayence où il a passé quelques jours auprès de Marie-Louise, il a mis au point des plans audacieux et même profité de la suspension d’armes pour reconnaître le théâtre d’opération. Les maréchaux ont eux-aussi été invités à bien connaître leur futur secteur de manœuvre[27]. Malgré l’adhésion de l’Autriche à la coalition, l’empereur reste imperturbablement confiant et semble parfaitement à l’aise dans cette nasse comprise entre Elbe et Oder qu’il a choisie par pure politique dans le but de protéger l’allié saxon. Il affine ses plans entre le 12 et le 13 août et les communique pour avis aux maréchaux[28] : Oudinot et Davout marcheront sur Berlin, objectif considéré comme prioritaire, tandis que Dresde, sous la couverture de Gouvion-Saint-Cyr, devra contenir pendant huit jours l’armée de Schwarzenberg qui menace de déboucher en direction de la capitale saxonne ou de Leipzig. Lui-même doit opérer pendant ce temps contre Blücher vers l’Est[29], avant de se rabattre sur Schwarzenberg. Comme de coutume, Napoléon entend battre les alliés successivement et disperser la coalition. Il ignore que ses adversaires selon le plan élaboré à Trachenberg et les conseils de Bernadotte, Moreau et Jomini, ont décidé de se dérober chaque fois qu’il sera à la tête des troupes pour concentrer leurs efforts à battre ses lieutenants. Ça n’est qu’une fois les alentours de Dresde et Leipzig « nettoyés » des forces secondaires et la Grande Armée affaiblie qu’ils attaqueront son chef[30].

 

  1. Les ratés de l’été 1813

Napoléon lance son offensive contre Blücher le 23 août 1813, conformément à son projet, mais l’offensive de Schwarzenberg l’oblige à revenir finalement vers Dresde. Il y emporte la victoire quelques jours plus tard[31]. Confiée au 1er corps de Vandamme et aux maréchaux, la poursuite des vaincus est stoppée nette par la défaite de Kulm (30 août). Le plan de campagne est entièrement remis en cause, et ce d’autant plus que les alliés ont bousculé les Français en plusieurs autres endroits[32]. Suivent des semaines de revirements, d’adaptation des plans, d’avancées et de reculs. Lorsque Ney se fait battre par Bülow à Dennewitz (6 septembre), obligeant une fois encore Napoléon à revenir à son point de départ (Leipzig-Dresde), la perspective d’une grande bataille favorable aux Français s’éloigne un peu plus. Loin d’être affaiblies, les armées coalisées disposent désormais d’une très nette supériorité numérique : 864 320 hommes contre 550 000[33]. À l’issue de cette première phase de la campagne, l’armée française est épuisée par les marches et contremarches. Elle l’est aussi par la lutte qu’elle doit mener en permanence contre les partisans.

 

  1. Le harcèlement par les « partisans »

Dès l’entrée de la Grande Armée à Moscou, les Russes avaient mis en place une guerre de partisans. Composés de troupes légères (hussards, chasseurs, cosaques), ces hommes avaient mis à mal les communications de la Grande Armée durant toute sa présence sur le sol russe. Cette stratégie payante est reconduite en Allemagne et des troupes franches germaniques (prussiennes, saxonnes, etc.,) levées durant l’hiver 1813 renforcent les effectifs des partisans. Ces petites troupes très mobiles bénéficient du concours des populations et ont déjà réalisé quelques coups d’éclats au printemps 1813. En homme de batailles, Napoléon a une piètre opinion de ce type de guerre : « J’espère qu’il arrivera quelque échauffourée à l’ennemi, qui le dégoûtera de ce système trop étendu de partisans[34] ». Il entend cependant les contrer… en les imitant. Le 2 juillet, il ordonne à Belliard de former dans chaque corps de cavalerie des colonnes « de partisans de 1 500 hommes, commandées par un général de brigade, qui ne recevrait que l’instruction générale de battre le pays pour éclairer la marche de l’armée et aller à la recherche des partisans ennemis. »[35] . Mais il est aussi conscient que ces mesures n’auront qu’une portée limitée et qu’il sera difficile d’empêcher les partisans de passer l’Elbe. Il ordonne à plusieurs reprises que les généraux veillent « à ce que l’ennemi ne nous prenne pas de convois d’artillerie, ni de convois d’argent, ni de détachements d’hommes isolés »[36]. Malgré ces précautions, les corps francs de Thielmann, Tchernichev ou Colomb s’introduisent entre les lignes de la Grande Armée et capturent des convois ou des détachements. Le 18 septembre, c’est le général Bruno qui est fait prisonnier en pleine nuit. Exaspéré, Napoléon prescrit « aux troupes légères de ne jamais passer la nuit dans une ville […] ; elles doivent bivouaquer et changer de bivouac le soir, de manière à coucher à une demi-lieue ou une lieue de l’endroit où elles étaient au coucher du soleil. C’est le moyen de n’être jamais surpris, et c’est faute de ces précautions que de pareils accidents ont lieu. […] On doit faire connaître qu’il y a peine de mort contre les commandants de patrouilles de troupes légères qui passeraient la nuit dans une ville[37] ».

Les partisans ne se contentent pas de prises ponctuelles, avec l’aide de la population, ils investissent ou occupent des localités. À la mi-septembre le général saxon Thielmann avec ses 2 à 3 000 cavaliers prend Weissenfels et plusieurs villes entre Dresde et Leipzig. Pour le contrer, Napoléon détache des colonnes mobiles « pour agir contre les partisans »[38]. Ces unités mettront quinze jours à repousser leurs adversaires vers la Bohême. Malgré ce succès,  le mal est fait. La multiplication des groupes de partisans a semé le trouble dans les esprits des chefs de place qui imaginent partout les Cosaques en plus grand nombre qu’ils ne le sont réellement. Le 1er et 2 octobre, Napoléon les rappelle à la raison, fustigeant ceux  qui, depuis août, voient « les forces de l’ennemi […] considérables partout où [il ne l’est pas][39] ». De la même manière, il fait tancer par Maret son ministre Saint-Aignan, en poste à Gotha, qui a « montré autant d’ineptie que d’ignorance en écrivant partout des circulaires pour annoncer que 10 000 chevaux marchaient sur Gotha[40] ». Le 2 octobre, il résume la situation dans une longue lettre au major général, critiquant le manque d’expérience et de sang-froid des commandants de place : « Ils doivent avoir furieusement perdu la tête à Erfurt et à Eisenach, puisqu’ils croient avoir l’ennemi sur les talons en même temps qu’ils disent qu’il se dirige sur Brunswick et sur Hanovre. […] ce sont des partis d’une cinquantaine d’hommes qui font tout ce bruit, et nos jeunes généraux donnent de la réalité à ces chimères par leur empressement à colporter tous ces faux bruits[41] ».

 

  1. La guerre du « renseignement »

L’une des cibles principales de ces partisans sont les courriers et les estafettes de l’Empereur. Le 17 septembre, Napoléon se plaint à Marie-Louise que ces insaisissables adversaires « se sont jetés sur les derrières de l’armée et interceptent les communications[42] ». Quelques jours plus tard, il constate que manquent les estafettes qui « sont parties de Paris les 9, 10, 11, 12, 13, 14 et 15 [septembre][43] ». Si les précieuses dépêches lui parviennent finalement le 23 septembre, il n’en rappelle pas moins à Berthier la nécessité de protéger le passage des courriers gouvernementaux[44]. Les mesures prises seront de faible efficacité et le général russe Tchernichev se vantera d’avoir été l’« archiviste de Napoléon »[45] à cette période[46]. Dans l’autre sens, des lettres de Napoléon furent probablement interceptées. La correspondance avec Marie-Louise, normalement très régulière, laisse apparaître durant le mois de septembre et octobre des interruptions de plusieurs jours. Louis Madelin signalait déjà ces manques, en précisant, que les lettres n’avaient pas été nécessairement enlevées par les partisans[47] ; on le sait aussi par Napoléon lui-même[48]. Les archives de l’estafette manquent pour connaître l’étendue des pertes[49]. Nos recherches ont en partie comblé les lacunes d’octobre , mais des manques subsistent.

Conscient des dangers qui pesaient sur sa correspondance, Napoléon fait souvent expédier ses lettres en duplicata ou plus. Surtout, il fait presque systématiquement chiffrer tout ou partie des textes de ses lettres, chaque destinataire ayant le sien propre. Le danger de déchiffrement est limité, tant que l’adversaire ne saisit pas la clef. Après le transfuge de Jomini, l’empereur a cependant redouté  « que le chiffre du major général avec les commandants d’armée ne soit tombé entre les mains de l’ennemi » et a recommandé à Eugène d’éviter d’utiliser ce chiffre : « Ceci n’a rien de commun avec le chiffre particulier que vous a porté dans le temps le général Flahaut, mon aide de camp, pour votre correspondance particulière avec moi »[50]. Si le moyen est efficace pour ne pas livrer d’informations sensibles en cas de capture des courriers, le temps de déchiffrement retarde en revanche sensiblement les réponses[51].

Cette recherche de renseignements par l’interception des correspondances est aussi pratiquée par Napoléon[52]. En juillet et août, tous les voyageurs venant des zones sous contrôle allié doivent être interrogés, des espions partent pour Berlin ou les villes d’eaux pour glaner un maximum d’informations sur les mouvements ennemis. Juste avant la bataille de Leipzig, l’empereur se réjouit de la prise du conseiller Krafft porteur de « papiers fort importants, entre autres, les conditions des alliés pour la paix[53] ». Certains y voient le début de la concentration de la Grande Armée sur Leipzig[54], mais ce sont avant tout les rapports de Murat sur la situation au sud de la ville qui rend le mouvement impératif[55]. La situation sur l’échiquier[56] vient de se clarifier.

La bataille de Leipzig

Napoléon imagine avec sa force créatrice habituelle un grand nombre de combinaisons, mais toutes conditionnées aux réactions de ses ennemis. Or, celles-ci seront pour lui soit inattendues, soit mal ou tardivement connues[57]. Tout se passe comme si l’Empereur n’avait plus la main sûre.

C’est ainsi qu’un accrochage avec Sacken le 1er octobre lui apprend que, contrairement à ce qu’il croyait, ce sont des Russes et non les Prussiens de Blücher qui sont à Meissen[58]. Il comprend immédiatement le mouvement du vieux maréchal vers le Nord[59] pour se lier à Bernadotte mais, au lieu de se porter sur eux, il préfère retarder son mouvement pour, dit-il, « leur laisser encore prendre de la confiance. » Il ignore que la réunion de Bernadotte et Blücher est bien plus qu’engagée et perd un temps précieux. Ce n’est que le 5 octobre, après le combat de Wartenbourg (3 octobre), qu’il essaie de réagir, et encore son projet de mouvement n’est vraiment arrêté que dans la nuit du 6 au 7. À 1h du matin, il écrit à Murat : « Votre principal but doit être de retarder la marche de l’ennemi sur Leipzig, en ne vous laissant jamais couper de la Mulde, de sorte que nous puissions nous approcher tous en même temps de Leipzig, tenir l’ennemi éloigné, ou, s’il le faut, livrer une bataille générale »[60]. Puis à 7 h : « Toute l’armée de Silésie a débouché par Wartenbourg, et il n’y a plus personne de Dresde à Gœrlitz, ni de Dresde à Berlin. Le maréchal Saint-Cyr reste à Dresde. Retenez les Autrichiens le plus que vous pourrez, pour que je puisse battre Blücher et les Suédois avant leur arrivée au corps de Schwarzenberg[61] ». Et ainsi de suite. Les plans de Napoléon évoluent presque d’heure en heure, et -le 7 octobre- il en est réduit à écrire à Gouvion Saint-Cyr que ses « idées seront entièrement assises demain » avec « l’espérance d’attirer l’ennemi à une bataille »[62].

La crainte de Napoléon est que l’adversaire ne se dérobe une nouvelle fois. Mais lui-même hésite sur le parti à prendre : marcher sur Berlin, continuer son opération contre Blücher ou accepter une bataille générale à Leipzig… C’est cette dernière option qu’il retient[63]. Il aurait affirmé à Sainte-Hélène[64] que ce changement de plan avait été motivé par la défection de la Bavière et le manque de combativité des généraux[65]. Mais à cette date des ordres[66] montrent qu’il ignore encore tout du traité de Ried signé quelques jours plus tôt entre le Bavarois de Wrède et les Autrichiens. Quoi qu’il en soit, le 13 octobre, toutes ses lettres concluent à la concentration de l’armée autour de Leipzig. Les hésitations prennent fin : on va se battre.

À compter du 16 octobre, la seule correspondance de Napoléon ne permet plus de suivre les événements[67]. Quelques lettres témoignent cependant de la totale opacité des mouvements de Bernadotte et Blücher avant la bataille. Puis rien, jusqu’aux ordres de repli dont témoignent les lettres du 19 octobre. Dans la bataille puis le mouvement précipité de repli vers la France, l’empereur n’a plus guère le temps d’écrire : une cinquantaine de lettres, pas plus, jusqu’à la fin octobre.[68]

Repli, justification et sursaut

Après le désastre de Leipzig, Napoléon pense pouvoir s’établir à Erfurt. Mais la pression des alliés le force à retraiter jusqu’à Mayence. Après avoir bousculé les Bavarois (cette fois nettement passés dans l’autre camp) à Hanau (30 octobre), il atteint la capitale rhénane le 2 novembre 1813. Marmont qui passait ses journées presque entières avec lui décrit un Napoléon « morne et silencieux » qui convient « dans le tête-à-tête de sa fâcheuse position, et puis concluait toujours, à la fin de chaque conversation, par espérer. Quand nous étions plusieurs avec lui, son langage d’espérance dans l’avenir était plus fier et plus décidé[69] ». Dans sa correspondance, en revanche, l’empereur ne laisse que peu de place aux doutes ou aux interrogations. On ne lit que confiance en soi, enthousiasme, encouragements ou réprimandes. Il y est persuadé qu’il va réussir car dans son esprit il n’a jamais échoué. Admettre un échec serait renoncer, et cela il ne peut le concevoir.

L’empereur doit à présent faire face à la lassitude des grands chefs de l’armée. Le phénomène ne date pas de la défaite de Leipzig, mais jusqu’alors, il avait réussi à soutenir leur moral par ses missives vigoureuses. Au lendemain de la « bataille des Nations », sa méthode Coué avant l’heure en déconcerte plus d’un. Il prétend avoir pris l’avantage, avant de concéder, du bout de la plume, qu’il a « fait de grandes pertes[70] ». Seuls un malheureux concours de circonstances et la « trahison aussi inconcevable qu’inattendue de la Bavière » ont dérangé tous ses projets, « et l’oblige[nt] à rapprocher la guerre des frontières[71] ». Le 3 novembre, il secoue littéralement ses ministres en affectant une grande confiance dans son génie et ses soldats. Il demande à Cambacérès de dire : « un mot aux conseillers d’État et sénateurs pusillanimes. On me dit de tout côté qu’ils montrent une grande peur et peu de caractère. Soyez donc bien persuadé que mon infanterie, mon artillerie et ma cavalerie ont une telle supériorité sur celles de l’ennemi qu’il n’y a rien à redouter, et qu’aussitôt que je connaîtrai bien les ennemis auxquels j’ai affaire, et que je n’aurai plus à craindre des trahisons ni des crocs-en-jambe, je les battrai aussi vite que les autres. Il faut des conscrits et de l’argent ; mais la France fournira encore moins que les autres puissances. Je suis fâché de ne pas être à Paris ; on m’y verrait plus tranquille et plus calme que dans aucune circonstance de ma vie. » Puis, à Savary, il écrit que : « vos alarmes et votre peur à Paris me font rire ; je vous croyais digne d’entendre des vérités » tandis qu’il demande à Mollien qu’il désire que « les ministres montrent du calme et de la confiance ». Par sa seule volonté, il espère bander les énergies. Lui-même mettant toutes ses forces dans la bataille, il entend que chacun fasse de même. Y parvient-il ? Formellement sans doute mais Cambacérès notera dans ses mémoires qu’à cette date « on était fort revenu de l’admiration que Napoléon avait longtemps inspirée. Les malheurs qu’il éprouva à Leipzig indisposèrent contre lui la plus grande partie du public, et détruisirent le prestige de gloire dont il avait été constamment environné[72] ». Se rend-il compte de ce détachement progressif ? Rien dans sa correspondance ne permet de le dire.

À Mayence, espérant que les alliés laisseront passer l’hiver avant de traverser le Rhin[73], il se remet au travail pour recomposer une armée – c’était la 3e fois de l’année – capable de résister à l’invasion qui menaçait le « territoire sacré »[74] de la France.

Son premier souci est de subvenir aux besoins des hommes qui arrivent dans la ville après une douloureuse retraite. Il recompose les unités décimées et tente de rétablir la discipline. Parallèlement, il redistribue les commandements le long du Rhin pour en assurer la défense : « les trois maréchaux ducs de Tarente, de Raguse et de Bellune se trouveront avoir le commandement supérieur depuis la Hollande jusqu’à la Suisse[75] ». En septembre, par anticipation, il avait organisé certaines places en vue d’un repli sur le fleuve frontière. Début novembre, les places mosellanes, lorraines, alsaciennes, hollandaises et suisses sont mises en état de siège. Clarke et Cambacérès, sitôt la rupture de l’alliance bavaroise connue à Paris, ont levé de leur initiative les gardes nationales des départements bordant le Rhin. Napoléon les approuve et demande que la mesure soit étendue aux départements alpins, azuréens et italiens : « Par ce moyen, toute la frontière, depuis Nice jusqu’à Zwoll, sera gardée par les gardes nationales, et nous pourrons, en outre, avoir des cohortes de surplus pour la Hollande et le Piémont[76] ».

Pour mettre en place une défense globale de ce qui reste de l’Empire, l’empereur se consacre aussi aux théâtres périphériques. Eugène avait reçu en août une large liberté d’action et de décision : « Je suis trop loin de vous pour vous donner des ordres positifs. Couvrez les provinces illyriennes et l’Italie ; prenez de bonnes dispositions et attaquez l’ennemi s’il vous est inférieur en forces[77] ». La liberté d’action du vice-roi d’Italie se réduit après Leipzig[78]. Cet échec a libéré des troupes autrichiennes qui risquent de s’en prendre à lui dans la Péninsule. Dès le 24 octobre, Napoléon lui envoie des renforts, soit les troupes italiennes présentes en Allemagne et en Espagne[79]. Le même jour Murat quitte la Grande Armée pour rejoindre son royaume de Naples. Lors de leur dernière entrevue, il a promis à l’Empereur de venir au secours du royaume d’Italie avec 30 000 hommes[80]. Mais, on le sait, le jeu de dupes entre l’empereur et son beau-frère a commencé. Murat a déjà basculé dans le camp ennemi. L’acte final se jouera début janvier 1814, mais pour l’heure, au moins en façade, Joachim-Napoléon reste dans le giron français[81].

Le front espagnol demande également une grande attention et se révèle encore plus préoccupant. Napoléon a appris la défaite de Vittoria le 1er juillet[82]. Devant l’ampleur du désastre, il a écarté Joseph et nommé Soult son « lieutenant général en Espagne », charge à lui de réorganiser son armée et de reprendre l’offensive contre Wellington. Fort de ces instructions, la maréchal jouit désormais d’une grande liberté d’action mais reste assujetti au ministre de la Guerre. La réorganisation achevée, il a pu reprendre les combats dès le 24 juillet. A réception d’une lettre du duc de Dalmatie, Napoléon peut croire (et transmet la nouvelle) que l’armée d’Espagne va reprendre Pampelune[83] et débloquer Saint-Sébastien. Il n’en est rien. L’offensive a été mise en échec le 28 juillet, et Soult contraint de repasser en France le 31. Par la suite, il en sera réduit à défendre le Piémont pyrénéen et la frontière. Napoléon juge cependant une contre-offensive possible et distribue une partie de la conscription dans les régiments du grand Sud-Ouest. Sur la partie orientale de l’Espagne les affaires menées par Suchet suivent un cours plus tranquille, et il occupe toujours une partie du territoire catalan. Mais, au fond de lui, depuis Vitoria, l’empereur regarde la péninsule Ibérique comme perdue et s’est fait à l’idée que seule une solution diplomatique le sortira de ce guêpier. En novembre, il entame les négociations qui aboutiront au traité de Valençay et à la restitution de la couronne espagnole à Ferdinand VII.

La mise en défense générale de l’Empire se poursuit à Paris que Napoléon regagne le 9 novembre 1813. L’affaissement puis l’écroulement de l’influence impériale en Europe a entrainé dès le printemps la désertion de contingents étrangers qui, à la première occasion, sont passés à l’ennemi. Le 15 novembre, Napoléon dicte une longue lettre à Daru lui demandant un « travail sérieux » sur les étrangers en service dans les rangs français et les prisonniers en France car on ne peut « compter sur aucun étranger. Cela ne peut que nous être extrêmement dangereux. »[84] Il est décidé de faire désarmer et d’éloigner les derniers Allemands, Espagnols, Suisses, Illyriens etc., autant par sécurité que pour récupérer chevaux et armes, denrées rares en cette fin d’année 1813. Fournir des fusils à l’armée après Leipzig est en effet une autre équation à résoudre pour l’Empereur. Alors, il prend ici, redistribue là, achète aux particuliers, enlève les fusils aux dragons (vieille recette de la Convention), les maintint aux douaniers, etc. En virtuose, il jongle avec les stocks, oubliant parfois les distances et les lenteurs administratives.

L’opposition intérieure

Dès son repli sur Erfurt, Napoléon s’est ouvert à Cambacérès de ce que l’appel de conscription du 9 octobre ne sera pas suffisant. Il faut donc s’arranger pour que cette levée rende 140 000 hommes : « Dans la position actuelle de la France, ne me suffisent pas. Je compte sur 100 000 conscrits réfractaires »[85]. Il fait derechef réunir une nouvelle commission chargée d’étudier deux projets lui permettant d’obtenir 300 000 nouveaux conscrits, mais il veut « des hommes et non des enfants » : « On n’est pas plus brave que notre jeunesse ; mais, sans force, elle peuple les hôpitaux, et même, à la moindre incertitude, cette jeunesse montre le caractère de son âge. Il faut des hommes pour défendre la France[86]. » Le sénatus-consulte du 15 novembre appelle finalement 300 000 conscrits des classes de l’an XI à 1814[87] dont 150 000 doivent être mis à disposition sans attendre. 150 000 autres ne devront l’être qu’en cas d’invasion. Le 20 novembre, un décret porte à 160 000 hommes la levée du 9 octobre des classes 1808 à 1814, ce qui porte à 620 000 le nombre d’appelés en moins de 6 mois (1 527 000 en une année)[88].

Cette envolée des levées entraîne une augmentation des résistances et des rebellions ouvertes. Des départements jusqu’à présent paisibles, comme le Nord ou la Lys, sont parcourus par des bandes de réfractaires violents et hostiles à tout départ. Napoléon y dépêche une colonne mobile sous les ordres du général Henry, spécialiste de la question[89]. Avec la contraction de l’Empire et les changements d’alliances des états vassaux, le fardeau de la conscription et le renouvellement des effectifs de l’Armée ne reposent plus que sur l’ancienne France[90]. La conscription qui fonctionna correctement jusqu’en 1812 devient de moins en moins tolérable aux Français et contribue à leur rupture avec l’Empereur.

Toutes ces dispositions d’urgence réclament de plus en plus d’argent. Depuis le début 1813, le bouclage du budget de l’État s’apparente à la quadrature du cercle. La vente des biens communaux décidée au printemps n’a pas rendu le montant escompté et les dépenses progressent sans cesse tandis que les recettes ne font que décroître[91]. Il faut donc augmenter ce qu’on n’appelle pas encore « la pression fiscale ». Le 3 novembre, Mollien se voit prescrire le « doublement de l’impôt sur le sel », « le doublement de la contribution mobilière » et « cinquante centimes de guerre sur les droits réunis, sur les tabacs, sur les postes, sur les octrois de toutes les villes[92] ». Le tour de vis est décrété deux jours plus tard.

Ces événements se déroulent sur fond de regain de crise religieuse, avec le faux-concordat de Fontainebleau et l’opposition désormais directe et sans masque des grands prélats. Cette agitation trouve un écho encore amplifié dans les milieux royalistes. Protégés par Savary, ces derniers construisent pierre après pierre l’image de « l’Ogre corse »[93]. Étrangement -mais a-t-il le choix ?-, Napoléon entend toutefois poursuivre une politique de conciliation des élites : réprimande à son ministre de la Police pour avoir exilé de Paris certains Jacobins[94], annulation des interdictions de séjour contre des royalistes notoires dont certain rejoignent les Chevaliers de la Foi.

Une opposition plus complexe à maîtriser est celle des Chambres, très sensible à partir de décembre. L’enregistrement du sénatus-consulte de conscription du 9 octobre a provoqué des grognements ; celui du 15 novembre sur l’organisation du Corps Législatif met le feu aux poudres[95]. Les revers militaires ont attisé les tensions, l’étude en commission des négociations manquées réveillent encore d’avantage des chambres d’ordinaires plus dociles. Au Corps législatif, le rapport Laîné s’oppose ouvertement à la politique impériale, se montrant même blessant envers Napoléon. Dans une ambiance survoltée, la chambre en vote l’impression à une large majorité. L’Empereur fait saisir le texte et déclare la session close, acte d’autorité qui ne fait que reporter à plus tard l’inévitable affrontement[96].

Les mécontentements familiaux

Dans ce contexte d’oppositions et de contractions de l’Empire, la famille Bonaparte n’est pas d’un grand secours pour le souverain. En retour, il ne la ménage pas.

Aux yeux de Napoléon, Joseph avait perdu l’Espagne : « Toutes les sottises qui ont lieu en Espagne proviennent de ma complaisance mal entendue pour le roi qui est non seulement incapable de commander une armée, mais ne sait pas même se rendre justice et laisser le commandement aux militaires[97] ». L’aîné des Bonaparte est assigné à résidence à Mortefontaine sous surveillance policière. Il ne doit pas chercher à rencontrer l’Impératrice ni venir à Paris sous peine d’être arrêté[98]. Mais, contrairement à ce que craignait Napoléon, Mortefontaine ne devient pas « un centre d’intrigues »  mais un havre de repos pour l’ex-roi d’Espagne, sa cour en exil, mais également pour Catherine de Westphalie qui, du fait de la guerre, s’était éloignée de son mari[99].

Jérôme est le second à souffrir de l’ire impériale. Il a dû abandonner son royaume, dans des circonstances confuses et peu glorieuses[100]. Les mots de l’empereur sont alors cruels : « En général, je suis fort humilié du rôle ridicule que joue ce prince qui n’a, ni qualités administratives, ni bon sens. S’il était resté à Cassel, ses troupes ne se fussent pas débandées et il se serait conservé maître de son royaume. S’il avait eu les premières notions de bon sens, il aurait eu autour de lui 8 à 10 mille Français, Suisses et Italiens. Il y a longtemps que je le lui ai dit. La pire de toutes les espèces est celle des freluquets. »[101] Il lui fait interdire, comme à Joseph, de se rendre à Paris mais lui ordonne de reconquérir la Westphalie, ce qu’il fera…pour quelques jours seulement. L’effondrement final a lieu quelques jours après Leipzig.

Depuis son éviction du trône de Hollande, Louis s’était tenu sur la réserve. Après l’évacuation d’Amsterdam, il pense avoir une carte à jouer et propose ses services à son frère. Il reçoit en réponse une volée de bois vert, se voyant menacé d’arrestation s’il ne s’en tient pas au sénatus-consulte de réunion de la Hollande. L’Empereur s’en explique dans une lettre à Cambacérès : « C’est dans ma destinée de me voir constamment trahi par l’affreuse ingratitude des hommes que j’ai le plus comblés de bienfaits, surtout par celui-ci, pour l’éducation duquel je me suis privé, à l’âge de vingt ans, de tout, même du nécessaire. Vous savez que les libelles qu’il a publiés contre moi ont été imprimés avec emphase par l’Autriche, après la déclaration de guerre, et comme pour noircir mon caractère et accroître l’animosité qui éclatait de tous côtés. »[102]

Pour les autres, tout en s’abouchant avec Fouché, Élisa reste fidèle à son frère[103], tandis qu’Eugène le tient informé des tentatives d’approche de Metternich[104] et que Pauline vend ses bijoux pour participer à l’effort de guerre. Mais malgré ces quelques preuves rassurantes, Napoléon se plaint à Marie-Louise : « Plains-moi d’avoir une si mauvaise famille, moi qui les ai accablés de biens »[105] ?

L’effondrement pour horizon…

L’attitude des Napoléonides reflète celle de tous les alliés de la puissance française en décadence. Un à un, les confédérés d’hier changent de camp : Bavière, Wurtemberg, princes Allemands… Seul le souverain saxon reste dans l’alliance française plus que de raison. Son territoire occupé par le Grande Armée, pouvait-il faire autrement ? En plein cœur de la bataille de Leipzig, son armée finit par choisir pour lui. Bientôt, le Danemark sous la pression militaire, basculera[106]. Jusqu’à la Suisse qui lance pour la première fois de son histoire la carte de la neutralité… ce qui ne l’empêche pas de voir déferler dans ses vallées les troupes de la coalition. Napoléon est désormais seul face à l’Europe.

 

En position d’attente sur le Rhin à compter de la mi-novembre 1813, les souverains alliés se concertent à Francfort sur la suite à donner à la campagne. Cet intermède politique leur permet de fixer leurs buts de guerre et de masser sur le fleuve frontière une force de prêt de 500 000 hommes[107]. Le principal est de plus en plus d’en finir avec Napoléon. Après de bien timides approches réciproques (que l’on n’ose appeler « négociations »), Metternich s’empresse de faire imprimer une déclaration mettant les alliés dans la position des porteurs de paix voulant rétablir l’équilibre européen. La riposte de Napoléon est significative de sa faiblesse : il en est réduit à faire travailler des commissions parlementaires[108] et à publier leurs conclusions au Moniteur du 28 décembre. Manœuvre politique sans effet : depuis la mascarade de Prague Napoléon a perdu la bataille de l’opinion et nul ne croit qu’il veuille sincèrement la paix.

C’est en Hollande que les premiers coups au sanctuaire impérial sont portés. Le soulèvement de la Hollande, à partir du 15 novembre, favorise l’offensive de Bülow et la perte du pays pour les français. Cette avancée fait croire à Napoléon que le gros de l’attaque alliée devait se faire sur la Belgique : « il n’y a rien à craindre pour Strasbourg, il faudrait que l’ennemi fût fou pour aller attaquer de ce côté. C’est sur Cologne et Wesel qu’il est naturel de penser que l’ennemi doit se porter. »[109] Il se trompe et les quelques mouvements qu’il ordonne, pour contrer les prémices de l’invasion en Hollande et sur le Jura, n’auront aucune utilité[110].

Après vingt années de conflits et de domination, la France s’apprête à vivre la première grande invasion militaire de son histoire contemporaine. Lorsque nous refermons ce volume, l’Empire et Napoléon sont au bord du gouffre[111].

François Houdecek, chef du projet d’édition

Présentation du volume 14
Présentation générale du projet d’édition

Notes

[1] À Marie-Louise, 1er juillet 1813, n° 35135.

[2] À Marie-Louise, 6 juillet 1813, n° 35291.

[3] À Berthier 19 juillet, n° 34395.

[4] A Caulaincourt, 29 juillet, n° 35662.

[5] À Cambacérès, 9 aout 1813, n° 35795.

[6] À Cambacérès, 12 août 1813, n° 35837.

[7] À Maret, 17 août 1813, n° 35964.

[8] Jusqu’au dernier moment, cependant, Napoléon laisse ouverte une possibilité de nouvelles et cette fois réelles négociations. Les alliés y restent sourds.

[9] À Clarke, 7 juillet, n° 35278.

[10] À Mollien, 6 juillet, n° 35258, 35259.

[11] À Davout 12 juillet, n° 35371.

[12] Jean-François Brun, « Le cheval dans la Grande Armée », in Revue Historique des Armées, n° 249, 2007, p. 38-74.

[13] À Davout, 19 juillet, n° 35502.

[14] À Davout, n° 35532

[15] À Belliard, 2 juillet, n° 35141.

[16] À Clarke, 23 juillet, n° 35553.

[17] À Mouton, 18 juillet, n° 35492.

[18] Jean-François Brun, L’économie militaire impériale à l’épreuve de la VIe coalition, Thèse de doctorat sous la direction d’Abel Poitrineau, Université Blaise Pascal (Clermont Ferrand), 1992, chapitre 8, p. 15 et suivantes.

[19] À Daru, 23 septembre, n° 36434. La dysenterie et les fièvres étant les principales causes de maladie des soldats, le riz fut souvent au cœur des discussions et des commandes. Le riz est l’objet de 35 mentions dans la correspondance de septembre.

[20] Cette législation est envisagée dès 1811 (Correspondance générale, n° 27725). Napoléon tentera d’appliquer cette forme de justice en 1814 (voir François Houdecek « L’autre visage de la campagne de France : Napoléon face aux désordres de l’armée », in Patrice Gueniffey, Pierre Branda, 1814, La campagne de France, Perrin, Paris 2016, p. 73 et suivantes). La décimation fut appliquée pour la première fois dans l’armée romaine en – 471 (Tite Live, Ab Urbecondita, II, 59). Par la suite, cette forme de justice fut pratiquée jusqu’à l’époque augustéenne. Elle ne semble avoir été appliquée dans l’armée française que sous l’Empire.

[21] À Clarke, 7 décembre 1813, n° 37440.

[22] À Cambacérès 15 août 1813, n° 35921.

[23] Jean Marc Largeaud, « Autour des ‘Marie-Louise’ », in Le Télémaque, février 2012, n° 42, p. 174 (https://www.cairn.info/revue-le-telemaque-2012-2-page-42.htm).

[24] À Clarke du 27 septembre, n° 36525.

[25] À Mme de Montesquiou, 14 août, no 36056 ; à Rémusat, 12 août, n° 35856.

[26] Comme cela se pratiquait depuis 10 ans, les commandants de corps d’armée faisaient remonter les informations du terrain par l’intermédiaire des services de Berthier. La campagne de 1813 est l’une de celle qui a laissé le plus de documents (AN, AFIV 1658-1666). Ces documents ont largement été étudiés par le capitaine Fabry dans ses études sur les opérations de l’Empereur du 28 août au 30 octobre 1813 (2 vol. Paris, Chapelot, 1911-1913 ; 1 vol. Laval, Bameoud, 1913) qui décortique heure par heure le circuit de l’information entre les états-majors français.

[27] À Macdonald, n° 35753.

[28] À Marmont 13 août, n° 35887.

[29] À Marmont 12 août, n° 35851.

[30] Bruno Colson, Leipzig, la bataille des Nations, Perrin, Paris, 2013, p. 8 et suivantes.

[31] Sur la succession des plans échafaudés par Napoléon voir : Jacques Garnier, L’art militaire de Napoléon, une biographie stratégique, Paris, Perrin, 2015, p. 243 et suivantes.

[32] Sur les détails et le calendrier de la campagne, voir les cartes et la chronologie en annexes.

[33] Jean-François Brun, L’économie militaire impériale à l’épreuve de la VIe coalition, op.cit., chapitre XX, p. 9 et suivantes.

[34] À Maret, 15 septembre, n° 36330.

[35] À Belliard, 2 juillet 1813, n° 35141.

[36] À Le Marois, 8 août, n° 35787.

[37] À Berthier, 19 septembre, n° 36370.

[38] Berthier 14 septembre, n° 36315.

[39] À Maret, 22 août, n° 36045.

[40] À Maret, 1er octobre, n° 36593.

[41] À Berthier 2 octobre 1813, n° 36608 ; voir également à Lefebvre Desnouettes, 1er octobre, n° 36613.

[42] À Marie Louise 17 septembre, n° 36350.

[43] À Lefebvre-Desnouettes, 20 septembre, n° 36402.

[44] À Nansouty 1er octobre, n° 36597.

[45] Les documents de l’estafette du 30 septembre se rendant à Dresde furent édités à Londres en 1814 (Copies of the original letters and despatches of the generals, minister grand officers of state at Paris to the Empereor Napoleon at Dresden intercepted by the advanced troops of the allies in the North of Germany, John Murray, Londres, 1814). Cette publication anonyme introduisait les documents publiés en louant les mérites des partisans et notamment de Tchernichev. Cambacérès parle de la capture de cette estafette dans sa lettre du 13 octobre (Jean Tulard, Cambacérès, lettres inédites à Napoléon, t. 2, 1808-1814, Paris, Klincksieck, 1973, p. 1082, n° 1307). On peut penser que sept estafettes destinées à l’empereur furent interceptées.

[46] Début octobre, une estafette contenant une missive de Marie-Louise est capturée (à Marie-Louise, 9 octobre, n° 36710). Plus tard, les estafettes venant de Paris du 23, du 24 et du 25 du même mois sont également perdues (à Cambacérès et Marie-Louise, 31 octobre, nos 36864, 36867), si bien que Napoléon est obligé de demander des duplicatas de leurs lettres aux ministres (à Cambacérès, 2 novembre, n° 36885). Sur le bilan dressé sur ce sujet par Cambacérès : Jean Tulard, Cambacérès, lettres inédites à Napoléon, op. cit., n° 1341.

[47] Louis Madelin, Lettres inédites de Napoléon Ier à Marie Louise, Éditions des Bibliothèques nationales de France, Paris, 1935, p. 174-177.

[48] À Cambacérès, 31 octobre, n° 36864.

[49] L’estafette dépendait des services du grand écuyer Caulaincourt dont une partie des archives ont été déposées aux Archives nationales (95 AP), une seconde partie (dont l’estafette) reste en main privée.

[50] À Eugène 20 aout, n° 36010. Odeleben (Relation circonstanciée de la campagne de 1813 en Saxe, Paris, 1817, vol. 1, p. 243) note que juste avant la bataille de Dresde la clef du chiffre avec un maréchal (peut être Mortier) fut perdue avec l’officier que la portait. Il fallut en recomposer une dans l’urgence.

[51] Le 27 octobre Cambacérès accuse réception d’une lettre chiffrée du 9 octobre dont il ne saura ce « qu’elle contient que dans la journée de demain » (Jean Tulard, Cambacérès, lettres inédites à Napoléon, op. cit., n° 1325).

[52] Voir la thèse de Michel Roucaud, Le renseignement militaire opérationnel sous le Consulat et l’Empire (1799-1815), Sous la direction de M. Bernard Gainot, Paris I Sorbonne, 2015, 405 p.

[53] À Ney, 13 octobre, n° 36810.

[54] G. Clément, Napoléon en Allemagne, la campagne de 1813, Le livre chez vous, Paris, 2005, p. 407.

[55] Bruno Colson, Leipzig, la bataille des Nations, Perrin, Paris, 2013, p. 41 et suivantes.

[56] Le mot apparaît près d’une dizaine de fois dans la correspondance d’août et septembre (voir notamment nos 36951, 36079).

[57] Voir notamment les tâtonnements à la recherche des corps de Langeron, Sacken et Yorck entre les 4 et 5 octobre (nos 36640, 36643).

[58] À Macdonald 1er octobre, n° 36591.

[59] Ce mouvement avait été imaginé dès l’été (voir lettre à Gouvion Saint-Cyr, 17 août 1813, n° 35961).

[60] À Murat, 7 octobre, n° 36693.

[61] À Murat, 7 octobre, n° 36694.

[62] À Gouvion, 7 octobre, n° 36687.

[63] Voir notamment nos 36775 et 36782 à Berthier et Marmont du 11 octobre.

[64] Ce passage a été en réalité été ajouté par Las Cases, après son retour en Europe à la lumières de ses lectures postérieures (voir Le Mémorial de Sainte-Hélène. Le manuscrit retrouvé, Paris, Perrin, 2017, p. 642)

[65] Comte de Las Cases, Mémorial de Sainte-Hélène, annoté par Marcel Dunan, Paris, Flammarion, 1951, vol. 2, 2 septembre 1816, p. 289.

[66] À Berthier, 14 octobre, n° 36815.

[67] Sur la bataille de Leipzig, outre l’étude de Bruno Colson précitée, on consultera avec profit Stéphane Calvet, Leipzig la guerre des peuples, Paris, Vendémiaire, 2013.

[68] Pour accélérer le mouvement de repli, Napoléon dut se résoudre à brûler : « beaucoup de caissons, tant des équipages militaires que de l’artillerie. » (Clarke, 25 octobre, n° 36854). Ces destructions de matériels englobèrent des documents du Cabinet de Napoléon. Loin d’atteindre l’ampleur des destructions de 1812, les « brûlements » de 1813 firent disparaître quelques minutes qui ont été remplacées par de simple résumés des lettres expédiées, et quelques autres portent la mention : « la minute de cette lettre a été brûlée à l’armée. » (Minute, Archives nationales, AFIV 901, juillet 1813, n° 93, 310, 359, 368 ; AFIV 904, octobre 1813). Une partie des lettres ont été retrouvées en copie au Service historique de la Défense (1 M 2081), aux Archives nationales (AFIV 904). Certaines minutes ont disparu, comme par exemple une lettre à Gaudin sur les difficultés financières qui est mentionnée dans la lettre à Cambacérès du 25 octobre 1813 (n° 36850) qui est absente de la collection des minutes.

[69] Maréchal Marmont, Mémoires du duc de Raguse, 1792 à 1841, Paris, Perrotin, 1857, p. 9.

[70] À Marie Louise, 22 octobre, n° 36840.

[71] À Cambacérès, 25 octobre, n° 36850.

[72] Jean Jacques de Cambacérès, Mémoires inédits, présentation et notes de Laurence Chatel de Brancion, Paris, Perrin, 1999, vol. II, p. 489.

[73] Il put dire à Clarke : « Vous avez sept mois jusqu’au mois de mai : à 30 000 fusils par mois, vous en aurez 210 000 » (À Clarke 10 novembre, n° 36975.)

[74] Marmont dans ses Mémoires (op. cit., Paris, Perrotin, 1857, p. 7) emprunte cette expression à Napoléon.

[75] À Berthier, 3 novembre, n° 36903.

[76] À Clarke,  3 novembre, n° 36913.

[77] À Eugène 14 août 1813, n° 35902. Eugène resta bien sûr en contact étroit avec Clarke, mais aussi avec l’empereur comme le montre sa correspondance : Albert Du Casse, Mémoires et correspondance politique et militaire du Prince Eugène, Michel Levy Frères, Paris 1860, vol. 9, p. 333 et suivantes.

[78] La première lettre connue à Eugène est du 3 novembre 1813 (n° 36920), les premières lettres sont très certainement du 24 octobre et auront été perdues.

[79] À Berthier, 24 octobre, n° 36848.

[80] À Eugène, 3 novembre 1813, n° 36920.

[81] Voir Vincent Haegele, Murat, la solitude du cavalier, Paris, Perrin, 2015, p. 669 et suivantes. On consultera avec profit également l’incontournable œuvre de H. Weil, Le prince Eugène et Murat, 1813-1814, Paris, Albert Fontemoing, 1902, 5 volumes.

[82] À Cambacérès, 1er juillet, n° 35112.

[83] À Le Marois, 5 août, n° 35736.

[84] À Daru, 15 novembre, n° 37061.

[85] A Cambacérès, n° 36850.

[86] Voir les lettres à Cambacérès et Clarke du 25 octobre, nos 36853, 36855.

[87] À Clarke, 10 novembre, 36975.

[88] Alain Pigeard, La conscription sous le Premier Empire, http://www.napoleon.org/histoire-des-2-empires/articles/la-conscription-sous-le-premier-empire.

[89] Henry est l’exécuteur des basses œuvres de Napoléon, et conduit des colonnes mobiles en Mayenne (1808), en Normandie (1811-1812), en Sarthe (janvier 1813) (voir ce nom dans les index des précédents volumes de la Correspondance générale).

[90] Annie Crépin, « La conscription des années sombres », in Patrice Gueniffey, Pierre Branda, 1814, La campagne de France, Perrin, Paris 2016, p. 45.

[91] Pierre Branda, Le prix de la Gloire, Napoléon et l’argent, Paris, Fayard, 2007, p. 370.

[92] À Mollien, n° 36925.

[93] Jean-Paul Bertaud, Les Royalistes et Napoléon, Paris, Flammarion, 2009, p. 283.

[94] À Cambacérès, le  8 juillet 1813 (n° 35299). Voir également Thierry Lentz, Savary le séide de Napoléon, Paris, Fayard, 2001, p. 336. Savary, partisan ouvert de la paix, est souvent le destinataire de l’ire impériale. Le ministre n’en reste pas moins un exécutant zélé.

[95] Il porte sur le non renouvellement des députés du fait de la guerre, mais surtout, sur la nomination du président de la Chambre par l’Empereur, réforme jugée humiliante par nombre de députés. Suite au remaniement ministériel (n° 37659) Regnier perd le portefeuille de la justice et est nommé à la présidence du Corps législatif.

[96] Thierry Lentz, Nouvelle histoire du Premier Empire, vol. 2, Fayard, Paris, 2004, p. 506 et suivantes.

[97] À Clarke, 1er juillet, n° 35116.

[98] Conformément aux ordres reçus, le ministre reproche à Joseph ses rapides voyages dans la capitale (il vient en fait visiter sa maîtresse, la marquise de Montehermoso). Il s’attire pour cela une vive (et incompréhensible) réprimande de Napoléon (23 octobre 1813, n° 36847).

[99] Voir Thierry Lentz, Joseph Bonaparte, Paris, Perrin, 2015, p. 404.

[100] Jacques Olivier Boudon, Napoléon et la campagne de France, 1814, Paris, Armand Colin, 2014, p. 24.

[101] À Cambacérès, n° 36707.

[102] À Cambacérès, n° 36948. Lors de son séjour en Autriche, Louis avait bel et bien eu des contacts réguliers avec François Ier et Metternich. Murat avait par ailleurs, semble-t-il, tenté de le convaincre de jouer la carte autrichienne. Celui-ci préféra rester sourd aux sirènes de la trahison, à l’inverse de Caroline et de son mari dont les choix étaient déjà faits.

[103] Emmanuel de Waresquiel, Fouché, les silences de la pieuvre, Paris, Tallandier/Fayard, Paris, 2014, p. 504 et suivantes.

[104] À Eugène, n° 37320.

[105] À Marie-Louise, n° 36956.

[106] L’armistice signé avec Bernadotte en décembre 1813, se transforma en paix le 15 janvier 1814 et marqua le changement d’alliance du Danemark.

[107] Les troupes alliées sont réparties en trois masses : sous Schwarzenberg autour de Bâle (180 000 hommes), sous Blücher face à Mayence (136 000 hommes) et sous Bernadotte au Nord avec 100 000 contre Hambourg, 25 000 face à Wesel et 20 000 sous Bülow dans les Pays-Bas.

[108] Au Sénat et au Conseil d’état, nos 37645, 37658, 37659.

[109] À Marmont, 19 novembre, n° 37167. Cette dernière phase marque encore davantage le décalage entre le volontarisme de Napoléon et la réalité du terrain. La défense de la Hollande l’illustre bien : souvent les instructions sont envoyées alors qu’elles ne peuvent être appliquées par manque de moyens. Plus problématique encore, elles arrivent trop tard, après que l’ennemi ait déjà fait mouvement.

[110] La frontière de l’est n’en a pas pour autant pas été négligée. Dès la mi-novembre, Clarke a reçu l’ordre de mettre en état de défense les places de Belfort, d’Huningue, de Genève « ainsi que tous les châteaux de la frontière de suisse » (À Clarke, nos 36876, 36985).

[111] La Fondation Napoléon et le directeur de volume remercient très chaleureusement toutes les personnes qui ont œuvré à la réalisation de ce volume, et notamment Michèle Masson, Patrick Le Carvèse et Jean-Pierre Vérité pour leur travail de relecture ; Jean-Pierre Pirat pour la réalisation des cartes, Bertrand Fonck et Michel Roucaud pour leur travail sur l’index, ainsi que les conservateurs des Archives nationales, des Archives du ministère des Affaires étrangères et du Service historique de la Défense.

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