Correspondance générale de Napoléon Bonaparte, vol. 15 : Les Chutes, janvier 1814-mai 1821. Supplément (1788-1813). Préface

Auteur(s) : MASSÉNA Victor-A.
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Dès l’origine, nous savions que notre publication de sa Correspondance générale s’achèverait par une face moins glorieuse – mais à bien des égards émouvante – de l’époustouflant parcours de Napoléon Bonaparte. Cet ultime volume couvre en effet les années 1814 à 1821 que l’on pourrait qualifier de « noires », de la campagne de France à Sainte-Hélène, avec, symboliquement, comme dernière lettre publiée, celle que l’Empereur dicta lui-même pour annoncer sa propre mort. Au-delà de cette obligation chronologique et historique, cet opus présente toutefois quelques particularités, dont la moindre n’est pas l’insertion d’un « supplément », composé des lettres qui sont apparues depuis la publication du premier volume, en 2004. Il nous rappellera les moments plus flamboyants et glorieux.

 

Le corpus de la correspondance sortante de l’Empereur pour ces sept années rendra donc compte de la première chute de l’Empire, à l’issue d’une campagne de France éblouissante mais au final inutile. Suivra le séjour à l’île d’Elbe où, dans une sous-préfecture érigée en royaume, l’Empereur (car son titre lui fut conservé par le traité de Fontainebleau) reprit des forces et le goût à l’action, entrant comme à son habitude dans d’infimes et parfois dérisoires détails, tout en s’inquiétant des conciliabules du congrès de Vienne concernant son avenir. Il repartit ensuite à la conquête de son trône, dans un « vol de l’Aigle » qui prit le monde de court mais permit aussi la coalition générale des puissances. Rentré à Paris le 20 mars 1815, il régna à nouveau pour trois mois qui s’achevèrent peu de jours après Waterloo, par une seconde abdication (22 juin). Après sa reddition aux Anglais, l’épilogue se joua, presque dans le silence de sa correspondance, sur une île perdue dans l’Atlantique-sud. Napoléon n’écrivit quasiment plus lui-même, laissant à ses compagnons d’infortune le soin de signer de sa part ses récriminations au représentant du gouvernement britannique. Le 5 mai 1821, tout fut accompli du parcours « terrestre » de ce personnage unique dans l’histoire. Commencera alors une autre partie, celle de la postérité, de la légende et de la gloire posthume.

En plus des « rendez-vous » habituels (études, cartes, index), nous avons aussi souhaité faire un bilan général de notre entreprise. Je crois que cela en valait la peine car cette publication de la Correspondance générale de Napoléon a permis la mise en place de collaborations très étendues, des dévouements – souvent bénévoles – uniques, une rigueur scientifique maintenue pendant près de deux décennies et des méthodes de travail parfois innovantes. Il fallait ici le rappeler, même brièvement.

Au moment de vous laisser découvrir ce volume, j’ai une pensée infiniment reconnaissante pour les acteurs de cette opération de longue haleine, et d’abord pour quelques-uns de ceux qui n’en auront pas vu le terme : le baron Gourgaud qui prit la décision d’y consacrer une partie des moyens humains et matériels de la Fondation Napoléon et qui me passa le relais lorsqu’il en sentit le moment venu ; Claude Durand qui, avec Denis Maraval puis Sophie de Closets et Sophie Hogg-Grandjean, a donné à cette Correspondance générale la forme éditoriale prestigieuse qui est la sienne ; le comte Florian Walewski qui en définit les contours économiques ; Mme Marie-Paule Arnauld, directrice des Archives nationales qui nous ouvrit avec générosité les fonds dont elle avait la garde et joua un grand rôle dans nos premières approches ; d’autres encore qui nous ont donné leur énergie et leur motivation et dont les noms figurent dans chaque volume au milieu de ceux qui auront eu la chance de terminer le travail.

J’ai aussi le plaisir de saluer S.A.I. la princesse Napoléon, présidente d’Honneur du Comité d’édition que j’ai eu l’honneur de conduire pendant un peu plus de dix ans et dont Mme Martine de Boisdeffre (dont on dira plus loin à quel point l’action a été décisive au lancement de notre projet), le professeur Jean-Claude Casanova et le professeur Jean Tulard, tous deux forts d’une expérience de publication antérieure que les circonstances n’avaient pas permis de mener à bien, ont accepté la vice-présidence ; les membres du comité d’orientation, composé des administrateurs successifs de la Fondation Napoléon ; les membres de notre comité historique, qui ne ménagèrent ni leurs conseils ni leur temps ni leur science pour nous aider ; les directeurs et représentants successifs des grands services d’archives français et étrangers sans qui, bien sûr, nous n’aurions pas pu exploiter avec autant de facilité les fonds qu’ils conservent ; l’équipe de la Fondation, avec une mention spéciale à son directeur, Thierry Lentz, et aux deux collaborateurs affectés à cette opération, Émilie Barthet (2002-2005) puis François Houdecek (depuis 2005) ; les membres correspondants bénévoles – soit près de 260 personnes – sans qui rien n’aurait été possible dans un tel délai ; les directeurs de volumes, les auteurs des études complémentaires, notre cartographe et ceux qui les ont assistés ; nos mécènes, enfin, la Fondation La Poste, les Archives de France et quelques personnalités qui n’ont pas souhaité être citées mais à qui nous devons la sécurité dans laquelle nous avons la plupart du temps évolué. Je me permets aussi, en mon nom et au nom des éditions Fayard, de remercier le Centre national du Livre qui fut à nos côtés pendant toutes ces années.

Cette publication de la Correspondance générale de Napoléon fut une entreprise collective. C’est donc avec un immense plaisir, au nom de toute cette équipe, que je vous propose d’en découvrir le quinzième et dernier volume. Cette « aventure » a finalement été menée à bien en seize années, délai raisonnable au regard de l’ampleur de la tâche. Qu’on me permette de le dire : cette réussite nous remplit de fierté.

Victor-André Masséna, prince d’Essling
Président de la Fondation Napoléon et du Comité pour l’édition de la Correspondance de Napoléon

Mai 2018

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