François Houdecek, une vie consacrée à Napoléon

Auteur(s) : MBOG Raoul
Partager

Rien ne prédestinait ce féru de jeux de stratégie à devenir l’un des meilleurs spécialistes de l’Histoire sociale militaire du Ier Empire. François Houdecek s’est fait une place dans la communauté scientifique, notamment en étant le pivot de la Correspondance générale de Napoléon, publiée par la Fondation Napoléon. Un projet qui arrive à son terme avec le volume 15, et au succès duquel il a contribué avec fougue et rigueur.

François Houdecek © Rebecca Young/Fondation Napoléon

« J’aime Napoléon parce que j’aime Napoléon. » François Houdecek a le verbe vif et le goût de la formule percutante, surtout quand il s’agit d’évoquer sa passion pour l’ère napoléonienne et pour l’Histoire militaire et sociale du Premier Empire. Une période de transformations majeures en France et en Europe qui lui semble chevillée au corps, et pour laquelle il consacre l’essentiel de son temps à rendre accessibles la pertinence que les complexités. « Je vis avec Napoléon toute la semaine », lance sur un ton enflammé ce quadragénaire au visage souriant et barré par de fines lunettes rectangulaires. François Houdecek coordonne depuis treize ans ans l’édition de la Correspondance générale de Napoléon Bonaparte, initiée et publiée depuis 2004 par la Fondation Napoléon, en collaboration avec les éditions Fayard.

Ce projet scientifique d’envergure a un objectif : constituer un outil de travail de référence pour les études napoléoniennes, en publiant des textes les plus fidèles possibles aux originaux. En quinze volumes, près de 41 000 lettres et documents écrits par Napoléon et dispersés en France et à l’étranger ont ainsi pu être rassemblés et traités. Tout ce corpus est accompagné par un appareil critique réalisé par des historiens reconnus dans leur domaine de spécialisation, avec l’aide de bénévoles, eux aussi, férus de l’Histoire de l’Empire.

Fin décembre 2017. Dans son bureau encombré de plusieurs piles d’ouvrages, François Houdecek examine un texte que vient de lui adresser un des contributeurs bénévoles qui se relaient chaque semaine au siège de la Fondation Napoléon, à Paris. L’homme est interrompu par un coup de fil. Reprend la lecture du document. Puis, le pas alerte, va chercher une référence dans la bibliothèque attenante. Un rythme frénétique. Le même qui anime habituellement la préparation de chaque volume de la Correspondance de Napoléon. Mais, cette fois-ci, la tension du bouclage s’accompagne d’une émotion que François Houdecek peine à dissimuler. L’émotion de voir s’achever une aventure à laquelle auront contribué plus de 450 personnes. Le volume 15, qui paraît en ce mois de mai, est aussi le dernier ; la Correspondance ayant suivi le fil chronologique de la pensée, de l’œuvre et de la vie de Napoléon (1769-1821).

« C’est un grand honneur et une immense responsabilité d’avoir été amené à m’occuper d’une telle masse d’informations sur une période charnière de l’Histoire de France, alors que j’étais à peine âgé de 30 ans. Cela force à l’humilité et forge le tempérament », confie cet amateur de randonnée. Une activité qu’il a l’habitude de pratiquer soit autour des marais de l’Essonne, soit dans le Cotentin.

Si le personnage de Napoléon Bonaparte l’a fasciné depuis sa prime jeunesse, ce natif de la région parisienne n’avait pas forcément pensé à en faire son métier. Son diplôme de l’université Panthéon Sorbonne (Paris I) en poche, il commence sa vie professionnelle comme guide-animateur au Château de Versailles, entre 1999 et 2002. Avant d’intégrer la Fondation Napoléon, en juillet 2003, par un heureux concours de circonstances. « Je me souviens encore des frissons ressentis la première fois que j’ai eu entre les mains des originaux de lettres de Napoléon. Dans ces moments là, on a d’abord la tête qui tourne, puis on apprend à prendre de la distance », dit-il de sa voix posée, en évoquant, par exemple, des lettres de la campagne de Russie menée par l’empereur Napoléon Ier en 1812.

Plus il s’investissait dans la recension de la correspondance de Napoléon, plus François Houdecek développait une fine connaissance de sa matière. Son ambition : contribuer à déconstruire les mythes autour de la figure de Napoléon. Pour cela, parmi les activités qu’il mène au sein de la Fondation, il a notamment développé des travaux de recherches sur l’anthropologie de la guerre et le syndrome de stress post-traumatique chez les conscrits de Napoléon. À l’arrivée, plusieurs publications parmi lesquelles De l’empereur au roi (éd. Nouveau Monde/ Fondation Napoléon, 2012), coécrit avec Chantal de Loth, ou encore Du Niémen à la Bérézina (éd. Service historique de la Défense, 2012), coécrit avec son ami et confrère Michel Roucaud.

François Houdecek a toujours été fortement encouragé et soutenu dans ses activités de recherche par l’historien et essayiste Thierry Lentz, spécialiste bien connu du Consulat et du Premier Empire, et directeur de la Fondation Napoléon. « François est une fierté pour nous. Son opiniâtreté se conjugue parfaitement avec son ouverture d’esprit et sa créativité. Le sérieux et la rigueur avec lesquels il a mené sa mission feront sans doute de lui, d’ici quelques années, le meilleur spécialiste de l’Histoire militaire et sociale du Ier Empire », prédit Thierry Lentz, quant à l’avenir de son poulain.

La Correspondance de Napoléon arrive donc à son terme. Le succès du projet a permis, dès le début, d’asseoir l’institution que préside Victor-André Masséna dans la communauté scientifique. Nul n’ignore plus aujourd’hui l’importance de la Fondation Napoléon, créée en 1987, pour tout ce qui concerne les recherches et les publications sur les deux Empires. Et François Houdecek, apprécié comme « super bon camarade » par ses collègues de la Fondation, y a contribué à sa manière.

Si le projet dont il a été le pivot s’achève, un autre grand défi attend désormais cet ancien accro de la série de jeux vidéo de stratégie Warcraft. Il est chargé de réorganiser le site Internet napoleonica.org de la Fondation, et de préparer la mise en ligne des volumes de la Correspondance de Napoléon. Traduction : la totalité de cette masse historique sera un jour disponible sur Internet ! Et François Houdecek entend bien s’y consacrer avec la même passion. Son côté geek et touche-à-tout de l’informatique l’y aidera sans doute.

Raoul Mbog, journaliste indépendant

mai 2018

Partager